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Adieu l’enfance
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Adieu l’enfance.
« Adieu l’enfance et l’innocence
De ces années lointaines
De ce joli temps disparu
Où est l’insouciance de tes dix ans
Qui ne reviendront plus… »
Renaud, « Adieu l’enfance »

San Francisco, 27 juin 2396

Kathryn Janeway était assise dans son bureau dans son appartement silencieux. C’était sa pièce préférée, décorée à son image, sobrement. Il y avait quelques bibelots auxquels elle tenait sur les étagères, quelques cadeaux un peu maladroits fait par ses enfants et quelques photos sur lesquelles on pouvait reconnaître ses parents, sa sœur, ainsi que Chakotay et les enfants. Il y en avait une aussi qu’elle avait en double dans son bureau à Starfleet Command, celle qui avait été prise autrefois sur le Voyager, dans le mess, lors de ce qu’ils avaient appelé le « Jour des ancêtres » (cf épisode 11 :59, saison 5). Ces gens représentaient quelque chose d’aussi proche d’elle que sa famille, et elle tenait à cela.
Elle s’était assise à son bureau, seulement éclairé d’une petite lampe, et tenait un PADD sur lequel il y avait des photos. Car ce soir, elle ressentait un peu de nostalgie. En effet, le lendemain, ses filles sortiraient diplômées de Starfleet Academy après quatre ans d’études. Bien sûr, elle en était extrêmement fière, mais cela lui rappelait aussi à quel point le temps avait passé vite ces dernières années.
Pourtant, la photo des deux bébés équipés de tuyaux pour respirer lui faisait se souvenir que tout aurait pu tourner au drame. Mais Virginia, la plus faible des deux, avait encore des séquelles qui ne l’avaient pourtant pas empêchée de terminer avec les honneurs son cursus, faisant dire par sa grand-mère, Gretchen Janeway, qu’elle était aussi teigneuse que les femmes de la famille.
Faisant défiler les photos, elle sourit à une où l’on voyait ses filles coiffées et habillées de la même façon. Cela n’avait eu qu’un temps, même si elles étaient la photocopie l’une de l’autre elles avaient toutes deux un caractère plutôt différent, qui avait fini par se refléter dans leurs vêtements. Cela avait aussi conditionné leur choix de carrière : Diana, jeune navigatrice, se destinait au commandement plus tard dans sa carrière alors que sa sœur était une très bonne scientifique.
Elle sourit à l’image. En cette soirée, difficile de ne pas ressentir une sorte de vague à l’âme en souvenir de ces années où ses filles couraient dans les couloirs du Voyager. C’était à cette époque-là qu’elles avaient décidé de suivre les traces de leurs parents dans Starfleet, et elles n’en avaient jamais dévié. Pourtant, elles en connaissaient les difficultés, ayant vu leurs parents dans leur exercice professionnel durant les premières années de leurs vies, et ils avaient préféré ne pas leur donner de faux espoirs quant à la réalité du métier, en leur disant bien que c’était un engagement, donc pas un métier ordinaire.
C’est alors qu’une voix familière, derrière elle, parla.
« Mais qu’est-ce que tu fais là, dans le noir ? »
Chakotay venait d’entrer dans la pièce. Encore en uniforme, il arrivait directement du Voyager. Le vénérable vaisseau commençait à prendre pas mal d’âge, mais il était encore en service. Il vint à elle, l’embrassa et son regard tomba sur la photo qu’elle regardait.
« Ah, un peu de nostalgie maternelle, à ce que je vois… »
Elle eut un léger rire.
« Hé, ose dire que tu n’es pas fier de tes filles ! »
Elle savait pertinemment que c’était le contraire. Depuis qu’elles avaient poussé leur premier cri, il avait toujours été à leur dévotion, bien que sévère quand c’était nécessaire.
« Et Alan ? Il est couché ? »
Kathryn acquiesça.
« Oui, mais je l’ai obligé à finir ses devoirs avant s’il voulait venir avec nous demain… »
Alan, quinze ans, était leur dernier enfant et le seul encore effectivement à leur charge depuis que les jumelles avaient intégré l’Academy. Plutôt grand et dégingandé pour l’instant, les yeux noirs et la peau mate, il ressemblait énormément à Chakotay.
« Ah, il s’est décidé finalement ? Il s’est bien fait prier…ah, les ados ! », soupira le père d’un air théâtral.
Alan adorait ses sœurs, mais Chakotay pensait qu’il avait tout d’abord refusé de venir à la cérémonie juste par esprit de contradiction bien de son âge. Mais fort heureusement, vu qu’il n’était pas là régulièrement, Kathryn gérait remarquablement l’éducation de leur fils, bien qu’il s’arrangeât pour qu’Alan n’oublie jamais la férule paternelle.
Kathryn enclencha alors une vidéo holographique qui se trouvait dans l’album de ses filles. Elle se passait dans l’infirmerie du Voyager, elle était allongée sur un biobed et elle tenait Alan nouveau-né dans ses bras. Ses filles étaient près d’elle, et découvraient leur petit frère. Kathryn s’en souvenait parfaitement, comme si quinze ans n’avaient pas passé. Son fils était né en seulement une heure et demie, et au contraire de ses sœurs, ne présentait aucune prématurité ou souci d’aucune sorte.
-« Oh, mais tu ne me l’avais jamais montrée, celle-ci ! », s’écria Chakotay, attendri
Elle eut un léger rire.
-« Alors, qui est nostalgique, maintenant ? », se moqua-t-elle gentiment.
Chakotay rit franchement et déposa un baiser sur ses lèvres.
-« Comment ne pourrais-je pas l’être, un peu au moins ? C’est sûr que je ne ressens pas tout à fait les choses comme toi, tu as une approche beaucoup plus charnelle que moi puisque tu les as portées, mais ce sont des souvenirs auxquels je suis attaché. Il m’arrive d’y penser quand je passe dans les couloirs du Voyager, là où couraient les filles quand elles étaient petites. Maintenant, elles vont être des officiers, comme nous le sommes, elles ont réalisé leur objectif de vie et j’en suis très heureux et fier… », dit-il tranquillement.
Il était ordinairement assez peu disert, mais elle pouvait ressentir l’étendue de son émotion à travers ses mots, même s’il les exprimait peu physiquement.
Elle se leva, posa sa tête sur son épaule.
-« Est-ce que tu as jamais regretté que nous ayons décidé d’aller jusqu’au bout ? »
Il l’attira à lui, goûtant le contact trop rare de son corps contre le sien.
-« L’idée m’a traversé l’esprit une ou deux fois, quand nous étions épuisés après la naissance des jumelles, mais depuis, jamais. Et quand je vois ce qu’elles sont devenues, je le regrette d’autant moins… »
Elle prit le PADD et lui montra une photo qui avait été prise lors de l’entrée de leurs filles à l’Academy.
-« Quand je vois cette photo, oui, je ne le regrette pas. Mais c’est vrai que, comme toi, il m’est arrivé de m’être demandée pourquoi j’avais voulu les mettre au monde quand elles pleuraient et que je ne savais pas les consoler, quand elles peinaient à se nourrir et qu’il fallait absolument qu’elles prennent du poids, que nous étions suspendus aux check-up de santé de Virginia. Mais tout cela, ces épreuves difficiles, les a construites telles qu’elles sont maintenant, et nous pouvons en être fiers… »
Janeway prit alors un cadre sur une étagère au-dessus de son bureau. C’était le jour de leur mariage. Alan n’avait que quelques mois, et les jumelles presque neuf ans. C’était étrange de les voir habillées ainsi de façon identique, mais leur grand-mère Gretchen leur avait offert les mêmes robes de cérémonie.
-« Mais l’essentiel, c’est ça… », dit-elle, « Nous. Notre famille. Notre repère. Nous avons réussi à leur donner une stabilité pour qu’elles s’épanouissent, et j’ose espérer que c’est aussi le cas pour Alan… »
Chakotay pensait de même. Dans la mentalité de son peuple, la famille était le noyau le plus important, comme une tribu en modèle réduit, et il avait été élevé dans cette croyance.
Il déposa encore un baiser sur les lèvres de la femme de ses pensées, et la souleva d’un coup.
-« Femme de mes pensées, de ma vie, pour l’instant tu es à moi seul. Demain sera le jour de nos enfants… »
Et il l’emmena vers leur chambre…

Le lendemain, Starfleet Academy…

La grande salle de cérémonie de Starfleet Academy était noire de monde. Beaucoup étaient des parents des diplômés, et Chakotay remarqua non sans un sourire que beaucoup étaient des officiers. Les chats ne faisaient pas des chiens, et Kathryn et lui en étaient une preuve supplémentaire.
Alan se tenait près d’eux. Il ne paraissait pas à l’aise du tout malgré sa belle chemise neuve et le parfum dont il s’était copieusement aspergé. Lui n’aimait guère l’institution que ses parents et ses sœurs avaient choisie, et il avait exprimé très tôt son désir de ne pas y entrer.
-« Bon, ça commence quand ? », se plaignit-il.
Chakotay lui donna une légère tape derrière la tête.
-« Arrête de te plaindre, c’est le jour de tes sœurs…et je te signale que c’est toi qui as voulu venir. Essaye au moins d’être content pour elles… »
-« Mais papa, je suis content pour elles… », répliqua l’adolescent, « c’est juste tout ça que je n’aime pas… »
Mais il n’eut pas le temps d’en dire plus, la cérémonie commençait. Les nouveaux diplômés s’étaient rassemblés sur le côté de l’estrade. Après un discours du grand amiral et de la surintendante de l’Academy, le défilé des jeunes diplômés commença. Enfin, à la lettre J, ce fut le tour des jumelles. Déjà habillées de leur uniforme d’officier d’active, aux couleurs différentes vu leurs choix de carrière, chacune d’elle reçut son diplôme de la main du grand amiral, sous le regard humide de leurs deux parents qui tentaient de s’empêcher de pleurnicher. Janeway pensa à ce moment-là à son père, Edward, qui avait été amiral et dont, à l’époque, elle n’avait pas vraiment pu comprendre l’émotion lors de sa propre remise de diplôme. Maintenant qu’elle était mère à son tour, elle appréhendait parfaitement ce qu’il avait pu ressentir en la voyant là, sur l’estrade. Nul doute qu’il aurait été très fier de ses petites-filles, qui formaient la troisième génération de Janeway dans Starfleet.
Même Alan ne disait rien, il ne songeait même plus à protester et il avait applaudi ses sœurs avec fierté. Il ne serait peut-être pas dans Starfleet lui aussi mais ses parents étaient persuadés qu’il ferait son chemin.
Enfin, les deux héroïnes du jour les rejoignirent. Les jumelles se montrèrent embarrassées quand leurs parents et leur frère cadet les embrassèrent sur les deux joues, mais elles se laissèrent faire sans protester.
-« Vous avez bien mérité un peu de repos avant de prendre votre première affectation, les filles. Votre travail a payé, et vous pouvez en être fières. Votre grand-mère a regretté de ne pouvoir être ici, aussi nous irons la voir dès ce soir, elle tenait à vous féliciter elle-même. Votre grand-père Edward aurait été été très fier de vous, mais pas autant que je le suis à cet instant… », dit Janeway, la voix un peu voilée par l’émotion.
-« Pour une fois que vous avez fait quelque chose de bien… », se moqua gentiment Alan, mais ses sœurs l’attrapèrent et lui frottèrent chacune le cuir chevelu.
-« Essaie déjà de réussir ton diplôme, microbe… », lui rétorqua Diana, habituée à ce genre d’échange avec son jeune frère, au grand désespoir de leur mère qui, pourtant, n’avait pas toujours eu d’excellente relations avec sa sœur Phoebe.
Chakotay, lui, prit ses filles par les épaules.
-« Allons les filles, pas de chamailleries avec votre frère, pensez que vous êtes des officiers maintenant. Par contre, je propose que nous passions voir votre grand-mère une fois qu’on aura récupéré vos affaires dans vos chambres, puis nous irons tous au restaurant pour fêter votre succès… »
Cette proposition eut l’heur de retenir l’aval de tout le monde, et toute la famille se dirigea vers la sortie de la grande salle. Les jumelles regardèrent derrière elle avec un pincement au cœur, c’était quatre ans de leur vie qui se refermaient là, mais la page qui allait s’ouvrir s’annonçait plus intéressante et excitante encore…

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité