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Le Dahu.(1)
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Le Dahu.(1). - Une petite mirabelle Capitaine ?
- Arrêtez, je vais étouffer. Ce repas était une splendeur mais notre médecin va me mettre au régime à peine rentré sur le vaisseau. Ne ricanez pas McCoy ! Mon cher Valdenaire, vous nous avez reçus comme des rois. Le synthétiseur de nourriture du vaisseau n'est malheureusement pas assez sophistiqué pour nous servir de tels menus.
L'Entreprise était en orbite autour d'une petite planète forestière principalement occupée par des colons d'origine terrienne et plus particulièrement de la Lorraine, province française réputée pour une longue tradition sylvicole. Une université et un institut du bois s'étaient peu à peu créés et l'Entreprise avait été chargé d'y déposer de nouvelles essences forestières découvertes lors de leur dernière mission.
- Allons, faites dont pas tant d'âties (2), faites donc comme le Scotty ou le Len, ils ont l'air d'apprécier !
- Oh, ces deux là, dès qu'il s'agit de lever le coude ... mais comme nous pouvons nous considérer en permission et que M. Spock assurera l'intérim, je veux bien me laisser tenter.
- Mais c'est qu'il nous prendrait pour des cheulards ! (3)
L'Officier Scientifique était perplexe, leurs hôtes employaient parfois des expressions qu'il était incapable de traduire même avec l'aide du traducteur alors que le docteur McCoy semblait parfaitement les comprendre au point d'en employer lui-même. Il avait fait un effort pour ne pas leur demander d'explications, se sentant mortifié d'ignorer un idiome terrestre, ce qu'il n'aurait avoué en aucun cas, même sous la torture !
- Capitaine, je voudrais profiter de notre séjour pour mettre à jour les banques de données du vaisseau.
- M. Spock, si votre Capitaine le permet, je souhaite vous faire voir une académie qui vient de se créer et qui, je crois, retiendra toute votre attention. Si mes renseignements sont bons, cette visite intéressera certainement votre Officier des Transmissions.
- Eh bien Spock, vous avez failli vous étouffer de surprise !
- Docteur, la surprise n'a rien à voir, seule la curiosité scientifique me préoccupe.
- Je vous en prie Spock, je suis obligé de donner raison à Bones. Pour qui vous connaît, vous avez pris une mine gourmande ...
Spock se réfugia dans un silence prudent, refusant ainsi la polémique au grand regret de McCoy.
Kirk s'apprêtait à quitter la pièce avec son officier en second, guidé par le responsable de la colonie. Vous nous accompagnez, Bones, Scotty ? Le médecin et l'ingénieur en chef n'avaient pas bougé de leurs confortables fauteuils.
- Allez-y sans moi Jim. Je reste avec mon ami le Docteur Miclos. Je n'ai guère eu l'occasion de le revoir depuis la faculté de médecine.
- Je préfère rester également Capitaine, l'ingénieur des lieux doit me montrer quelques améliorations techniques qu'il a apporté à un certain appareil fort complexe.
-Comme vous voudrez Messieurs, à plus tard.

* * * * *

McCoy et Scotty restèrent à discuter, l'un de souvenirs de carabins, l'autre de secrets d'alambic.
- Dis donc mon cher Michel, je me souviens d'une blague que vous m'aviez faite la lors de mon premier séjour dans les Vosges dans ta famille. Rassure toi, je ne vous en garde pas rancune mais je me demandais si elle se pratiquait toujours.
- Hum, je crois savoir de quoi tu parles. Elle fait partie de nos traditions et elle est toujours en vigueur. Est-ce que par le plus grand des hasards tu aurais une victime potentielle en vue.
- Plutôt deux fois qu'une ! Comme il ne s'agit pas de mon ami Scotty, nous pouvons en parler de vive voix, de plus j'aurais besoin de complicité au sein de l'équipage dont une passive qui ne sera pas facile à obtenir.
McCoy exposa son idée à Scotty. Ce dernier l'air ébahi écouta ensuite le Docteur Miclos lui narrer dans le détail cette apoloche (4). Sa stupeur fit bientôt place à l'hilarité et flanqué de son homologue, il fit retour vers le vaisseau pour quelques préparatifs supplémentaires et s'acoquiner quelques comparses.

* * * * *

Les deux médecins rejoignirent le reste des officiers. Ces deniers faisaient une visite en règle de la dernière installation de la planète, une académie de musique spécialisée dans les instruments à cordes. Un atelier de lutherie pouvait également accueillir les artisans de toute la galaxie.
- La ville de Mirecourt était fort réputée pour sa lutherie, il s'y faisait surtout des violons, nous avons donc donné son nom à cette académie. Hé oui, toujours la tradition ! Pour rester dans le même ordre d'idée, si voulez bien prolonger votre séjour parmi nous de quelques jours, nous avons une petite fête après-demain. Nous célébrons le solstice d'été par un feu de la Saint-Jean, nous brûlons un bûcher de bois que nous appelons chavande. Vous nous feriez plaisir en vous joignant à nous.
- Ma foi, nous n'avons aucune mission en cours et une petite halte ne peut pas faire de mal à l'équipage. Nous acceptons avec plaisir.
- Alors c'est entendu. Maintenant, je souhaiterais faire un petit présent à M. Spock et à Mlle Uhura si vous le permettez Capitaine.
Kirk acquiesça. McCoy se fraya un chemin pour être aux premières loges, ne voulant rater ca pour rien au monde. Valdenaire revint avec deux paquets, longs et étroits qu'il remit solennellement au vulcain et à la bantoue.
Les deux officiers ne semblaient pas quoi savoir faire de ce présent. Visiblement Uhura attendait que Spock déballe le sien en premier.
- Eh bien Spock, qu'est-ce que vous attendez, ouvrez ce truc que l'on puisse voir ce que c'est !
- Docteur McCoy, je ne vous savais pas aussi amateur d'art musical !
Kirk vient au secours du médecin.
- M. Spock, nous sommes tout impatients de voir ce que contient ce paquet.
Le vulcain enleva le papier délicatement et avec lenteur. McCoy aurait juré qu'il prenait son temps volontairement. Il se retint d'intervenir, se rappelant qu'il avait besoin de la coopération de Spock. Il se détourna et s'approchât de Uhura. Cette dernière se raidit aux premiers mots que McCoy lui chuchota dans l'oreille mais un sourire vint bientôt éclairer son visage. Elle assura le docteur de son concours et entreprit d'ouvrir à son tour son paquet.
Les deux officiers se retrouvèrent avec un étrange objet entre les mains. Visiblement un instrument de musique puisque muni de cordes. Souriant de leur ignorance, un vieil homme aux mains noueuses s'avança. Valdenaire le présenta comme étant le facteur de ces instruments.
- M. Georgel, notre artisan va vous expliquer ce que vous tenez dans les mains.
- Vous avez là ce qu'on nomme une Epinette des Vosges, c'est un instrument de la famille des cithares, typiquement vosgien, appelé aussi "le sabot à musique", vous pouvez l'utiliser en pinçant les cordes ou en les grattant.
Profitant du fait que l'assistance était absorbée par ces explications, le docteur Miclos s'entretint en aparté avec Valdenaire qui tout sourire se contenta d'opiner du bonnet.
Les officiers de l'Entreprise prirent congé de leurs hôtes en promettant de revenir le lendemain.
McCoy rongeât son frein, ne parvenant pas à mettre la main sur Spock en particulier. Ce dernier, avec Uhura, mettait un point d'honneur à savoir se servir de leur nouvel instrument. Ce n'est que tard dans la soirée que le médecin pu coincer Spock et lui demander un service. Le vulcain fut d'abord outré de la proposition du praticien puis lui en fit remarquer l'illogisme. Il fallut tout le talent de McCoy pour arracher la promesse de sa non-intervention qui lui fut donnée laborieusement du bout des lèvres.

* * * * *

Les distractions étant sommes toutes assez rares sur la planète, il y eut peu de candidat pour y faire y un tour hormis les amateurs de chlorophylle. Les plus assidus furent Scotty sous prétexte de technique, McCoy sous celui de ressourcement amical et Uhura sous celui d'étude musicale.
Les trois se retrouvèrent avec leurs complices locaux pour la mise au point de leur plan, McCoy demeurait cependant inquiet de l'attitude de Spock, tiendrait-il parole ?
Le soir même, ils entrèrent en action. Les responsables de la colonie avaient été invités à dîner à bord après une visite des lieux. Spock et Scotty avaient fait leur possible pour améliorer les synthétiseurs de nourriture, mais heureusement, des denrées fraîches avaient été transférées afin de rendre meilleur l'ordinaire.
Valdenaire leur fit le récit de l'installation de la colonie et quelques unes des traditions qu'ils mettaient un point d'honneur à perpétuer.
- Il en est une que nous poursuivons et qui pourrait vous sembler barbare Capitaine. Comme elle fait suite à la chavande, je préfère vous en parler maintenant plutôt que de vous mettre devant le fait accompli. - Le silence se fit autour de la table, quelques uns des convives croisant les doigts ... - Cet acte se pratique depuis la nuit des temps dans la mémoire des vosgiens. Il s'agit d'une chasse, non laissez-moi finir Capitaine. Une chasse un peu particulière car elle concerne un animal auquel nous sommes très attachés et que nous avons eu beaucoup de mal à acclimater ici, vous comprendrez que nous prenions soin de lui et qu'il n'y a aucune mise à mort comme dans la tauromachie. Je dirais plutôt que cette chasse est symbolique car dès que l'animal est capturé, il est immédiatement remis en liberté sans qu'il lui soit fait aucun mal. C'est un haut fait que de pouvoir affirmer qu'on à réussi à s'emparer d'un tel animal, rares sont ceux qui peuvent s'en vanter.
Kirk visiblement hésitait sur l'attitude à adopter, le challenge le tentait mais il semblait attendre un renfort de la part de son état-major. Ce fut Uhura qui vint à sa rescousse.
- Etes-vous certain que cette pauvre bête ne souffre pas de ce traitement ?
- Vous pensez bien qu'avant de poursuivre cette pratique, nous avons fait de sérieuses recherches, il semblerait que cet animal ait un tempérament assez joueur et qu'il n'est absolument pas stressé de cette traque. Tous les spécimens étudiés ont confirmé cet état de fait. C'est assez surprenant mais nous ne pouvons que nous en réjouissons.
La discussion gagnât toute la tablée et le Capitaine pu sans remords les assurer de leur participation à l'exception de M. Spock qui déclara préférer des occupations plus logiques que de batifoler de nuit dans la forêt.
Rendez-vous fut donc prit pour la soirée du lendemain.

* * * * *

Un gigantesque bûcher de bois trônait au centre d'une esplanade. Les invités se regardèrent interloqués, rien ne semblait prévu pour s'installer. Leurs hôtes s'asseyant sans façon par terre à distance respectable du bûcher, ils durent en faire autant. Certains regrettèrent amèrement d'avoir endossé leur uniforme de gala alors que la majorité avaient mis une tenue plus décontractée en prévision de la partie de chasse.
La chavande s'enflamma en illuminant le paysage puis en projetant une myriade de flammèches et de lucioles volantes au fur et à mesure que le bois s'effondrait sur lui-même. La chaleur dégagée obligea les spectateurs à s'éloigner du foyer. Lorsque seul un monceau de braise subsistât, les candidats à la chasse se rassemblèrent.
Respectant les instructions du chef de battue, les invités se délestèrent de leurs armes et de leur communicateur. Nos ancêtres n'en avaient pas et ils se débrouillaient très bien, nous faisons comme eux. Sa remarque échaudât toute autre réflexion. Kirk et les quelques autres téméraires se retrouvèrent armé d'un bâton, d'une bougie et d'un sac de toile.
- Messieurs, vous avez l'honneur de participer à une chasse ancestrale. Elle répond à certaines règles que vous voudrez bien respecter sous peine d'expulsion immédiate, définitive et sans appel de la planète. Ceci étant dit, je vais vous donner les règles de la chasse. Le Dahu, notre gibier, a la particularité de ne se déplacer qu'à flan de coteau. Une malformation de ses membres le laisse très malhabile en terrain plat, notre but est donc de l'amener sur ce type de terrain, en creux d'un vallon. Les bougies qui vous ont été distribuées servent à marquer le sommet du vallon d'où nous opèrerons, les bâtons serviront au départ à faire suffisamment de bruit pour rabattre le gibier, le sac servira au veinard qui réussira la capture. Les traqueurs et les chasseurs seront tirés au sort. Chaque invité sera au départ accompagné par un gars de chez nous, sur place, chacun pour soi. Tout est dit, à vos postes.
Le groupe d'une trentaine de personnes se dirigeât d'un bon pas vers la forêt. Le lieu choisit par les gardes forestiers était distant de quelques kilomètres qui furent franchis en une bonne heure. La nuit était sombre, seuls les rayons des deux lunes permettaient de discerner les alentours. Ils s'arrêtèrent et des victuailles sortirent des sacs, la nuit risquait d'être longue.
- Oh chic, du munster et du riesling, j'adore ça !
La réflexion de Kirk amena un lourd silence, tous gestes suspendus.
- J'ai dit une bêtise ?
Son voisin immédiat lui lançât un regard venimeux.
- Apparemment, tu n'as pas compris grand-chose, tu fait le beu-beu (5), mon gars. Ici on vit lorrain, tu manges du Géromé et tu bois du gris de Toul, faudrait pas confondre.
Kirk dévisageât son interlocuteur, visiblement un bûcheron vu sa carrure et sa taille, il se contenta d'acquiescer en lançant un oeil assassin à McCoy qui se bidonnait en se tenant les côtes. Le groupe rassasié, les chasseurs furent tirés au sort, Kirk faisait parti des heureux élus, il adressa un sourire triomphant au médecin qui devait se contenter de traquer, ce qui n'était visiblement pas de son goût.
Les chasseurs partirent se mettre en place avant que les traqueurs n'entrent en action, ce qui leur pris une bonne demi-heure. Kirk se retrouva embusqué derrière un vaste massif de feuillus et suivant les instructions se tint en silence sans bouger. Une sonnerie de corne lui indiqua le début de la traque. Comme on le lui avait raconté, le début fut bruyant, des cris, des bruits de branches heurtants de troncs, un tintamarre incongru en ces lieux et à cette heure de la nuit. Il distingua la lueur des bougies qui s'immobilisèrent une par une. Le silence se fit. Il attendait, les muscles tendus, l'oreille attentive au moindre bruit.
Le silence était pesant et Kirk se mit à se demander depuis combien de temps il était là, il tressaillait au moindre bruit. Il ne connaissait rien à la forêt et tous les sons lui paraissaient suspects. Il fit la grimace en constatant que les nuages avaient envahi le ciel et que l'orage menaçait. Un violent coup de tonnerre amplifié par les arbres et rapidement suivit la foudre qui fit vibrer le sol. Une pluie battante trempa rapidement la forêt et tout ce qui s'y trouvait, éteignant la flamme des bougies qui dansaient toujours au loin. C'est seulement à cet instant que le doute commença à germer dans son esprit.
Ses appels demeurèrent sans réponses, il pataugeait dans l'eau en essayant de rejoindre ceux qui étaient censés rester à proximité, il glissait sur les épines qui tapissaient le sol, se rattrapant aux branches. Il fut bientôt gluant de résine et ressemblait à un hérisson. Le doute fit place à la certitude, il s'était fait rouler dans la farine comme un débutant. La rage au ventre il tenta de trouver son chemin pour rejoindre ces traîtres et leur faire payer cet affront.
A son grand étonnement, il vit bientôt la fumée qui montait du foyer mouillé de la chavande. Les ordures, ils m'ont fait faire des kilomètres pour tourner en rond, nous étions tout près de notre lieu de départ ! Furieux, il se dirigeât vers les habitations. Tous les bâtiments étaient plongés dans l'obscurité à l'exception d'un seul où apparaissait une faible clarté . Kirk reconnu celui où ils avaient été reçus à leur arrivée, il savait y trouver une cheminée et la priorité absolue était surtout de se sécher.
Il rentra, laissant des flaques d'eau derrière lui, il était fou furieux. Le délester de son communicateur était prémédité, il devait rester isolé sans pouvoir compter sur qui que ce soit, McCoy allait lui payer ca au centuple avec les intérêts ! La lueur aperçue venait de la cheminée où une flambée projetait des ombres fantasmagoriques dans toute la pièce, Kirk n'y prit pas garde et se dirigeât vers la chaleur réconfortante des flammes.
Il sursauta en voyant la lumière inonder la pièce. Un gigantesque éclat de rire emplit la salle, Valdenaire, McCoy, Miclos, Scotty, Uhura et tous les autres étaient confortablement installés et le regardaient en riant. Il se sentit mortifié, prêt à exploser, à laisser exploser sa colère. McCoy croisa son regard et sourire aux lèvres se leva en lui présentant un verre.
- Alors Jim, te voilà bien enqueugné (6), où est passé ton sens de l'humour ?
Chacun semblait attendre sa réaction. Il respira profondément et prenant visiblement sur lui, esquissa un sourire crispé.
- Félicitations Messieurs, je ne peux que m'incliner.
Cet aveu détendit l'atmosphère et la fête repris son cours.
- Félicitations à vous aussi Capitaine, vous avez brillamment réussi votre examen de passage, vous êtes maintenant citoyen d'honneur de notre communauté.
- McCoy, n'espère pas t'en tirer à si bon compte, nous en reparlerons.
- Ne fait pas la mauvaise tête Jim, nous n'avons cessé un seul instant de savoir où tu étais, tous les scanners du vaisseau étaient sur toi, tu ne risquais absolument rien. Seul ton amour-propre pouvait être blessé, ce qui semble être le cas ! Si ca peut te rassurer, j'ai eu droit au même traitement il y a quelques années.
Kirk enfoui sa rancune et rit de bon coeur mais il grava dans sa mémoire de se méfier à l'avenir des traditions régionales.

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Traduction des mots du français régional des Vosges :
- 1 : animal mythique
- 2 : faire des manières
- 3 : ivrogne
- 4 : fable
- 5 : idiot
- 6 : crotté
En souvenir d'un samedi pluvieux de février 1995 dans les Vosges - EPINETTE

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité