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La fin est le début
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Critique
Par Frank Mikanowski

Trois épisodes, et "enfin" la récompense suprême est offerte aux fans à la fin de cet épisode. Le doigt tendu, le sourire radieux, oubliés les rhumatismes, Jean Luc passe la seconde et prononce son célèbre "ENGAGE". Fan service absolu, totalement artificiel, mais passage obligé. Qu’aurait-on dit si ce moment n’avait pas eu lieu...
Bref, après l’anecdotique, passons aux choses sérieuses. Comme l’épisode précédent, deux histoires sont racontés en parallèle : Picard qui veut partir en mission, Soji dans son cube Borg et en fil rouge les actions du Zhat Vash romulien. Et dans les deux cas, le meilleur côtoie le passable.
Après une rencontre teaser avec Raffi la semaine dernière, on entre dans le vif du sujet. Personnalité solaire, charisme débordant, Michelle Hurd illumine littéralement l’épisode. On en sait un peu plus sur sa relation avec Picard même si sa familiarité non-protocolaire avec l’Amiral n’est pas expliquée. On ressent que ces deux-là ont dû vivre des choses intenses avant les événements de Mars. Cela donne en tous cas du sens aux ressentiments de Raffi envers Jean Luc pour l’avoir laissé tomber après sa démission de Starfleet. Il y a plus que de l’amitié entre les deux, et j’espère bien voir dans le futur quelques flash-back explicatifs.
L’épisode est aussi l’occasion de rencontrer pour la première fois Rios. Pas grand chose à en dire pour l’instant, à part qu’il faut avoir un certain narcissisme voire un narcissisme certain pour avoir un EMH à son image. Pour autant, Santiago Cabrera semble interpréter un personnage à potentiel. À voir
Plus problématique est l’attaque du Chateau Picard par le Zhat Vash romulien. Déjà, parce que le membre capturé a tellement la gueule de l’emploi que j’ai eu envie de rire en regardant l’interrogatoire. Et ensuite parce que j’ai du mal à croire ce que j’ai vu. Vous pensez réellement que le commando a besoin d’emmener avec eux le Dr. Agnes Jurati pour éliminer Picard ? Et comment celle-ci s’est procuré une arme pour subrepticement sauver à son "grand étonnement" la situation ? Pour faire mon Yves, ca pue le moment n’importnawakesque à la Alias. Bref pas au niveau de la série.
Quant aux recherches de Soji dans le cube Borg, c’est l’occasion de retrouver une vieille connaissance des amateurs de Star Trek. Non, il ne s’agit pas encore de Seven of Nine, mais de Hugh le ex-Borg. Celui-ci remarque la sensibilité particulière de Soji et décide de lui permettre de rencontrer des Romuliens déborguisés. Ceux-ci ont été les derniers à être assimilés par ce Cube avant l’incident qui a coupé sa liaison avec le Collectif. Soji va pouvoir interroger Ramdha, superbement interprétée par Rebecca Wisocky que vous avez pu admirer dernièrement dans For All Mankind dans le rôle de l’épouse de l’astronaute Deke Slayton. Oiseau de mauvais augure, si la scène est intéressante, là aussi, on a l’impression que les scénaristes enfoncent des portes ouvertes pour nous faire comprendre que le pire est à venir à bord de ce Cube Borg.
Si je doute maintenant de la sincérité de Dr. Agnes Jurati, j’en ai aussi beaucoup sur Narek, le romulien dont la mission concerne Soji. Je sens que les scénaristiques vont nous faire le coup de la double trahison. Bref, bof...
Dans sa globalité, l’épisode est quand même très plaisant, mais les graines plantées cette semaine ne sont pas une promesse rassurante.

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité

Analyse
Par Yves Raducka

Après un long rappel de plus de quatre minutes, Picard 01x03 The End Is The Beginning débute par un medley d’images apocalyptiques en relation avec l’attaque de Mars et la destruction de sa surface… destinées à introduire, sur le modèle de Picard 01x02 Maps And Legends, un nouveau flashback. Il est possible d’en déduire une possible "spécialisation" des teasers pour relater par bribes – en parallèle du "présent" (2399) – l’histoire du passé causal (2385), à la façon du point d’origine d’une timeline alternative.
Le spectateur se retrouve donc de nouveau 14 ans dans le passé du futur, peu après la tragédie martienne, tandis que l’amiral Jean-Luc Picard, encore en uniforme mais totalement dépité, sort du bâtiment de Starfleet Headquarters (quartier général de Starfleet) à San Francisco. Il rencontre alors Raffi sur le parvis du QG, elle-même en uniforme, puis entame une discussion déterminante sur un banc. Les uniformes sont dans la ligne de ceux de TNG (moyennant quelque variantes) mais en rupture avec ceux, ultérieurs, de DS9 et des trois derniers films de TNG.
- [Musiker] Ils vous ont donné du fil à retordre ? Ils ont commencé par les vaisseaux ?
- [Picard] Immédiatement. Comme vous l’aviez prédit.
- Vous étiez prêt avec les inventaires de Bêta Antares et Eridani A. Ce qui leur a cloué le bec. [Picard hoche de la tête] Alors ils vous ont attaqué sur la main-d’œuvre ? [Picard avalise de la tête] Mais vous avez les listes de réserve du personnel que j’ai reçues de Tanaka.
- Oui, j’ai montré tout ça. En utilisant des officiers de réserve et des vaisseaux retirés du service actif, on pourrait maintenir l’évacuation, mais à un niveau extrêmement réduit.
- Pas si on utilise une main d’œuvre synthétique.
- Toutes formes de vie synthétiques sont bannies à travers la Fédération, entrée en vigueur immédiate. Toutes unités actives sont démantelées. Et toutes les recherches sont arrêtées.
- C’est fou. Ça n’a aucun sens. Les synthétiques ne deviennent pas subitement des assassins au réveil.
- Ils ont dit qu’il y avait une erreur de code fatale dans le système d’exploitation ;
- Ce sont des foutaises. Il y a un truc bizarre dans toute cette affaire, JL. Ça n’a aucun sens. Je pressens un coup du Tal Shiar.
- Le Tal Shiar… Raffi, pourquoi les Romuliens attaqueraient une flotte construite exprès pour les sauver ?
- Je ne peux pas répondre à ça… du moins pas encore. Mais je sais qu’il y a des milliards de gens dans le Quadrant Bêta qui sont dans le rayon d’explosion d’une supernova. Ce n’est pas de leur faute si un tas d’A500s se sont rebellés sur Mars.
- Vous avez absolument raison. Mars est en flammes. Des dizaines de milliers sont morts. Et personne ne réfléchit. Personne n’écoute. Ils réagissent, c’est tout. [Picard très affecté]
- Une minute. Que s’est-il passé là-bas, JL ?
- Ils ont dit que notre plan était irréalisable. La moitié d’entre eux ne voulaient pas sauver les Romuliens pour commencer. Et les autres ont juste peur. Je n’aurais jamais cru que Starfleet verserait dans l’intolérance et la peur.
- Que s’est-il passé, là-bas ?
- Je leur ai dit que s’ils n’acceptaient pas le plan d’évacuation révisé, je démissionnerais. [Musiker sourit de satisfaction et d’incrédulité… avant de se raviser brutalement en voyant la tête de Picard] Vous êtes sérieux ? [Picard confirme du regard, et Raffi est désemparée] Qu’ont-ils dit ? [Silence de Picard] Jean-Luc ?
- Ils ont accepté ma démission.
- [Stupeur de Musiker] Bien. Qu’ils aillent au diable. On trouvera une solution. On trouvera un moyen.
- Pour monter un plan d’évacuation multi-mondes de dix millions de Romuliens sans le soutien de Starfleet ?
- Il doit y avoir une solution. Une solution folle et désespérée de dernière minutes, JL ? C’est votre spécialité.
- Ma démission était la dernière solution folle et désespérée. Je n’ai jamais cru qu’ils l’accepteraient. [Picard désillusionné]
- Bien sûr que non. Et maintenant ? Vous allez rentrer dans votre château pour écrire vos mémoires ? Je ne peux pas faire ça sans vous, JL. Le CNC veut me voir. C’est parfait. Parfait. [dit Raffi avec ironie puis colère.] Vous donnez votre démission et ils me virent. [Et Musiker s’en va furieuse]
- Raffi ?

Ce teaser reconduit presque religieusement toute la dichotomie ayant caractérisé ST Picard depuis son pilote. C’est-à-dire que ce flashback représente une initiative théoriquement éclairante sur les causalités (en dépit de la parenté de procédé avec des séries comme Lost) et la scène est en elle-même porteuse d’une belle vérité émotionnelle.
Mais dans le même temps, le prétendu éclairage non seulement n’éclaire rien, mais il ne fait qu’aggraver les invraisemblances contextuelles et la trahison du postulat trekkien. De toutes les hypothèses pessimistes déduites des épisodes précédents, c’est bien le worst case scenario qui se profile ici.
La facture dystopique s’aggrave : malgré l’attaque de Mars, Starfleet avait bel et bien les ressources et les moyens techniques de maintenir l’opération de sauvetage des Romuliens. C’est donc bien à un choix idéologique de Starfleet et non à une attaque tierce (Section 31, Zhat Vash, Lore…) que le peuple romulien doit son extermination. Et en aval de l’UFP, c’est carrément la moitié de Starfleet qui fut contre le sauvetage ! À mettre en contraste avec ST VI The Undiscovered Country en 2293 où la posture cynique n’était que le fait d’une poignée infime de conspirateurs (l’Amiral Cartwright de Starfleet, le Général klingon Chang et l’ambassadeur romulien Nanclus).
Soit une véritable gifle aux intentions de Gene Roddenberry qui voulait le 24ème siècle plus utopique encore que le 23ème. Dorénavant ST Picard assène l’inverse : dans l’utopie embryonnaire du 23ème siècle, Starfleet pourtant perpétuellement en guerre avec l’Empire Klingon avait – dans sa grande majorité – accepté de venir en aide suite à l’explosion de la lune Praxis ; mais dans l’utopie aboutie du 24ème siècle, alors que l’UFP et la Terre doivent leur survie à l’Empire romulien après plusieurs coopérations fructueuses, c’est l’ensemble de Starfleet qui les abandonne sans aucune raison crédible. Car l’argument invoqué – la moitié ne veut pas (pourquoi ?) et l’autre a peur (de quoi ?) – ne constitue même pas un commencement de justification.
Dans cette perspective, l’interdiction (assortie d’un possible génocide) des Synthétiques pourrait finalement n’avoir aucun autre objectif que de ruiner le plan d’évacuation révisé (après l’attaque de Mars).

On apprend aussi que F-8 et ses semblables sont des modèles A500. Signe de l’incurie dans l’enquête menée sur la tragédie martienne, Starfleet est soit incompétente soit de mauvaise foi : la cause du dysfonctionnement n’a pas été déterminée et le bénéfice du doute sentient pas même envisagé, puisque l’institution se borne à invoquer l’alibi d’un code fatal dans le système d’exploitation ! Mais si un tel argument avait bel et bien été avéré, alors le b.a.ba de l’informatique et de la cybernétique (simplement contemporaine alors a fortiori dans plusieurs siècles) aurait consisté à corriger l’erreur, à reprogrammer la partie du code fautive, et non à jeter tous les synthétiques au rebut.
L’argument invoqué ici est donc une aporie et un sophisme tel qu’il aurait dû indigner tout que ce que Starfleet comporte d’ingénieurs et d’informaticiens, outre les officiers généraux eux-mêmes. Mais nada, ce non-sens est passé comme une lettre à la poste.
Et pour toute explication, Jean-Luc Picard décrira ses collègues comme dépourvus d’écoute, enfermés dans la seule réaction, avec une institution versant dans l’intolérance et la peur (sic) !!! Ce n’est donc même pas en plusieurs années que l’utopie roddenberrienne a glissé dans la dystopie, c’est littéralement en quelques jours, sans que le moindre élément tangible n’ait été fourni par un flashback pourtant à vocation éclairante.
Dix ans avant, la Fédération avait enduré la pire guerre de son Histoire, les morts se comptaient par millions voire par milliards, et pourtant jamais elle ne vira vraiment à la dystopie. Au contraire, elle se rapprocha à cette occasion comme jamais de ses ennemis historiques (Klingons, Romuliens…). Mais ici, pour une "simple" attaque sur Mars, somme toute de proportion mineure par rapport à la Guerre du Dominion, il en résulte un basculement contre-utopique cataclysmique : on laisse crever des milliards d’innocents par amalgame avec un gouvernement prétendument ennemi (mais qui a pourtant sauvé plusieurs fois la Terre et l’UFP), on amalgame l’ensemble des vies synthétiques dans le cadre d’une loi quasi-génocidaire, et tout le système est devenu intolérant et apeuré presque du jour au lendemain. Mais on se garde bien de fournir une quelconque raison à un pareil effondrement de proportion galactique tant les showrunners (et probablement Patrick Stewart lui-même) sont impatients de transposer caricaturalement les USA de Trump (mais au prix des pires sophismes et contresens imaginables) pour délivrer de pesantes leçons de conscientisation-en-kit...

Il faut également déplorer l’inconséquence de la démission de Picard, lui qui fut toujours si avisé, si analytique, et si psychologue… mais qui n’a curieusement pas anticipé – manifestement par arrogance – son isolement à ce moment-là au sein de Starfleet, perdant ainsi le peu de pouvoir dont il aurait disposé encore en restant amiral. Débarquait-il dans cette réalité si différente comme les spectateurs eux-mêmes ?
En mettant dans la balance sa dem’ pour faire plier Starfleet, Jean-Luc témoigna à la fois d’une hubris démesurée et d’une impréparation tactique, apparaissant à la fois boursoufflé d’orgueil (fallait-il qui soit dépourvu d’arguments rationnels pour tout investir sur un chantage affectif autocentré) et complètement dépassé par les événements (au point de ressortir tout "penaud" du QG de Starfleet en comprenant à peine le camouflet qu’il venait d’essuyer), c’est-à-dire en rupture complète avec le personnage qu’il avait toujours été dans TNG ! Et puis, quelle nullité crasse au poker ! Est-ce vraiment tout ce que Picard a tiré des parties amicales avec son équipage depuis quinze ans (i.e. TNG 07x25+07x26 All Good Things en 2370 ?) ? À la moindre application pratique en live, il se retrouve dans le rôle ingrat du fish et se fait plumer.
Si les scénaristes avaient pour objectif – sous couvert de démystification – à trivialiser, donner un coup de vieux, voire ridiculiser Jean-Luc Picard jusqu’à l’absurdie, ils ont vraiment réussi leur coup. Seulement, cet objectif "d’humanisation par le bas" entre en contradiction avec l’espérance unipersonnelle placée en lui par sa série éponyme. Quatorze après ces événements navrants, un personnage dorénavant aussi anti-picardien serait-il supposé être l’ultime dépositaire des "lumières trekkiennes" et l’unique espoir de la dystopique Fédération ?! Sérieux ? Faut-il en rire ou en pleurer...
Il est évident que les auteurs (et probablement Patrick Stewart lui-même) ont cherché ici à allégoriser le pari de David Cameron sur le Brexit (à la différence près que c’était l’ex-premier ministre britannique qui avait lui-même joué à l’apprenti-sorcier pour des raisons bassement électoralistes), voire le pari du Général de Gaulle sur le référendum de 1969 (le projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat) et qui provoqua sa démission le 29 avril 1969 (puis sa retraite à Colombey-les-Deux-Églises). Le premier (Cameron) entre en résonance avec l’acteur britannique (Stewart) lorsque le second (de Gaulle) renvoie au personnage français (Picard).
Sauf que cette tentative de parallèle est aussi impropre (quatre siècles d’écart séparées par une WW3 et d’innombrables révolutions coperniciennes) qu’écrite à la truelle (des analogies infantiles de patronage) : Jean-Luc n’était pas un homme politique (ni même public) enivré de sa propre personne, capitalisant sur sa popularité, et misant sur le suffrage des urnes ; ni l’UFP ni Starfleet ne sont les sociétés contemporaines gouvernées par la démagogie et les calculs électoraux ; et l’humanité trekkienne n’est pas supposée reproduire inlassablement et imperfectiblement les mêmes errements (Cameron, de Gaulle sur la fin…) que celle d’aujourd’hui... sans quoi le postulat roddenberrien ne serait qu’une vile imposture.
Mais le désir de dénoncer grossièrement le Brexit était si grand que les showrunners de ST Picard auront réussi à la fois à sacrifier l’UFP et à décrédibiliser le héros-en-titre. "Heureusement" que la dialectique campbellienne (présidant à la suite de la série) ne postule aucune vraisemblance pour dérouler son logiciel invariable...
Un bel exemple d’écriture illusoire, faussement pertinente, où la culture et la finesse ont laissé la place à la cuistrerie et au pronunciamiento.

Par ailleurs, pourquoi la démission de Jean-Luc devait-elle engendrer l’éviction corollaire de Raffi (qui selon le comics Picard Countdown était l’officière en second (ou XO) de Picard sur l’USS Verity) ? Ce Starfleet dévoyé pratiquerait-il les sanctions collectives comme dans les pires régimes totalitaires ?

Et by the way, sur quelle base Musiker soupçonne-t-elle d’emblée le Tal Shiar (alors qu’elle ne connait même pas à ce stade le Zhat Vash) ? Comme le lui fait remarquer Picard, pourquoi les Romuliens chercheraient-ils à empêcher le sauvetage de leur peuple et de leur civilisation ?

Mais le pire préjudice est de nature systémique : si le personnage qui avait incarné plus que quiconque (dans la longue Histoire de la franchise) le parangon et le litmus des accomplissements et de la maturité de l’UFP... est à ce point pris en flagrant délit de déphasage, d’obsolescence, et d’incompréhension générale, ce sont rétrospectivement les fondements mêmes de l’utopie qui peuvent être questionnées voire contestés ! Avec pour corollaire de mettre dans la tête du spectateur une sale idée, transgressive voire révisionniste : ne serait-ce finalement pas Jean-Luc Picard qui aurait totalement idéalisé la Fédération, au point de projeter sur elle un rêve personnel qui n’a en fait jamais existé ? Et ses nombreux captain’s logs tout au long de TNG n’auraient-ils pas induits en erreurs des générations de trekkers ? Auquel cas, ST Picard serait le "retour au réel" – le réel du modèle contemporain comme horizon ultime de toute évolution sociétale, maintenant et pour les siècles des siècles. Et tant pis pour les intentions originelles de Gene Roddenberry et de Rick Berman. À vouloir faire leur "passionaria" anti-Trump et anti-Brexit, Alex Kurtzman, Michael Chabon et Patrick Stewart ne mesurent pas forcément l’impact rétroactif de leur "croisade" narcissique sur l’essence trekkienne, du moins à timeline unique...

Accessoirement, le diminutif "JL" dont Raffi affuble tout naturellement son supérieur direct (pourtant désormais amiral) est un relâchement inédit dans la longue carrière de Picard. Toute la trivialité d’une "contemporaine touch", et avec un familiarité qui semble paradoxalement croître en proportion de la montée en grade. Picard a beau valoriser ses liens uniques avec son ancien équipage de TNG, quelque cinq ans après, la privauté avec son nouvel équipage semble bien supérieure...

La discussion entre Picard et Musiker, aussi elliptique soit-elle, ne fait que souligner les carences de débats d’idées qui auraient pourtant dû agiter comme jamais l’UFP et Starfleet. Avec au minimum autant de membres ou de décisionnaires humanistes (favorables au sauvetage) que de cyniques.. Sauf qu’il n’y rien de tel. Il ne reste q’une plaidoirie à charge sans argument, une négation artificielle de tous les idéaux trekkiens, et une pensée unique lâche & criminelle uniquement "parce que les auteurs le veulent bien".
Sans même considérer la suite de l’épisode, ce simple teaser vient confirmer la pire interprétation possible des deux épisodes précédents, et il pourrait à lui seul dissuader bien des trekkers de continuer à visionner ST Picard, une série de plus en plus nauséabonde sur le fond.

Après le générique, la scène suivante confirme bien que c’est à Vasquez Rocks que Jean-Luc Picard a rendu visite à Raffi Musiker en 2399, l’internalisme rejoignant pour la première fois l’externalisme.
Musiker (soignant ses plantes) et Picard poursuivant ainsi symboliquement dans le "présent" leur échange interrompu du passé :
- Une fille synthétique.
- Il y en avait deux. L’une d’elles est déjà morte. J’espère juste qu’il n’est pas trop tard pour sauver l’autre. Raffi, j’ai besoin d’un vaisseau et d’un pilote. Et je dois trouver Bruce Maddox.
- Wow. Je ne sais même pas quoi dire. Oui, c’est beaucoup à absorber… La réaction évidente serait : "Vous avez un foutu culot !" Mais votre amie Clancy vous l’a déjà dit, hein ? [Silence, tandis que Musiker tire une latte] Un tuyau pro pour référence future. Pour votre prochaine mission de sauvetage top-secrète et non autorisée, essayez de ne pas dire au CNC de Starfleet ce que vous planifiez en détail de faire. Je ne me souviens pas que vous étiez un tel moulin à paroles dans le temps. J’ai vu votre interview. [dit Raffi avec un air de déception ou de mépris]
- Un désastre absolu.
- Oui. Je vous ai vu… assis dans votre très élégant château. Ces grandes poutres en chêne. Les meubles de famille. Je vous montrerais ma propriété, mais c’est plutôt un taudis. Ce serait juste humiliant. [Musiker regarde Picard avec colère et dégoût] Toute ma vie de ces 14 dernières années a été une longue chute pavée d’humiliation… et de rage [dont Raffi témoigne en direct par ses expressions] Et une bonne dose de paranoïa administrée avec la racine de serpent. Certaines choses ne changent jamais. [Picard regarde Musiker avec intensité et compassion] J’aurais bien aimé avoir de vos nouvelles de temps en temps, JL. Pas parce que vous pensez que je connais un pilote non répertorié avec un vaisseau non enregistré. Juste… pour dire "bonjour" [dit Raffi émue]. Demander comment j’ai été.
- Je sais, je…
- Car je n’étais pas bien du tout. J’ai perdu mon autorisation de sécurité. J’ai perdu… [Picard voulant aider Musiker] Ne… Non, ne…
- [Picard, abattu] Raffi.
- Ne me touchez pas.
- Raffi. [Picard se lève, reprenant de l’autorité] Raffi.
Musiker boit au goulot de Château Picard apporté par Jean-Luc.
- Je comprends très bien que vous soyez en colère. Je vous ai déçue. Je vous ai négligée et n’étais pas là quand vous aviez besoin de moi. Je suis vraiment désolé.
- Ça m’est égal.
- Raffi. Il y a une unité de chasseurs Tal Shiar de Synthétiques qui opèrent ouvertement sur la Terre. Ça ne pourrait pas se passer sans la complicité de la Fédération.
- J’écoute.
- Vous avez toujours dit qu’il y avait des liens que je ne voyais pas entre les Romuliens et la Fédération…
- Je ne parlais que de Mars, JL. Le sauvetage romulien. Ce ne sont pas des liens que je "vois" comme les gens voient anges ou des fantômes. J’ai des preuves. Des preuves concrètes qu’un officier de haut rang de Starfleet a conspiré pour permettre à l’attaque d’avoir lieu. Pour mettre fin à la mission de sauvetage.
- [Picard incrédule et gêné] Raffi…
- À laquelle ils s’opposaient !
- Raffi, ils n’avaient aucune raison de saboter leur propre sauvetage.
- Que se passe-t-il, d’après vous, quand il y a un cover-up ? Ils ont étouffé l’affaire.
- C‘est pour ça que j’ai besoin de votre aide. De votre esprit. De votre capacité de voir les choses que d’autres ne voient pas.
- Non. Non. Non, non… Je n’irai pas dans un autre trou de lapin avec vous. Plus jamais. Non. Allez-vous-en !
- Raffi…
- Allez-vous-en, s’il vous plaît. [Échange de regards lourds. Picard gêné] S’il vous plait. [Picard se résigne à se lever et à partir, et alors qu’il s’est éloigné] J’ai un pilote pour vous. Il s’appelle Rios. Et il vous contactera.
- Rios. Merci.
- [Musiker, presque en larmes] Maintenant, partez.
Plus tard, la nuit, dans son mobile home, Raffi reçoit une communication vidéo de JL Picard sur son "smartphone"
- Quoi ?
- Vous faites les recherches, hein ?
- Non.
- Je vous envoie tout ce que Daystrom avait sur Bruce Maddox.
- Je ne veux pas.
- Continuez. [Musiker contrariée, soit d’être sollicitée par Picard comme si de rien n’était, soit d’être si bien percée à jour par lui]

Et voilà maintenant que la série ST Picard a le culot de transposer dans l’UFP trekkienne la dialectique pauvres versus riches typiquement contemporaine (à travers la comparaison "envieuse" entre le mobile home de Raffi et le château luxueux de Picard), ce qui convoque pour la première fois dans l’UFP un sentiment de classe et de niveau de vie – alors que ces notions étaient obsolètes sur Terre depuis le 22ème siècle d’ENT, c’est-à-dire avant même la fondation de l’UFP. Comment cet archaïsme pourrait-il subsister (ou brutalement resurgir) après 238 ans d’UFP, à une ère d’abondance au sein d’une société post-lutte des classes, post-tokeniste, post-travail obligatoire, post-salariale, et post-fiduciaire ? Qui plus est sur la planète-capitale de la Fédération (et non sur une lointaine colonie périphérique ayant plus ou moins dérivé comme parfois rencontré dans TNG et DS9). Ce ne serait pas davantage incompatible conceptuellement si, tant qu’à faire, un prochain épisode établissait que l’UFP pratique également l’esclavage tel l’Empire romain !
Le reniement de l’utopie n’est désormais plus seulement d’ordre politique, géostratégique et civilisationnel, il est également d’ordre économique et social. De mieux en mieux, car c’est le paradigme trekkien en lui-même qui est maintenant foulé aux pieds et même conchié.

Mais par son manque de mesure et ses outrances, cet échange réussit l’exploit de discréditer les deux interlocuteurs à la fois !
En chérissant durant quatorze ans une hostilité inextinguible envers Jean-Luc, Raffi reproduit (dans une moindre mesure certes) la haine abstraite et désincarnée de Nero envers Spock dans ST 2009. [Le script a juste besoin d’un antagonisme haut en couleurs>60663#raffi], mais ses fondements restent accessoires donc artificiels. C’est tout juste si Picard n’endosse pas aux yeux de Musiker tous les torts et les crimes du système, le ralliement symbolique de cette dernière à l’amirale Kirsten Clancy confinant à l’ubuesque.
Et de son côté, Jean-Luc passe pour le salaud de service : égoïste, irresponsable et ingrat. Trahissant (un peu plus) le personnage qu’il a toujours été dans TNG et les quatre films. Outre d’avoir fait un choix tactique de courte vue lorsqu’il avait mis en balance sa démission… il a ensuite pris commodément la fuite dans sa propriété familiale, abandonnant par la même occasion les causes galactiques vitales et de fidèles amis à leur triste sort. Mais il n’a en revanche aucun scrupule à les solliciter après des décennies de silence simplement par besoin personnel... C’est d’une trivialité qui se passe de commentaires.
Et le pire est que l’épisode précédent (durant le dernier échange avec Zhaban) montre que le renouement de Picard avec Musiker s’inscrit dans une manœuvre, une manipulation émotionnelle : utiliser quelqu’un qui lui en veut (et qui visiblement a de bonnes raisons de lui en vouloir) pour ne surtout pas exposer ses relations immaculées avec le main cast de TNG ! Est-ce que Jean-Luc est faux cul dans la pseudo-humilité, la pseudo-contrition, la pseudo-autocritique, les pseudo-excuses, et les pseudo-compliments dont il fait montre en présence de Raffi ?
Dans tous les cas, le procédé est dégradant, indigne, et sale. A fortiori pour quiconque connaît le personnage exemplaire de TNG et la société modèle dans laquelle il évoluait… sauf à vouloir – comme envisagé plus haut – faire rétrospectivement passer l’ensemble de l’édifice trekkien pour une arnaque et une illusion.

Lorsque Musiker affirme disposer de preuves tangibles de l’implication de Starfleet dans l’attaque de Mars en 2385, comment se fait-il que Picard ignore cet élément qui pourrait légalement tout changer ? N’est-ce justement pas ce type de pièce à conviction dont Picard aurait drastiquement besoin pour confondre les comploteurs et les criminels, pour recouvrer sa crédibilité auprès du CNC de Starfleet, à défaut auprès du Conseil de la Fédération et/ou des médias ?
Mais de toute évidence, la cohérence intellectuelle n’est plus trop le fort de Jean-Luc, pas plus que de sa série éponyme...
D’autant plus que la conversation devient rapidement confuse en terme de répartition des responsabilités, puisque Musiker – comme Picard lui-même – glissent imperceptiblement de l’implication de la Fédération à l’implication romulienne, comme si les deux étaient indiscernables, et qu’il n’y avait plus aucune distinction de souveraineté.
Sauf que, pour mémoire, ce sont les spectateurs – et non les héros de la série – qui ont été témoins des échanges entre la Commodore vulcaine Oh et la Lieutenante romulienne Rizzo dans Picard 01x02 Maps And Legends. Le noyautage de Starfleet par le Zhat Vash, voire la convergence d’intérêt entre la Section 31 et Zhat Vash ne demeurent à ce stade que des hypothèses de la perspective de Picard & Musiker, non des faits avérés et entérinés.
Jean-Luc est d’ailleurs le premier à souligner l’absurdité d’une implication des Romuliens dans un complot visant à laisser mourir leur civilisation et la majeure partie de leur peuple. Malheureusement, depuis plus d’une décennie, le Star Trek kurtzmanien nous a tristement habitué à de telles absurdités, à commencer par Nero qui attend sagement vingt-cinq ans pour exterminer Vulcain dans ST 2009...
Ces contours flexibles et mouvants sont typiques des logiques complotistes à géométries variables... La suite de l’épisode montrera pourtant que Raffi n’a non seulement rien d’une illuminée, mais qu’elle est très pro en terme de renseignement. Autant dire que le message de ST Picard est clair : les complotistes ont raison ! Pourtant, l’objectif de la série est de dénoncer le populisme de Donald Trump... qui est pourtant le premier à s’appuyer sur le conspirationnisme.
Bref, cet amas de confusion – tant internalise qu’externaliste – prouve une nouvelle fois que, derrière un vernis de pure forme, les lignes de dialogues révèlent de sérieux angles morts, incompatibles avec la gravité des enjeux et des tragédies afférentes.

Ainsi donc, il aura fallu 14 ans pour que Jean-Luc Picard prenne publiquement la parole. Depuis trois épisodes, les scénaristes tentent de frapper d’illégitimité sa prestation sur FNN par l’entremise des réactions diversement indignées de personnages secondaires (pour l’amirale Kirsten Clancy, ça faisait en quelque sorte sens, mais les autres...). Seulement était-ce cette interview qui était contestable (Picard s’étant contenté de dire en public la vérité sans ménagement)... ou n’était-ce pas plutôt le timing qui laissait sérieusement à désirer ? N’était-ce pas un peu tard pour "l’ouvrir" publiquement ? N’était-ce pas plutôt en 2385, après avoir démissionné de Starfleet mais tant que Romulus existait encore (la planète sera avalée par la supernova en 2387 selon ST 2009) que Jean-Luc aurait dû prendre la parole et se transformer en lanceur d’alerte (puisque la fausse société trekkienne de ST Picard a visiblement autant besoin de whistleblowers que la nôtre).
Par le prestige qui était alors celui de l’amiral Picard (le plus célèbre des explorateurs de son temps, ayant sauvé la Terre et l’UFP plusieurs fois), à défaut de convaincre Starfleet, c’est bien en interpellant l’opinion publique (et les nombreux mondes de la Fédération) qu’il aurait pu faire la différence. Quitte à solliciter les nombreuses civilisations qui lui sont redevables après plus de quinze ans à commander les vaisseaux amiraux de Starfleet. Mais rien de sa part, entre atonie et aboulie, juste la soumission dévote, le mutisme et la silence radio à une époque où cela aurait pu tout changer !
Un authentique message de résignation, mais qui est toujours le creuset où se forge le factice des "héros providentiels" hollywoodiens...
Jean-Luc se "réveille" de sa torpeur auto-complaisante seulement lorsqu’une androïde vient faire appel à lui au nom de Data. Pourtant, ce n’est pas sur le dossier du sacrifice Data que Picard peut se reprocher quelque chose. D’autant plus que l’étendue des tragédies de masses survenues dans les années suivantes aurait dû largement relativiser sa culpabilité strictement autocentrée de la perte de Data durant le service. Et pourtant, c’est bien cette dette imaginaire envers feu son ami androïde qui motivera Jean-Luc à se racheter bien tardivement et bien vainement une conscience ! Malheureusement, ce n’est pas en réussissant à sauver Soji Asha que Picard réparera d’une quelconque façon l’abandon d’une planète entière à la mort…

Picard comme Musiker ont stérilement perdu quatorze années de leur vie en contemplant leur propre rancœur… sauf à considérer que Starfleet serait une machine totalitaire ou mafieuse broyant les vies sociales et professionnelles de ceux qui osent la quitter. Si loin de l’humanité trekkienne, qui plus est de ses prétendus meilleurs spécimens... nous sommes une fois de plus ici dans le pire du contemporain.

Ledit contemporain se rappelle également au spectateur par les meurtrières : jamais aucun personnage humain des 23ème et 24ème (ni même du 22ème) siècles ne s’adonnait à la consommation de tabac ni à l’usage de stupéfiants ! En référence par exemple TNG 01x22 Symbiosis, ou encore la réécriture par Gene Roddenberry de TOS 01x28 The City On The Edge OF Forever, et bien sûr DS9 04x08 Little Green Men (où Quark tombe de haut en découvrant les habitudes tabagistes de l’humanité contemporaine durant un voyage temporel en 1947). Et avec impertinence, il serait même possible d’invoquer la série The Orville (dont la fidélité aux idéaux trekkiens ne fait aucun doute tant elle flirte avec le fétichisme) et en particulier l’épisode 02x11 Lasting Impressions (où les ressortissants du 25ème siècle n’ont jamais été exposés au tabac au point de s’y révéler très vulnérables).
Mais ici, Raffi Musiker fume nonchalamment une forme de porte-cigarette électronique, à mi-chemin entre la vapoteuse et le mini-narguilé.
Dans une mini-interview, Michael Chabon est venu expliquer qu’il s’agissait d’un hargl, une "flashpipe" venu d’Orion et permettant de fumer une plante toxique nommée horx ou "snakeleaf". On est tout de suite rassuré... par cet éclairage sorti de nulle part et qui n’apporte rien.

Picard se téléporte à bord d’un petit vaisseau à la forme anguleuse inédite et peinturluré de rouge, nommé La Sirena (dénomination hispanique, non traduite par The Mermaid en VO), et en orbite d’une Terre nocturne. Une petite BO trekkienne accompagne le premier retour du héros-en-titre dans l’espace depuis quatorze ans...
- Capitaine Rios ?
- [Un barbu empressé et désinvolte vient l’accueillir, Picard le prend pour Cristobal "Chris" Rios] Salut.
- Picard.
- Oui. Désolé. Bien sûr. J’ai peur que vous arriviez trop tard. [Picard est interloqué, tandis que le personnage lui demande de le suivre] Bien. Venez.
Sur la passerelle au poste de pilotage très sleek, un homme physiquement identique à celui qui l’a accueilli, est assis. Il allume un cigare, torse nu, l’épaule ensanglantée et transpercée par un objet tranchant :
- [EMH] Alors, quel est le problème ?
- [Rios] Tu plaisantes ? Hé !
- [Picard] Êtes-vous ?
- Chris Rios. Lui, c’est juste un holo médical d’urgence.
- "Juste…" [s’indigne l’EMH]
- Je suis…
- Je sais qui vous êtes. J’ai lu vos livres.
- Que vous est-il arrivé ?
- Je ne suis pas mort. Kit médical. [Celui-ci se matérialisé, et l’EMH s’en empare] Eau-de-vie. [Qui se matérialise aussitôt, Rios en propose à Picard.]
- Non merci
- [Rios s’adresse à l’EMH] Tu dois sortir l’énorme éclat d’obus du trou de mon épaule. Juste une supposition. [Rios s’adresse à Picard] Je vous en prie. Asseyez-vous.
De nouveau, la BO trekkienne se fait discrètement entendre, tel un appel du passé, tandis que Picard est tenté de s’asseoir dans le fauteuil du capitaine, avant de s’en éloigner prudemment, pour découvrir un livre-papier The Tragic Sens Of Life de Miguel de Unamuno.
- Jetez-le n’importe où. Alors, où va-t-on amiral ? Raffi dit que vous n’en savez rien.
- J’y travaille.
- Quand part-on ?
- Aussi vite que possible.
- Vous enfreignez des lois ou en avez l’intention ?
- Je ne sais pas. Je ne consulte pas des avocats avant de faire ce qui doit être fait. Et vous ?
- Je ne consulte jamais personne sur rien. Surtout un avocat.
- [L’EMH continuant à soigner Rios] Voilà. Maintenant, le régénérateur dermal.
- Laisse-le. Donne-moi ça. Tire-toi.
- [L’EMH désabusé] Il n’est jamais plus gentil que ça.
- [Picard ironique] Dûment noté.
- Désactivation du holo médical d’urgence.
- J’ai besoin d’un pilote. Raffi dit que vous êtres le meilleur.
- Je ne contrarie jamais Raffi.
- C’est sage de votre part. Vous étiez le second ("XO") d’un croiseur lourd ?
- L’Ibn Majid. Vous n’en avez jamais entendu parler car il n’existe pas. Starfleet l’a effacé des dossiers.
- Pourquoi je détecte une certaine rancœur à l’égard de Starfleet ? Vous devez savoir que Starfleet et moi, nous nous sommes séparés.
- Si vous le dites. Je m’en fiche complètement.
- Oh, vraiment ? Je vois que ce vaisseau est impeccablement entretenu. Chaque boulon est à sa place. Tout est rangé selon les règlements de Starfleet. J’ignore ce qui vous est arrivé, Rios, ou au Ibn Majid. Mais cinq minutes sur ce vaisseau et je sais avec précision ce qui est en face de moi. Vous êtes un peu produit de Starfleet. Je peux le sentir sur vous.
- C’est juste mon sens tragique de la vie. Raffi m’a prévenu que vous faisiez des discours. Écoutez, Amiral. Engagez-moi ou trouvez un autre pilote. Mais n’essayez pas d’entrer dans ma tête.

Ainsi donc, voici Cristobal Rios dit "Chris" (interprété par Santiago Cabrera), dans le rôle de l’ersatz de Han Solo : mercenaire, hors-la-loi, fournisseur de vaisseau, et pilote.
Certes, on pourra toujours sourire que Picard ne se laisse pas convaincre par les postures de rebelle et de condottiere sans foi ni loi de son hôte, en lui renvoyant avec ironie au visage tout le corpus de "réflexes Starfleet" qui transparaissent de son vaisseau et de sa personne. Rios est clairement un "Starfleet material" et ce n’est pas à Picard qu’on peut la faire. Mais ce léger sarcasme ne rédime en rien la caractérisation m’as-tu-vu d’un personnage narcissique davantage millésimé 2020 que 2399.
Avec son éclat d’obus dans l’épaule et son cigare dans le bec, Chris est même un cliché ambulant sorti d’un jeu vidéo pour smartphone : acariâtre car supposé avoir beaucoup souffert, mais cool quand même car il faut bien rester séduisant pour le public. C’est toute la "profondeur" en trompe l’œil du stéréotype.
Et le tabagisme encore : après la vapoteuse-narguilé de Musiker, voici le habano de Rios ! Bienvenue encore une fois dans le monde contemporain... jusqu’à la sémiotique. Car pour Michael Chabon et les showrunners de la série, il est évident que c’est une façon subtile d’asséner au spectateur à quel point Chris est en marge de l’UFP...
Y parait que Rios ne se remet pas de la mort de son précédent capitaine. Une impression de déjà-vu. Ah oui en fait, comme Jean-Luc vingt ans après le décès de Data. Ils sont manifestement faits pour s’entendre, et le registre émotionnel de la série est décidément redondant...
Il est par ailleurs curieux que Picard s’étonne davantage de la rancœur de Rios envers Starfleet… que de l’effacement des dossiers et des registres d’un vaisseau entier (l’Ibn Majid), croiseur lourd qui plus est ! Les méthodes de la Section 31 discoverienne sont-elles la nouvelle norme de Starfleet, à tel point que nul (pas même Picard) ne s’en étonne ?
À l’instar du name dropping qui confère une teinte d’érudition pour mieux masquer une impuissance argumentaire, ST Picard accompagne l’introduction de chaque nouveau personnage d’une pseudo-caution littéraire (et au format papier s’il vous plait) ! Ainsi, Agnes Jurati feuilletait le Cycle des Robots d’Isaac Asimov au domicile de Jean-Luc Picard (pour un couplet anti-SF à contremploi) ; et maintenant ce dernier compulse Del sentimiento trágico de la vida (du philosophe espagnol Miguel de Unamuno) sur la passerelle de Cristobal Rios.
Rien n’a donc changé depuis Discovery, avec ses citations incongrues de Lewis Carroll et ses titres d’épisodes pompeux...
Par-delà l’œillade au donquichottisme (qui pourrait directement viser Jean-Luc Picard et son "réveil militant" avec quatorze ans de retard), pour qui connait la philosophie d’Unamuno, le ST kurtzmanien convie une nouvelle fois un déisme anti-trekkien, comme il n’avait cessé de le faire dans Discovery (par exemple dans l’épisode 02x02 New Eden).

De son côté, Musiker fait des recherches informatiques depuis son mobile home… au travers d’interfaces holographiques translucides (of course) quasi-identiques à celle de Discovery (pourtant supposées être antérieures d’un siècle et demi).
Et voilà qu’elle détecte soudain une "Indentification d’algorithme crypto : œuf gorn" / "type : empreintes digitales quantiques" / "origine : Freecloud". Elle pénètre alors sur le serveur ou le site de Freecloud. Le web de 2399 semble conceptuellement le même que celui d’aujourd’hui. Le futurisme de la série Picard rapproche en toute occasion ses concepts technologiques du paysage actuel, à croire que cette nouvelle série ST procède davantage des salons CES/IFA que de TNG.
Les procédés has been employés par Jean-Luc (un combadge à la TNG et non un holosmartphone Samsung) pour communiquer avec elle, ainsi que son isolement dans le désert et sa vie d’ermite... suggéraient que Raffi cherchait vraiment à se couper de la technologie (et de la surveillance globale inscrite dans sa dialectique complotiste). Sauf qu’il n’en est rien, puisque c’est bien de son mobile home que l’ex-XO de Picard hacke le galactic wide web pour retrouver la trace de Bruce Maddox !

L’ENH s’adresse à Rios en privé (car ce n’est désormais plus l’EMH mais l’ENH) :
- Les détecteurs de navigation sont revenus à la portée maximum. Quoi qu’il se soit passé, ça s’est facilement réglé. Alors, on est excité ? Intimidé ? Peut-être même un poil ébahi ? Jean-Luc Picard. Initiateur du contact avec Continuum Q. Arbitre de succession pour l’Empire Klingon. Sauveur de la Terre contre l’invasion Borg. Capitaine des Enterprise D et E. Il a même travaillé aux côtés du grand Spock.
- Tu es un holoprogramme d’urgence. On n’a plus d’urgence de navigation. Pourquoi es-tu encore là ?
- Quelqu’un est en train de vivre un excès aigu de saute d’humeur. Picard est un type bien, capitaine Rios. Il est du côté des anges. Ça fait longtemps que tu n’as pas aidé quelqu’un comme lui. Très longtemps.
- Épargne-moi ta morale juvénile de catéchisme.
- Alors épargne-moi le relativisme moral d’ado névrosé.
- J’ai déjà eu un grand capitaine héroïque dans ma vie. La dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’un autre. Dix ans, et je ne peux toujours pas fermer les yeux la nuit sans revoir gicler sur une cloison le sang et le cerveau du dernier. Désactive l’holo médical d’urgence.
- Oh non. Tu… [Et l’ENH disparait]

Rios n’est donc pas accompagné d’un hologramme à son effigie, mais de deux :
- le premier médical, nommé en VO Emergency Medical Hologram ou EMH et en VF Hologramme médical d’urgence ou HMU)
- et le second navigateur (nommé en VO Emergency Navigator Hologram ou ENH et en VF Hologramme navigateur d’urgence ou HNU).
Toutefois, les sous-titres français, très médiocres dans l’ensemble, n’ont pas fait la distinction entre les deux holoprogrammes. Une fois n’est pas coutume, la VF de ST Picard est nettement plus soignée que sa VOSTFr.
Néanmoins, la personnalité de l’EMH et de l’ENH est la même, et cela évoque les upgrades multiples et les extensions de fonctionnalité de l’EMH de l’USS Voyager (qui sera devenu lui aussi, dans la septième saison de VOY, un substitut de navigation).
Les EMH & ENH de La Sirena sont physiquement identiques à Rios, mais psychologiquement distincts (encore que... tout dépend si la psychologie se définit par un trait ponctuel ou par un trait général). Peut-être est-ce là un paramétrage des EMH/ENH de la fin du 24ème siècle qui les font apparaître par défaut à l’image de leur capitaine… ou alors s’agit-il d’un tweak personnel de Rios ?
Toujours est-il que l’EMH/ENH s’érige (à son initiative ?) en "guide" ou "conseiller moral" personnel de Rios. En somme, cet EMH/ENH est Jiminy Cricket, un rip-off de ce grillon qui incarnait la bonne conscience de Pinocchio dans le dessin animé de Walt Disney (1940).
Le trekker vibrera probablement à l’inventaire (pur fan service garanti) par l’ENH des exploits historiques du capitaine Jean-Luc Picard (jusqu’à la référence au "grand Spock"), prolongeant ainsi la présentation médiatique flatteuse de FNN dans 01x01 Remembrance. Néanmoins, par-delà la performance de montage et d’’interprétation (l’acteur Santiago Cabrera se répondant à lui-même), le duo (voire trio) comique de Chris et ses holos (initié par un petit jeu de substitution) ne dépasse guère le seuil de l’effet de surprise initial. Il est à craindre que la suite de la série s’appuie beaucoup sur ce piètre comic relief, au risque de sombrer dans le vaudeville (déjà esquissé dans ce troisième épisode)...

Reconduisant et même normalisant l’humanité de l’EMH/ENH dans VOY, le cas de cet hologramme sentient ne fait que renforcer l’incongruité et l’incohérence de toute la politique cybernétique de l’UFP, de l’inhumanité parodique des A500 (lorsque dans le même temps il existe de pareils hologramme autonomes) à l’interdiction de toutes les vies synthétiques (qui aurait alors dû frapper les EMH également, ou alors sur quoi se base la distinction ontologique entre les androïdes et les hologrammes animés ?).

On notera la curieuse référence terminologique (et ce n’est pas la première dans l’épisode ni dans la série) au catéchisme… et plus généralement aux religions monothéistes… exactement comme dans DIS. Une fois de plus, bienvenue aux USA today, les auteurs ayant semble-t-il oublié que l’humanité trekkienne est largement délestée du poids culturel des religions.

Tandis que la Dr Agnes Jurati est plongée dans ses pensées (avec une écoute musicale aux oreillettes), à l’extérieur du Daystrom Institute, elle reçoit la visite surprise du Commodore Oh, qui la surprend par derrière, plus inquiétante que jamais avec ses lunettes noires (nouveau look vulcain ?). Elle vient l’interroger sur ses récentes entrevues avec l’amiral Picard… pour un effet subjectif aussi saisissant que lors les visites d’Arvin Sloane dans Alias...
Quelle est la logique (vulcaine) de ces lunettes de soleil ? En 2285, ST II The Wrath Of Khan avait établi que les lunettes étaient obsolètes dans la société trekkienne. En outre, les Vulcains disposent d’une inner eyelid ou paupière interne en VF (cf. ENT 04x07 The Forge, TOS 01x29 Operation — Annihilate !) qui les protègent d’un soleil bien plus lumineux que celui de la Terre, renforçant l’inutilité de cet accessoire dans leur cas. Du coup, ces lunettes noires strictement décoratives et anachroniques sont-elles juste une manière de "faire genre" (pour inviter la sémiotique contemporaine des men in black) au mépris des impératifs de discrétion des services de sécurité (a fortiori de la Section 31), ou bien est-ce une manière grossière de souligner que la Commodore Oh n’est pas vraiment Vulcaine (mais Romulienne)... voire même de suggérer qu’elle proviendrait de l’univers miroir de Discovery dont les humanoïdes sont davantage sensibles à la lumière (à l’instar de l’impératrice Mirror Philippa Georgiou, elle-même appelée à prendre la tête la Section 31 dans la future série du même nom) ?
Et puis, quelle poésie, quelle audace futuriste aussi... que ces oreillettes sans fil Apple AirPods employées par Agnes pour s’immerger dans la musique tout en contemplant le paysage si zen d’Okinawa...

"Et pendant ce temps-là sur le Cube borg colonisé par les Romuliens"...
Tout comme l’épisode précédent, Picard 01x03 The End Is The Beginning est émaillé de nombreuses scènes sises dans le cube Borg et sa petite "alter-utopie". Et l’épisode gratifie le spectateurs d’une nouvelle plongée vertigineuse dans la technostructure cyberpunk, la caméra étant comme immatérielle et passant à travers la coque externe, les murs, les cloisons, les dédales intérieurs.
Le directeur du programme Reclamation Project n’est autre que Hugh (cf. TNG 05x23 I Borg et TNG 07x01 Descent, Part II), interprété par le même Jonathan Del Arco (aucun recast certes, mais quelques 27 ans de plus au compteur), portant encore les stigmates de son assimilation sur son visage à la manière de Seven Of Nine, mais désormais totalement humanisé.
À travers des enregistrements vidéo, Hugh (en VO) ou Lou (en VF) est interpelé pour ne pas dire impressionné par l’empathie de Soji Asha lorsqu’elle accompagne dans la mort un ex-drone condamné (en lui disant dans la langue d’origine "You are free now, my friend"). Les séquences romulano-borgs de l’épisode seront pour la plupart articulées autour des échanges entre Hugh et Asha :
- Je ne sais pas quoi dire, Docteur Asha. Votre travail ici a toujours été excellent. Mais parler à un Sans Nom dans sa propre langue… remarquable.
- Vous m’avez appris que quelques mots dans la langue natale sont apaisants. Même dans un état inconscient.
- Il n’y a pas de gens plus méprisés dans la galaxie que les XBs. On nous voit comme une propriété à exploiter ou un péril à emmagasiner. Nos hôtes, les Romuliens, ont une vision plus large. Ils nous voient comme les deux.
- Je déteste ça.
- Vous êtes différente.
- Merci.
- J’ai décidé de vous laisser interviewer Ramdha.
- Oh, mon Dieu. Vraiment ?
- Vos me harcelez pour ça depuis longtemps. Après aujourd’hui, j’ai envie de vous accorder votre requête. Dites-moi… pourquoi ?
- Que savez-vous de Ramdha avant son assimilation ? Vous avez lu son dossier romulien ?
- Bien sûr que non. Attendez… vous si ? [Silence de consentement d’Asha] Comment avez-vous fait ?
- J’ai juste demandé à le voir. Si je demande de l’aide aux gens, ils sont contents de m’aider.
- Ça n’a pas été mon expérience. En particulier avec les Romuliens.
- Ramdha était la plus grande experte sur les mythes romuliens anciens. Elle a écrit des livres sur le sujet.
- Et en quoi cela a-t-il un lien avec votre travail ?
- Il y a des preuves importantes de l’utilité thérapeutique d’un cadre mythique partagé ("shared mythical framework").
- Trente minutes. Comme expérience. Puis on verra comment ça se passe. [Asha est soulagée et satisfaite]
Hugh précède Dr Soji Asha et s’adresse à des employés romuliens
- Elle est ici pour rencontrer la patiente 4822/2.
- Elle a besoin d’une autorisation.
- Cette unité est dirigée par le Projet de récupération ("Reclamation Project"). Elle est sous l’autorité directe de son directeur exécutif, moi. Ouvrez.
Hugh et Asha pénètrent dans une zone sécurisée protégé par un champ de force, ou sont enfermée des xBs romuliens, partiellement dé-borguisés, mais avec encore quelques implants dans le corps, et visiblement dérangés mentalement... façon One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Vol au-dessus d’un nid de coucou) de Milos Forman (1975).
- Tous les aliénés sont Romuliens ?
- Les seuls Romuliens assimilés, à ma connaissance. La voilà. [Hugh désigne de son regard Ramdha]
- [Asha tente de nouer le dialogue avec la xBs Ramdha] Bonjour. [Ramdha la regarde à peine, l’esprit accaparé par une espèce de "réussite" au moyen d’un jeu de cartes triangulaires]
- [Asha s’adresse à Hugh] On dirait une porte.
- Très proche. Je crois que celle-ci s’appelle "shaiqouin", ce qui veut dire…
- Une fausse porte. Les maisons romuliennes traditionnelles ont toujours eu une fausse porte d’entrée. On doit passer par derrière.
- Tu es une je-sais-tout, hein ?
- [Asha vient de placer derrière Ramdha et lui parle en langue romulienne] Si certaines personnes demandaient à entrer, leur demande serait acceptée ?
- [Après une longue attente, Ramdha lui répond] Vous pouvez vous asseoir.
- Je m’appelle Soji. Je travaille avec Hugh sur le Projet de récupération. Mais je suis anthropologue de formation. [Ramdha continue sa "réussite"] Ma présence est une intrusion. Pardonnez-moi pour ça.
- Ramdha a de bons et de mauvais jours.
- Comme nous tous. Pouvez-vous me parler des cartes ? Les "pixmit". Comme marchent-elles ? Vous prédisez l’avenir avec elles. C’est une sorte de mandala. C’est ça ? Les images ont un rapport avec la mythologie romulienne ?
- La mythologie ? Je déteste ce mot. En romulien, ce mot n’existe pas.
- Il y a un meilleur mot ? Écritures ? Histoires sacrées ? Légendaires ?
- Les nouvelles.
- J’adore ça. C’est parfait. L’idée que les anciens Borgs puissent créer une mythol… un cadre narratif partagé pour comprendre leur trauma. Enracinée dans de profonds archétypes, mais aussi pertinente que les nouvelles du jour. C’est précisément ce que j’espère faire.
- [Ramdha se met à dévisager Soji, avec un regard transperçant] Je te connais. Je me souviens de toi de demain.
- Non, Ramdha. Nous ne nous sommes jamais rencontrées. [Finalement, Soji s’adapte] Bon, qu’est-ce que je faisais quand vous m’avez rencontrée demain ? L’une des choses qui vous rendent si spéciale, Ramdha, c’est que vous étiez à bord du dernier vaisseau assimilé par ce Cube.
- [Hugh s’adressant à Soji] C’est vrai ? Comment le sais-tu ?
- Vous étiez à bord du vaisseau impérial Shaenor avec 25 autres passagers. Vous avez croisé ce Cube. Vous avez été assimilée. Mais il y a eu un problème. [Tandis que Ramdha est assaillie de souvenirs bruyants, Asha lui prend la main] Que s’est-il passé, Ramdha ? Le savez-vous ? Pourquoi la sous-matrice s’est effondrée ? [Ramdha retire brutalement sa main Laquelle es-tu ? Quelle sœur es-tu ? Quelle sœur es-tu ? [Ramdha de plus en plus affectée émotionnellement] Celle qui meurt ou celle qui vit ? [Ramdha s’empare alors par surprise d’un phaser ou disrupteur et tout en menaçant Asha se met à hurler] Je sais qui tu es. Tu es Seb-Cheneb. Tu es le Destructeur !
Et alors, Ramdha s’apprête à se suicider d’un tir dans la tête. Mais plus rapide que l’éclair, Asha réussit à interrompre son geste, bousculant et dispersant au passage le "mandala" de pixmits composé par Ramdha.
Hugh s’interpose, pour empêcher les gardes romuliens de brutaliser Ramdha : « Lâchez-là. Elle n’a rien fait. [En parlant du Romulien à qui Ramdha a volé l’arme] C’est lui qui a besoin d’être discipliné. Emmenez-le hors d’ici. Et assurez-vous que vos armes de poing sont pleinement sécurisées. »
Soji est le sous le choc de ce qu’elle a entendu. Et l’ensemble des patients xBs romuliens la regardent comme si elle était rien de moins que l’Antéchrist en personne !
Comme l’avait fait préalablement sa sœur depuis les bas-fonds de Paris, Soji contacte par holo-smartphone sa "mère" pour lui confier sa détresse, tandis que cette dernière, par ses mensonges et son attitude invariablement enjouée, ne fait que renforcer l’impression générale de simulacre :
- Bonjour, chérie.
- Maman.
- Chérie, qu’y a-t-il ?
- Maman, Dahj va bien ?
- Quoi ?
- Elle va bien ?
- Oui, chérie. Dahj va bien. Je lui ai parlé aujourd’hui. Elle a l’air très en forme. Elle veut adopter un chiot. Je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée. Mais tu connais Dahj, quand elle a un projet…
Soji subit à ce moment-là, comme sa "sœur" auparavant, un "control mental" à distance dans le style de Ghost In The Shell, puis elle finit par perdre temporairement connaissance sur son lit.

L’entrée en scène de Hugh et son implication à la tête du programme de "déborguisation" confère immédiatement une relative "respectabilité caritative" à l’action menée par les rescapés romuliens... lorsque dans le même temps, la Fédération de ST Picard est systématiquement associée à ce qui peut exister de plus négatif.
Cependant, la (ré-)introduction de Hugh in media res, pour ne pas dire à la sauvette, est à la frontière de l’inintelligibilité pour qui n’est pas un TNG buff (d’autant plus que Jonathan Del Arco est méconnaissable par rapport à ses deux précédentes apparitions dans la franchise il y a presque trois décennies). Il est particulièrement ironique de devoir aujourd’hui reprocher à un ST kurtzmanien de manquer d’accessibilité, lorsque le ciblage des newbies (et des non-trekkers) ainsi que la démagogie furent l’alpha et l’oméga de tous les Star Trek 2.0 depuis 2009. Mais en réussissant à cumuler l’inaccessibilité et l’incohérence internaliste, ST Picard est une fois de plus le pire des deux mondes.

Faut-il rire de la novlangue scientifique employée par Soji ("utilité thérapeutique d’un cadre mythique partagé") pour tenter à la fois de mettre en équation et de justifier socio-psychologiquement les religions ? DS9, en dépit de son étude des questions mystiques et religieuses, ne s’était jamais essayée à une telle systémique de légitimation...

En étant toujours plus humaine que les humains, mais inexplicablement omnisciente et subjuguante, Soji fait à la fois de l’ombre à la mémoire de Data et injure à la politique discriminatoire anti-Synthétiques de la Fédération de ST Picard.
Tout en déclarant être incapable de reproduire la technologie positronique révolutionnaire de Noonian Soong (qui aurait semble-t-il l’exclusivité de la sentience, oubliant au passage les EMH/ENH...), Bruce Maddox a pourtant réussi à reproduire Data par simple "cyber-mitose" ! Et comme si ce What The Fuck n’était pas déjà suffisant, fort de deux Asha qui surclassent en sentience et en humanité Data (tout en étant possiblement de nature biologique et non synthétique), Maddox écrase littéralement en tout point le travail de Soong !
À tel point qu’en exhibant en toute occasion l’hyper-savoir de Soji (elle connaît naturellement toutes les langues et toutes les données classifiées) mais également son hyper-persuasion (elle suscite les confidences de tout le monde) et son hyper-empathie (tel un super-pouvoir), les auteurs lui font suivre le même chemin que Mary-Sue (Michael Burnham) dans Discovery... La communauté de showrunners est de plus en plus flagrante...

Mais c’est bien la dimension ésotérique et vaticinatrice qui interroge et laisse perplexe. Entre les séances de "cartomancie romulienne" et l’hystérie suicidaire en présence de la supposée "vraie nature" de l’innocente Asha (qui ne saurait pas qui est en réalité), c’est tout le ban et l’arrière-ban du mysticisme apocalyptique que Picard 01x03 The End Is The Beginning convoque désormais ! Spectaculaire peut-être, mais énigmatique comme une Mystery Box de RPG. Ce style grandiloquent et axiologique à la The Omen (1976) (mais où l’Antéchrist serait renommé Seb-Cheneb ou le Destructeur) s’accorde assez mal à la SF véritable, et en particulier à l’univers rationaliste de Star Trek.
ST Picard aurait-il son Red Angel comme la saison 2 de ST DIS ?

Lorsque Ramdha s’adresse à Soji à un temps verbal futur ("I remember you from tomorrow"), il est aisé de l’imputer aux perturbations mentales de la xBs, voire à un langage symbolique ou mythologique. Mais il est également possible d’y voir l’indice d’une causalité temporelle. L’événement mystérieux qui semble avoir frappé le dernier vaisseau romulien assimilé par le Cube borg avant que celui-ci ne soit coupé du Collectif pourrait être d’ordre temporel, avec pour possible conséquence que ses occupants auraient au minimum entrevu le futur (voire en proviendrait). De même, le champ d’action du très secret Zhat Vash pourrait lui-même être temporel. Auquel cas, cela pourrait suggérer que Soji serait – volontairement ou non – la cause d’une tragédie (de la perspective romulienne), encore qu’il soit difficile d’imaginer pire que la destruction de Romulus. Et attendu le degré d’intrication les séries Discovery et Picard, ces causalités temporelles pourrait d’ailleurs être liés à l’USS Discovery au 32ème siècle (en une ère encore plus dystopique qu’en 2399 d’après les bandes-annonces)...
Le voyage dans le temps a toujours été une composante majeure de la franchise depuis l’origine… généralement pour le meilleur jusqu’en 2005… mais systématiquement pour le pire depuis 2009.

Il est temps de passer à la "rubrique porn-soap"…
Narek rend visite à Soji dans ses quartiers :
- Entrez.
- Comment te sens-tu ?
- Que s’est-il passé ?
- Aucune idée. Si tu me l’avais demandé cinq minutes plus tôt, j’aurais dit que je ne sais rien sur un vaisseau romulien. J’aurais du que je n’ai jamais entendu parler du Shaenor ou que Ramdha était à bord.
- Et cela aurait été la vérité ?
- J’ai lu tous les documents non classifiés sur l’histoire de ce Cube. Ça devait être là, quelque part. Même les censeurs romuliens font parfois erreur. Tu me crois ?
- Tu peux garder un secret ? [Narek lui souffle alors à l’oreille] Je crois que je suis en train de tomber amoureux de toi. [Et Narek la serre tendrement dans ses bras.]
En sortant des quartiers de Soji, Narek se fait surprendre dans une coursive du Cube par sa sœur, la Lieutenante Narissa Rizzo, cette fois en live et avec ses oreilles pointues :
- Je suis de retour.
- Tes oreilles aussi.
- Je peux la sentir sur toi. [Elle renifle Narek] L’odeur est remarquablement… charnelle. Elle est vraiment une machine extraordinaire. Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
- Encore rien. Je ne suis pas sûr de ce qu’elle sait consciemment. Mais je suis sûr qu’elle n’a aucune idée de qui elle est vraiment. Et vu ce qui s’est passé sur Terre… on devrait maintenir cette situation le plus longtemps possible.
- La Terre était un mauvais calcul.
- [Narek s’approchant doucereusement de sa sœur pour lui asséner quelques paroles tendres] Ton mauvais calcul.
- [Narissa lui retournant la politesse] C’est la seule raison pour laquelle je t’ai laissé poursuivre cette extrêmement douteuse…
- … bien plus subtile…
- … approche. Bonne chance frère. Veille à ne pas tomber amoureux.
- Content de t’avoir vue sous ton aspect habituel.

Miam. Ah, que serait un épisode de ST Discovery… euh de ST Picard sans une séquence bien vacharde de cynisme pour le cynisme, histoire d’emphatiser le bon vieux soap des familles, tendance remake de Dynasty. Et on devine déjà que l’un des enjeux de la série sera de quel côté va basculer Narek ? Du côté de son inhumaine de sœur et de son engagement envers le Zhat Vash… ou bien du côté de Soji, l’androïde plus humaine que les humains ? Un dilemme de loyauté (et un faux suspens) qui nourrit déjà toute les spéculations (et les paris) dans le Landerneau (ou pas).
La série ST Picard est décidément abonnée aux clichés les plus archaïques et les plus éculés. Car après avoir exhumé les androïdes creepy des années 50 – version Craignos Monsters – pour représenter les Synthétiques A500s, elle déterre maintenant les vamps cruelles et lubriques des années 80 avec l’antagoniste romulienne Narissa Rizzo. Poussée par une écriture immature pour ne pas dire prépubère, Peyton List sexualise gratuitement chacune de ses postures, entre les pulsions semi-incestueuses envers son frère (Narek) et un complexe sadomasochiste... qui ferait passer Mirror Kira Nerys de l’univers miroir de DS9 pour un modèle de sobriété.

En parallèle, après sa visite à bord du vaisseau de Cristobal Rios, Jean-Luc Picard revient visiter une ultime fois son château, respirant l’air et contemplant méditativement les étoiles… Laris vient alors vers lui :
- L’odeur familière de la saison des vendanges. La fumée de bois. Le foin fauché. Et cette douceur insistante des grappes.
- Et ça ne vous manquera pas ? Rien de tout ça, juste un peu ?
- Oh oui, ma chère. Vous me manquerez, et Zhaban, et Numéro Un. J’ai fait de mon mieux pour appartenir à cet endroit. Mais je ne me suis jamais vraiment senti chez moi, ici.
- Vous avez toujours eu un œil sur les étoiles.
- [Zhaban apporte à Picard un sac de victuailles] Pour la route. Du pain. Du Roquefort. La terrine d’oie de Madame Arnaud. Bien supérieur au pouvoir d’un synthétiseur. Et enfin…
Soudain, des tirs de phaser viennent briser la quiétude nocturne du vignoble.
- Ils ont détruit l’alarme !
- Emmène-le.

N’écoutant que leur dévouement à Picard, les deux Romuliens s’efforcent de la protéger contre les agresseurs armés, visiblement les même "ninjas noirs" que dans le pilote. S’ensuit une empoignade violente et spectaculaire, jonchés de combats chorégraphiés (façon Discovery) et de tirs multiples, détruisant le mobilier du château, tandis que le vieux Picard tente tout de même – non sans mal – de jouer un rôle actif (en se saisissant d’un pistolet phaser).
Croyant avoir éliminé tous les sicaires, les protagonistes se font surprendre par un dernier, mais celui-ci n’a pas le temps de tirer que… surprise… la Dr Agnes Jurati apparaît à la porte d’entrée et le descend !
Une coïncidence digne des romans de gares, surtout que nul ne présageait que la délicate cybernéticienne se révèle une bad ass pour les besoins de l’effet de surprise :
- [Jurati tout chose devant son tir suivi d’effet] C’était peut-être… en mode paralysie ?
- Les disrupteurs romuliens n’ont pas de mode paralysie. [répond Laris]
- On mon Dieu. [Jurati laisse tomber l’arme portée par un geste conjuratoire]
- Tout va bien. [dit Picard] Merci. Tout va bien. Venez.
Les agresseurs romuliens sont à terre. Mais Laris et Zhaban en asseyent un, le ligotent, lui enlèvent sa cagoule, et tentent de l’interroger. Avec son look skinhead, ce dernier semble être issu du "clan" de Nero (ST 2009).
Tandis que Picard sert un verre de vin à Jurati :
- Tenez.
- Elle s’appelle Oh.
- Chef de la sécurité de Starfleet. Une Vulcaine.
- Vous la connaissez.
- Non. Mais j’entends dire qu’elle est très douée dans son travail.
- Elle voulait savoir pourquoi vous êtes venu me voir. Je suis désolée mais je lui ai dit. Ça avait l’air trop important. Et je ne sais pas mentir.
- Bien sûr. Pas de problème.
- Mais il y a une chose que je ne lui ai pas dite.
- [Laris] Zhaban.
- On n’a pas le temps, Laris. Ils en enverront d’autres.
- [Laris s’adresse à Zhaban en langue romulienne] On n’est plus comme eux. [Après avoir réveillé le Romulien ligoté avec un brumisateur, s’adressant à Picard] Amiral, il est conscient.
- [Picard au prisonnier romulien] Parlons. Pourquoi le Tal Shiar est sur Terre ? Êtes-vous du Zhat Vash ? Si vous répondez à mes questions, je vous libérerai. [Silence du Romulien]
- [Zhaban] Ça ne sert à rien.
- [Laris] Oui, car c’est Nordique aussi têtu que toi.
- [Picard au prisonnier] Pourquoi avez-vous tué cette fille ? Pourquoi avez-vous tué Dahj Asha ?
- [Le Romulien se met à parler contre toute attente] Ce n’est pas une fille.
- [Picard] Aidez-moi à comprendre ce qui se passe.
- Elle n’est pas celle que vous croyez.
- Pourquoi l’avez-vous tuée ? Il y en a une autre comme elle ? Où est-elle ? Où est l’autre ?
- Tu ne la trouveras jamais avant nous, "qezhtihn" [Une insulte assénée violemment par le prisonnier à Picard, et auquel réplique Laris par un uppercut. Puis tandis que le Romulien git au sol, il se met à hurler avec hystérie] Elle est la fin de tout. Elle est le Destructeur.
Le Romulien libère une substance contenue dans sa bouche (serait-ce le Thalaron de ST Nemesis ?) et il se désagrège en quelques secondes (Zhaban échappant de peu au même sort).

Ici et cette fois, nulle androïde providentielle pour stopper le geste suicidaire. Les deux transes hystériques romuliennes aigües, prophétisant à plusieurs dizaines ou centaines d’années-lumière les mêmes apocalypses dans les mêmes termes, et finalement ponctuées par des suicides – certes raté à bord du Cube mais réussi au château – se répondent l’une l’autre, jusque dans la mise en scène. Ce montage parallélisant des événements très éloignés dans l’espace (voire peut-être dans le temps si les temporalités étaient distinctes) emphatisent une menace cosmique qui sourdrait...
Même si le spectateur a l’impression de s’être comme trompé de série, "l’angoisse cabalistique" se veut grande, et les hypothèses relatives à la vraie nature cachée de l’androïde hantent les esprits. Soji serait-elle sans le savoir à Dahj ce que Lore était à Data ?

Zhaban et Laris sont toujours aussi attachants… mais ils sonnent toujours aussi peu Romuliens. Remarquez, c’est plutôt raccord avec une UFP qui ne ressemble en rien à l’UFP, Starfleet qui ne se comporte pas comme Starfleet, et Jean-Luc qui agit bien davantage comme Patrick.
L’affirmation experte des deux vétérans du Tal Shiar dans l’épisode précédent (comme quoi Picard ne serait en sécurité qu’à son domicile) se heurte ici à une aporie qui frise même le gag...
Jean-Luc se démoralisait que toute trace de l’attaque précédente (où Dahj trouva la mort) fût matériellement effacée (par le Zhat Vash ou par la Section 31). Mais voilà que le héros en titre prend lui-même la relève du cover up, puisqu’en dépit des abondantes preuves physiques laissées cette fois à son domicile (notamment de nombreux cadavres) qui aurait pu crédibiliser sa version des faits auprès de Starfleet (i.e. des actions commandos menées par des Romuliens sur Terre), il ne songe même pas à contacter ce qui tient lieu de police ou d’armée...
Néanmoins, il est clair depuis son échange post-générique avec Raffi que Jean-Luc n’est pas du tout intéressé par les preuves. Au moins, il reste ici cohérent dans son incohérence.

D’autres vagues d’assauts (pires encore) sont d’ailleurs prévues au Château d’après Rios (via Musiker-qui-sait-tout). Pourtant, après le départ de Jean-Luc, les deux serviteurs romuliens garderont stoïquement la "place forte" viticole tel un Fort Alamo. Et dans ce Far West sans foi ni loi qu’est devenue la Terre 2399, pas question de compter sur une quelconque assistance des autorités : des gangs de desperados romuliens massacrent en toute impunité. Au nez et à la barbe d’un Starfleet dans le déni complet du réel.

On apprend que les "fronts plissés" (cas du prisonnier comme de Zhaban mais de Laris) sont des Romuliens dit "nordiques" (contrairement aux "fronts lisses"). Un apport intradiégétique qui semble résoudre "en passant" une énigme vieille de 23 ans. Sauf qu’à la différence des nombreuses consolidations internalistes d’ENT, cette révélation n’apporte in fine aucune information utile et éclairante, à part d’assumer explicitement en in-universe l’existence de deux phénotypes romuliens distincts (écartant donc une simple variation externaliste de représentation).

Au Château Picard, devant Laris et Zhaban, le Dr Agnes Jurati plaide sa cause auprès de Picard avec autant de passion que Gillian Taylor auprès de Kirk dans ST IV The Voyage Home :
- [Picard] Vous avez dit que vous avez raconté au Commodore Oh toute nos conversations à part une chose. Laquelle ?
- [Jurati] Que je viens avec vous… chercher la fille. Dahj. [Dit Agnes avec aplomb et devant la galerie amusée] L’autre Dahj. Vous allez la chercher, n’est-ce pas ? Oh pensait que vous planifiiez de prendre un vaisseau et un pilote pour chercher la seconde synthétique. C’est le cas ?
- [Picard reçoit un signal sur son combadge] Vous êtes en avance.
- [Rios] Non. Mes sources m’indiquent…
- Quelles sources ?
- C’est sur le point de devenir très chaud chez vous.
- C’est déjà chaud.
- Plus chaud.
- [Jurati] C’est votre pilote [Picard acquiesce] Bien. Vous devez m’emmener avec vous et voici pourquoi. A : Je viens de tuer un homme pour vous sauver la vie. B : Vous êtres un homme bon et décent capable d’empathie et de compassion. Et je suis une scientifique qui a passé tout sa vie à imaginer un miracle, sachant que ça ne se présenterait jamais. Mais c’est fait, et c’est réel. Et je dois la voir. Et C : J’ignore combien ça coute d’aller où vous allez, ou combien ce gars fait payer.
- Je suis cher.
- Mais je suis Agnes P Jurati. Je suis experte en chef sur la Terre sur la vie synthétique. Si vous m’emmenez, je gagnerai mon séjour au-delà de vos espérances. [Picard, Laris, et Zhaban se regardent avec connivence, à la fois ironiques et convaincus]
- [Rios] C’est l’heure d’y aller.
Et Picard et Jurati se téléportent à bord de La Sirena. Mais contre toute attente (enfin pas vraiment, Musiker est déjà là, assise au poste de navigation.
- [Picard] Raffi ? Qu’est-ce que c’est ? Ah oui, "des sources" [Picard établissant le lien]
- J’ai trouvé Maddox.
- Où est-il ?
- [Musiker] Si je vous le dis, vous me promettez de m’emmener avec vous ?
- Je serais honoré que vous vous joigniez à moi.
- Oh non. Je ne me joins pas à vous. Jamais plus. Je veux juste me faire déposer.
- Où ça ?
- Bruce Maddox est sur Freecloud.
- [Picard] Freecloud. Oui, bien sûr.
- [Jurati] Pourquoi voulez-vous aller sur Freecloud ?
- [Musiker à Jurati] On s’est rencontrés
- Agnes Jurati. [Elle tend la main à Raffi, sans retour]
- [Musiker à Picard] C’est tout ? Vous allez laisser Agnes se joindre à votre mission top-secrète ?
- [Picard] Docteur Jurati est l’experte en chef sur la vie synthétique sur la Terre.
- [Musiker] Vous ne m’avez même pas demandé de faire un contrôle de sécurité. Pas même le plus basique.
- [Picard] Pourquoi voulez-vous aller sur Freecloud ?
- [Musiker] Je ne suis obligée de le dire à aucun d’entre vous. Quand on sera arrivés, vous serez livré à vous-même.
- [Jurati] Qui êtes-vous donc ? [Raffi la torpille du regard sans répondre]
- [Rios] On peut partir ?
- [Picard] Oui, parfait. [Après une pause solennelle] Exécution ("Engage")
Et tandis que, triomphante et caracolante, la BO si caractéristique de TNG se fait entendre... le petit vaisseau passe à distorsion.
Fondu au noir et fin d’épisode.

Invoquant à la fois ses compétences cybernétiques inégalées et le fait qu’elle lui a sauvé la vie, la Dr Jurati convainc donc Picard à l’arrache de l’embarquer à bord de son arche. Mais ni Picard, ni même ses deux gardes du corps romuliens, pourtant vétérans du très paranoïaque Tal Shiar, n’expriment le moindre doute sur l’enchaînement impeccable de l’entrée en scène de la belle Agnes pour éliminer – sans expérience et avec une arme romulienne sortie de nulle part – le dernier "ninja" du commando d’élite du Zhat Vash ! Au minimum, avec tout ce qu’elle a elle-même révélé, Jurati aurait dû être légitimement suspectée d’être un pion – conscient ou non – du Commodore Oh. Au pire, elle pourrait être en mission commandée pour le compte de la Section 31, avec trahisons et assassinats à la clef.
Pourtant Jean-Luc ira se porter implicitement garant d’Agnes auprès de Raffi, légitimement suspicieuse, lorsque les deux Romuliens ne l’étaient aucunement (le comble) !

Mais au fait, Agnes Jurati révèle incidemment que la Commodore Oh a parfaitement anticipé tout ce qu’allait entreprendre Picard ! Ce qui signifie que la cheffe de la sécurité de Starfleet cautionne la version des faits que Jean-Luc a donné à l’amirale Kirsten Clancy ! Alors que c’est justement de crédibilité que manquait le héros déchu !
Dans ce cas, puisque nul ne soupçonne la Vulcaine Oh de déloyauté, pourquoi le héros en titre ne sollicite-t-il pas sa puissante aide pour prévenir les agressions romuliennes et pour retrouver Maddox et Asha ?
Ou à l’inverse, si Oh est considérée par défaut comme dangereuse ou adverse, pourquoi nul ne s’inquiète que cette dernière sache tout des projets de Picard et qu’elle l’annonce même ouvertement à Jurati ?
Ah oui c’est vrai, qu’il s’agisse d’argumentations rationnelles, de collectes de preuves, ou de stratégie opérationnelle, le vieux Jean-Luc est désormais complètement à la ramasse. Ou plus exactement, il fait les frais d’une écriture inconséquente sur le fond...

Si les répliques stipulant que le mercenaire Rios vend ses services à des tarifs élevés... cela pourrait aussi bien renvoyer à un paiement en nature ou en latinum (valeurs cotées hors UFP)... que confirmer un brutal (et inexplicable) recul de trois siècles avec une Fédération ayant basculé sans crier gare dans l’économie monétaire. Mais cette réflexion est probablement déjà over the top. Car intoxiqué de Star Wars comme ils le sont et focalisé sur leur parallélisation avec Han Solo, les scénaristes de ST Picard en perdent de vue les différences intrinsèques entre la Fédération des Planètes unies et la République (ou l’Empire) galactique.

Picard a affrété le vaisseau de Rios et s’y est embarqué (avec Agnes) sans avoir la moindre idée de l’endroit où partir chercher le MacGuffin Bruce Maddox. L’initiative rivalise donc avec le nawak discoverien...
Mais l’épisode ne laisse pas aux spectateurs suffisamment de temps pour y songer, puisqu’à peine téléportés à bord, Raffi Musiker apporte à point nommé la localisation de Maddox (ben tiens !)… Il est à Freecloud. Une dénomination qui tintinnabule outrageusement la mode tech de 2020 tant elle semble sortir des terminologies estampillées GAFAM... même si elle renvoie en fait probablement à la chanson Wild Eyed Boy From Freecloud de David Bowie. Il est à parier (c’est le cas de le dire) que Freecloud soit un casino géant échappant à toutes les juridictions...
Et tant qu’à faire, Raffi veut elle aussi se rendre dans ce Cloud (en "co-vaisseau-age"). Mais officiellement, hors de question de suivre Jean-Luc dans ses pérégrinations interlopes. Le cliché de l’amour-haine hollywoodien est scrupuleusement respecté. On a sa dignité, mais nul n’est dupe. Visiblement, la manipulation émotionnelle de Picard sur Musiker aura fonctionné au-delà de toute espérance...
Et heureusement que les scénaristes coordonnent bien les agendas de chaque protagoniste pour concrétiser les quêtes les plus improbables... Jean-Luc s’est embarqué dans l’aventure sans aucun plan d’aucune sorte à l’esprit, sans même savoir où aller dans l’espace. Mais tout va bien. Il est toujours rassurant pour un personnage de pouvoir faire n’importe quoi lorsqu’il sait qu’un démiurge (le showrunner) veille au grain et lui donnera toujours raison.

Avec un humour factice de pur buddy movie (entre Lethal Weapon et Starsky & Hutch), l’équipage de fortune (Rios & ses deux Jiminy Cricket, Musiker, Jurati) se constitue autour de Jean-Luc Picard, et ce dernier conclue l’épisode par un mythique "Engage" (accompagné de son traditionnel geste "hardi" de la main droite) pour lancer le petit vaisseau mercenaire et dans une aventure starwarsienne picaresque de Reconquista... prévue depuis les premières bandes-annonces de la série. On appréciera le passage en warp avec le même effet de distorsion que durant l’ère bermanienne, mais beaucoup moins les interfaces holographiques cotées à l’Argus des fantasmes du moment (tellement plus tape-à-l’œil et tellement moins crédibles en situation opérationnelles que celles de TNG).
Malheureusement, cette séquence 100% fan service était tellement attendue et le jeu de Patrick Stewart s’avère tellement émotif… que le trekker a moins l’impression de retrouver l’authentique Jean-Luc Picard… qu’un acteur fatigué durant une simple séance cosplay. C’est à la fois touchant... et un peu pathétique.
Car il y a bien deux manières de vivre cette vignette conclusive parfumée à usage interne :
- strictement subjective, telle une musique de film dont il suffit que quelques notes soient vaguement fredonnées pour que la magie des souvenirs intimes vous plonge dans la fan-béatitude ;
- davantage objective, par une inévitable comparaison avec le Star Trek qui fut, et dès lors la célébration mémorielle s’apparente à une imitation déficitaire à tous les niveaux, voire à une singerie décliniste.

Conclusion

La série Picard était "grounded" (sur Terre) durant les trois premiers épisodes... comme aurait dû l’être ENT durant toute sa première saison selon les projets initiaux de Rick Berman.
Mais c’est seulement à la fin de Picard 01x03 The End Is The Beginning que – son titre l’indique – le voyage commence vraiment (après bien des péripéties et des adieux de Fontainebleau)...
L’histoire à proprement parler débutera à partir du quatrième épisode, tandis que les trois premiers opus auront formé un Tout largement indissociable, en d’autres termes un pilote à rallonge, s’étirant en longueur, d’une qualité perpétuellement déclinante, et plantant un décors fort bancal. Il y a en sus quelque chose de disproportionné à avoir un pilote de trois épisodes sur une saison qui n’en comporte que dix.
Loin du traditionnel lancement au format unitaire ou diptyque, la mise en place aura donc été très (trop ?) longue (audacieusement contemplative souvent, un poil ennuyeuse parfois), sans pour autant réussir à fournir la moindre explication convaincante à un contexte sociologique foncièrement anti-trekkien.

En lui-même, le troisième épisode bénéficie d’une forme et d’une mise en scène toujours impeccables. Il propose quelques scènes émotionnellement assez justes, et une fois de plus, c’est le "volet cubique" qui concentre l’essentiel du rhème et de l’intérêt narratif de l’épisode, non seulement comme épilogue possible à la victoire sur le collectif borg dans le final de VOY, mais aussi grâce à la réapparition de l’inoubliable Hugh dorénavant au service de l’énigmatique nouvel imperium romulien.
Cependant, la narration a perdu de son efficacité par rapport aux opus précédents. Pas mal de redites, de chassés-croisés, de marche en crabe... à l’image des rencontres successives entre Picard et Jurati qui font double (voire triple) emploi. Si la nouvelle série avait eu au départ le courage de prendre le contrepied de Discovery pour se rapprocher quelque peu du rythme contemplatif de TNG (et plus généralement du Star Trek pré-2009), elle semble désormais confondre lenteur et profondeur (des qualités) avec remplissage et délayage (des défauts).
Et à force de pousser un peu plus chaque épisode en direction de la nébulosité cryptique d’Alias, sur les terrains tant comploteur et complotiste (le SD-6 et ses avatars) qu’ésotérique (Rambaldi et ses épigones), la vraisemblance de l’édifice s’effrite dangereusement... pour focaliser l’attention du spectateur sur un ludisme assez stérile : qui joue double-jeu ? qui manipule qui ? qui est quoi sans même le savoir ? et autres puérilités du même tonneau...

Quant au volet Star Trek, il n’aura malheureusement pas fallu plus de trois épisodes pour que la série s’abime dans un écueil proprement... discoverien.
Quel est encore le plaisir et l’intérêt de suivre pareille série pour un trekker ?
- L’avenir d’une société qui n’a strictement plus rien de commun avec la création de Gene Roddenberry... ni avec ce monde qui avait rendu trekker la plupart des trekkers ?
- Le basculement brutal d’une utopie légendaire (érigée durant plusieurs siècle) dans une dystopie darker than today sans la moindre justification cohérente et sans une once d’argument de fond ?
- L’espoir de la "restauration utopique" par l’action d’un seul héros providentiel, mais qui n’effacera de toute façon pas l’extermination coupable de milliards de Romuliens (pas plus que l’extermination non moins coupable d’autant de Vulcains dans une autre timeline) ?
- Une transposition mensongère et nauséabonde du contemporain qui confond l’administration Trump et le Brexit avec les heures les plus sombres du 20ème siècle ?
- Un agenda politique imposé au forceps et un nouveau manifeste Social Justice Warrior qui se construisent au mépris de l’identité trekkienne et sans rien apporter d’utile aux spectateurs d’aujourd’hui ?
- La célébration de toutes les idiosyncrasies actuelles (économie de marché et lutte des classes, populisme et médiacratie, conspirationnisme, lanceurs d’alertes, hubris et vanités individuelles, smartphones et AirPods, tabac et lunettes noires...) ?
- La panoplie complète des recettes éculées d’Alias, de Discovery, et du pire la TV (le goût pour le complot, le mensonge et le faux, les intrigues à tiroir, le twist pour le twist, les soaps vénéneux...) ?
- Une lenteur de rythme trompeuse et illusoire, car sociologiquement creuse et géopolitiquement nonsensique (aucune étude de causalité, aucun véritable débat argumentaire, aucun soucis de détail contextuel...) ?
- Une énième série de fantasy se déroulant dans l’espace et mettant en scène de pieux rebelles luttant contre une société abjecte et criminelle ?
- Encore un recyclage du monomythe campbellien, de la quête arthurienne du Graal au légendaire tolkienien en passant par une cyber-Jeanne d’Arc, transplanté avec contre-nature dans le Trekverse ?
- Des seconds rôles plats, archétypaux ou clichés, au comportement incohérent ou impropre, déployés autour d’une "rock star" sur le déclin, désormais manipulatrice et égocentrée ?
- Des "méchants" totalement caricaturaux et clichés (des Craignos Synthétiques des années 50 à la vamp Rizzo sortant de Z des années 70 et 80) ?
- Et tout ça pour quelques émulations en cosplay de moments cultes, tel le pauvre "Engage" de Patrick Stewart… qui ferait passer ST Picard au pire pour une adaptation plus ou moins apocryphe de la franchise, au mieux pour un hommage décalé à Star Trek ?
L’expérience est de moins en moins engageante (avec ou sans jeu de mots), et la nostalgie est un argument de plus en plus faible, surtout lorsque son "coût internaliste" est aussi élevé.

Même si une bonne surprise demeure toujours possible dans les sept épisodes à venir (et il faut sincèrement le souhaiter), à ce stade de son développement, ST Picard emblématise – tel un cas d’école – l’une des faillites de l’utilitarisme politique en imaginaire. Plutôt que d’opposer au monde contemporain (qui mérite certes d’être dénoncé) l’exemplarité de l’utopie trekkienne (qui aurait réussi à faire les bons choix que nos contemporains n’ont pas fait, ou au minimum des choix polémiques mais argumentés), Kurtzman, Stewart & co préfèrent opposer à une parodie simpliste du contemporain les postures idéologiques et la bonne conscience blessée de héros non-représentatifs. En somme, l’ambitieux constructivisme intemporel que permettait la meilleure SF a désormais fait place à une caisse de résonance de la perpétuelle "indignation vertueuse" (woke) des réseaux sociaux. Et comme toutes les indexations à l’éphémère, ce type de fausse SF est appelée à vieillir vite, très très vite, tel un déjeuner de soleil.
Au terme du troisième épisode, le sentiment de "tromperie sur la marchandise" devient – presque – plus accentué encore que dans Discovery ! Parce que Discovery promettait tout simplement bien moins que Picard...

Note Star Trek :

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité