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Comprendre... et pardonner ?
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Comprendre... et pardonner ? 2374, Deep Space Nine
Assise dans la semi-obscurité de ses quartiers, Kira Nerys tentait vainement de méditer. Depuis qu’elle avait appris ce qui était réellement arrivé à sa mère, quelques jours plus tôt, elle ne parvenait pas à avoir l’esprit en repos. Aussi forte qu’elle fût, forgée au feu de la misère, de la douleur et du sang, il lui semblait qu’elle vacillait sur ses bases, qu’elle s’était construite sur un mensonge. Comment réussir à comprendre d’où on vient en sachant que sa propre mère avait collaboré avec un ennemi qu’elle-même avait combattu pendant des années ?
Bien sûr, elle pouvait comprendre ses motivations, grâce à cela son père, ses frères et elle avaient pu survivre, même si à présent il ne restait plus qu’elle de sa fratrie. Mais quel en avait été le prix à payer ? Quand elle repensait au regard triomphant de Gul Dukat lui annonçant cela, elle sentait revenir la rage qui l’avait submergée à ce moment-là, lorsqu’elle avait appris toute la vérité. Si elle ne l’avait pas vécu elle-même par l’intermédiaire de l’Orbe du temps, elle n’aurait jamais pu le croire. La fin ne justifiait en rien les moyens et elle ne pouvait pardonner ce qu’avait fait sa mère, même si elle l’avait fait pour des intentions louables. Kira Nerys l’ancienne résistante ne pouvait concevoir cela.
Elle n’était pas du tout du genre à s’auto-apitoyer, mais elle ne parvenait pas à franchir le pas, à faire la paix avec tout cela. Ses souvenirs de petite fille se surimposaient à ce qu’elle avait vu lors de sa rencontre avec l’Orbe du temps, et elle cherchait à comprendre le sens de tout cela pour enfin l’intégrer et avancer. C’était très difficile de devoir se remettre en question, abandonner tout ce à quoi on avait cru pendant toutes ces années pour regarder en face la vérité et l’admettre. Mais elle n’avait pas d’autre choix, elle n’était pas du genre à se complaire dans le malheur, il fallait qu’elle aille de l’avant à présent. Pourtant, penser qu’elle devait sa survie aux libéralités de Gul Dukat avait toujours le don de la mettre en rage. Rien que penser qu’il avait pu poser ses mains sur sa mère lui donnait l’envie de l’étrangler avec ses tendons de Cardassian. Tout cela, aussi, expliquait ses manières mielleuses face à elle depuis le début, ces attentions qui lui donnaient la nausée. Il était clair que, non content d’avoir eu la mère, il aurait bien aimé mettre la fille dans son lit également.
Meru avait-elle été heureuse avec lui ? Elle n’avait probablement pas eu d’autre choix que de se satisfaire de son sort en sachant que son mari et ses enfants étaient un peu moins misérables grâce à son sacrifice. Avait-elle commis l’irréparable en tombant amoureuse de celui qui l’avait asservie pour son propre plaisir ? A cette idée, Kira sentait monter sa colère et sa rage encore davantage. Pourtant, Dukat lui-même l’avait dit et ce qu’elle avait vécu à travers l’Orbe du temps le laissait prévoir.
La foi de Kira avait toujours été profonde et sincère mais, à cet instant, elle n’était pas loin de reprocher aux Prophètes de la torturer pour le plaisir avec cette épreuve. A présent qu’elle était enfin en accord avec elle-même, qu’elle avait trouvé une sorte d’équilibre sur la station, dans un travail qu’elle appréciait et au milieu de ses amis, voici qu’elle vacillait de nouveau. Elle se voulait péremptoire mais ce n’était pas si facile après réflexion. Si elle s’était trouvée dans la situation de sa mère, qu’aurait-elle fait ? Probablement ce qu’elle avait fait lors de son incursion dans le passé, fomenter un attentat. Mais elle avait un vécu que sa mère n’avait pas eu, ceci faisait toute la différence. Meru était peintre d’icônes, avec une sensibilité artistique que sa fille n’avait jamais eue. Elle avait une personnalité sensible et douce, ce qui l’avait probablement aidée à supporter la vie auprès de Dukat. Elle était restée près de lui pour que sa famille puisse survivre et elle avait fini par mourir plusieurs années après dans un hôpital cardassian, loin d’eux.
Nerys exhala un soupir et ouvrit les yeux. Du moins, elle avait eu la chance de « vivre » en partie ses souvenirs d’enfant et de pouvoir enfin exister avec la vérité telle qu’elle avait été. Celle-ci faisait souffrir, mais c’était celle sur laquelle elle devait s’appuyer à présent. Chérir la mémoire de cette mère sacrifiée malgré tout ce qu’elle avait pu faire, et continuer à construire son existence sur les bases qu’elle-même désirait. Et au diable toutes les allégations de Dukat ou de qui que ce soit !
Elle se leva calmement, alla allumer une bougie sur le petit autel qu’elle conservait dans la pièce principale de ses quartiers. Contemplant la petite flamme, elle parvint à prier un moment, sachant que seul le temps l’aiderait à présent à vivre avec son passé…

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité