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Noirceur
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Noirceur. La journée avait mal commencé pour le Commandant Sisko, il avait mal dormit, s’était réveillé en sueur après un horrible cauchemar dont il ne se souvenait pas, l’alimentation en énergie de sa cabine était tombée en panne en plein milieu de la nuit, ce qui fait que non seulement il n’avait pas été réveillé à temps mais également qu’il avait été dans l’impossibilité de prendre son petit déjeuner.
Il sortit de ses quartiers et prit la direction de la promenade afin de se rendre comme tous les jours au centre de commande de la station DS9, sa station.
Plusieurs groupes se tenaient immobiles. Mais se fut le silence inhabituel qui l’alerta, comme si tous les gens présent craignaient soudain de faire le moindre bruit.
Il n’était donc pas le seul à avoir mal dormir et à être inquiet, mal à l’aise.
Puis il vit que les écrans servant habituellement à la publicité et à l’information des résidents affichaient tous le même message.

« IL EST INTERDIT DE PARLER À HAUTE VOIX. »

Il se heurta à un bolien et voulut s’excuser.
- « Je vous demande pardon. »
Mais l’autre lui lança un regard plein de colère et il se hâta de disparaître dans la foule qui devenait de plus en plus compacte. L’impression d’étouffement qu’il ressentait depuis le matin s’accentua encore et il essaya en vain de lui trouver une cause naturelle. Il y avait quelque chose dans l’air, quelque chose de si monstrueux que tout le monde, dès le réveil sans doute, l’avait remarqué.
Il allait taper son combadge lorsqu’il vit qu’un autre message apparaissait maintenant sur tous les écrans.

« IL EST INTERDIT DE FAIRE LE MOINDRE BRUIT. »

Il se rendit compte que ses talons heurtaient le métal de la promenade avec trop de violence et que les gens posaient sur lui des regards nettement réprobateurs.
Quelques minutes plus tard, il sortait de l’ascenseur privé du centre de commandement. Là au moins, se dit-il, il pourrait contrôler la situation et résoudre la crise.
Mais tout de suite il remarqua le silence, même le bruit arythmique des consoles avait cessé. Sur tous les écrans un nouveau message annonçant.

« INTERDICTION DE PARLER SOUS PEINE DE SANCTIONS GRAVES. »

Un grand poids lui tomba sur les épaules et ce fut d’un pas tremblant qu’il entra dans la salle de contrôle.
Les officiers étaient présents à leur place habituelle mais ils ne faisaient rien, ne disaient rien, ne bougeaient pas. Ils regardaient le sol, les bras de chaque côté du corps, et ne firent même pas mine de le saluer.
Il traversa la salle entre les officiers de quart et il eut l’impression qu’il commettait quelque chose de semblable à un péché, parce qu’il était le seul à bouger dans ce monde soudain pétrifié.
Lorsque la porte se referma derrière lui, cela fit un bruit presque insupportable, comme un grand trou dans le silence.
Dans son bureau, il se laissa tomber dans son fauteuil, enfin seul il tenta encore une fois de contacter O’Brien son ingénieur en chef, mais le combadge ne réagit pas, il n’y eut pas de tonalité, pas le moindre bourdonnement.
Bien que parfaitement conscient de l’étrangeté de son comportement, il se sentait incapable de réagir. Il se renfonça dans son fauteuil et attendit.

* * * * *

Ce fut d’un seul coup, à peu près trois quarts d’heure plus tard, que l’obscurité se fit. Seul la faible lumière venant des étoiles permettait encore de deviner les contours de son bureau. Ce ne pouvait pas être volontaire, il n’en avait pas donné l’ordre. Il se leva, et se dirigea vers la porte du centre de contrôle. Une moiteur de serre lui sauta au visage. Il se pencha vers les consoles mais il ne pouvait rien distinguer.
- « Mais pourquoi n’allumez-vous pas? » Demanda-t-il.
Et toujours le même silence.
Il prit la lampe de secours accrochée au mur et éclaira la salle de commande. Personne, tous ses hommes l’avaient abandonné.
Privé d’énergie la salle de contrôle ne lui était d’aucune aide, il prit l’escalier et voulu se rendre directement à la salle de contrôle des réacteurs à fusion de la station.
La promenade était également plongée dans le noir, mais c’était le silence qui pesait le plus. Ce n’était pas normal. Il aurait dû y avoir des cris, des hurlements de panique, et rien pas un bruit.
Il passa devant le bar de Quark, le personnel et les clients étaient silencieux, se contentant de le regarder. Il fut tenté de pousser un cri ou de hurler :
- « Qu’est-ce qui se passe ? »
Mais à ce moment précis, les étoiles se voilèrent, la seule source de lumière encore présente venait de sa lampe de secours.
En dehors de la faible zone éclairée. Il ne voyait plus rien, n’entendait plus rien, mais il savait que les habitants de la station le guettaient.
La situation était inexplicable.

* * * * *

Il décida qu’il ne pouvait pas rester là indéfiniment et que, si le monde entier était devenu fou, ce n’était toujours pas une raison pour demeurer prisonnier dans son inaction. Il allait sortir de la promenade, rentrer au centre technique et remettre en route les systèmes vitaux de sa station.
Mais l’entreprise lui sembla tout à coup pleine de danger, et si les habitants de celle-ci voulaient l’empêcher de sortir de la promenade ? Il y avait une bien dangereuse lueur dans leur regard, tout à l’heure.
Tout doucement, il recula, éteignit la lampe de secours, il préférait se déplacer dans les ténèbres. Il connaissait le chemin. Jusqu’à la plus proche écoutille de sortie de la promenade, il y avait à peu près vingt pas. Il avala une grande gorgée d’air comme un pêcheur d’éponges qui va plonger à une grande profondeur et il se mit en marche.
1, 2, 3, 4, 5 pas.
Il sentait la présence des habitants, ils étaient presque à le toucher mais ne faisaient pas le moindre bruit. Leur calme, leur silence étaient diaboliques. Ils auraient dû se dresser, courir en tous sens, se laisser aller à l’hystérie. Rien de cela. Rien que leur dignité, leur silence. C’était lui qui se trouvait à deux doigts de la crise de nerfs !
6, 7, 8, 9, 10 pas.
Il tremblait de tous ses membres. Maintenant il n’était plus sûr de rien. S’il faisait encore un seul pas, il craignait de se heurter à quelqu’un, de se sentir saisi, agrippé, griffé, tiré en arrière. Tout de même, il se décida
11, 12, 13, 14, 15 pas.
Encore un effort... il avait entendu un bruit.., quelqu’un venait de bouger... non, non, ce n’était rien.., cela provenait de l’intérieur de sa tête... des coups de marteau sourds...
16, 17, 18, 19, 20 pas.
Et il toucha la porte de ses mains tendues. Fermée.

* * * * *

Il devait maintenant prendre une autre direction. Il prit le risque de rallumer sa lampe de poche. La lumière ne lui révéla qu’une promenade vide. Les gens avaient dû se cacher dans les magasins, et maintenant ils attendaient.
Mais qu’est-ce qu’ils attendaient donc tous ?
Il passait maintenant de nouveau devant le bar de Quark. Désert. Le répliquât. Désert. Le bureau de la sécurité. Désert. La nuit partout. Le silence. Personne.
Pour la première fois de la journée, il pensa à son fils. Il devait mourir de peur, tout seul dans leur quartier. Mourir de peur ? A moins qu’il n’eût soudain acquis le même visage que les autres. Cela aussi, c’était possible, et cette perspective n’avait absolument rien de réjouissant.
Il arriva à la porte du couloir des quartiers des officiers, fermée.
Il se retourna, se remit en marche, rasant les murs n’allumant sa lampe que de temps à autre pour éviter d’en user la cellule énergétique trop rapidement.
Seigneur, que va-t-il m’arriver à présent ?
Soudainement les écrans s’allumèrent devant lui.

« IL EST INTERDIT DE PENSER. »

Il s’écria.
- « Et quoi encore ! »
Dans le même instant, il vit les agents de la sécurité. Ceux-ci portaient les mêmes uniformes que d’habitude, mais d’un noir d’encre. Il éteignit sa lampe de poche et à la faible lueur des écrans s’enfuit à toutes jambes. Tout droit au risque de se casser la tête contre les murs. Il heurta de plein fouet un des policiers. Des bras vigoureux le ceinturèrent. Il se débattit du mieux qu’il put, à coups de pieds, à coups de poings. Pourtant ses efforts se révélèrent bientôt inutiles.
Puis une lueur s’alluma dans le ciel, le vortex s’ouvrit laissant d’échapper une armada de vaisseaux coniques. Un à un, les appareils de forme conique se perdirent dans l’espace profond sauf une douzaine qui se dirigèrent directement vers la station.

* * * * *

On l’avait enfermé dans l’une des cellules du bureau de la sécurité. Il était de nouveau plongé dans l’obscurité. A vrai dire, maintenant, tout son courage l’avait abandonné. Il ne se sentait plus la force d’entreprendre quoi que ce soit. Il resta couché sur la couchette dans les ténèbres. Il se demanda ce que faisait son fil et Kira et Bashir et O’Brien et tous les autres membres de l’équipage dont il était responsable. Et surtout s'ils étaient devenus pareils aux autres, si dans leurs yeux aussi luisait un regard indéchiffrable qui n’appartenait plus à ce monde. Dans ce cas-là, il n’avait aucune raison de continuer la lutte.
Mais personne ne pouvait l’empêcher de penser. Et penser, c’était ce qu’il faisait depuis ce matin au réveil. Il pensait que quelque chose devait se produire, s’était produit, et que maintenant...
Quoi… Ses pensées tournaient en rond, et c’était à devenir fou.
Afin les mêmes hommes qui l’avait enfermé vinrent le rechercher pour le conduire sur la promenade.
De longues files d’hommes et de femmes sortirent des établissements ainsi que des couloirs. En apparence, personne ne se trouvait gêné par l’absence de lumière. Au contraire, tous avaient l’air de savoir parfaitement où ils devaient aller.
Cela faisait près de deux heures à présent que l’obscurité régnait sur l’ensemble de la station. Des engins coniques de provenance inconnue se dressaient tout autour des baies vitrées, dégageant une vague luminosité qui leur était propre. Seule source de lumière. Ils luisaient froidement au milieu du silence et de la nuit.
Enfin, vers la troisième heure, le vent inexplicable dans une station fermée se leva, apportant un peu de fraîcheur dans l’air embrasé. Mais cela ne dura que quelques minutes. Tout de suite après, la chaleur accablante se réinstalla sur toute la surface de la promenade. Ainsi que l’attende.

* * * * *

Vu l’absence totale de repère, il lui était impossible de se faire une idée de l’heure qu’il pouvait être. Il était debout, son dos appuyé contre le mur du bureau d’Odo, réfléchissant.
Tous les habitants de la station se trouvaient maintenant sur la promenade, ils s’étaient regroupé par race et attendaient dans un silence religieux. Les hommes d’Odo tout vêtus de noir apportant les nouveaux nés et les invalides sans provoquer plus de réaction de leurs familles. De loin en loin il avait reconnut la plupart des personnes qui travaillaient avec lui tous les jours. Il avait été tenté de les appeler mais une peur irraisonnée l’en avait empêché. Son fil aussi était du nombre, mais, heureusement, il n’en savait rien.

* * * * *

Soudain ! Il entendit un grincement. Oh ! Presque imperceptible, des mains s’affairèrent sur son corps, le tirèrent vers le haut, le mirent debout. On le poussa en avant. Il trébucha plusieurs fois.
Les longues files de toutes les races présentent sur la station attendaient toujours autour de la promenade. Il faisait aussi chaud qu’un jour de plein été à midi. Personne ne bougeait, personne ne parlait. Jusqu’aux enfants qui se tenaient parfaitement immobiles. L’obscurité régnait sur toute l’étendue de la station. Tout le monde attendait, bien rangé en file que quelque chose se passât.
A condition qu’ils fussent encore capables d’attendre quoi que ce fût.
Pourtant ils attendaient.

* * * * *

Entre quatre policiers humains vêtus de noir, il arriva dans la file des humains. Au contact direct de ses semblables, le silence l’effraya encore plus. Quelque chose au fond de son être lui criait de parler, lui criait de hurler pendant qu’il possédait encore une voix pour le faire. Les policiers le poussaient brutalement vers le début de la file bien qu’il ne leur opposa aucune résistance. Cette violence de cinéma muet était pire encore que toutes les autres sortes de violence. Il perdit l’équilibre manqua de choir en avant. Un bras se glissa sous le sien et le retint au moment où il allait s’effondrer.
Il se demanda s’il était le dernier homme de l’univers que son instinct poussait encore à manifester sa révolte en face d’une situation aussi absurde; s’il était le dernier à posséder une voix et à vouloir s’en servir pour hurler qu’il n’était pas d’accord.
Il put se rendre également compte que d’autres agents de sécurité gardait les portes d’accès aux différents secteurs de la station, ils ne laissaient rien au hasard, mais pourquoi, la population entière de la station avait perdu toute autonomie de mouvement.
Lui, il cherchait à comprendre. Il avait toujours cherché à comprendre. Et maintenant, plus que jamais, il aurait voulu découvrir la cause et la signification du phénomène. Parce que, depuis qu’il avait l’âge de raison, il s’était considéré comme un individualiste féroce et un homme libre.
Il lui sembla que la lueur provenant des cônes de métal gagnait en intensité.
Puis les cônes luminescents s’ouvrirent et une clarté aveuglante fusa de portes triangulaires.

* * * * *

La chaleur devint encore plus forte. Une brume ardente sortit des vaisseaux et traversant les parois de la station envahire la promenade. Mais personne ne fit mine de bouger ou de s’enfuir. Fascinés, ils regardaient les vaisseaux de lumière. Lui, la gorge déchirée par un cri qui ne voulait pas sortir, toujours encadré par les quatre policiers, sentit ses jambes se dérober sous lui. Mais les ténèbres, semblait-il, étaient devenues solides et le forçaient à demeurer debout.
De la brume, ils sortirent. La nuit se fit lumineuse. Des ailes étincelantes battirent et chassèrent en direction de la foule des vagues de chaleur.
Ils sortirent. Retirèrent majestueusement leur grand corps comme au terme d’un très long voyage. Demeurèrent debout en face de la multitude silencieuse. Il n’y avait aucune indulgence dans leur regard, un regard glacé filtrant à travers leurs yeux dénués de pupille.
Il reconnut les Juges, ceux que toutes les mythologies de l’espace avaient toujours annoncés mais qu’on avait tenus pour des créatures mythiques au retour improbable. Leur aspect lui fut si insoutenable qu’il baissa les yeux.
Autour de la promenade, de grandes lettres flamboyantes se formèrent, se mirent à clignoter avec rage.

« MAINTENANT POUR VOTRE DEFENSE DITES CE QUE VOUS AVEZ A DIRE. »

* * * * *

Lui, il s’attendait aux hurlements de la foule, aux protestations d’innocence, aux justifications criées à la face des Juges... Mais il ne se produisit rien de tout cela.
Rien que le silence...
Il aurait dû s’en douter, il aurait dû s’y attendre, il aurait dû reconnaître les signes et les présages. Mais il ne se sentait pas coupable, et cela il aurait voulu le dire, le crier.
Il aurait dû reconnaître les signes et les présages. Les guerres qui de plus en plus meurtrières s’étendaient maintenant sur l’ensemble de la galaxie. Des épidémies qui décimait des systèmes stellaires entiers ne laissant que montagnes de chair pourrissantes. Ou quand sur Bajor il avait grêlé pendant trois jours presque sans interruption. Ou lorsque cette comète venue de nulle part était passe si près de Vulcain et que les vieux volcans éteints s’étaient réveillés bouillonnants de lave, crachant du feu et des cendres brûlantes. Que sur la terre des pluies inexpliquées avaient fait que les fleuves étaient sortis de leur lit, inondant les plaines, changeant les cultures en marécages, et que les mers avaient broyé les falaises et roulé en gueules d’écume loin jusque dans l’intérieur des terres.
Mais lui, il n’avait jamais cru ni aux signes ni aux présages.
Il avait voulu faire son devoir jusqu’au bout.
Pourtant il était toujours temps de crier qu’il ne découvrait aucune faute dans son existence passée. Qu’on lui rendit sa femme défunte et qu’on le laissât s’en aller librement !
Mais les Archanges déployèrent leurs ailes. La promenade et les autres secteurs de la station s’enflammèrent dans une combustion spontanée, tombèrent en cendre tandis que la foule flambait comme une seule torche autour des cônes de lumière.

* * * * *

L’univers avait maintenant basculé dans le non-temps, dans cette zone inexplicable antérieure à sa propre naissance.
Pourtant au milieu de cette non-existence, un noyau plus petit que la plus petite particule non encore crée s’ouvrit dans un déluge d’énergie et de matière comme il n’en avait jamais existé et comme il n’en existera plus jamais, dans un déluge que dans plusieurs milliard d’années la nouvelle universalité des peuples appellera Big Bang, l’univers revient à la vie.

* * * * *

Le commandant Sisko s’éveilla haletant et couvert de sueur froide, il essaya de se remémorer l’horrible cauchemar qu’il venait de vivre mais sans succès, celui-ci s’évanouissait déjà dans les brumes de son esprit.
- « Lumière. » …. « Ordinateur, lumière. »
Rien ne se passa, ses quartiers restaient dans le noir, seulement éclairés par les lueurs extérieures.
- « Sisko à Ops. » Dit-il, en appuyant le combadge posé au pied de son lit.
Pas de réponse.
« Allons bon, encore une panne d’alimentation. O’Brien va m’entendre cette fois. » Se dit-il, en s’habillant dans le noir.
Dans l’ignorance de l’heure exacte et sans avoir prit son petit déjeuner, il sortit de ses quartiers et se dirigea vers la promenade. Il devait être tôt, la station était encore silencieuse.
La journée commençait mal pour le Commandant Sisko.

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité