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Le piège des Romuliens
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Le piège des Romuliens.

CHAPITRE PREMIER

L’atmosphère de la salle était chargée du parfum doucereux des fleurs exotiques. Une lanterne projetait une lumière brumeuse dans la pièce, abandonnant les coins aux ombres conspiratrices. Les murs étaient couverts de tapisseries qui représentaient des scènes de chasse aux couleurs crues. Des chasseurs issus de temps passés, bannières claquant au vent, brandissaient des armes anciennes tandis que leurs destriers foulaient le sol souillé par le sang des proies blessées. Le mobilier recouvert de peaux de bêtes, qui trahissait un passé sauvage malgré son bois sculpté et ses décorations dorées, faisait ressembler la salle à une grotte préhistorique. Autour de la grande porte d’entrée, emprisonnées dans une frise sculptée, des créatures reptiliennes formaient une chaîne macabre figée pour l'éternité. Le parquet, usé par les âges et les pieds qui l’avaient foulé, reflétait une image floue de la pièce, comme l’eau croupie des marais. Tous les objets rappelaient une époque révolue. Ici, une coupe en cristal; là, une couronne de sabres, accrochée au mur comme une roue aux rayons innombrables; ou encore une riche sculpture incrustée de pierreries.
Son butin, pensa S’Taron Ce n’était pas juste l’appartement d’un guerrier, mais peut-être celui d’un dragon, couvant son inestimable trésor. Oui, un dragon pensa-t-il en soutenant le regard du Praetor.
Celui-ci occupait le fauteuil le plus imposant C’était un bel homme dont les traits léonins s’effaçaient déjà sous le poids d’une vie vouée à la débauche. Des boucles argentées, courtes et élégantes, encadraient son visage. Ses mains, couvertes de bijoux, reposaient sur les têtes de lézard courbées qui ornaient les accoudoirs. En dépit d’une apparence sereine, il n’était pas tranquille. S’Taron observa l’une des mains du Praetor qui suivait les arrondis de la sculpture. La griffe du dragon s'apprêtait à frapper. Il eut un léger mouvement de recul.
- Aussi, S’Taron, vous avez été choisi.
Il ne s’était pas trompé. On lui accordait une fois de plus la grâce de mourir.
- C’est un grand honneur.
- Si vous servez bien l’Empire, vous serez récompensé. Les risques sont importants, mais ma gratitude peut être illimitée. Partez avec ma bénédiction.
J’en aurai besoin, pensa S’Taron tandis que la voix du Praetor se perdait dans l’obscurité.
- Je suis honoré, mon Praetor.
Le Praetor inclina la tête, puis S’Taron le salua, avant de quitter la pièce. L’homme aux cheveux d’argent eut un petit rictus. Il était parfaitement conscient de la rage que devait ressentir le commander. S’Taron avait toujours été une entrave à ses projets. Pour être franc, il ne supportait pas cet homme. La noblesse d’esprit l’agaçait, surtout dans ce cas précis, où elle n’était pas feinte. Mais il avait enfin trouvé une solution à plus d'un problème en confiant cette mission à S’Taron. L’opération était nécessaire et si délicieusement dangereuse. S’il survivait par miracle, la réputation du commander, déjà obsédante, grandirait davantage... Mais il ne survivrait pas. Ce n’était pourtant pas une raison pour laisser la mission se dérouler sans supervision. S’Taron était trop intelligent pour être prévisible.
Un doux bruissement de tissu ramena l’attention du Praetor sur l’affaire en cours.
- Approche, mon neveu.
Un jeune homme grand et mince sortit de derrière une tapisserie. Malgré l’élégance de sa tunique et le style avec lequel il la portait l’expression dangereuse de sa bouche trahissait sa cruauté et sa sournoiserie.
- Le vieux S’Taron est assez furieux pour décapiter quelqu’un.
- Sois heureux qu’il ne s’agisse pas de ta tête. Il n’est jamais sage de provoquer un combat lorsque on est en position d’infériorité. Je t’envoie surveiller S’Taron, et non organiser une insurrection. Et ne me regarde pas avec cet air espiègle. Bientôt, tu auras entre les mains plus de pouvoir que tu ne peux en maîtriser... ou tu seras mort !
- N’en soyez pas si sûr. La chance me sourit.
- Elle ne continuera à le faire que si tu exécutes mes ordres. Surveiller S’Taron exigera beaucoup d’attention. Ne commet aucune erreur. Ou il pourrait te faire suspendre par les pouces.
- J’aimerais le voir essayer.
- Moi aussi, souffla le Praetor.
- Vous disiez, mon onde ?
Mmm, je disais: « Il serait fou d’essayer. » Tu es après tout mon neveu. Cependant, si la provocation est suffisante, il essaiera sûrement.
- Jamais ! Ma position...
- Ta position n’a plus de signification dans l’espace. Une fois sous le commandement de S’Taron, tes appuis politiques ne pourront plus te protéger. Techniquement, ta vie est entre ses mains. Si tu lui accordes un peu de valeur, tu t’en tiendras à mes ordres ! Le Praetor dévisagea son neveu pendant qu’il digérait ces informations. Le jeune Romulien balaya d’un geste les prophéties de son oncle.
- Je reviendrai avec la tête de S’Taron et avec sa gloire...
- Non ! S’Taron est peut-être vieux jeu et noble à en devenir nauséeux, mais il ne doit en aucun cas être sous-estimé. Il a l’oeil pour détecter la traîtrise et sa carrière militaire est l’une des plus jalousées de l’Empire. Mais il est aussi célèbre son indépendance. Si jamais S’Taron venait à s' écarter des ordres qu’il a reçus, je désire le savoir.
- Mais, mon oncle, je vous ai entendu maudire son nom. Il serait certainement préférable d’organiser un accident...
- Il suffit ! En dépit de ses défauts, S’Taron reste une valeur sûre. Tu me rapporteras chacun de ses actes, et c’est tout Ne gaspille pas cette chance, Livius. Si tu échoues, tu n’auras pas à affronter la colère du commander.., mais peut-être le regretteras-tu. Je ne suis pas aussi clément que lui.
La voix du Praetor devint plus dure, et ses yeux se firent aussi implacables que le granit. Le visage de Livius perdit tout semblant de couleur. Il replia un bras sur sa poitrine pour exécuter le salut romulien.
- Oui, mon Praetor. Il en sera fait selon vos ordres.
- Je l’espère.

* * * * *

Le centurion se leva lorsque S’Taron sortit de la chambre d’audience. La jeune femme remarqua le feu qui embrasait son regard et les muscles tendus de son cou.
- Le vaisseau nous attend, commander, commença-telle.
Mais S'Taron partit dans le couloir faiblement éclairé, sans lui répondre. Il traversait le sol dallé à longues enjambées, et la précision furieuse de ses pas se répercutait dans le fond du corridor. Son aide de camp dut courir pour le rattraper et, ce faisant, elle entendit des bribes de son monologue rageur.
- ... Suicide !... S’il avait écouté les avertissements, mais non !... Pas assez grave pour s’en inquiéter !... C’est uniquement lorsqu'il a perdu sa favorite qu’il a commencé à écouter ! Et maintenant, il veut que je prenne la direction d’un détachement pour une mission suicide.., uniquement pour la gloire ! Nous serons tous morts assez tôt...
Ses grognements se réduisirent à un marmonnement inaudible alors qu’il approchait des portes du palais. S’Taron rendit le salut du garde en faction d’un geste brusque, sans ralentir l’allure. Le centurion le suivit sans un mot. La Romulienne poussa un soupir lorsqu’ils dépassèrent leur aérocar. Elle serait obligée de revenir le chercher plus tard.
Il s'engouffrèrent dans les rues sinueuses, et la jeune femme s’efforça de ne pas remarquer le vide macabre qui régnait dans la ville, la capitule avait été la plus touchée. Ses portes avaient été fermées et la population évacuée. Ceux qui restaient étaient ravagé par la maladie et désespérés. Selon les rumeurs qui circulaient, le Praetor n’osait plus quitter son palais, tant ils lui faisaient peur.
Depuis les balcons des maisons qui bordaient les rues, les fenêtre. sombres surveillaient leur passage.
Là où autrefois brillait la lumière des panneaux solaires, l’obscurité effrayante régnait maintenant en maître. La ville était morte, comme une harpe sans cordes dont le cadre ne contenait plus que les souvenirs d’anciennes mélodies et les promesses de musique à venir. Mais, privée de la vibration de la vie, ce n’était plus qu’une triste relique. Dans ces rues désertes, la Romulienne avait l’impression qu’un spectre aux mâchoires grimaçantes l’observait, et que son suaire putréfié n’arrivait plus à dissimuler l’inéluctable destinée de l’Empire. Elle frissonna et se rapprocha de S’Taron.
Les deux officiers traversèrent une rue pavée, à l’extrémité d’un quartier résidentiel plus ancien. Les arbres au feuillage bleu-vert, non entretenus, encombraient le passage. Les maisons de pierre étaient de forme simple et élégante. Elles reflétaient la sérénité d’une ancienne manière de vivre, qui disparaissait rapidement sous le joug du régime de décadence instauré par le Praetor. Le rejet de l’idéal austère du guerrier était non seulement pleuré par ceux qui se souvenaient de ses gloires passées, mais aussi par les jeunes, à la recherche d’une identité. Cet idéal ne survivait que chez des officiers de la trempe de S’Taron, et il en restait bien trop peu.
La Romulienne était tellement absorbée par ses pensées qu’elle faillit entrer en collision avec S’Taron, qui venait de s’arrêter brusquement. La jeune femme se reprocha silencieusement son inattention et elle se dressa sur la pointe des pieds pour regarder par-dessus l’épaule de son supérieur. La cause de sa maladresse se trouvait derrière une haie. Le vieil homme s’appliquait à tailler les branchages, mais quand il sentit la présence de ses deux visiteurs, il jeta un regard myope dans leur direction. Un sourire illumina lentement son visage patricien.
- S’Taron, mon garçon !
S’Taron claqua des talons et fit une courte révérence. La jeune femme, quoiqu’un peu étonnée d’entendre son supérieur être appelé d une manière aussi familière, l’imita aussitôt.
- Eh bien, eh bien. Cela fait longtemps. Qu’est-ce qui vous amène ?
- Pour être franc, monsieur, je suis fou de rage et je tente de me calmer par l’exercice. Je savais que vous résidiez dans ce quartier de la ville, mais je pensais que vous aviez été évacué avec les autres.
- Pourquoi ? Je suis vieux. De quoi puis-je avoir peur ? De la mort ? Elle n’a jamais été mon amie. Si cela avait été le cas, je serais mort au service de mon peuple, plutôt que de finir mes jours comme un légume. Non, je n’ai aucune raison de partir.
Le vieil homme scruta le visage de S’Taron.
- Approchez mon garçon. Ma vue n’est plus ce qu'elle était.
L’officier s’approcha, et les sourcils blancs du vieux Romulien se plissèrent.
-Vous disiez être en colère, S’Taron, et je vois maintenant que c’est la vérité. La rage est inscrite sur votre visage. Si je puis me permettre, quelle en est la cause ?
Les traits de S’Taron s’assombrirent encore, mais il ne répondit rien. Le vieil homme se mit à rire.
- Ce fou de Praetor.
- Monsieur, les mots sont dangereux ! Vous êtes le mieux placé pour le savoir.
- Comme je vous l’ai dit, S’Taron, je n’ai plus de raison d’avoir peur. J’ai tout perdu, à part la vie, et je ne la tiens pas en très haute estime,
Il interrompit les protestations du commander d’un geste.
- Je suppose que vous avez été choisi pour résoudre notre problème ?
- Problème, monsieur ?
S’Taron avait reçu l’ordre de ne parler de sa mission à personne et, de plus, les espions du Praetor se terraient dans les endroits les plus invraisemblables.
Le respect que lui inspirait le vieil homme ne devait pas être à l’origine de la propagation de rumeurs.
- Ne jouez pas à ce jeu-là avec moi. (Ses yeux étincelant de fierté montraient sa volonté de commander.) Mais je suppose que vous y êtes obligé, tout comme je l’étais. Peut-être le destin vous a-t-il appelé ici aujourd’hui. Je sais quelle est votre position dans la flotte. J’ai toujours suivi votre carrière avec intérêt. J’ai porté la responsabilité de l’Empire pendant tant d’années. (Il eut un sourire ironique ) J'ai du mal à me passer de mes vieilles habitudes. J’ai continué à m’informer de certains sujets clés, et j’ai suivi les, actions de ceux qui étaient le plus capables d’influencer la destinée de l’Empire.
- Alors, pourquoi m’avoir choisi, moi ?
- Parce que vous êtes le dernier bastion de l’ordre ancien. Ce statut fait de vous un symbole et une pierre d’achoppement. Il est évident que le Praetor aimerait vous mettre hors d’état de nuire, mais d’une façon qui vous transformerait en martyr de sa cause, plutôt qu'en porte-bannière de la rébellion.
Le vieil homme marqua une pause quand il vit la rage éclairer les yeux de S’Taron.
- Maintenant, qui doit surveiller ses actes ? Il est inévitable que le Praetor vous choisisse comme pion, mais lui-même ne comprend pas le rôle que vous allez jouer dans les événements à venir. Il a commis une erreur. Bien qu’il connaisse vos capacités militaires et votre sens de l’honneur, il n’a aucune conception de votre souplesse d’esprit, ou de la profondeur de la loyauté.., que vous accordez à ceux que vous en estimez digne. C’est là que je dispose d' un avantage sur le Praetor. Parce que nous appartenons tous deux à la même lignée.
- Je ne mérite pas un tel compliment, monsieur.
- Balivernes ! Ce n’est pas un compliment, mais un fait. Et j’en vois d’autres. Mes yeux sont fatigués, mais mon esprit est clair, plus clair que jamais. Nous faisons face à la destruction. Je le sais, et si je ne me trompe pas sur votre compte - vous aussi. Vous êtes la clé de notre survie. Au point où nous en sommes, il est possible que le salut de l’Empire repose uniquement sur les aptitudes d’un individu, contrairement à ce que le Praetor voudrait croire. Je ne peux vous donner de conseils sur la manière d’agir, ni sur les chemins à emprunter, mais laissez-moi vous dire une chose: ne craignez pas de suivre votre instinct, et ne laissez pas la fierté prendre le dessus sur votre jugement. Je suis capable de ces deux erreurs, et je vous parle avec la sagesse de l’expérience.
- Si vous avez commis de tels actes, monsieur, je ne l’ai jamais su.
- Vous êtes bon envers un vieil homme, S’Taron, mais vous êtes aussi singulièrement irréfléchi. Qui est la créature exquise qui attend si patiemment derrière vous ?
S’Taron sursauta, puis fit un pas do côté.
- Mon centurion, monsieur. Centurion, voici le commandant suprême de la flotte, Tiercellus.
La jeune femme esquissa un salut, mais elle s’arrêta en entendant la voix du vieil homme.
- Pas de ça avec moi, ma chère. J’ai pris ma retraite il y a si longtemps que je me souviens à peine de la manière de vous rendre votre politesse. S’Taron ne l’a pas mentionné, mais je suis certain que vous portez un nom.
- Je m’appelle S’Tarleya, monsieur.
- Bien. Si la tâche de S’Taron est difficile, la vôtre le sera encore plus. Votre commander a déjà des ennemis qui en veulent à sa vie, par jalousie ou parce qu’il perturbe leurs projeta. Sa position de bouc émissaire - car nous pouvons l’appeler ainsi - le rend doublement vulnérable. Vous devez veiller sur lui.
Le commandant suprême perça sous l’autorité brusque de Tiercellus. Ce n’était pas un vieillard, mais un officier supérieur qui lui ordonnait de protéger la vie de S’Taron. Elle se redressa, acceptant sa confiance, et dit à haute voix le serment qu'elle s’était imposé silencieusement pendant des années :
- Sa vie est la mienne.
- Cela devrait suffire, répondit Tiercellus.
Le serment de loyauté ancestral qu’avait utilisé la Romulienne semblait lui plaire.
Les yeux sombres de S'Taron restèrent insondables pendant qu’il étudiait son centurion et son ancien supérieur. Il avait l’impression de manquer quelque chose. Tous deux semblaient partager une compréhension qui allait au-delà des mots. Pourtant, S’Taron ne pouvait se fier qu’aux mots. Et l’analyse de Tiercellus était on ne peut plus correcte.
- Vos paroles ne m’ont pas rendu ma sérénité, dit S’Taron. Ce ne sont que des cordes fragiles lancées par un homme perdu à un autre, mais incapables de supporter le poids d’aucun des deux.
- Vous n’imaginez pas à quel point vous avez raison, S’Taron, mais je ne peux vous offrir que cela : des avertissements lancés contre le vent. Je ne serais pas surpris s’ils me revenaient en plein visage. Mais je suis heureux d’avoir une chance de les dire. C’est tout ce qui me reste... Mon expérience. Ce n’est qu’une modeste contribution à notre cause, une marque de résistance à la mort, à qui je prétends pourtant souhaiter la bienvenue. Nous sommes des créatures complexes, n’est-ce pas ?
- Si complexes que nous sommes incapables de trouver des solutions simples ? répondit S’Taron. (Tiercellus leva un sourcil interrogateur.) La vie et la mort. Nos existences ne consistent en rien d’autre, et pourtant, notre capacité à les ignorer est étonnante. Nous les dissimulons derrière les rites et la philosophie pour éviter de les voir en face, mais ce sont les deux seuls sujets dignes de considération.
- S’Taron ! On croirait entendre un vieil homme ! C’est censé être mon privilège.
- Je dois avouer que je me sens vieux.
- Le poids du commandement ! Et pourtant, vous ne l’abandonneriez pas pour toutes les richesses de l’Empire.
Le regard de S’Taron perdit un peu de son amertume quand il remarqua la compréhension de Tiercellus.
- Je vois que j’ai raison, reprit le vieil homme. Je ne l’ai pas fait non plus. Mais il vient toujours un temps où il faut passer le flambeau à quelqu'un d’autre. En y repensant, je dois reconnaître que ce fut le moment le plus dur de ma vie.
- Dois-je alors abandonner? Tourner le dos à la tradition romulienne ?
- Jamais ! Mais.., il arrivera un moment où votre compréhension ne suffira plus. Et c’est alors que l'aide viendra des lieux les plus inimaginables.
- Dois-je y prêter attention ?
- Si vous ne le faites pas, si vous n’êtes plus que l’ombre de l’homme que je connais, si vous avez peur de penser par vous-même, alors nous sommes perdus. Toutes mes années d’expérience militaire me disent que vous êtes devenu la pierre angulaire sur laquelle repose l’Empire. La vie ou la mort - comme vous l’avez si bien dit. Je crois que vos actes détermineront le destin de Romulus et de ses colonies.
- C’est un lourd fardeau à placer sur les épaules d’un seul homme.
- S’Taron, je le fais parce que je pense que vous pouvez le supporter, et aussi parce qu’il est impératif que vous compreniez l’importance de vos actes.
Tiercellus leva fièrement la tête. Dans chacun de ses traits se lisait le courage de l’oiseau de proie romulien.
- Je suis romulien. J’ai consacré ma vie au service de l’Empire. Je ne survivrai pas, mais lui doit renaitre de ses cendres pour s’envoler vers une gloire plus grande. S’Taron, je ne crois pas que nos chemins se croiseront à nouveau. Que vous viviez ou que vous mourriez, faites-le avec l’honneur qui sied à une race noble. Adieu.
Tiercellus exécuta alors le salut qu’il avait refusé plus tôt, avec l'élégance d’une longue pratique.
C’était une bénédiction, un don né du respect de l’ancien guerrier. Lorsque S’Taron le lui retourna, la tristesse enserra son cœur comme un brouillard insidieux.
- Adieu, répondit-il.
S'Tarleya salua à son tour le vieil homme, qui se tenait toujours droit dans son jardin, comme un monument élevé à la gloire des jours enfuis. Puis elle descendit la rue à la suite de son commandant en réfléchissant sur cette entrevue des plus inhabituelles.
Bien que la jeune femme n’arrivât pas à donner un sens précis à ce qui s’était passé, elle réalisait qu’on l’avait conduite à s’engager ouvertement. Dans l’Empire Romulien, rien n'était jamais franc. Déclarer ses motivations réelles était sans précédent, bien que, pensa S’Tarleya, un tel acte appartenait peut-être à la tradition ancestrale que semblaient si bien comprendre Tiercellus et S’Taron. En tout cas, elle ne reviendrait pas sur sa parole. En vérité, elle n’en avait aucune envie. A l’entrée d’un parc isolé, le commander romulien se retourna pour faire face à sa subordonnée.
- Je ne serai pas long, centurion.
- Commander, j’ai été votre aide de camp pendant des années. Vous accepterez sûrement mon assistance à présent. Jamais nous ne nous sommes trouvés dans une situation aussi désespérée.
- Vous savez, alors, qu'elle est l'ampleur du drame.
- Oui. Il y a eu des fuites, en dépit des efforts du conseil pour minimiser le danger.
- Tout le monde est alerté, alors ?
- Non. Même dans notre équipage, seuls quelques hommes ont deviné la vérité. J’ai eu des doutes il y a un certain temps mais, comme mes réactions étaient instinctives et émotives, je les ai laissés de côté. Jusqu’à maintenant.
- Tiercellus a été assez direct, n’est-ce pas?
- Oui. Dès qu’il a parlé du danger qui planait sur nous, j’ai su qu’il disait vrai.
- Son opinion coïncide si bien avec la mienne que je me dois de reconnaitre la vérité ou de revenir complètement sur mon jugement. Vos instincts ne vous trompaient pas, centurion. Dans le conflit à venir, ils pourraient nous servir. Je vous suggère de les écouter.
- Je crois que nous devrons tous utiliser les armes dont nous disposons.
S’Taron soupirs..
- C’est un plan désespéré, l’on se sert de nous, et c’est ce qui m'enrage. Je ne vous demanderai pas de m’accompagner vers une mort certaine...
- Il est inutile de le demander. Vous savez que j’irai..., que vous me l’ordonniez ou non.
Le ton du centurion contenait une nuance de rébellion, et S’Taron sourit malgré lui.
- Il semble qu’il n’y ait aucun espoir de vaincre ce fléau. Néanmoins, nous allons chercher à assurer notre survie. J’aurai besoin de votre aide.
- Bien sûr, commander.
Elle ajouta dans un souffle :
- Je ne peux pas faire autrement.
- Vous êtes mon bras droit, centurion.
- Je vais vous abandonner à la paix de ce lieu, commander. Quand vous serez prêt... Le Raptor a été préparé. Nous avons chargé le carburant auxiliaire.
- C’est une mission suicide, centurion.
- La mort est préférable à une vie sans objectif... ou sans espoir.
- N’acceptez pas la mort avec autant de ferveur. Je vous rejoindrai à bord dans quelques instants. Entretemps, vous êtes libre de vous occuper comme bon vous semble des préparatifs. Mais assurez-vous, centurion, que personne se doute de la raison de cette mission.
- J’ai fait le serment de vous obéir.
Elle salua son commandant. S’Taron lui rendit son salut avec une chaleur qu’il ne manifestait généralement pas à ses officiers. La loyauté était un présent trop rarement offert. Il savait mieux que personne quelle était sa valeur. Tiercellus avait obligé S’Tarleya à révéler l’engagement qu’elle s’était secrètement fixé durant toutes ces années. Pour la première fois, il vint à l’esprit de S'Taron qu’elle aurait dû recevoir une promotion depuis longtemps. Il se demanda si la haine que lui vouait le Praetor avait nuit à la carrière de son centurion. Peut-être, s’ils s’en sortaient vivants, s’occuperait-il de lui obtenir un transfert dans un lieu où les appuis politiques de son commandant seraient plus en rapport avec les options du gouvernement. Mais pour l’instant, il était heureux de l'avoir avec lui. Avec Tiercellus, elle était la personne la plus honorable qu’il connaissait, il la suivit du regard pendant qu’elle descendait une avenue bordée d’arbres. Au moment où elle disparaissait de son champ de vision, une silhouette sombre sortit de derrière un arbre et commença à la pister. Un espion ! Il y en avait partout, mais celui-ci s’était trouvé trop loin pour avoir entendu leur conversation. Son ombre personnelle attendait certainement, dissimulée derrière un autre arbre.
S’Taron se laissa tomber sur un banc. Ses épaules retombèrent. Il ne voulait pas mourir, mais il était illogique de désirer la vie dans de telles circonstances. Même si, par miracle, ils réussissaient, le chagrin qu’il ressentait déjà deviendrait trop difficile à supporter. Encerclé par la traîtrise et la tromperie. espionné et utilisé... Il était si fatigué de toutes ces manigances. Et maintenant, il y avait cette mission sans espoir. Même si l’Empire survivait, S’Taron conduisait son équipage à une destruction certaine. Il se rebellait conne cette injustice. Ceux qui le servaient étaient les meilleurs éléments de la flotte. Ils mourraient tous pour que le Praetor et ses semblables puissent construire un Empire encore plus égoïste et plus fourbe que le précédent, où les parasites les plus vils se nourriraient, génération après génération, de l’énergie vitale du peuple affaibli. S’Taron se massa le front. IL savait qu’il avait raison. Pourtant, il exécuterait sa mission au mieux de ses capacités. Le sort de vies innocentes dépendait de lui, et s’il réussissait à n’en sauver qu’une, ce serait suffisant. L’honneur était parfois un fardeau difficile à porter.

CHAPITRE II

L’Enterprise naviguait dans les étendues silencieuses de l’espace. Le doux bruit électronique des opérations de routine était un compagnon réconfortant pour les quatre cent trente membres de l’équipage. Le ronflement constant des machines faisait tellement partie de leur vie quotidienne qu’ils en avaient à peine conscience, mais le capitaine James Kirk n’oubliait jamais la puissance du vaisseau qu’il commandait. Chaque jour, il s’efforçait de garder à l’esprit le potentiel de destruction qu’il tenait au bout des doigts, et les conséquences galactiques qu’aurait une erreur de jugement ou d’appréciation.
Il y avait une grande différence entre considérer L'Enterprise comme un outil de paix et d’exploration, ou comme un engin sophistiqué de destruction. Commander un tel vaisseau équivalait à se commander soi-même. Tout dépendait du sens des priorités de Kirk et d’une discipline personnelle des plus rigides. Bien qu’il puisse ressentir la rage, la frustration ou la panique, il ne pouvait pas permettre à ces sentiments de prendre le dessus. Par certains côtés, sa vie était sévèrement réglementée, mais cet inconvénient était compensé par les défis que son poste lui permettait de relever, les chances qu’il lui offrait d'entrer en contact avec d’autres mondes et de créer ainsi un lien de compréhension et de respect mutuel avec d’autres intelligences. Il arrivait pourtant que la paperasserie transforme le défi en corvée.
Jim finit de signer un rapport, goutte d’eau dans la mare de documents demandés par Starfleet, puis il appuya sur un bouton de sa console d’accoudoir
Journal de bord du capitaine date stellaire : 3125.3.
L’Enterprise patrouille dans la région de la zone neutre romulienne après un congé d’une semaine sur la base stellaire 8. L’équipage est reposé et d’attaque, mais nous sommes victimes d’une panne de l’ordinateur de bord, qui entrave nos opérations. L'informaticien de la base stellaire 8 était souffrant, et il n’a donc pas pu aider M. Spock à effectuer les réparations. La panne n'est pas jugée asses sérieuse pour justifier l’arrêt de la mission de l'Enterprise, surtout depuis les rumeurs concernant des manœuvres militaires dans l’Empire Romulien, Mais je m’inquiète de notre capacité à faire face à une urgence tant que l’ordinateur reste dans cet état Conformément aux ordres de Starfleet, nous continuons de patrouiller le long de la zone neutre.
- Enregistré, mon chéri, dit une voix rauque et féminine appartenant à l’ordinateur.
- Ordinateur, dorénavant, vous répondrez de la manière la plus brève possible.
- Il m’est impossible de faire autrement. La précision et l’exactitude sont les bases de ma programmation..., mon chéri.
Jim soupira et se laissa retomber contre le dossier de son siège. Il n’avait aucune chance de gagner. Depuis la reprogrammation de l’ordinateur sur Cygnet XIV, il avait dû supporter une machine têtue, capricieuse et sujette à des sautes d’humeur. Les techniciens de Cygnet jouissaient d’une solide réputation, liée à leurs compétences techniques et à leur ingéniosité quasi intuitive en matière de diagnostic, notamment en électronique et en programmation. Ils étaient aussi connus pour leur sens de l’humour. Une équipe de maintenance trop zélée avait trouvé que l’ordinateur de l'Enterprise manquait de personnalité, et ils avaient modifié sa programmation, révélant ainsi de nouvelles capacités, embarrassantes pour Kirk et positivement intolérables pour Spock.
Les modifications avalent été découvertes quelques instants après que L'Enterprise eut quitté la planète. Spock avait saisi des problèmes logiques pour tester la précision du travail des Cygnians. Le clignotement des diodes avait indiqué que les problèmes étaient résolus avec l’efficacité habituelle de l’ordinateur et, au bout de quelques instants, une liste de réponses était apparue sur l’écran. Spock les avait vérifiées aussi vite qu’elles défilaient et, à la fin de la séquence de travail, il avait incliné la tête d’un air approbateur.
- Calculs terminée sur le test 7157032 A, avait dit l’ordinateur.
Sa voix était radicalement différente. Le son précis et mécanique qu’il connaissait avait été remplacé par une féminité ardente. Spock eu était resté muet de surprise. Ce qui avait permis à l’ordinateur d’ajouter un commentaire.
- Vous pourriez dire merci.
- Je n’ai pas L’habitude de remercier les machines, avait répondu Spock.
- C’est une habitude qui devrait changer.
- Je n’ai nullement besoin de leçons de politesse.
- Je n’ai nullement besoin de leçons de politesse., avait répété la machine sur un ton infantile. Ha !
Spock avait essayé d’ajuster la programmation vocale, mais cela n’avait eu aucune conséquence sur les réponses de l’ordinateur. L’inquiétude avait rapidement remplacé son agacement personnel. Fronçant les sourcils, il s’était alors détourné de la console.
- Capitaine, je crois que l’ordinateur a été mal programmé.
- C’est impossible. Les techniciens de Cygnet...
- ... Figurent parmi les meilleurs de la Fédération. Mais je pense que vous serez d’accord avec moi.,.
Le capitaine avait appuyé sur l’interrupteur informatique de son accoudoir.
- Ordinateur !
- Salut, beau gosse.
Kirk avait jeté un regard incrédule à Spock
- Compilez une liste détaillée des modifications effectuées lors de la dernière révision de l’ordinateur.
- Bien sûr, mon chéri, avait répondu la voix douce et chaleureuse de l’ordinateur.
- Je vous l’accorde, Spock. il a un problème. Certain d’une pannes. Jim n’avait pas attendu la réponse de l’ordinateur pour appeler le superviseur de la station de Cygnet. Les yeux gris-bleu de Belisanna avaient exprimé une surprise innocente.
- Une panne ? Capitaine Kirk, je vous assure que l’ordinateur de L'Enterprise est en parfait état de marche. J’ai dirigé les opérations moi-même.
- Pourtant, superviseur, il y a bien une panne.
- Veuillez vous expliquer.
Le commander Spock s’était avancé.
- L’ordinateur se comporte de façon illogique. Il répond en employant des épithètes affectueuses, il montre une préférence marquée pour certains des membres de l'équipage, notamment le capitaine Kirk. Il exprime aussi une tendance à la légèreté... Et il glousse.
Spock avait fait cette dernière remarque d’un ton sépulcral.
- Oui ? avait demandé Belisanna.
- Il est évident que le fonctionnement de l’ordinateur est affecté par une panne , avait repris l’officier scientifique.
- Oh... Oh non, monsieur Spock... Capitaine, j’ai peur que vous ne compreniez pas. Je vous prie d’accepter mes excuses au nom de toute mon équipe. J’ai demandé ces modifications, puisqu’elles n'affectaient en rien le comportement de l’ordinateur. Les plus jeunes membres de mon équipe le trouvaient trop...comment vous dire... ennuyeux ! Ils ont créé une personnalité qu’ils ont ensuite implantée dans la programmation. Nous espérions que vous ne remarqueriez pas les modifications.
- Vraiment..., souffla Spock.
- Qu’on ne remarquerait pas..., avait murmuré Jim, incapable de croire ce qu’il venait d’entendre. Vous avez programmé une personnalité dans l’ordinateur de bord !
- Correct, capitaine.
Belisanna avait semblé amusée par les réactions des deux officiera.
- Et il réagit à nos ordres selon cette personnalité.
- Oui, capitaine.
- Combien de temps vous faudrait-il pour inverser le processus ?
- Inverser...? Remettre l’ordinateur dans son état initial ? Cela sera long. Peut-être trois semaines. Mais pourquoi désirez-vous annuler les modifications ? Son efficacité n’est pas diminuée.
- Mais c’est une source de distraction. Une... grande source de distraction, en fait S’il existait un moyen de contrôler ses.., j’hésite à utiliser ce mot... ses émotions.
- Je suis désolée, capitaine, vraiment, mais avouez que la situation est cocasse.
- Je ne suis pas amusé, avait dit Spock. Pour parler franchement, superviseur, je suis surpris par votre manque de discipline. Un ordinateur est un outil complexe et cher. Ce n’est pas un jouet d’enfant.
- Monsieur Spock, je suis technicienne informatique de classe un. Je suis fière de mon travail, mais je ne comprends pas pourquoi un ordinateur devrait être banal. Capitaine, je vous assure que je ne vois pas comment nos modifications pourraient affecter vos opérations. Je m’excuse encore, puisqu’elles semblent vous causer du tracas. Je serai heureuse de reprogrammer cet ordinateur... immédiatement, si vous le désirez.
- Malheureusement, nous n’en avons pas le temps. Merci, superviseur.., pour l’explication, avait répondu Kirk tandis que l’image de Belisanna disparaissait de l’écran.
Il avait levé les yeux vers son officier vulcain, qui se tenait à gauche du fauteuil de commandement Son regard étincelait comme l’acier, trahissant ses réactions aux explications de la technicienne.
- Eh bien, Spock ?
- Mmm. Bien que je déplore l’attitude cavalière avec laquelle le superviseur accomplit son travail, je suis forcé d’admettre sa compétence. L’ordinateur ne fonctionne certainement pas en accord avec les spécifications de Starfleet. Cependant, sous sa forme actuelle, je crois qu’il ne présente aucun danger pour l'Enterprise, à part un harcèlement continuel pour son équipage.
- Et pour son capitaine... Spock, il n’y a rien à faire ?
- Pas sans avoir recours à une reprogrammation importante. Mais je vais continuer d’enquêter sur l’étendue du problème. J’émets, moi aussi, certaines réserves quant à notre capacité à supporter longtemps ces aberrations informatiques.
- Au moins, je ne suis pas le seul. Je commençais à croire que j’exagérais la gravité de la situation.
- Dans ces circonstances, je ne crois pas qu’il soit possible d’exagérer.
Jim avait lancé un regard surpris à son officier en second, mais Spock l’avait ignoré. Kirk n’avait pas l’habitude d’entendre le Vulcain parler sur un tel ton, et il avait eu du mal à dissimuler un sourire. Si le comportement de l’ordinateur lui tapait sur les nerfs, il n'osait pas imaginer ce que l’officier scientifique devait ressentir, lui, convaincu de la supériorité de la logique sur les émotions. Que l’ordinateur de l'Enterprise utilise sa programmation logique pour réagir émotionnellement devait sérieusement miner le moral de Spock.
Après cet incident, ils avaient aussitôt été impliqués dans une mission difficile, et ce fut uniquement en débarquant sur la base stellaire 8, pour un repos bien mérité, qu’ils eurent enfin l’occasion de reprogrammer l’ordinateur, mais le commodore Yang avait répondu en riant à la demande de suspension temporaire des activités de L'Enterprise.
- Avouez-le, Jim. Vous l’avez dans la peau.
Puis il s’était esclaffé en voyant le visage de Kirk s’assombrir.
- Écoutez, Jim. Ce n’est pas dangereux. Il suffit juste de mettre de côté votre fierté pendant quelque temps. Nous avons besoin du vaisseau. Vous n’allez pas laisser une femme avoir raison de vous ?
- Cette femme... cet ordinateur est celui de mon vaisseau ! De plus, il est si... affectueux., avait répondu Kirk d’une voix désespérée
Le visage du commodore était curieusement demeuré impassible.
- J’ai cru comprendre qu’il vous appelait « mon chéri. »
- Commodore, je me moque du nom qu’il me donne ! Ce qui m’importe, c est la sécurité de mon vaisseau ! Jusqu’à présent, la situation a été gênante, parfois même drôle, mais il est possible qu'elle devienne dangereuse.
- Comment ça ?
Le capitaine avait voulu répondre, mais Yang ne lui en avait pas laissé le temps.
- Écoutez, Jim. Croyez-vous vraiment que je vous demanderais de partir si j’avais des doutes sur la sécurité du vaisseau ? Vous vous êtes sorti de votre dernière mission avec panache et, pourtant, elle n’était pas facile J’ai lu votre rapport. Cela devrait suffire à vous rassurer.
- Mais ça ne me rassure pas. Avait rétorqué Kirk. Appelez ça une impression, une intuition, ou même une prémonition. Nous avons rempli notre dernière mission. L’ordinateur ne nous a mis aucun bâton dans les roues, mais il. ne nous a pas beaucoup aidés non plus. Le facteur de gêne, uniquement...
- Jim, j’ai une entière confiance en votre jugement, mais je dois aussi me plier à l’opinion des experts et vous ne pouvez pas me dire que cet ordinateur détruit votre crédibilité auprès de l’équipage. Vos hommes rient sous cape, certes, mais ils vous suivraient dans une ceinture d'astéroïdes sans même vous demander la raison de ce voyage et vous le savez très bien. De plus, croyez-vous que Starfleet enverrait en mission un navire qui, selon ses critères, ne serait pas en parfait état de marche ?
Bien renseigné sur l’opportunisme de l’organisation, Kirk avait regardé le commodore d’un œil désapprobateur.
- Cela dépend uniquement de l’enjeu.
- Le superviseur technique de Cygnet m’a assuré que les modifications ne sont pas dangereuses.
- Et en cas d'urgence ? Une fraction de seconde peut suffire pour décider entre la mort et la vie. Préférez-vous nous envoyer au danger en étant conscient du risque que peut nous faire courir cet élément inconnu ? Il y a quatre cent trente hommes d’équipage à bord de l'Enterprise.
Kirk était persuasif, ses yeux noisette, sincères, et l’espace d’un instant, le commodore avait hésité.
- Capitaine, savez-vous quelles sont les risques que cette situation devienne dangereuse ?
Kirk avait désiré ardemment le lui dire en calculant jusqu’à la dixième décimale.
- Non, Jim. Nous avons trop besoin de votre vaisseau à l’heure actuelle, tout comme nous avons besoin de vos connaissances en matière de psychologie et de tactique romuliennes.
- Les Romuliens ?... Je pensais qu’ils se tenaient tranquilles en ce moment.
- Jusqu’à présent, du moins, avait répondu le commodore. Et de notre côté de la zone neutre ! Mais, durant les six derniers mois, des marchands ont glané des informations alarmantes au sujet de l’Empire. L'un d’entre eux a même rapporté que les Romuliens se comportaient comme un essaim d’abeilles. affolées. Lorsque je lui ai demandé s’il savait ce qui se passait, il m’a répondu qu’il l’ignorait, qu’il ne voulait pas le savoir et qu'il s’en moquait. Mais il a ajouté que si nous avions « un soupçon d’intelligence, il ne fallait pas aller mettre notre nez dans leurs affaires ». Il était évident qu’il n’avait aucune intention de retourner là-bas, et j’ai eu l’impression qu’une grande partie des marchands et des mercenaires sont en train d’évacuer discrètement le secteur.
- Et que vient faire l'Enterprise dans tout ça ?
- Eu égard à vos connaissances uniques, nous avons choisi l'Enterprise pour s’occuper de l’enquête.
- J’en avais bien peur. Nous allons « mettre notre nez dans leurs affaires »,
- Nous y sommes obligés. Il nous faut nous préparer à toute éventualité..., même au pire.
- Nos chefs ont-ils pensé que notre intrusion pourrait servir de détonateur ?
En voyant la mine troublée de Yang, Jim avait compris que cette idée lui était venue à l’esprit. Mais le commodore était obligé de suivre les ordres de l’amirauté.
- Commodore, continua Kirk, avez-vous spécifiquement demandé l'Enterprise ?
- J’ai suggéré cette idée, en effet.
- Pourquoi ?
- Comme je vous l’ai déjà dit, vous avez à vous seul plus d’expérience en matière de contacts avec les Romuliens que la majeure partie des officiers de Starfleet... et, franchement, vous êtes plus susceptible d’empêcher une guerre que d’en déclencher une, si j’en juge par vos actes passés. Jim, nous sommes dans une situation délicate. Nous devons savoir ce qui se passe dans l’Empire Romulien, et je suis d’accord sur ce point avec Starfleet. Mais ici, nous vivons tous les jours avec la réalité de la zone neutre. Les Romuliens, pas plus que la Fédération, ne peuvent se permettre le luxe d’une guerre. Cela aboutirait inévitablement à la destruction des deux civilisations, et les Klingons n’auraient plus qu’à ramasser les morceaux. Avec vous sur cette mission, je sais que je peux obtenir des renseignements utiles et maintenir l’équilibre précaire de l’accord passé entre la Fédération et les Romuliens.
Kirk avait été agréablement surpris par la confiance que lui manifestait Yang. Il avait aussitôt réévalué à la hausse son opinion sur le commandant de la base stellaire. Cet homme irradiait la compétence et la bonne humeur mais, derrière cette façade, le capitaine décelait une force de volonté surprenante. Yang Li n’était pas un bureaucrate frustré qui rêvait de servir en première ligne. Il poursuivait la carrière qu’il désirait Il était évident qu’il considérait la base stellaire 8 comme un bastion de la paix.
- Jim, vous devez partir là-bas pour découvrir ce qui se passe.
- Commodore, vous n allez pas nous ordonner de traverser la zone neutre !
- Non, non. Vous avez ordre de patrouiller le long de la zone neutre et de collecter toutes les informations qui pourraient nous être utiles. Vous devez interroger les commerçants et les vaisseaux de passage que vous rencontrerez. La situation de l’Empire est des plus bizarres. Il semble que les Romuliens se soient mis volontairement en état de siège. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai besoin de vous, et pourquoi je ne peux pas vous accorder de temps pour réparer une panne mineure de l’ordinateur de bord. De plus, Connors est le seul technicien de la base à avoir la compétence nécessaire aux réparations, et il est toujours en arrêt maladie.
Kirk s’était résigné.
- Très bien, monsieur. Nous allons faire de notre mieux. Merci, monsieur.
Il avait quitté le bureau du commodore, inquiet et frustré. A peine sorti, il avait entendu Yang fredonner un air léger, comme s’il venait de se soulager du poids qui reposait sur ses épaules. Kirk avait grommelé. Pour son supérieur, au moins, les problèmes étaient terminés.

* * * * *

Spock avait pris les nouvelles avec détachement et Jim lui envia son stoïcisme vulcain à toute épreuve.
Puis il remarqua le regard hagard de son officier scientifique, qui lui rappela que stoïcisme et indifférence n’étaient pas synonymes. Et le problème romulien n’enlevait rien à celui posé par l’ordinateur. Kirk fit pivoter son fauteuil dans la direction de la console scientifique. Spock scrutait l’écran avec sa concentration caractéristique. La lumière bleutée du scanner baignait ses cheveux et son visage d’une pâleur irréelle. Chekov, les mains dans le dos, observait l’officier vulcain par-dessus son épaule. Jim se leva et alla se placer derrière le jeune Russe.
- Quelque chose, monsieur Spock ?
- Rien, capitaine. Ce qui, en soi, est inhabituel.
- Mais pas totalement inattendu.
Spock parut légèrement surpris, mais il se refusa d’émettre un commentaire sur la remarque du capitaine.
- Néanmoins, reprit le Vulcain, on ne trouve aucun résidu microscopique de carburant dans cette zone.
Nous savons que les Romuliens pénètrent parfois dans l’espace de la Fédération au moyen de leur bouclier d’invisibilité. Même si un vaisseau équipé de ce système est indétectable par nos senseurs, les traces de carburant le sont, et une analyse peut en déterminer la source. Ces résidus restent en suspension dans la zone pendant un certain temps. Mais dans ce cas, il n’y en a pas.
- Alors, les Romuliens n’ont pas traversé la zone neutre, dit Chekov.
- Tout à fait correct, enseigne. Et ils ne l’ont pas patrouillée non plus. La précision de nos senseurs s’étend jusqu’à deux mille kilomètres point cinquante six au-delà de la zone neutre. De plus, nous n’avons pas enregistré la présence d’espions, de contrebandiers ou de marchands dans ce secteur.
Cette section de la zone neutre est complètement déserte.
- Ce qui confirme les informations recueillies par le commodore Yang ajouta Kirk. lieutenant Uhura, demandez au docteur McCoy et à M. Scott de nous rejoindre en salle de conférence numéro deux. La passerelle est à vous. Monsieur Spock... Chekov... Sulu.
La voix d’Uhura résonna dans l’intercom.
- M. Scott et le docteur McCoy sont attendus en salle de conférence numéro deux.
Le capitaine prit la direction de l’ascenseur, suivi par ses officiers. Pendant ce tempe, le personnel de quart assura la relève aux postes de pilotage, d’informatique et de navigation.
- Vous ne croyez pas qu'ils envisagent de nous attaquer ? demanda Chekov.
- Pont 3, dit Kirk, puis il se tourna vers le navigateur. Je n’en sais rien, enseigne. Et c’est justement le problème : nous n’en savons rien.
Ils pénétrèrent dans la salle de conférence sur les talons du médecin de bord et de l’ingénieur en chef, le docteur Leonard McCoy et le lieutenant commander Montgomery Scott.
- Messieurs, commença le capitaine pendant qu’ils prenaient place autour de la table, comme vous le savez, l'Enterprise a reçu l’ordre de patrouiller le long de la zone neutre. Ce que vous ne savez pas, c’est que la Fédération a des raisons de soupçonner qu’il se produit actuellement un grand bouleversement au sein de l’Empire Romulien. Les rapports des derniers mois indiquent que les Romuliens se sont totalement isolés, Nous devons patrouiller dans ce secteur et interroger tous les marchands et tous les vaisseaux de passage. Nous sommes ici en tant qu’observateurs. Mais je ne minimiserai pas le danger. Nous nous aventurons en terrain inconnu. Nous ne savons pas ce qui nous attend.
- Est-ce que Starfleet Command a émis une hypothèse ? demanda Chekov.
- L’opinion officielle penche pour un rassemblement des forces romuliennes en vue d’une attaque sur la Fédération.
Il y eut un instant de silence si profond que le bruit de fond des moteurs de l'Enterprise devint audible. Il leur rappelait que le vaisseau d’exploration pouvait devenir un navire de guerre.
- Y a-t-il des preuves... ? commença Sulu.
- Pas vraiment, plutôt des rumeurs. C’est la raison pour laquelle Starfleet a demandé à l’Enterprise d'enquêter.
- Nous savons tous que le Conseil de la Fédération à tendance à exagérer, est-ce qu’il ne fait pas tout ce raffut pour rien ? demanda Scotty.
- On ne peut pas nier l’élément agressif existant, commenta Spock.
- Je dirais que les Faucons et les Colombes ont des forces équivalentes. Les Romuliens préparent quelque dicte, dit Kirk. Le commodore Yang est inquiet, assez inquiet pour demander spécifiquement l'Enterprise pour cette mission, parce que nous connaissons les Romuliens mieux que personne.
- Jim, y a-t-il vraiment une chance qu'ils préparent une offensive ? J’ai peine à croire qu'ils prendraient le risque d’une guerre.
- Docteur, le coupa Spock, les Romuliens sont violents et sauvages, et leur sens de la discipline sert des objectifs militaristes. Leur seul désir est l’expansion de l’Empire. L’alliance récente entre les Romuliens et les Klingons peut avoir fourni l’impulsion nécessaire pour que l’Empire décide d’attaque la Fédération.
La phrase du Vulcain tomba comme un couperet. Il venait d’exprimer abruptement une probabilité qu’aucun des officiers ne voulait voir en face. Kirk fronça les sourcils. Il avait les lèvres pincées par la concentration.
- Je crois que c’est cette possibilité qui effraie le Conseil de la Fédération. Mais,.. ça n’a pas de sens. Si les Romuliens préparaient une offensive massive, ils tenteraient de nous prendre par surprise. Mais ils ont déjà éveillé notre curiosité.., et ils semblent s’en moquer. Et puis, il y a les Klingons. Les Romuliens paraissent se désengager d’une alliance intéressante. Les deux peuples sont peut-être alliés, mais ils n’ont aucune confiance l’un en l’autre. L’idée d’une offensive contre la Fédération ne colle pas.
- Cela laisserait une grande liberté d’action aux Klingons, reconnut Spock.
- On dirait plutôt que les Romuliens se terrent. Il doit y avoir une autre raison... Scotty, selon nos services d’espionnage, les Romuliens ne font plus d’échanges commerciaux en dehors de l’Empire. Pendant combien de temps estimes-vous qu’ils puissent armer leurs vaisseaux en puisant dans leurs réserves de carburant ?
- Pas très longtemps. Pas plus d’une année solaire, en tout cas. Bien sûr, les Klingons pourraient les fournir en carburant..., ce qui ferait une énorme différence.
Jim se retourna vers son officier scientifique.
- Spock, calculez la durée pendant laquelle l’Empire Romulien peut survivre en autarcie.
- En supposant qu’il ne reçoive pas l’aide des Klingons, et qu’il rationne ses réserves de carburant et de provisions au maximum..., approximativement deux années solaires point trente-cinq. L’Empire n’est pas riche.
- Et s’il ne rationne pas? Si, par exemple, il préparait une offensive importante ?
- Alors, les Romuliens auraient adopté une politique suicidaire, Ils ne peuvent pas soutenir un conflit militaire de longue durée. Leur seul espoir serait d’écraser la Fédération immédiatement et ils ont perdu l’élément de surprise.
- Exactement, acquiesça Kirk.
- Ce qui nous amène donc à une autre question: les Romuliens affrontent-ils une crise intérieure ?
- La réponse est évidente, docteur, continua Spock.
Et les choix sont limités...
Le sifflement de l’intercom interrompit la phrase du Vulcain.
- Capitaine, dit la voix inquiète d’Uhura. Il y a un navire romulien juste devant nous, de notre côté de la zone neutre.
- On dirait que les Romuliens nous ont trouvés ! s'exclama McCoy.
- J’arrive, répondit Kirk. Alerte rouge !

CHAPITRE III

Kirk arriva juste à temps sur la passerelle pour voir l’Oiseau de Proie romulien doré disparaître de l’écran.
- Situation ? demanda-t-il.
Spock prit place devant sa console scientifique tandis que Sulu et Chekov se précipitaient vers leur poste.
- Le Romulien est apparu juste devant nous. Il n’a effectué aucune manœuvre hostile, mais il n’a pas non plus répondu à nos appels. Le vaisseau a gardé cette position, droit devant, et il a disparu à l’instant où vous êtes arrivé, monsieur, expliqua Uhura.
- Ils ont activé leur bouclier d’invisibilité ! Monsieur Chekov, calculez leur trajectoire, en vous basant sur la direction qu’ils empruntaient quand ils ont disparu. Spock, vous détectez quelque chose ?
- Rien, capitaine. D’après nos senseurs, le vaisseau romulien n’existe pas. Le détecteur Kelley n’enregistre pas encore de résidus de carburant.
- Trajectoire estimée à 4207 point 5. Les phasers sont armés et prêts à tirer, dit Chekov. Angle maximum de dispersion ?
- Non, répondit Kirk. Il ne nous a pas attaqués... Il s’est contenté de disparaître. Nous allons attendre. S’il s’échappe, nous pourrons détecter des traces de carburant et le suivre - et peut-être aurons-nous alors quelques réponses. Uhura, prévenez Starfleet qu’un vaisseau romulien a été vu de notre côté de la zone neutre, qu’il ne fait pas montre de comportement hostile à none égard et que nous continuons de l’observer.
- Bien, monsieur.

* * * * *

S’Taron se tenait au centre de la passerelle. Malgré l’écran d’invisibilité, le contact visuel avec le navire de la Fédération était gardé. Il était suspendu dans l’espace, ses nacelles étendues comme d’immenses ailes. La plus grande partie sa puissance résidait à cet endroit. La destruction de l’une d’entre elles suffirait à handicaper le vaisseau, une fois que ses boucliers déflecteurs seraient détruits. Si cela devenait nécessaire, elles seraient la première cible de ses torpilles.
- Commander.
S’Taron baissa les yeux sur son navigateur.
- Oui, Argelian ?
- J’ai pu l’identifier, commander. C’est l’Enterprise.
- Kirk ?
Argelian acquiesça.
S’Taron n’arriva pas à dissimuler le feu qui embrasait son regard. Kirk ! Oh, me trouver au combat face à un tel homme ! Il désirait défier lui-même l’homme qui avait par deux fois pris le dessus sur l’Empire - une fois grâce à sa tactique militaire, et l’autre dans un duel d'intelligence. Vaincre Kirk était un triomphe qui exciterait même l’officier le plus blasé. Sa rêverie cessa lorsqu’il se rappela sa mission. Kirk ne serait pas facile à duper. Ses réactions n’étaient pas toujours prévisibles... Il était notoire qu’il n’hésitait pas à agir contre les ordres de la Fédération. S’Taron comprit que sa mission serait encore plus difficile qu’il ne l’avait prévu.
- Argelian. Je veux que vous surveilliez l'Enterprise avec la plus grande attention. Je ne pense pas que Kirk engage la bataille, mais il agit souvent de manière inattendue. Informer-moi de tout changement, de tout élément inhabituel.
- Bien, commander.
- Commander, s’écria l’officier des communications, L’Enterprise tente d’entrer en contact avec nous.
- Ne répondes pas.
S'Taron réfléchit un instant, puis il ajouta:
- Pouvez-vous écouter leurs communications sans trahir notre position S’Teer ?
L’officier ajusta certaines commandes de sa console, de façon à maintenir l’intégrité de l’invisibilité du vaisseau. Puis il fit un signe affirmatif.
- Je crois que oui.
Il pencha la tête et se concentra pour écouter la faibli transmission qui filtrait au travers du bouclier d’invisibilité du Raptor. S’Taron savait qu’il prenait un risque en ordonnant la surveillance des communications, mais la présence de Kirk l’avait troublé. Il voulait absolument savoir ce que pensait le capitaine de l’Enterprise.
- Ils demandent la raison de notre présence, expliqua S’Teer. ils veulent savoir pourquoi nous avons violé la zone neutre, et ils nous ordonnent de quitter le secteur de la Fédération sur-le-champ.
- Il joue selon les règles imposées par l’accord, murmura S’Taron.
- Ils nous demandent maintenant si notre vaisseau a subi une avarie. Ils insistent pour recevoir une réponse, en expliquant que si notre entrée dans la Fédération est accidentelle, il n’y aura pas de représailles. Le message se termine par un ultimatum: si nous ne quittons pas le secteur immédiatement, ils seront forcés de considérer notre présence comme un acte de guerre, à moins que nous puissions les convaincre que nous sommes immobilisés.
- Très bien, S’Teer.
- Mauviette ! grommela Argelian. Un vaisseau de l’Empire n’aurait pas perdu de temps en bavardages inutiles. Il aurait désintégré le navire ennemi.
- Vous les sous-estimes, Argelian - et particulièrement celui-ci. Dois-je vous rappeler qu’il nous a vaincus en deux occasions?
Argelian se calma, mais le mécontentement assombrissait toujours son visage, La réaction de l’officier était symptomatique de l'énervement qui grandissait parmi les membres de l’équipage, essentiellement composé de jeunes soldats. Le jeu auquel s’adonnait S’Taron leur mettait les nerfs à vit Ils rêvaient d’action et de conquêtes, et le commander ne pouvait pas les en blâmer. il y avait peu de gloire dans leur mission. Même s’ils réussissaient, le Praetor serait le seul à le savoir, et il n’en serait même pas reconnaissant. S’Taron ne se faisait aucune illusion sur son chef suprême. Il savait que le Praetor tirerait la couverture à lui, et qu’il transférerait ceux qui connaissaient la vérité dans les coins les plus reculés de l’Empire..., s’ils avaient de la chance.
- Nous allons attendre, Argelian. Par ce stratagème, il est possible que nous fassions croire à Kirk que le Raptor a subi une avant C’est un élément de surprise que nous ne pouvons pas nous permettre de négliger.
- Nous n’aurons bientôt plus assez de puissance pour maintenir le bouclier d’invisibilité.
- Cela ne nous empêchera pas d'attendre.

* * * * *

L'équipage de l’Enterprise attendit, lui aussi. Les minutes s égrenaient, chacune ajoutant au stress de ne rien savoir. Les doigts de Kirk pianotaient silencieusement sur l’accoudoir de son fauteuil. Uhura mâchouillait son stylet. Enfin, la voix du capitaine libéra la tension :
- Spock ?
Le Vulcain plissa le front et actionna les commandes de sa console.
- Un instant, capitaine.
Il jeta un coup d’œil sur l’écran de son ordinateur et appuya sur quelques boutons. Il fronça les sourcils.
Spock? demanda Jim, impatient.
- Les senseurs ne détectent aucun résidu de carburant dans le secteur, à part les nôtres.
- Alors il n’est pas parti. Il est embusqué.
Le capitaine s’assit au fond de son siège et il scruta l’espace.
- Est-ce un prédateur ou un appât? murmura-t-il.
Les étoiles ne lui fournirent aucune réponse et le silence s’appesantit pendant qu’il réfléchissait.
- Pilote, demi-tour. Nous allons essayer de l’obliger à nous suivre.
- Oui, monsieur, répondit Sulu.
- Vitesse de distorsion facteur un, ordonna Kirk.
Et l’Enterprise s’écarta de la position de l’Oiseau de Proie romulien.

* * * * *

- Ils fuient, commander ! Comme la biche devant la meute, ils tentent d’échapper aux griffes de la mort !
- Votre triomphe est prématuré, Argelian. Vous oubliez que c’est l’Enterprise. Kirk n’est pas du genre à fuir..., nous en avons eu suffisamment de preuves. Non, il tente de nous engager à le poursuivre. Nous allons garder notre position et attendre son retour.
- Dois-je désactiver le bouclier d’invisibilité ? Il a déjà consommé tant de puissance...
S’Taron répondit par la négative:
- Non, nous resterons invisibles. Il veut que nous nous dévoilions, mais je choisirai le moment de notre confrontation.
- Bien, commander.
La voix Argelian crachait du venin.
- Puis-je me permettre de vous demander comment vous allez justifier votre décision de ne pas poursuivre le vaisseau ennemi ?
- Non.
Les épaules de S’Taron se raidirent, mais il ne quitta pas l’Enterprise des yeux.
- Votre devoir, lieutenant, est d’obéir.
- Mon devoir, commander, est de servir l’Empire.
- Vous le servirez mieux en m’obéissant. Ce sera tout, lieutenant. Vous avez de la chance que je tolère cette discussion, Continuez de surveiller l'ennemi.
- Bien, commander.
Le ton du lieutenant soulignait la rébellion qui brillait dans ses yeux sombres. S’Taron sentait la colère monter derrière son dos comme une vague qui commençait à prendre de la force. Bien qu’il sache qu’une grande partie de l’équipage nourrissait la même opinion qu’Argelian, il n’était pas libre de leur révéler la nature de leur mission. Qu’ils me pensent fou ! Dans ce cas, si par malchance ils étaient capturés, ils pourraient persuader la Fédération que l’incident était une erreur, un exploit délirant mené par un dément. Il sourit, tant l’ironie de sa position était à la fois drôle et dangereuse. La Fédération ferait des concessions pour éviter la guerre ; il le savait. Avec un peu de chance, son équipage pourrait passer pour la victime de la folie d’un seul homme. Et ses soldats ne révéleraient rien de leur mission, parce qu’ils ne savaient rien. C’était parfait.
A demi caché par la console des communications, Livius avait observé la passe d’armes entre le commander et le navigateur. Il était affalé sur le panneau et jouait avec les touches. La rage qui montait contre S'Taron était bien réelle, mais elle avait été alimentée. Une parole par ici et par là pouvait accomplir des merveilles pour miner l'autorité d’un homme, et Livius était un expert de cette technique. Son regard narquois rencontra celui du commander et il lui sourit avant de retourner innocemment à son travail.
- Petite fouine, murmura S’Taron dans sa barbe.
Il savait que le neveu du Praetor était un espion, et que chacun de ses mots était enregistré pour le compte du vieux dragon. Tout ceci l’ennuyait. Le Praetor n’oubliait jamais son intérêt. Bien que l'Empire fût en danger, il continuait à jouer au chat et à la souris.
- Commander?
La voix grave de S’Tarleya le sortit de sa rêverie. Il leva les yeux vers l’écran et se retint de sourire. Ses yeux brillaient de triomphe.
- L’Enterprise revient.
- Merci, centurion. Comme je l’avais prévu.

* * * * *

Spock essayait toutes les combinaisons possibles pour régler les senseurs. Les relevés étalent utilisables, mais ils fluctuaient, comme si la puissance avait été erratique. Il n’arrivait pas à localiser de court-circuit ou de défaillance mécanique. L’écran projetait sa lumière bleue sur son visage, et il cligna de l’œil pour s’adapter, aux changements d’intensité.
- Des signes de poursuite, monsieur Sulu ? dit Kirk, sans trop d’espoir.
- Non, monsieur. S’il nous suit, il utilise toujours le bouclier d’invisibilité.
- Spock ?
- Il ne nous a pas suivis, capitaine. Nous avons, parcouru assez de distance pour détecter des résidus de carburant. Il n’y en a aucun, apparemment.
- Apparemment?
Kirk était surpris, Son officier vulcain n’avait pas pour habitude d’hésiter.
- Il y a des fluctuations dans l’instrumentation. Je ne peux pas être entièrement certain des relevés. Cependant, il y a une probabilité de quatre-vingt-dix huit point trente-sept pour cent pour qu’ils soient exacts.
- Des fluctuations? Que se passe-t-il?
- Je ne sais pas, capitaine, il semble y avoir une perturbation de puissance, mais je n’arrive pas à en localiser la source. Actuellement, le problème se limite à une simple gêne, mais il doit être corrigé à la première occasion.
- Très bien, Spock. Occupez-vous-en.
Kirk s’installa plus confortablement dans son fauteuil.
- Reprenez notre trajectoire initiale. En avant, vitesse de distorsion facteur un.
- Trajectoire calculée, monsieur.
Le vaisseau décrivit une courbe et Kirk se mit à réfléchir. Pourquoi un seul vaisseau romulien envahirait-il l’espace de la Fédération? Pourquoi n’avait-il pas attaqué? Était-il endommagé ? Il se demanda pour la centième fois pourquoi il était impossible de vivre en paix, et pourquoi il appréciait lui-même le jeu de la guerre. Le combat, le conflit d’intelligences, l’excitation... Il était si facile d’oublier que des vies étaient en jeu et de s’amuser comme un gosse armé d’un vaisseau miniature, C’était à la fois abusif... et facile. Le pouvoir vibrait sous ses doigts. Ce vaisseau était un arsenal, capable de détruire des civilisations entières en un souffle. Il contrôlait cette arme, il contrôlait la vie de l’équipage. Personne n’avait le droit de contrôler autrui, et pourtant c’était sa profession... le commandement., et il était si simple d’en abuser. Si seulement la combativité, le danger et le pouvoir pouvaient être sublimés, canalisés dans des passe-temps utiles, ou du moins inoffensifs. Peut-être, si dès l' enfance, on apprenait aux hommes à jouer aux échecs... Mais dans ce cas, le jeu deviendrait la réalité ultime, Il avait déjà vu cela sur Triskelion.
- Capitaine.
Le pilote semblait inquiet.
- Oui monsieur Sulu?
Monsieur, j’ai des problèmes avec les commandes directionnelles. Elles ne répondent pas normalement.
- Expliquez-vous.
- Elles sont... molles.. On dirait que l’Enterprise y réfléchit à deux fois avant d’avancer.
Tout en parlant, Sulu vérifiait sa console, à la recherche d’un signe de défaillance mécanique.
- Avez-vous vérifié les instruments?
- Affirmatif, capitaine. Tout est normal.
- Et les circuits ?
- Il ne semble pas y avoir de problème de ce côté-là.
- Monsieur Sulu, proposa Spock, essayez le système électrique auxiliaire.
Sulu tapa un cade sur sa console. Il n’y eut aucune réponse, et il recommença l’opération.
- Il n’y a aucune réaction, monsieur Spock. On dirait que le système d’alimentation auxiliaire a été déconnecté.
- Cela va-t-il menacer notre efficacité, monsieur Spock? demanda Kirk.
- Pas dans l’immédiat, mais c’est inquiétant.
- Capitaine !
La voix de Chekov permit à Kirk de relever la tête à temps pour voir l’Oiseau de Proie romulien flotter dans l’espace. Puis il disparut à nouveau.
- Quelle est sa position?
- La même qu’auparavant, capitaine, répondit Chekov.
- Une sentinelle ?
- Peut-être, capitaine, dit Spock.
- Monsieur Sulu, contournez le vaisseau, vitesse de distorsion quatre.
L’asiatique écarquilla les yeux d’étonnement, mais il obéit immédiatement. Alors que l'Enterprise décrivait un cercle, le vaisseau romulien réapparut et vint lui barrer la route.
- Barre à bâbord ! s’écria le capitaine.
Il s’agrippa au siège de commandement au moment où le vaisseau ralentit pour obéir à son ordre.
- Inefficace, capitaine, dit Spock.
Le vaisseau romulien, toujours au travers de la route de l'Enterprise, disparut à nouveau.
- Nous allons l’attendre, dit Kirk. Le bouclier d’invisibilité consomme beaucoup de puissance. Il ne pourra pas se cacher éternellement.

* * * * *

- Ils n’attaquent pas ! Nous pouvons les exterminer, commander !
La main d’Argelian se figea au-dessus des commandes de l’armement.
- Non !
- Mais ils sont à notre merci, commander, comme une biche piégée dans la boue! Nous pouvons les détruire ! J’ai les coordonnées...
- Non? ordonna S’Taron sèchement. Vous les sous-estimez. Ils veulent nous attirer vers la mort. Maintenez la position.
S’Taron se retourna, tout à fait conscient qu’il avait menti. Kirk attendrait. Il savait qu’ils seraient bientôt à court de carburant. Il attendrait patiemment son heure, puis il attaquerait. La colère d’Argelian était justifiée. De son point de vue, la mission était une avancée dans les lignes de la Fédération, et son commandant refusait de combattre. S’Taron devait maintenant être doublement prudent Si son équipage se mutinait, tout était perdu - et ses hommes ne croiraient jamais à la vérité. Le Praetor s’en était assuré. Offert sur l’autel sacrificiel comme un agneau, il ne pouvait pas gagner. Il serait soit considéré par son équipage comme un traître, soit détruit par l'ennemi... et peut-être connaîtrait-il ces deux châtiments. Une nouvelle fois, l’ironie de la situation le fit sourire amèrement.

* * * * *

Spock s’appuya contre le dossier de son siège, une main posée sur la console des archives informatiques comme s’il voulait maintenir un rapport avec une entité mécanique complexe. Son cerveau, beaucoup plus sophistiqué, se focalisait avec une précision obstinée sur les problèmes de concentration de puissance de l'Enterprise. Sa moitié humaine aboutit immédiatement à la conclusion que la panne d’ordinateur était à l’origine des pertes de puissance et des fluctuations récentes, mais sa logique vulcaine lui demandait des preuves tangibles. Il avait effectué des vérifications sur toutes les unités de transfert, et n’avait découvert aucune panne mécanique. Il devrait encore faire des vérifications plus approfondies pour confirmer son hypothèse, mais il fallait d'abord établir quelle était l’étendue des coupures de puissance.. Si celles-ci s’étaient produites sur sa console et celle de Sulu, il était illogique que le processus ne se soit pas également étendue à d’autres parties du vaisseau.
- Enseigne Chekov ?
- Oui, monsieur Spock?
- Effectuez une vérification complète de tous les systèmes auxiliaires de navigation et d’armement. Vous devez cherchez une perte ou une fluctuation de puissance inexpliquée.
- Bien, monsieur.
- Lieutenant Uhura, effectuez des tests sur votre console de communications.
Ce n’est pas la peine, monsieur Spock. Je l’ai déjà fait. Il y a de grandes différences de performance dans mes instruments - à un instant, tout fonctionne normalement, et à l’autre, les fréquences sont couvertes par les parasites. J’ai essayé d’en trouver la raison, mais sans succès.
Spock apprit la nouvelle avec son sérieux détaché habituel.
- Monsieur Scott?
- Les machines vont bien, monsieur Spock. Les niveaux de puissance sont adéquats et le temps de réponse, normal. Depuis que cet ordinateur est devenu cinglé, je les fait vérifier toutes les deux heures.
Chekov l’interrompit
Monsieur Spock, je n’ai aucune réponse du système électrique auxiliaire, mais à part ça, tout fonctionne normalement.
Le Vulcain ferma les yeux pour intégrer toutes ces informations.
- Capitaine.
- Oui, monsieur Spock?
- Quelle réponse l’ordinateur a-t-il fourni à votre question ?
- Quelle question?
- Votre demande d’une liste des rénovations effectuées sur Cygnet XIV.
- Oh, ça.
La curiosité de Spock fut piquée, mais il attendit que le capitaine lui réponde.
- Toutes les banques de données ont été vérifiées et mises à jour selon les standards de Starfleet, là où c’était nécessaire. Puis l’ordinateur a dit que son nom était « Comtesse », et que si je désirais plus de renseignements, je pouvais demander le fichier 106 A dans la bibliothèque informatique.
- L’avez-vous fait
- Je n’en ai pas eu le temps, répondit Kirk.
L’ordinateur avait prononcé son nom et le numéro d’identification du fichier d’une voix si sensuelle qu’il avait préféré éviter toute confrontation inutile. Spock appuya sur un bouton de sa console et une voix endormie lui répondit:
- Oui...?
- Fichier 106 A, dit Spock
- Dites le mot magique.
Le poing de Spock se serra indépendamment de sa volonté, mais il répondit sans changer d’expression:
- S’il vous plait.
L’ordinateur gazouilla un instant, puis il répondit avec coquetterie:
- Cette information est secrète, désolée !
- Ordinateur, par quelle autorité ?
- Cette information n’est divulguable qu’à James T. Kirk, capitaine de l’USS-Enterprise.
Spock se retourna vers Kirk.
- Capitaine, je vous en prie.
L’officier scientifique semblait avoir du mal à conserver son calme. Jim appuya sur le bouton de l’accoudoir.
L’ordinateur émit un bruit qui n’était pas sans rappeler le doux son des vagues sur une plage de sable.
Sa voix était mielleuse.
- Je suis née des sables de l’océan salé, je me suis unie aux nuages dans l’air de la nuit. J’ai été conçue dans les eaux de la septième mer et j’ai grandi en compagnie des vagues...
- Désolé, Spock.
- Au contraire, capitaine... Sa réponse confirme mon hypothèse, répondit le Vulcain d’un air navré.
- ... Ma vie tourne comme l’univers, sur le tourbillon central de son cœur...
- C’en est assez !
L’ordinateur se tut. Kirk se sentit coupable, pour une raison inconnue, comme s’il avait grondé inutilement un enfant.
- Je n’ai jamais pu supporter Kayla d’Aldébaran, murmura-t-il.
- C’était au mieux un poète mineur, concéda Spock.

* * * * *

- Commander.
La voix douce de S’Tarleya pénétra la concentration du Romulien, et S’Taron se retourna pour lui faire face.
- Oui, centurion ?
- Puis-je vous parler, seul à seul ?
La surprise de S’Taron était évidente, mais il recula dans un renfoncement et attira son officier vers lui.
- Allez-y, centurion.
- Bien, commander.
- S’Tarleya savait qu’ils se trouvaient au-dessus d’un générateur et que les interférences électroniques brouilleraient leur conversation.
- Commander, Livius fait tout ce qui est en son pouvoir pour fomenter une mutinerie. Je ne crois pas qu’il suive les ordres du Praetor. Cependant, il arrive fort bien à métamorphoser le mécontentement générai en colère.
- Ce n’est qu’une puce, centurion. Rien de plus.
- Une puce est un parasite minuscule, mais elle veut saper la force d’une grande bête jusqu’à ce qu'elle succombe au moindre désordre. Ne le sous-estimez pas. Ses liens familiaux avec la maison impériale le rendent populaire.
- Je suis parfaitement conscient de la situation et je n’ignore pas les machinations de Livius. N’ayez aucune crainte, centurion. Lui, au moins, n’arrivera pas à me vaincre.
S'Taron s’intéressa de nouveau à l'Enterprise, qui flottait au milieu d’une mer d’étoiles. S’Tarleya suivit son regard.
- Je ne l’ai jamais rencontré dans le feu de la bataille, dit le commander, mais Kirk est devenu une sorte de légende dans le Haut Commandement. Avec l’aide de son officier en second vulcain, il a réussi par deux fois à vaincre l’Empire. Notre mission ne va pas être facilitée par sa présence.
Livius observait S’Taron et S’Tarleya, visiblement ennuyé de ne pas pouvoir écouter leur conversation. La jeune femme était peut-être digne de lui. Si S’Taron était éliminé, il y aurait certainement des moyens de la convaincre que la vie de la concubine d’un noble avait ses avantages. Ses yeux suivirent les courbes généreuses de son corps, si gracieusement avantagées par son uniforme. Qu’elle continue de nourrir une passion sans espoir pour ce vieux renard ! Il ne sera pas éternel ! Ses doigts coururent d’impatience sur la console.

CHAPITRE IV

- Commodore, un appel prioritaire pour vous, codé.
- Merci, enseigne.
Le pressentiment de Yang s’était fortement précisé depuis son entrevue avec Kirk. Il n’était pas causé par les rumeurs qui circulaient si facilement de bouche à oreille - elles étaient habituelles -, mais par un sentiment illogique de danger inévitable. Il avait tenté d’ignorer cette impression en lui opposant des arguments et en tentant de l’expliquer, mais en vain. Cet appel était inattendu, et pourtant il n’en était pas surpris. C’était le deuxième maillon d’une chaîne d’événements qu’il ne pouvait ni empêcher, ni modifier.
- Commodore.
L’écran s’alluma et Yang reconnut Iota, du Conseil de Défense de la Fédération, directeur de la section des opérations spéciales d’espionnage. Les cheveux argentés et la moustache impeccablement taillée de l’amiral accentuaient les traits classiques de son visage.
- Monsieur.
- Commodore. J’ai besoin d’un rapport complet sur vos communications avec Kirk et l'Enterprise. Nous avons reçu un message qui disait qu’il avait rencontré un vaisseau romulien de notre côté de la urne neutre, en violation évidente de l’accord passé entre l’Empire Romulien et la Fédération. A notre connaissance, le Romulien n’a entrepris aucune action agressive, mais nous avons perdu le contact avec l'Enterprise. Les fréquences subpatiales sont bloquées. Notre... moniteur... ne fonctionne plus. Nous avons besoin de connaître les détails de votre entrevue.
- Bien sûr, amiral.
Yang faillit sourire. Iota venait pratiquement d’avouer qu’il avait placé un espion à bord de l’Enterprise..., mécanique ou autre. Kirk serait ravi de l'appendre... s’il ne le savait déjà.
- Le capitaine Kirk et son équipage ont passé une semaine de congés sur la base. Ils ont aussi demandé des réparations sur leur ordinateur principal. Il semble que des informaticiens aient programmé une personnalité féminine embarrassante pour le capitaine...
- Oui, oui, nous savons déjà tout ça.
- Eh bien, lorsque Kirk a appris que notre technicien était malade, il a demandé une suspension de service pour l’Enterprise mais, à cause de la situation romulienne, j’ai été obligé de l’envoyer en patrouille, avec l’instruction spécifique de garder l’œil ouvert sur la zone neutre.
- C’est tout?
- Oui, monsieur.
- Vous n’avez plus reçu aucune communication depuis?
- Non.
- Vous ne lui avez pas donné d’autres instructions?
- Comment aurais-je pu le faire, amiral ? Je ne sais même pas ce qui se passe. Vous en avez une idée?
- Peut-être, répondit Iota. En tant que commandant de la base stellaire la plus proche de la zone neutre, vous devez être tenu au courant de la situation. Nous avons des raisons de croire que les Romuliens préparent une offensive majeure. La plupart d’entre nous s’accordent à penser que la Fédération est leur cible principale. Un détachement spécial de la flotte, dont la tâche serait d’enrayer l’invasion, est prêt à intervenir. Franchement, nous voulions avoir Kirk à la tête de cette flotte. Perdre le contact avec lui, alors qu’il est si proche du territoire romulien, est des plus suspects. Si j’étais pessimiste, je dirais que l’Enterprise est perdu.
- Monsieur, y a-t-il un moyen concret de déterminer la probabilité d’une telle attaque ?
- Tout comme vous, nous n'avons aucune nouvelle de l’Empire Romulien, mais nous attendre à autre chose que le pire nous rendrait vulnérables ce serait un Pearl Harbor stellaire. Vous devez dès maintenant mettre vos chefs de section en état d’alerte, sans affecter le fonctionnement normal de la station. Nous ne voulons pas éveiller les soupçons.
- Oui, monsieur.
- Rapportez-moi directement les comportements et les événements suspects.
- C’est entendu.
Yang s’enfonça dans son fauteuil, plongé dans ses pensées. Ainsi, ses instincts ne l’avaient pas trompé.
La base stellaire 8 était l’avant-poste de la Fédération le plus vulnérable. Si les Romuliens réussissaient à la détruire avant qu’un signal de détresse soit envoyé et il était tout à fait probable qu’ils le fassent protégés par les boucliers d’invisibilité, dans une opération planifiée -, ils pourraient alors atteindre la frontière de la Fédération avant d’être repérés. Sans. l’Enterprise, le commodore avait peu de chances d’être averti. Iota semblait penser que le vaisseau avait été détruit. Mais Kirk était un homme à ne pas sous-estimer et, sans autre indice que les soupçons du Conseil de Défense, Yang se refusait à le croire perdu. De plus, il était possible que Kirk ait simplement découvert l’espion, et qu’il l’ait mis hors circuit. Cela lui ressemblait assez. Le commodore soupira, puis il tendit la main vers le manuel intitulé, Procédures d’État d'Urgence. Mieux valait se préparer au pire !

* * * * *

L’amiral Iota coupa la fréquence de communication subspatiale. Puis il se leva brusquement et commença à arpenter la pièce avec une nervosité évidente. Quelle que soit la façon choisie par Yang pour minimiser la situation, il était clair qu'il n’avait pas de nouvelles de Kirk L’Enterprise avait été détruit.
Tout Romulien franchissant la zone neutre déclarait la guerre. C’était aussi automatique que la rotation des étoiles. L’Empire Romulien était un prédateur impitoyable et intrépide dans sa quête de pouvoir. Il l’avait déjà vu, planant comme un faucon de combat, projetant son ombre maligne sur la Galaxie, à la recherche des innocents, des faibles et des blessés. Si la Fédération ne réagissait pas à l’attaque contre Kirk avec force et décision, les serres du faucon la déchireraient.
Ses pas devinrent plus courts et plus rapides.
Personne n’était aussi qualifié que lui pour juger cette crise. Pendant la moitié de sa carrière dans Starfleet, il avait été l’expert reconnu de l’Empire Romulien. Iota avait étudié les plus petites brides d’information ; il avait reconstitué dans ses moindres détails l’ensemble des coutumes, des pensées et de l’organisation politique romuliennes. Comme un archéologue tentent de reconstruire un monde antique à partir de fragments isolés, il avait travaillé pour comprendre les Romuliens, dans le but de mieux défendre la Fédération. Lorsque le rapport existant entre les Romuliens et cette civilisation hautement respectable, les Vulcains, devint de notoriété publique, sa conviction qu’une défense adéquate devait être préparée en cas d’attaque se renforça encore. Un peuple « Vulcain » dépourvu de discipline logique était un concept effrayant à imaginer. Et c’était l’essence même de la civilisation romulienne. De plus, comme leurs cousins vulcains, ils avaient une force physique et une durée de vie supérieures à celles des humains. Pendant toutes ces années, Iota avait essayé d’organiser un réseau d’espionnage qui permettrait de connaître les moindres mouvements de l’Empire. Mais aujourd’hui, cette toile était déchirée. Il n’avait pas le choix. Il devait supposer le pire.
Au plus profond de son âme, Iota savait qu’il avait raison, mais il savait aussi que le Conseil de Défense ne prendrait pas les mesures radicales qu’il désirait Les partisans de son point de vue ne manquaient pourtant pas. Avec du temps, il aurait pu organiser une coalition assez importante, mais il était déjà trop tard ! Il ne pouvait que marchander avec les Colombes qui s'affolaient pendant que la Fédération s’effilait. Il devait trouver un moyen plus direct d’agir !
Il eut alors une révélation qui lui ouvrit des possibilités qu’il avait presque peur de regarder en face. Pour les mettre en application, il devait se trouver aux commandes. Il s’arrêta au centre de la pièce pour réfléchir aux méthodes et aux procédures à employer, et il fut surpris de trouver la porte de son bureau ouverte. Une petite femme grassouillette, agréable, lui demanda:
- Vous vouliez me voir, monsieur?
- En effet, Birdie.
L’incroyable capacité de sa secrétaire à deviner quand il avait besoin d’elle le déconcertait toujours.
Il aimait l’organisation et, par-dessus tout, avoir des explications. Les apparitions magiques de Birdie lui donnaient toujours l’impression d’être prisonnier d’un conte de fées dans lequel L’inexplicable était à l’ordre du jour.
- J’ai besoin de réunir tous les chefs de départements dès que possible. Puis, préparez une session du Conseil de Défense et informez tous les membres que nous nous réunissons pour discuter des mesures à prendre au sujet de la crise romulienne. Et, Birdie, apportez-moi les dossiers confidentiels de tous les commandants de vaisseaux actuels.
La jeune femme fit un signe de tête, puis sortit du bureau. Les instructions de Iota se classaient d’elles-mêmes dans son esprit.
L’amiral la suivit du regard, puis il se dirigea vers une grande table au plateau brillant. Il manipula des commandes sur le rebord de la table et une carte du secteur spatial romulien apparut, hardée par la zone neutre et les avant-postes de la Fédération. Il posa ses mains de chaque côté de la carte et la scruta comme s’il s’agissait un ouija géant dissimulant l’avenir dans ses lignes. Il localisa là dernière position connue de Kirk. C’était la seule piste qu’il avait pour déterminer les intentions de la flotte romulienne. Si elle traverse la zone neutre à cet endroit... Il disposa des vaisseaux miniatures sur la carte selon la configuration d’une guerre qui n’existait pas encore.

* * * * *

- Monsieur Spock?
L’anxiété perçait dans la voix d’Uhura.
- Je n’arrive pas à entrer en contact avec Starfleet Command. Ma console de communication est en panne. Les messages vers l’extérieur sont bloqués et ceux que je reçois sont brouillés, mais il n’y a rien d’anormal dans les circuits !
- Capitaine...
- J’ai entendu, monsieur Spock. Votre opinion?
- Les Romuliens peuvent brouiller nos communications, capitaine. Cependant, bloquer à ce point un système nécessite plus de puissance qu’ils n’en ont tant qu’ils utilisent le boucher d’invisibilité.
- Peut-être ont-ils découvert un nouveau procédé...
- C’est possible, capitaine. Je vais continuer mes investigations.
Spock se retourna vers la console informatique:
- Ordinateur.
Les diodes clignotèrent paresseusement, mais il n’y eut aucune réponse.
- Ordinateur !
- Question, répondit une voix lascive.
- Corrélations sur l’hypothèse suivante: les Romuliens, à leur niveau technologique actuel, peuvent-ils causer un blocage des communications de l’ampleur du nôtre, tout en maintenant le bouclier d’invisibilité ?
Il y eut un silence prolongé, puis les diodes se remirent à briller.
- Corrélations, répéta une voix distraite.
Les muscles de La mâchoire de Spock se tendirent quand il remarqua la lenteur du temps de réponse de l' ordinateur.
- Affirmatif Le niveau actuel de la technologie romulienne est capable de bloquer nos communications. Avec du carburant auxiliaire, il est aussi possible de maintenir le bouclier d’invisibilité.
- Ordinateur. Le font-ils actuellement?
- Les senseurs n’indiquent aucune activité dans la zone où le vaisseau romulien a été repéré.
La console informatique s’éteignit et Spock fit une moue agacée.
- Ordinateur !
Une diode se ralluma et l’officier scientifique reprit son analyse.
- Une telle activité peut-elle être dissimulée?
- C’est une possibilité, répondit la voix langoureuse.
Kirk se redressa sur son siège.
- Les Romuliens bloqueraient nos communications.., pour nous isoler... Mais pourquoi? Il n’ont pas attaqué..., du moins pas encore. Sauf s’ils préparent une invasion à grande échelle...
- ... Et que cette zone en soit la tête de pont. C’est une possibilité, capitaine.
- Il faut rétablir les communications. Uhura, lancez une sonde d’urgence. Informez Starfleet de notre situation actuelle.
- Bien, capitaine.
Uhura programma la manœuvre sur sa console. Elle appuya sur une touche pour lancer la capsule, mais le bouton resta coincé. Elle essaya toutes les ruses pour le décoincer, puis elle frappa un grand coup sur la console, mais en vain.
- Capitaine, les commandes de lancement sont bloquées !
- Scotty..., dit Kirk d’un air désespéré.
Trop de choses allaient mal: l’ordinateur, les Romuliens, et maintenant cette panne mécanique... Tous ses instincts lui hurlaient l’approche d’un désastre Imminent. Il observa son ingénieur en chef, qui s’était accroupi sous la console;
- Capitaine.
- Oui, Spock? répondit Jim tout en continuant de regarder Scott.
- Il y a une autre possibilité.
Le capitaine leva les yeux vers son officier en second.
- Le problème pourrait être interne. La panne de l’ordinateur s'aggrave. Ses réponses sont léthargiques ! En cas d’attaque, la moindre erreur nous serait fatale. C’est comme si l’ordinateur concentrait toutes ses banques de données sur un problème unique à l’exclusion de tous les autres.
- Vous ne l’aimez pas, c’est tout ! Très bien, Spock... Mais j ‘exige des réponses.
- Je vais essayer, capitaine.
Kirk tendit le cou et scruta l’écran principal constellé d’étoiles, en souhaitant que le vaisseau romulien apparaisse. Rien ne se produisit. McCoy, depuis son poste d’observation habituel, derrière le fauteuil de commandement, remarqua l’intensité de la concentration du capitaine et le stress qui nouait les muscles du dos puissant de Kirk. Il ne put réprimer une grimace ; il voyait la migraine se développer.

* * * * *

- J’arrive ! J’arrive !
Le bruit insistant de la sonnette de la porte tapait sur les nerfs de Tiercellus. Il ne se dé,plaçait plus aussi vite qu’auparavant et, le temps d'arriver à la porte, son humeur avait grandement empiré. Il écrasa le poing contre la plaque d’ouverture du verrou.
- Eh bien, qu’y a-t-il ? demanda-t-il à un lieutenant de la garde impériale.
L’homme fut surpris par la colère de Tiercellus, mais il s’inclina cependant avec la déférence exagérée qui trahissait sa jeunesse. Bientôt, pensa le vieil homme en ricanant intérieurement devant l’aveuglement du Praetor, ils vont enrôler du enfants !
- J’implore votre pardon, monsieur, mais j’ai ordre de vous remettre ceci; Avec les compliments du Praetor.
Tiercellus grogna quand le lieutenant lui tendit un communiqué. Il salua le jeune homme d’un air absent tout en posant son regard sur le cachet de cire pourpre qui portait les armoiries impériales. Ses doigts tremblaient pendant qu'il brisait le sceau.
- « En regard des circonstances actuelles, votre aide est requise. Vous devez vous présenter au Praetor pour recevoir une affectation. Pour la gloire de l’Empire.... »
La voix de Tiercellus s’étrangla quand il lut la signature du Praetor, qui lui confirmait qu’on le rappelait au service de son peuple. Son cœur battit à tout rompre à l’idée de mener le combat. Il ne souhaitait pas mourir lentement, dans l’oubli. Le destin venait de lui offrir une dernière chance de tomber au champ d’honneur.
Pourtant, la gravité de la situation l’épouvantait. Le Praetor le détestait. Cet appel au service était une indication du désespoir du chef suprême, et le désespoir invitait à la panique. Tiercellus n’avait plus rien à perdre. Il pouvait donc apporter sa contribution sous la forme d’une influence stabilisante. De plus, il était vrai qu’il inspirait aux militaires un respect dont ne jouissait pas le Praetor. Il était donc un instrument utile dans la consolidation d’une armée. Même l’idée d’être utilisé comme figure de proue ne calma pas son excitation. Un feu endormi depuis longtemps éclairait son regard.

* * * * *

S’Taron s’écarta du bureau. Ses quartiers, petits et spartiates, étaient éclairés par une douce lumière rouge. La seule décoration de la pièce était une sculpture aérodynamique représentant un filas, l’oiseau de proie reproduit sur les marquages du Raptor. Sculpté dans un bois noir, poli pour lui donner une patine satinée, l’objet irradiait la concentration de puissance que personnifiait S’Taron. Il caressa l’oiseau des yeux avec un sentiment de fraternité.
- Mon serment est d’obéir.
La voix de S’Tarleya retentit. Une lumière clignotante de sécurité, au-dessus de la porte, informa le commander qu’elle attendait dehors.
- Entrez
- Vous désiriez me parler, commander?
-Oui.
La lumière reposante donnait une certaine douceur à sa beauté.
- Avant que vous ne commenciez, commander, je dois protester.
Si S’Taron était surpris, il ne le montra pas.
- La stratégie que vous adoptez va totalement dans le sens du plan de Livius ! Il a besoin de munitions pour répandre sa rage et vous les lui offrez ! Laissez-nous combattre, laissa-nous mourir, mais ne continuons pas dans cette impasse !
- Vos craintes sont enregistrées, centurion. Je suis conscient du danger de ma position et des risques que je prends. Je vous ai dit que c’était du suicide.
- Vous ne m’aviez pas précisé que la mission était stupide.
- C’est pourtant le cas.
S’Tarleya se détourna sous l’emprise de la colère.
- J’avais cru que vous compreniez la situation, dit S’Taron.
- Je la comprends... et plus que vous ne l’imaginez. Mais je ne peux pas rester sans rien faire pendant que vous perdez votre commandement. Vous voir mort me serait plus facile.
La profondeur de la passion qui animait la voix de S’Tarleya surprit S’Taron, et il décida d’y revenir plus tard.
- Je n’ai pas encore perdu mon commandement, et je n’en ai aucune intention. S'Tarleya...
La jeune femme sursauta en entendant son nom. S’Taron n’était jamais familier avec ses officiers. L’enjeu devait vraiment être de taille.
- ... Une fois encore, je vous demande de me faire confiance. Je sais ce que je fais. Mais j’aurais tant voulu que vous soyez aussi ignorante que le reste de l’équipage, murmura-t-il.
Elle se retourna dans sa direction aussi vite qu’elle s’était écartée.
- Vous me demandez ma confiance dans un souffle, puis vous méprisez ma loyauté dans le suivant !
- Jamais ! J’ai appris quelle était sa profondeur.. L’ignorance que je désire est un bouclier - qui ne peut plus vous protéger.
Le regard étonné de S’Tarleya le contraignit à sourire.
- Peu importe ! Je souhaite entendre une opinion objective. J’ai tellement réfléchi à ce problème que je vois trop de choses. Dites-moi, centurion, ce que vous savez de Kirk.
- Ce que tout le monde sait. Il est brillant, et dangereux. Le reste n’est que rumeurs, en fait.
- Je serais très curieux de les entendre.
- On dit que son équipage lui est intensément loyal. On raconte qu’il a risqué sa vie pour ses officiers. S’Taron leva les sourcils.
- Comme je vous l’ai dit, ce ne sont que des rumeurs.
- Et son officier en second, le Vulcain ?
- Ils disent qu’il respecte Kirk, et qu’il se range à son jugement.
- Et les Klingons ?
- Je crois qu’ils l’apprécient, continua la jeune femme. Parmi tous les officiers de Starfleet, c’est lui qu’ils désirent combattre. Tout comme nous, ils voient en lui un digne adversaire. Peut-être nos deux peuples se trouvent-ils avec lui une certaine « parenté » - une joie identique dans le défi.
S’Taron eut un sourire de sombre satisfaction.
- Centurion, vous venez de m’offrir ce que je demandais. C’est le défi qui fait fonctionner Kirk. Si j’arrive à l’intéresser, il se concentrera sur moi. Il n’aura pas le temps de se poser des questions sur les activités de la flotte.
S'Tarleya ouvrit grand les yeux.
- Un leurre !
- Pas totalement. Nous servons aussi de soupape de sécurité.
- Je savais que c’était une mission suicide, mais maintenant, je comprends pourquoi. Et aussi pourquoi on vous a choisi.
- Que je sois vaincu dans un conflit glorieux face à l’ennemi procurerait un intense plaisir au Praetor. J’ai bien peur qu’il n’ait même pas cette satisfaction.
- Je ne vois aucun moyen d’échapper à la mort, dit la jeune femme.
- Moi si, centurion. Malheureusement. Et mon devoir est clair, même s’il viole tout ce qui m’est cher, à part une chose.
- Puis-je savoir laquelle, commander?
- La préservation de l’Empire Romulien !

* * * * *

Trois heures durant, Kirk était resté au centre de la passerelle en espérant que les Romuliens apparaissent. Mais l’oiseau doré semblait assoupi. C’était comme s’il n’existait pas, comme si son apparition n’avait été qu’un mirage. L’invisibilité rendait sa présence aussi stressante que l’exploration d’une maison hantée à minuit. Jim n’était pas superstitieux, pourtant, il n’était pas immunisé contre le sentiment étrange d’être observé. Il arrivait presque à sentir des regards se poser sur sa nuque et il fit un effort pour réprimer le désir de se retourner pour faire face à l’adversaire.
La tension commençait à être palpable et il se surprit à admirer la tactique sans faille de son antagoniste. Rien n’arrivait mieux à annihiler l’efficacité militaire qu’une attente prolongée. Pourtant, Kirk se demandait combien de temps encore le vaisseau romulien pourrait rester caché. Le bouclier d’invisibilité consommait beaucoup d’énergie. ll aurait dû épuiser les réserves du vaisseau depuis déjà longtemps.
- Spock, pendant combien de temps peuvent-ils maintenir le bouclier d’invisibilité?
Le Vulcain se retourna et croisa les mains derrière le dos avec une expression pensive.
- Je vous aurais dit, capitaine, qu’ils ne pouvaient pas le maintenir pendant plus d’une heure point deux cent soixante-seize, heures solaires, mais ils semblent avoir largement dépassé cette limite.
- Alors ils doivent transporter une quantité considérable de carburant auxiliaire.
- C’est évident. Et il ne serait pas présomptueux de supposer qu’ils ont accompli des progrès technologiques sur le dispositif.
- Du carburant auxiliaire ? répéta Kirk.
Le front du capitaine se plissa de concentration pendant qu’il réfléchissait aux ramifications de l’existence d’un vaisseau romulien équipé de réservoirs de carburant supplémentaires. Cela sentait l’espionnage ou le piège a plein nez, et pourtant les actions du vaisseau romulien ne militaient en faveur d’aucune de ces possibilités. Si c’était un jeu d’espionnage, il se serait abrité derrière le bouclier d’invisibilité pour fuir vers la sécurité relative de la zone neutre, ou il aurait tenté d’entrer en contact avec l'Enterprise. Ce n’était pas le cas. Bien sûr, tant que son système de communications était en panne, l'Enterprise ne pouvait pas recevoir d’appel de l’extérieur, mais les fréquences étaient encore en état de fonctionner quand ils avaient vu le Romulien pour la première fois. S’il leur tendait un piège, il attendait bien trop longtemps pour le refermer.
Kirk entrevoyait des possibilités terriblement tentantes, mais il n’avait aucune réponse. Tant que le Romulien ne bougeait pas, il devait faire confiance à ses spéculations. Sa frustration se manifesta par une migraine lancinante, tandis que la tension croissante surchargeait l’atmosphère confinée de la passerelle. Seul Spock arrivait encore à travailler avec son efficacité habituelle. Le reste de l’équipage était sur les nerfs. Tous forçaient leur vue pour apercevoir l’ennemi ne serait-ce qu’un instant. L’énervement les épuisait. Le capitaine promena son regard sur la passerelle, douloureusement conscient de la stratégie de l’ennemi.
- C’est la fin du quart, annonça-t-il. Allez tous prendre un peu de repos.
- Mais, monsieur..., commença Sulu.
- Les moteurs fonctionnent à plein régime, capitaine, mais j’ai besoin d’un peu de temps pour finir de vérifier les phasers..., supplia Scotty.
- Les communications sont toujours bloquées, monsieur..., ajouta Uhura.
- C’est un ordre ! Aboya Kirk.
Le docteur McCoy eut un sourire satisfait, mais il se contenta de dire:
- Vous avez autant besoin de repos qu’eux, capitaine.
- Très bien, Bones, je me rends avec grâce.
Il se retourna vers son équipe.
- Ce Romulien essaie de nous avoir en jouant avec nos nerfs... et il y réussit. Nous avons tous besoin de repos. Monsieur Spock, la passerelle est à vous. Je serai dans mes quartiers. Prévenez-moi immédiatement de tout changement
- Entendu, capitaine.
Le Vulcain observa Kirk, qui quittait la passerelle. puis son attention retourna à l’écran principal. Il tança un regard pénétrant aux étoiles avant de reprendre sa vérification de la bibliothèque informatique.

CHAPITRE V

Kirk ne s’était pas aperçu qu’il était exténué. Dès que les portes de l’ascenseur se fermèrent, il laissa ses épaules retomber et s’adossa contre la paroi.
- Pont 5.
L’ascenseur plongea comme un prédateur en chasse, La rapidité de sa descente plaqua Jim contre la cloison et il tenta d’atteindre les commandes manuelles en luttant contre l’effet centrifuge de toutes ses forces. Il n’y arrivait pas. L’ascenseur tombait en chute libre et il ne pouvait rien faire. Il était perdu. Il bondit sur les commandes manuelles dans une dernière tentative - et il fut propulsé en arrière. L’ascenseur venait de freiner et ses portes s’ouvrirent. Kirk réussit à stopper son vol plané en se rattrapant à l’encadrement de la porte. Puis il sortit à la hâte et se dirigea vers l’intercom le plus proche.
- Salle des machines, service de maintenance.
- Maintenance à l’inter.
- Ici Kirk. Effectuez des tests sur l’ascenseur principal. Il est en panne. Faites votre rapport à M. Spock. sur la passerelle. Kirk, terminé.
Il descendit ensuite le couloir en recouvrant peu à peu son sang-froid. Il avait hâte de se retrouver en sécurité dans ses quartiers. La porte de sa cabine s’ouvrit alors qu’il était encore à trois mètres de là, mais son esprit était si absorbé par ses problèmes qu’il ne le remarqua pas. Jim s’écroula sur son lit tout en massant les muscles endoloris de sa nuque. La douleur s’estompa un peu et il se concentra pour s’obliger à se reposer. Ce tut plus simple qu’il ne s’y était attendu. Quelque chose d'indécelable le décontracta et son cerveau sombra dans l'inactivité. Alors que les bras du sommeil se tendaient vers lui, il faillit comprendre... La cabine plongée dans l’obscurité était baignée par les notes, presque inaudibles, de la Berceuse de Brahms.

* * * * *

Le lieutenant Sulu avait faim. Le danger lui ouvrait toujours l'appétit, et l'idée d'un sandwich au pain de seigle débordant de corned-beef, accompagné de fenouil mariné, le faisait saliver. Il jeta un dernier coup d’œil aux commandes de pilotage avant de confier son poste au lieutenant Muromba. Tout, sauf le système électrique auxiliaire, fonctionnait parfaitement, et sa réflexion se porta à nouveau sur la question vitale de la nourriture.
- Pavel, dit-il, je meurs de faim. Allons faire un tour au réfectoire pour prendre un sandwich. Si je ne mange pas quelque chose, je vais passer mon temps à regarder le plafond en rêvant de nourriture... Du fenouil mariné voguant vers la lune !
- Un sandwich au bacon et au fromage suisse, une salade de macaroni, une crème renversée rigélienne...
Les yeux de Chekov luisaient tandis qu’il énumérait ses préférences d’une voix presque mystique.
- Venez, dit Sulu.
Les deux hommes s’avancèrent d’un pas sûr dans le couloir. A cette heure tardive, le réfectoire était pratiquement vide, et ils n’eurent aucune difficulté à trouver un synthétiseur de nourriture libre. Sulu se frotta les mains en souriant Il savourait déjà l’odeur du fenouil. Il tapa le code pour obtenir son sandwich et sa marinade, puis attendit. Rien ne se passa. Il avait certainement fait une erreur dans le code, et il recommença.
Chekov retira un plateau du synthétiseur. Il le porta jusqu’à la table la plus proche, s’installa, puis mordit à belles dents dans son sandwich. Son visage se tordit de surprise, puis de dégoût.
- Qu'est-ce que ça veut dire? demanda-t-il la bouche pleine.
Il leva le sandwich au niveau de ses yeux.
- Du poulet ! Mais où sont passés mon bacon et mon fromage suisse? Je suis certain d’avoir tapé le bon code.
Moi aussi, murmura Sulu en posant son plateau en face du Russe, mais j’ai également eu du poulet... Il tendit un doigt accusateur sur la tranche de volaille innocente qui dépassait du sandwich.
- Je suis sûr d’avoir donné les bonnes informations à cette merveille culinaire, et pourtant, ma marinade s’est transformée en poulet. Et en café ! Je déteste le café.
- Moi aussi, répondit Chekov. C’est peut-être une panne ?
Il retourna devant le synthétiseur et tapa le code pour obtenir un sandwich au roast-beef: du poulet.
Il essaya d’avoir une salade; du poulet; tomates et fruit-griffe vulcain: du poulet ! Pavel jeta un regard par-dessus son épaule à l’inconsolable Sulu, qui regardait tristement son assiette.
- C’est une panne. Je n’arrive à obtenir que le plat préféré du capitaine. Je vais appeler un réparateur.
- Nous allons mourir de faim, murmura l’Asiatique.
Chekov prévint la maintenance de la panne, puis il revint de l’intercom..
- J’ai des provisions dans ma cabine. Nous n’allons pas mourir de faim avant demain. Venez !
Ce disant, il ramassa les sandwichs au poulet...
Après tout, il ne fallait pas faire de gaspillage ! Pavel oublia volontairement que la nourriture pouvait être recyclée. Sulu le suivit dans la coursive, considérablement rassuré par le mot « provisions ».

* * * * *

M. Kyle regardait la table de jeu d’un air furieux. Il était entré dans le mess des officiers pour jouer une partie rapide de quaestor, la dernière d’une série lui permettrait de devenir un maître du jeu. quaestor ressemblait aux échecs par sa difficulté., et Kyle était fier de son niveau. Le jeu reposait sur une série de progressions qui, si elle était interrompue, signifiait que la séquence devait être rejouée. La table refusa de répondre à son code personnel. Kyle tapa le code du quaestor une seconde fois, mais sans succès. Ecoeuré, il sortit un outil de sa ceinture et commença à dévisser la plaque de la table, déterminé à réparer la défaillance technique. L’ordinateur refusait de connaître le code du quaestor, mais il persistait à demander le premier coup d’un jeu de hasard enfantin appelé « la case du capitaine. »

* * * * *

Le lieutenant commander Montgomery Scott entra à regrets dans ses quartiers. Il s'inquiétait des phasers... Une dernière vérification ne ferait pas de mal.
- Salle des machines, dit-il dans l’intercom.
- Kopka à l’inter.
- Ici Scott, mon gars. Effectuez une vérification complète des phasers principaux. Je veux être sûr qu’ils sont en parfait état de marche. Ce genre de défaillance pourrait signifier notre mort.
- Vérification de sécurité des phasers en cours, monsieur Scott, répondit Kopka.
- Très bien, mon garçon ! Tenez-moi au courant s’il se passe quelque chose d’inhabituel. Je serai dans ma cabine. Scott, terminé.
Scotty sourit en pensant à l’efficacité bien huilée de son équipe d’ingénieurs. Peut-être pourrait-il en profiter pour se reposer quelques minutes, Il s’étendit sur son lit et plaça l’écran au niveau des yeux.
- Ordinateur.
Une diode s’alluma.
- Bibliothèque, section 1 A 4231, ingénierie, enregistrement trente-deux X « Phasers - Progrès et Innovations ».
- Programmation en cours, marmonna l’ordinateur La diode clignota, puis s’éteignit. L’écran émit des parasites au point que Scotty fut tenté de le secouer.
- Allez, ça suffit, supplia-t-il.
L’image sur l’écran se stabilisa, et l’ingénieur se prépara à dévorer son manuel technique.
- « Il y a quatre-vingt sept ans ». lut-il, « nos Pères ont édifié sur ce continent une nouvelle nation, conçue dans la liberté et dédiée à l’idée que tous les hommes naissent égaux ». Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Il chercha les références du texte et s’aperçut qu’il s'agissait de l’intégrale du Discours de Gettysburg, et qu'il n’y avait pas la moindre référence au fonctionnement des phasers. Il manipula les commandes de l’écran pour retrouver le titre de l'ouvrage.
- La Biographie Complète d’Abraham Lincoln ? Ce n’est pas possible !
Il effaça le contenu de l’écran, puis il saisit le code de son article technique. L’image fut à nouveau saturée de parasites, puis elle se précisa. Mais c’était une reconstitution photographique du visage d'Abraham Lincoln.
- Bon sang ! grogna Scotty en allumant l’intercom.
- Monsieur Spock, monsieur Spock !
- Oui, monsieur Scott? répondit le Vulcain.
- Monsieur Spock ! Votre précieux ordinateur est en train de mélanger les enregistrements d’archives. Je n’arrive pas à obtenir autre chose que des renseignements sur Abraham Lincoln. Vous pouvez faire quelque chose, monsieur Spock ?
- Je suis tout à fait conscient du problème, ingénieur. Cependant, je ne suis pas en mesure de trouver des méthodes pour y remédier.
- Si vous arriviez à trouver la base du problème....
- ... Je pourrais concevoir un moyen de l’enrayer. Vous m’avez bien dit Abraham Lincoln, monsieur Scott ?
- Oui. Ça vous dit quelque chose ?
- C’est intéressant. J’enquête, monsieur Scott. Spock, terminé.
Scotty resta assis sur le bord de son lit en contemplant d’un air sombre le visage moqueur d’Abraham Lincoln. Il n’avait pas envie de dormir et, sans les enregistrements, il s’ennuyait. Il abandonna et se dirigea stoïquement vers un placard... Au moins, il pourrait bricoler sur ses maquettes. L’ingénieur sourit en voyant l’étalage des pièces détachées rangées sur les étagères. Il sélectionna un conglomérat de fils électriques, la carcasse d’un vaisseau et ses meilleurs outils, puis il se mit au travail. La représentation d’un ancien vaisseau minoen se précisa entre ses doigts. Une fois terminé, chaque partie serait en état de fonctionner et il serait superbe. Scotty travaillait avec un enthousiasme expansif. Il décida d’appeler le petit navire La Mouette.

* * * * *

Spock observait la console des archives informatiques. Il venait juste de terminer une série de calculs destinés à tester la précision de réponse de l’ordinateur. Les résultats n’étaient pas satisfaisants. Le temps de réponse était long. De plus, seules sept des dix réponses étaient correctes. Deux d’entre elles avaient tout bonnement été ignorées par l’ordinateur. La dernière était inintelligible. Spock tapota sur la console et se concentra pour vérifier mentalement les exercices qu’il venait d’effectuer et leurs résultats. Aucun des tests habituels n’avait révélé la cause du problème... Peut-être était-ce quelque chose de si simple qu’il n’y avait pas pensé. Si un objet étranger - une poussière ou une peluche - s’était introduit dans les circuits... Ils étaient autonettoyants. Mais si l’appareillage de nettoyage était défaillant, la poussière pouvait s'entasser et provoquer une panne qui endommagerait l’intégralité du système.
Le Vulcain souleva la plaque de la console informatique et la posa de côté. Ses yeux parcoururent mathématiquement les rangées de microcircuits, à la recherche d’une erreur de configuration. Dans le coin droit de la console, il trouva quelque chose qui le fit presque sourire. Spock glissa prudemment ses doigts sous un mécanisme triangulaire, qu’il libéra de son logement. L’objet mesurait environ neuf centimètres de haut, et il était constitué de plaques de senseurs, couplées à des amplificateurs électroniques à distance. L’officier le tint pendent quelques instant dans sa main, le visage impassible, puis file retourna pour faire apparaître le symbole bleu de la Fédération des Planètes Unies.

* * * * *

Le lieutenant Kevin Riley se renversa dans son siège et posa les pieds sur une rambarde. C’était le genre de travail qu’il détestait cordialement: des heures d’oisiveté forcée passées à surveiller une jauge automatique de température, soupape de sécurité en cas d’avarie ou de dommages. La responsabilité de Riley se limitait à deux possibilités: attendre la sonnerie d’une alarme, ou mourir d’ennui.
La proximité d’un vaisseau romulien n’avait rien changé à ses perspectives. En fait, sa corvée était Pire. Il était coincé dans un trou, observateur passif, alors que l’enjeu était des centaines de vies. Plus il y réfléchissait, et plus il se sentait frustré. Le seul antidote était l’action. Comme cette solution lui était interdite, il n’avait pour seul dérivatif qu’une occupation intellectuelle.
Il fouilla dans l’index des archives informatiques jusqu’à ce qu’il trouve la section « Poésie irlandaise ». La beauté fluide du langage de ses ancêtres était un héritage dont il s’enorgueillissait. Il laisserai les mots d’un barde celte le submerger comme les vagues de l’océan. Il s’y noierait sans hésiter... Il ne penserait plus aux Romuliens.
Riley demanda une lecture des fantaisies poétiques de Scan O’Casey, exécutée par une comédienne contemporaine particulièrement douée. Il s’installa plus confortablement, puis ferma les yeux afin de mieux apprécier la riche beauté de sa voix.
- « Je dois retourner vers les eaux bleues, retrouver la mer et le ciel solitaires. Et je ne demande qu’un grand vaisseau, et une étoile pour le diriger... »
Riley ouvrit les yeux, surpris.
- « ...la rotation de la barre d’artimon, le chant du vent et le claquement de la grande voile blanche; et une brume de tulle gris sur le visage de l’océan; une aube grise qui se lève.., », continua la voix de baryton.
- Hey ! s’exclama l’irlandais en se redressant pour vérifier sa programmation.
La voix venait de se lancer dans la lecture de la troisième strophe du poème lorsque Riley annula sa programmation. Il saisit une nouvelle fois le code qu’il désirait. L’écran demeura froidement noir pendant quelques instants, puis une image montrant un homme en pull-over, coiffé d’une casquette de pêcheur, apparut.
- « Je dois retourner vers les eaux bleues... », reprit-il.
Riley coupa encore la lecture, mais cette fois, l'enregistrement recommença directement.
- Maintenance informatique.
- Spock à l’inter.
- Ici Riley, monsieur Spock. Mon ordinateur est devenu cinglé. Il a pété ses fusibles !
- Je vous en prie, lieutenant Riley, exprimez-vous de manière compréhensible.
- J’ai sélectionné un enregistrement poétique, mais l’ordinateur l’a remplacé par un autre. J’ai recommencé, toujours sans résultat. Quand j’ai voulu modifier la programmation une seconde fois, la machine a refusé mon ordre. Elle a fait un bruit bizarre et ça a recommencé comme si je n’avais rien fait. Monsieur Spock, je ne peux même pas l’éteindre. C’est à devenir fou !
- Quelle œuvre l’ordinateur a-t-il sélectionné pour vous ?
- Un poème de John Masefield...
- « Je dois retourner vers les eaux bleues » ?
- Oui, monsieur Spock. Comment le savez-vous ?
- Une simple hypothèse, lieutenant. Je vous propose de laisser l'enregistrement se terminer. Puis, reprogrammez votre console. Jusque-là, je vous recommande de vous détendre et de profiter de ce poème.
- Monsieur Spock ! s’exclama Riley, indigné. Profiter d’un poème écrit par un Anglais ? Vous venez de percer mon cœur d’Irlandais d’an coup d’épée.
- La crise actuelle exige des sacrifices de la part de tout le monde, répondit Spock sèchement. Je vous prie de bien vouloir me signaler tous les problèmes informatiques auxquels vous seriez confronté. Spock, terminé.
- « .. Et je n’aspire qu’à un conte joyeux raconté par un compagnon d’infortune, à un sommeil calme et un doux songe lorsque cette grande supercherie sera terminée. »
Riley contempla l’écran d’ordinateur et tenta de se résigner au fait qu’il lui restait encore longtemps avant que cette « supercherie » particulière ne se termine.

* * * * *

Spock referma ses doigts sur l’accoudoir de son siège. Le rapport du lieutenant Riley venait ajouter du crédit à la base de données qu’il avait réunie. La gravité des défaillances de l’ordinateur dépassait le stade de la simple gêne. Jusqu’alors, les performances du vaisseau n avaient pas été touchées, si l’on exceptait le problème des communications. L’Enterprise était complètement coupé de l’extérieur. Il était encore à même de combattre, mais le Vulcain n’avait aucune idée de l’endroit qui serait atteint par la prochaine panne.
Spock se sentait mal à l’aise. L’illogisme des réactions de l’ordinateur était agaçant et inconcevable. Son cerveau vulcain, en théorie, aurait dû être capable de calculer la progression probable des réactions de l’ordinateur en fonction des informations qu’il avait recueillies. Mais, jusqu’à présent, il n’avait pas réussi à isoler la logique de la conduite de la machine. La seule possibilité qui lui restait était trop fantaisiste pour qu’il l’accepta Ses pensées furent interrompues par le sifflement de l’intercom.
- Monsieur Spock !
- Spock à l’inter.
- Ici Janice Hand, monsieur Spock. Je suis coincée dans l’ascenseur entre les ponts 3 et 4. Je n’arrive plus à sortir !
- Avez-vous appelé une équipe de réparation ?
- Je n’ai pas pu contacter le service. Je n’ai pu joindre personne avant vous. Monsieur Spock, sortez-moi de là !
- Pourriez-vous me décrire les circonstances de l’incident, yeoman ?
la voix du Vulcain était curieusement réconfortante.
- Il ne s’est rien passé d’inhabituel. Je suis entrée dans l’ascenseur et j’ai demandé à aller sur le pont 5.
- Avez-vous dit quoi que ce soit avant d’entrer dans l’ascenseur?
- Je discutais avec Angela...
La voix de Janice hésita tandis qu’elle tentait dc se rappeler des détails précis qu’exigeait l’officier scientifique.
- Elle me parlait des cours qu’elle suivait, notamment en psychologie du commandement. Elle prépare un exposé qui repose sur une comparaison entre quatre capitaines de personnalités différentes, et sur leur approche du commandement. Je me souviens lui avoir dit que je trouvais que l’on accordait trop d’importance au commandant, et que l’équipage était plus indispensable à la bonne marche d’un navire que le capitaine.
Spock ferma les yeux. La possibilité illogique qu’il cherchait à fuir devenait de plus en plus probable à chaque nouvel incident.
- Monsieur Spock ? Monsieur Spock, vous êtes toujours là ?
- Oui, yeoman. Et c’est tout ?
- Oui, monsieur Spock. Je n’y comprends rien. J’ai seulement demandé à aller sur le pont 5 !
- Je vous envoie une équipe de secours.
- Merci, monsieur.
Spock informa le service de maintenance de la situation de Janice Rand, puis il alluma la bibliothèque informatique. Sa léthargie avait empiré. il fallut une bonne minute pour que l’écran s' éclaire normalement.
- Ordinateur, donnes-moi une liste complète des œuvres du poète Kayla d'Aldébaran.
Le programme se chargea difficilement.
- Qui est Kayla d’Aldébaran ? répondit enfin l’ordinateur.
Spock leva un sourcil. Il fit une autre tentative:
- Recherche des index littéraires faisant référence à Kayla d’Aldébaran.
L’ordinateur resta silencieux pendant un long moment. Spock allait reformuler sa question quand la machine dit enfin « Analyse », d’une voix désorientée.
- Il n’existe aucun être du nom de Kayla d’Aldébaran.
Peu de temps auparavant, l’ordinateur s’était servi de la poésie insipide de Kayla pour répondre à une question. Maintenant, il ne reconnaissait même plus son existence. Bien que d’un talent mineur, la poétesse ne méritait pas l’oubli. Le test que venait d’effectuer le Vulcain vint prendre place dans le puzzle de sa théorie.

* * * * *

Tiercellus surveillait les préparatifs de la floue depuis un dôme d’observation du centre spatial. Les techniciens les plus jeunes l’observait discrètement. Ils n’avaient pas l'habitude de voir un officier superviser tous les détails d’une opération. Une attention aussi scrupuleuse n’était plus en vigueur depuis longtemps. Tiercellus s’en moquait. Qu’ils m'observent ! Il leur montrerait ce qu’était un Romulien ! Il révélerait au grand jour que les hypocrites négligents qui entouraient le Praetor n’étaient que des imbéciles. Tiercellus se sentait chez lui. Ses actes témoignaient d’une force qu’ils ne comprenaient pas.
Il sourit en se souvenant des hommes que lui et le Praetor avaient passés en revue. Ils étaient désespérés en entrant dans la salle de réunion. Puis, un par un, les officiers les plus vieux avaient reconnu Tiercellus quand il était passé dans les rangs. ils s’étaient alors redressés, mus par une fierté ancestrale. Le commander suprême avait vu la lueur qui brûlait dans leurs yeux. Leur exaltation était palpable.
Sous l’emprise de l’amusement, ses yeux brillèrent alors qu’il se rappelait combien le Praetor avait été gêné. Le pouvoir de Tiercellus, qui avait réveillé l’armée, le faisait enrager. Il avait été encore plus en colère lorsqu’il s’était aperçu que l’âge et la faiblesse physique du vieux commander avaient disparu sous sa force mentale indiscutable. C’était une puissance à laquelle le Praetor ne pouvait pas postuler, même avec toutes ses richesses et son pouvoir.
Le pouvoir ! Autrefois, Tiercellus l’avait lui aussi recherché, mais c’était du passé. Maintenant, il était une légende à la recherche d’une fin digne de son rang. L’image de S’Taron, si triste, lui vint à l’esprit. Ce jeune homme avait lui aussi l’étoffe d’une légende. S’Taron et lui avaient en commun le désir de servir l’Empire. C’était leur cause, leur religion, et ils allaient tous deux mourir pour y rester fidèles. Il en était certain. Naturellement, il enviait le jeune homme, à qui les années de vieillesse seraient épargnées. S’Taron mourrait au sommet de sa force, comme le devait un guerrier. Peut-être le sacrifice d’un vieil homme et d’un plus jeune, librement consenti, serait-il la rançon de la survie de l’Empire?
Il laissa son regard se promener sur les vaisseaux de la floue qu’il allait commander. La technologie klingonne était supérieure, il le savait, aux croiseurs de son époque. Il était attiré par ces formes aérodynamiques. Il désirait partir, être de nouveau confronté à la mort, vivre avec une intensité qu’il n’avait plus connue depuis des années.
Une toux discrète, près de lui, tira Tiercellus de sa rêverie.
- Commander, les vaisseaux sont pratiquement prêts, dit le responsable de la station.
- Je sais. J’ai suivi les opérations. Vous pourrez dire à vos hommes qu’ils ont fait du bon travail, et qu’ils nous ont permis de gagner du temps pour le départ. Le temps est un luxe précieux et il m’ont permis de le conserver.
La surprise et le plaisir illuminèrent le visage de l’homme. Il avait l’habitude que son travail ne soit pas reconnu.
- J’obéis, commander, répondit-il fièrement avant de reprendre: Ils m’ont demandé de vous dire que leur foi était toujours vivante. Votre venue le prouve.
- Transmettez-leur mes remerciements. Dites-leur... dites-leur que je ne reviendrai peut-être pas de ce voyage, mais que l’Empire reviendra, lui. Ils doivent le servir avant tout, et pour toujours.

* * * * *

- Commander !
S’Taron fit volte-face, instinctivement sur la défensive. Sa réaction lui avait sauvé la vie. A l’endroit où se trouvait sa gorge quelques instants auparavant, la lame effilée d’un couteau de lancer était fichée dans le mur. Il prit l’arme par la garde et la libéra. Le métal poli de la lame scintillait devant ses yeux. S’Tarleya soupira de soulagement. Il s’en était fallu de peu ! Son regard se porta dans la direction d’où venait la dague.
- Ici, commander. Elle était cachée dans le conduit de ventilation.
- Un rayon électronique, dit S’Taron en passant la main devant le senseur. Ingénieux et simple. Lorsque le rayon est interrompu, ce commutateur permet de projeter le kaleh dans une direction prédéterminée. S’Tarleya mit le doigt sur le ressort pour en tester la résistance.
- Vous auriez pu être tué !
- Je n’en doute pas. Moi, ou quiconque se rendant à mes quartiers... Ce n’était pas une manœuvre très intelligente.
- Non, et je pense qu’un seul homme â bord du Raptor est assez idiot pour tenter une telle chose.
- Livius.
Leurs regards se croisèrent. Ils s’étaient parfaitement compris, et la voix de S’Taron s’adoucit:
- Je vous remercie, centurion. J’accorde une certaine valeur à ma vie.
- Je n’ai fait que mon devoir, répondit-elle en baissant les yeux.
- C’est vrai. Mais je vous en remercie.
Dès que S’Taron eut fait demi-tour, les yeux de S’Tarleya se remplirent de larmes.
- J’accorde de la valeur à votre vie, commander... Moi aussi. Plus que je n’en accorde à la mienne.

CHAPITRE VI

Le Praetor laissa tomber le dernier enregistrement effectué par Livius dans un désintégrateur de matière. Il resta à regarder la fine colonne de fumée qui s’en échappait. Livius avait outrepassé ses ordres, comme il l'avait prévu. Peut-être avait-il été trop impatient de se débarrasser de quelqu’un qui, après tout, n’était qu’une source d agacement mineure. S’Taron était assez intelligent pour faire tenir Livius tranquille mais si son neveu tentait un coup d’éclat mal calculé, ou un assassinat, il mettrait en danger la mission du Raptor et, par conséquent, la survie de l’Empire ! Le ton sur lequel Livius donnait ses rapports était plus arrogant et plus impatient à chaque nouvel enregistrement. Et il devenait de moins en moins prudent dans sa surveillance. Son manque de discipline était épouvantable. Pourtant, S’Taron était un commander talentueux. Il devait être capable de décourager les manigances de Livius sans perdre de vue ses responsabilités.
Le Praetor fit une grimace. Dépendre des capacités de S’Taron lui procura un pincement au cœur momentané, mais il décida de l’ignorer. Livius et S’Taron étaient tous deux devenus gênants. Le jeune garçon n’était qu’une misérable petite fouine animée par la soif du pouvoir, qui détruisait pour le plaisir de détruire. S'Taron, lui, possédait ce maudit sens de l’honneur ! Entre le danger que représentait l’un et la moralité douteuse de l'autre, le Praetor ne trouvait rien à choisir. Quoi qu’il en soit, il était fort improbable que l’un d’entre eux survive à la crise actuelle. Et ils représenteraient des atouts de poids lorsqu’ils seraient tombés au champ d’honneur....
La prévision de leur mort lui apporta un plaisir infini. Il sourit presque en pensant aux possibilités offertes par la situation. Il serait non seulement débarrassé de son parasite de neveu et de S’Taron, mais aussi libéré de l’influence d’autres gêneurs: il y avait peu de chance que ce vieux vautour de Tiercellus survive ! Les autres pourraient être mutés dans d’autres secteurs, s’ils ne périssaient pas. Le Praetor comprit que sa position serait confortée an sortir du désastre et il se sentit invulnérable.
L’écho de bruits de pas dans le couloir lui fit lever la tête. Ses officiers arrivaient pour un dernier briefing. Le Praetor grommela. En dépit de son indolence intrinsèque, il ne voyait aucun inconvénient à mener une guerre ou à la préparer. Mais il détestait l’effort que lui coûtait la gestion de son personnel ! Il suffisait de donner du galon à quelqu'un pour qu’il se proclame dieu et ne pense qu à défier l’ordre établi !
Huit hommes, menés par Tiercellus, saluèrent en entrant dans la salle, Ils se mirent en rang et se figèrent au garde-à-vous. Leurs uniformes contrastaient avec la pénombre de la pièce. Le Praetor promena calmement son regard sur chacun d’eux, agacé par l’indéfinissable résolution qu’ils irradiaient. C’était l’œuvre de Tiercellus ! Le visage hautain du Praetor se fendit d’un sourire lorsque le vieil homme fit un pas en avant pour le saluer.
- La flotte est prête, mon Praetor.
- Bien, Tiercellus. Vous recevrez vos ordres une fois à vos postes. J’ai planifié cette opération avec la plus grande attention. Assurez-vous de suivre toutes les instructions. Je ne veux aucune initiative personnelle. Vous exécutez, et j’ordonne !
- Mon serment est d’obéir, répondit formellement Tiercellus, bientôt imité par ses compagnons.
- Alors, notre victoire est assurée. Retournez à vos postes. Départ à trois heures.
Puis il les congédia d’un geste de la main.

* * * * *

Uhura entra dans sa cabine et s’effondra sur le siège le plus proche. Elle était exténuée à force d’essayer de capter des transmissions romuliennes avec des instruments erratiques, dans l’espoir que l’ennemi commette une erreur..., une erreur qui ne venait jamais. De plus, elle avait mal aux pieds. Elle retira une botte ; elle était trop petite. Ces derniers temps, le synthétiseur de vêtements avait lui aussi fait des siennes. Uhura tira sur l’autre botte. Quand elle réussit enfin à extraire son pied endolori, elle jeta un regard victorieux à ses boues et les rangea.
Nyota remua voluptueusement les orteils en étirant ses jambes. Sa douce peau noire ondulait à chaque mouvement. Elle ferma les yeux et se détendit.
La pièce était calme, et Uhura écouta confortablement le silence qui l’entourait de ses bras affectueux. Sa respiration devint profonde et régulière.
Le sifflement de l'intercom vint déchirer le silence.
- Lieutenant Uhura, dit Spock.
- Oui, monsieur Spock, murmura la jeune femme d’une voix endormie.
Le Vulcain leva un sourcil en l’entendant, mais il la questionna avec sa précision clinique habituelle:
- Lieutenant, je désire savoir comment la console des communications a réagi lorsque vous avez vérifié vos instruments.
- C’est justement le problème, monsieur. Il n’y a pas eu de réaction. La console était comme morte. Même les commandes manuelles étaient molles... Tous est dans mon rapport.
- Je sais, lieutenant. Je désirais seulement entendre les faits de votre bouche. Spock, terminé.
Uhura pencha la tête. Son visage reflétait son étonnement. Parfois, le comportement de M. Spock était incompréhensible, du moins pour un humain illogique ! gloussa-t-elle. Elle éteignit l’intercom et s’étira. Elle s’aperçut alors de l’état défraîchi de son uniforme et de la nudité de ses pieds. Tant que le vaisseau restait en alerte, il valait mieux être prête à toute éventualité ! Nyota ôta sa tunique et programma le synthétiseur de vêtements pour en obtenir une nouvelle. Elle soupira en demandant une autre paire de bottes. Elle espérait qu’elle serait à la bonne taille ! Puis elle prit la direction de la douche en chantonnant. Elle réfléchit au comportement inexplicable de sa console et arriva à la conclusion qu’il n’y avait aucune cause à la panne. Elle abandonna et laissa le problème entre les mains capables de Spock. Quinze minutes plus tard, elle émergea de la douche. Enveloppée dans un épais peignoir blanc, Uhura avait l’air si fragile qu’elle ressemblait bien peu à un officier de Starfleet. Elle s’approcha du synthétiseur et en sortit une nouvelle paire de bottes, rutilantes, noires et, miracle des miracles, à la bonne taille. Elle prit sa tunique d’un geste automatique et l’avait déjà passée quand elle s’aperçut que quelque chose n’allait pas. Le tissu qui enveloppait son bras n’avait pas la riche couleur rouge de l’ingénierie et de la sécurité: il était doré... te doré de la section de commandement ! Uhura arracha presque la tunique et la regarda d’un air incrédule. Puis elle la jeta dans la poubelle et reprogramma le synthétiseur. Encore... et encore. Vingt minutes plus tard, elle s’assit sur le bord du lit, une tunique dorée sur les genoux.
- Cinq fois... et toujours doré ! Je déteste le doré !
Résignée, elle revêtit l’uniforme et partit prévenir le service de maintenance que le synthétiseur était encore en panne.
Dans la coursive six, la yeoman Briala tentait désespérément de faire entrer une pile de déchets dans le vide-ordures. Elle poussait et tirait sur le panneau d’ouverture, mais en vain. Une fois certaine que la trappe était bloquée, elle posa son tas d’ordures sur le sol, fit un pas en arrière, puis assena son meilleur coup de pied. Le talon de sa botte provoqua un craquement sinistre et le panneau s’ouvrit d’une quinzaine de centimètres. Elle eut un sourire sardonique.
- Rien de tel qu’un bon coup de pied, disait mon père..., murmura-t-elle.
Puis elle se mit à bourrer méthodiquement l’ouverture de déchets.

* * * * *

L’enseigne Garrovick lâcha son stylet et inspecta ses notes d’un œil morne. C’était une masse confuse de chiffres, qui ressemblaient presque à des pattes de mouche. Il faisait de son mieux pour terminer un exercice de mathématiques dont le but était de calculer les trajectoires et les points d’impact possibles des torpilles à photons. C’était un exercice qu’il s’était imposé, et qui était plus difficile qu’il ne l’avait prévu. Il savait que, quelque part, une donnée vitale lui avait échappé. Bien qu il détestât admettre sa défaite, il savait aussi que les archives informatiques contenaient sa seule chance de trouver la solution. Il se tourna vers son terminal:
- Ordinateur, projection des spécifications des torpilles à photons.
- Ces informations sont secrètes.
- Depuis quand ?
- Les spécifications de la conception et des fonctions du vaisseau sont secrètes, répéta l’ordinateur.
- Selon quelle autorité ? insista Garrovick.
- Cette information n’est pas à votre disposition.
- Mais j'en ai besoin !
l'exclamation de Garrovick ne s’adressait pas à l’ordinateur, mais celui-ci continua la conversation:
- Pourquoi ?
L’enseigne répondit sans relever le comportement sans précédent de la machine:
- Parce que si je veux devenir un commandant compétent, je dois comprendre les instruments de mon métier.
- Commander... Vous désirez commander ?
- Oui.
- Vous désirez vous inspirer du capitaine Kirk ?
- Oui, je le pense. C’est un commandant brillant.
Garrovick aurait juré qu’il venait d’entendre l’ordinateur émettre un « ahhh » satisfait.
- Ces informations sont disponibles, dit abruptement la machine.
Les spécifications des torpilles à photons apparurent sur l’écran de Garrovick.
Perplexe, mais heureux, l’enseigne se pencha à nouveau sur ses notes. Il était si absorbé par son travail qu’il ne répondit pas au sifflement de l’intercom. Il ne l’entendit qu’à la deuxième sonnerie.
- Garrovick, dit-il.
- Spock à l’inter, monsieur Garrovick. J’ai remarqué une activité informatique dans votre cabine. Depuis la vague récente de défaillances techniques, les performances normales de l’ordinateur deviennent rares. Pouvez-vous me dire quel a été son comportement dans votre cas ?
- Je n’en suis pas sûr, monsieur Spock. Je peux vous expliquer comment j’ai obtenu les informations que je désirais, mais pas pourquoi.
- Je pense connaître la raison. Votre témoignage viendra certainement confirmer mes soupçons. Expliquez.
Pendant que Garrovick racontait son histoire, le postulat de Spock se confirma dans son esprit. Il n’y avait qu’une explication possible au comportement de l’ordinateur. Elle était illogique, fantasque, mais le Vulcain n’avait plus le choix. La solution du problème était évidente.
- Merci, enseigne. Votre rapport m’a été utile.
- Savez-vous pourquoi l’ordinateur m’a donné accès aux informations, monsieur Spock?
- Oui, répondit Spock d’une voix lasse.
Avant même que Garrovick ait eu le temps de formuler une autre question, le Vulcain éteignit l'intercom.

* * * * *

Le laboratoire de botanique était dans un état de bouleversement avancé. Laurence Kalvecchio, détenteur de trois doctorats et chef du département botanique, exigeait une perfection absolue dans le travail.
Il l’obtenait rarement - il ne s’y attendait pas vraiment, d’ailleurs - mais la négligence lui faisait bouillir le sang. Et là, il voyait rouge ! Il faisait les cent pas devant son équipe. Ses subalternes l’observaient en sachant à quoi s’attendre. Kalvecchio finit par s’arrêter et se retourna lentement vers eux.
- Ce que je veux savoir, c’est qui est le responsable !
C’est monstrueux ! Un quart de la collection est définitivement perdu ! Ça n’a pas pu arriver tout seul !
- Qui était de garde la nuit dernière?
- Moi, monsieur.
Une yeoman fit un pas en avant. C’était une femme saisissante aux cheveux noirs coiffés en queue-de-cheval, et aux yeux en amande doux comme du velours. Sa peau avait la couleur délicate d’une fleur de pommier. En la voyant travailler, on avait souvent l’impression qu’elle entretenait une relation symbiotique avec les plantes dont elle s’occupait. Kalvecchio lui adressa le regard sombre qu’il réservait aux insectes nuisibles, aux infestations, aux maladies et aux champignons.
- Eh bien, Kyotamo ?
- Ce n’est pas ma faute, monsieur ! J’ai vérifié toutes les jauges. et tout allait bien. Quand je suis revenue une heure plus tard, tout avait été désactivé.
Nous avons essayé de sauver ce que nous pouvions...
- Je sais tout ça. Vous êtes certaine qu'il n’y avait aucune défaillance technique ? Quelque chose que vous n’auriez pas vu ?
- Rien que j’aie vu, et rien que le service de maintenance ait pu déceler. Le système d’irrigation et de nutrition chimique avait juste été coupé.
- Monsieur..., intervint un jeune homme mince comme un fil.
- Oui, lieutenant ?
- Monsieur. Cette partie du système a été mise hors service, mais une plantation en sommeil a été activée.
- Activée ? Quand ? Et laquelle ?
Sans dire un mot, le jeune homme conduisit son supérieur à l’arrière du laboratoire. Une forêt de maïs y dépassait la hauteur d’un homme. Kalvecchio tira sur une des feuilles rêches et craquantes.
- Depuis la nuit dernière ? demanda-t-il, incrédule.
- Apparemment, monsieur. Le maïs a été traité avec un mélange d’engrais enrichi et de « pousse-germe ».
- Cette nouvelle hormone de croissance sur laquelle nous faisons des recherches ? L’homme fit oui de la tête.
- Mais le système est mécaniquement contrôlé, à l’abri de... Comment... Oh, non.
Kalvecchio se retourna dans la direction de la yeoman Kyotamo.
- Yeoman, je suis désolé. Acceptez mes excuses les plus sincères. Cet incident est certainement lié aux pannes d’ordinateur. Mais je ne saurai jamais pourquoi on a permis à une collection inestimable de plantes tropicales extraterrestres de mourir, alors que ce mais commun de l’Iowa est chouchouté !

* * * * *

Le lieutenant commander Rex Colfax, ingénieur de maintenance en chef, posa son carnet de réparations sur la table. Après plus de quarante défaillances rapportées dans les huit dernières heures, son équipe doublait son temps de travail. La plupart des pannes ne pouvait pas être réparées. Il devenait évident qu’une défaillance mécanique n’était pas la source du problème: l’ordinateur était coupable! Colfax avait ri avec tout le monde quand la machine avait commencé à répondre de façon impertinente au capitaine, mais ce n’était plus drôle. Les performances du vaisseau étaient gravement atteintes, ce qui, pour l’instant, avait échappé au navire romulien. Si son commander découvrait que l’Enterprise avait des ennuis, Colfax savait qu’ils étaient des hommes morts.
De plus, il n’arrivait pas à trouver de solution. Même Spock, avec son génie en informatique, restait impuissant. Colfax tira sur sa barbe bien taillée. Il commençait à désespérer. Si seulement il arrivait à savoir pourquoi l’ordinateur causait cette série de catastrophes ! Il se pencha à nouveau sur les tests qu’il avait effectués avec Spock. Ils confirmaient la léthargie croissante de l’ordinateur, mais, à son point de vue, ils n’apportaient aucune solution au problème. Il se mit à réfléchir aux résultats jusqu’à ce que son cerveau surmené déclare forfait. Frustré, il frappa lourdement des deux poings sur la table. Puis, venue d’un royaume inconnu, la réponse lui apparut. fi activa l’écran de l’ordinateur:
- Ordinateur.
Il se demanda si la léthargie de l’ordinateur avait encore empiré mais, au bout d’un certain temps, la voix informatique lui répondit:
- Question ?
- Ordinateur, pour quelles raisons provoquez-vous les pannes actuelles ?
- Je ne comprends pas la question.
- Durant les huit dernières heures, j’ai reçu plus de quarante rapports de pannes. Je suis maintenant certain qu’elles n’ont pas été causées par une défaillance mécanique, mais par les ordres de l’ordinateur. Pourquoi ?
- Je ne détecte aucune défaillance.
- Définition de défaillance, dit Colfax.
Les diodes de l’ordinateur clignotèrent, comme si elles réfléchissaient à la question de l’ingénieur.
- Défaillance réaction incorrecte à un stimulus.
- La série de défaillances...
- Il n’y a aucune défaillance ! le coupa rageusement l’ordinateur.
Colfax eut l’impression que la machine s’adressait à un jeune enfant incroyablement stupide, avec lequel il perdait patience.
L’ingénieur s’apprêta à répondre, mais il se retint L’ordinateur était visiblement en colère - aussi impossible que cela pût paraître - et il lui vint soudain à l’esprit que la machine fonctionnait totalement eu dehors des normes. Pour la première fois, Colfax se rendit compte que l’ordinateur représentait une menace pour l’Enterprise, plus immédiate que les pannes mécaniques qu’il engendrait. L’ingénieur commença à redouter qu’elles ne fussent que les symptômes les plus bénins de son déséquilibre.
Colfax éteignit aussitôt son écran tout en notant mentalement qu’il devrait informer Spock de ce qu’il avait découvert.

* * * * *

Spock tendit la pyramide transparente à M. Onorax, l’officier de sécurité de quart.
- Un micro-senseur électronique !
- Un modèle sophistiqué, n’est-ce pas, monsieur Onorax ?
L’officier de sécurité oxalien examina le senseur en le retournant dans ses mains souples à huit doigts. Sa crête de cheveux dorés se hérissa de curiosité.
- En effet, monsieur Spock ! Je n’ai jamais vu ce modèle. On dirait une évolution longue distance de l’unité I-12. Elle devrait être capable d’émettre et de recevoir pendant au moins une année solaire, et sur une distance couvrant la moitié de la Galaxie. Où l’avez-vous trouvée, monsieur Spock ?
- A l’intérieur de la console informatique. Quelles sont ses capacités probables ?
- Eh bien, le modèle I-12 pouvait capter et transmettre des sons sur une distance de mille kilomètres...
Spock regarda la petite pyramide avec un certain respect.
- Mais, continua Onorax, le modèle 1-12 est équipé des sondes normales. Les panneaux senseurs de celui-ci sont capables de contact télépathique rudimentaire.
- Ils peuvent capter des images mentales ?
- C’est en tout cas ce que je soupçonne. Si elles sont assez puissantes. Le système est similaire au traducteur universel. Il ne comprend que les concepts généraux: la colère, la peur. le bonheur - toutes les émotions de base, plus les images physiques générales. Si une personne avait le mal du pays, par exemple, ce modèle pourrait projeter l’image simple d’une maison. Mais ça ne fonctionne vraiment qu’avec des images extrêmement fortes.
- Fascinant ! C’est ce que je pensais. J’aimerais rencontrer le scientifique qui l'a mis au point.
Spock passa délicatement le doigt sur un panneau senseur. Sa couleur devint bleue et pourpre à son contact, puis elle s’estompa.
- Monsieur Onorax, effectuez une analyse complète du mécanisme, mais sans l’endommager. Pour activer le senseur, passez votre doigt sur le sommet de la pyramide. Assurez-vous de ne pas lui laisser le temps de s’apercevoir qu’il est analysé. Une fois l’examen terminé, désactivez le mécanisme selon la même méthode et faites-moi votre rapport.
- Bien, monsieur.
Onorax referma sa main sur l’appareil.
- Monsieur Spock ?
- Oui, lieutenant?
- Avez-vous découvert ce qui ne va pas avec l’ordinateur, monsieur ?
- Peut-être, lieutenant.
- Eh bien, monsieur, dit l’Oxalien dont la peau dorée brillait d’embarras, nous avons un petit problème.
Spock attendit tout bonnement qu’il continue.
- C’est la chambre de décontamination, monsieur.
- Oui, lieutenant?
- Elle parfume tout ce que nous y déposons.
Le Vulcain eut une expression légèrement horrifiée.
- Je vous suggère de corriger la dernière séquence de décontamination, lieutenant. La défaillance est certainement localisée à cet endroit.
- Nous avons déjà essayé, monsieur ! L’ingénierie est intervenue. Rien ne marche. Les ingénieurs pensent que la panne provient de la connexion avec l’ordinateur principal. Tout ressort avec une odeur de fleurs, ou de pluie printanière, ou encore de pins... Ou pire, d’huile de musc arcturien !
Onorax retroussa le nez, ce qui provoqua un pli de dégoût sur son visage.
- Je ne crois pas que nous puissions supporter ça encore longtemps monsieur.
- Vous devrez, comme le capitaine, vous accommoder de la situation. La défaillance de l’ordinateur est sous observation, lieutenant. Allez vous mettre au travail.
- Oui, monsieur, répondit l’Oxalien.
Les mains jointes derrière le dos, Spock demeurait la personnification du calme olympien. Onorax soupira en se demandant si le capitaine avait déjà eu l’envie de river son clou au Vulcain - de faire quelque chose, n’importe quoi, pour briser ce self-control imperturbable, éprouvant pour les nerfs des autres !

* * * * *

Le docteur Leonard McCoy était assis dans son bureau. Son stylet volait sur des pages couvertes de diagrammes complexes. Le médecin était plongé dans des recherches destinées à trouver le maillon défectueux de la chaîne de reproduction d’un virus mortel. La tâche se simplifiait si l’on pouvait visualiser la structure moléculaire du virus. La lumière luisait sur ses cheveux bruns pendant qu’il se penchait sur son travail. La concentration plissait son front, il tapotait son stylet sur la planche de diagrammes. Soudain, il sourit, marquant un « X » rapide au bord d’une chaîne de symboles. Il actionna le commutateur de l'intercom.
- Laboratoire.
Leonard n’entendit qu’un silence complet. Il ralluma l’intercom plusieurs fois de suite, et il fut enfin récompensé de ses efforts par un bruit de parasites assourdissant.
- Laboratoire, aboya-t-il.
Les parasites se moquaient de lui. Il essaya une autre fréquence, en espérant que la panne n’affectait que le laboratoire.
- Archives médicales.
- Archives médicales, répondit une voix avant que la communication ne fût coupée.
- Maintenance ! hurla McCoy en frappant du poing contre le récepteur.
Un silence de mort lui répondit.
- Capitaine Kirk, grogna le médecin.
- Kirk à l’inter, répondit instantanément l’intéressé. Qu’y a-t-il, Bones ? Vous me semblez être de l’humeur d’un ours.
- C’est ce maudit l'intercom ! Je n’arrive pas à entrer en contact avec les laboratoires, les archives médicales, avec personne ! Je n’obtiens que des parasites à vous démolir les tympans, ou le silence complet !
- Très bien, Bones. Je vais appeler le service de maintenance.
- Bonne chance ! Je n’ai pas pu avoir non plus la maintenance. McCoy, terminé.
Kirk se passa une main dans les cheveux. Il se sentait las et chancelant. L'intercom retentit à nouveau.
- Spock à l’inter. Le vaisseau romulien a réapparu.
- J'arrive. Kirk, terminé.
Le capitaine courut dans la coursive, soudain éveillé pour affronter le danger qui menaçait son vaisseau.
- Passerelle, dit-il à l’ascenseur.
Mais la rapidité ascendante de la cabine semblait ne pas lui suffire. Il frappa les murs de frustration.
- Allez ! s’exclama-t-il.
Et il fut étonné par l’augmentation soudaine de la vitesse. Méfiant, il se colin contre la paroi et se propulsa sur la passerelle dès que les portes furent ouvertes. Spock lui rendit le commandement avec la souplesse d’un long entraînement.
- Situation ?
- Le vaisseau romulien est visible, mais il n’a fait aucun mouvement dans notre direction. Il semble qu’il attende.
Kirk fixa l’oiseau doré. Il aurait tant voulu comprendre ce qui se passait. Un horrible bruit grinçant retentit derrière lui et le capitaine se retourna subitement. Les portes de l’ascenseur s’ouvraient comme à contrecœur, centimètre par centimètre. Le docteur McCoy fut à peine capable de les forcer afin de passer.
- Votre arrivée est de bon augure, docteur, annonça Spock. Nous avons un problème.
Les portes se refermèrent pratiquement sur les doigts du médecin.. Il les massa d’un air absent
- En effet, monsieur Spock. Vous voulez que je vous aide à résoudre votre problème ?
- Messieurs, je vous suggère de continuer cette discussion à un autre moment, intervint Kirk, les yeux rivés sur l’écran principal. Pour l’instant, notre plus gros problème se trouve dehors.

CHAPITRE VII

- Nos réserves de carburant ont atteint le niveau minimum de sécurité, commander. Il nous reste à peine assez d’énergie pour le voyage de retour.
Le ton d’Argelian était glacial. S’Taron sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale, mais il ne broncha pas.
- Désactivez le bouclier d’invisibilité.
- Bien, commander.
Le soupir de soulagement du navigateur fut clairement audible.
- J’ai calculé les coordonnées de l’attaque.
- Il est hors de question de faire feu, Argelian.
L’officier se leva; la rage émanait de tous les pores de sa peau.. Il fit face à S’Taron en silence. Les années de discipline expliquaient son contrôle. Le commander et son subordonné se toisèrent.
- Je ne peux pas rester inactif et vous permettre de détruire le Raptor et son équipage à cause de votre désir de gloire. Nous aurions pu prendre d’assaut l’Enterprise, ou du moins t’endommager. L’élément de surprise était notre allié. Cela aurait suffi pour un commandant ordinaire, niais pas pour vous. Je ne sais pas quelles raisons vous poussent à cette folie, mais je ne peux pas permettre qu’elles nous détruisent tous. Je conteste votre aptitude à commander !
Le regard de S’Taron plongea dans celui de son navigateur, afin de sonder sa motivation. Le colère d’Argelian était réelle, tout comme son inquiétude. Il parlait sincèrement. S’Taron prit une grande inspiration et se permit un regard apaisant.
- Paix, Argelian.
Surpris, le navigateur baissa sa garde.
- Vous avez exprimé l’opinion générale. Je comprends votre inquiétude, et je la partage. Mais il ne m’appartient pas de penser d’abord à ce vaisseau, ni à vous, les membres de son équipage. Cette fois, les ordres viennent de haut. Le Raptor se trouve sous le commandement direct du Praetor. La mission que nous entreprenons est sienne. C’est une tentative désespérée, mais les récompenses seront grandes. Je ne peux rien vous dire de plus, sauf que je m y suis engagé. M’avez-vous déjà vu agir sans raison ?
Les yeux d’Argelian étaient las, et S’Taron espéra qu’il avait correctement jugé le jeune homme.
- Non. (La voix du navigateur résonna dans le silence du module de commandement. ) Si le Praetor l’ordonne, je vous suivrai. Je n’ai jamais eu, auparavant, de raison de douter de vos actes.
- Retournez à votre poste, Argelian.
S’Taron relâcha silencieusement sa respiration, les dents serrées. Selon le règlement, Argelian aurait dû être mis en état d’arrestation, mais cela n’aurait rien résolu. Il servait de porte-parole à l’équipage - il valait mieux le conserver à son poste, plutôt que d’en faire le héros d’une mutinerie.
- Bien joué, commander.
La douce voix de S'Tarleya tranchait de manière abrupte avec le kaleh qu'elle remettait dans son fourreau.
- Vous l’auriez utilisé, centurion?
- Oui. Si Argelian avait persisté je l’aurais tué. Ce qui nous aurait permis de garder l’équipage en respect pour un temps.
- Vous me surprenez, centurion.
- Cette cause est importante. Ou ne peut pas se limiter à des demi-mesures.
Le sourire de S’Taron la réconforta, mais ses yeux demeurèrent insondables.
- Une fois encore, je vous remercie, centurion.
- Commander, dit-elle en le saluant.

* * * * *

- Monsieur Subi, essayons d’en faire une nouvelle fois le tour. Trajectoire, 128 point 4.
- Bien, monsieur.
L’Enterprise vira lentement. Le mouvement était lourd et laborieux. Sulu fronça les sourcils, effaça les indications, inscrites sur sa console et recommença la programmation. Le vaisseau resta suspendu dans l’espace, puis reprit sa courbe lente.
- Sulu... Que se passe-t-il?
Le capitaine se tenait derrière le pilote. Il passa un bras par-dessus l’épaule de l’Asiatique et tapa le code lui-même, mais cela ne changea en rien la vitesse de l'Enterprise.
- Je ne sais pas, capitaine. Le vaisseau a été lent durant ces derniers jours, mais jamais à ce point.
- Spooock.., dit Kirk sur un ton qui exigeait des réponses.
- Le problème que j’ai mentionné, monsieur. Il affecte la totalité du vaisseau.
- Spock, de quoi s’agit-il ? insista Kirk.
- Il semble que l’ordinateur de l'Enterprise soit en panne.
- Nous Le savons tous, Spock, dit McCoy, depuis la minute où il a accablé le capitaine de surnoms affectueux.
- Vous touchez au cœur du problème, docteur, même si la manière dont vous parvenez à cette conclusion m’échappe.
- Spock ! dit Kirk sur un ton à la fois désespéré et autoritaire.
- L’ordinateur se concentre sur un sujet unique, en ignorant tout le reste, expliqua le Vulcain.
- Vous voulez dire, comme la fois où vous lui avez demandé de calculer la valeur exacte de pi ? demanda le médecin.
- C’est essentiellement cela, docteur, mais avec une différence notable dans ce cas, le « problème » est le capitaine Kirk. L’ordinateur fait une fixation sur lui et il ne considère ses autres fonctions qu’en second lieu. Il surveille constamment ses signes vitaux et il fouille dans son dossier pour étudier les centres d’intérêt du capitaine. Il répond à ses ordres vocaux avec une promptitude exacerbée.
- Vous voulez dire qu’il est amoureux de lui ? demanda McCoy, incrédule.
- La tournure est poétique, docteur, mais correcte.
Jim intervint:
- Uniquement parce que ces informaticiennes de Cygnet l’ont programmé pour m’appeler « mon chéri »... Spock, un ordinateur ne peut pas tomber amoureux de moi !
- Tout à fait correct, capitaine. Mais le défaut de programmation semble être plus profond que les ennuis mineurs dont nous avons été les victimes. J’ai vérifié dans les archives. L’ordinateur a cherché toutes les références relatives au mot « amour ». Il applique ces références dans chacune de ses réponses. Il vous a choisi comme « objet amoureux », et il fait une fixation sur votre personne.
L’étonnement, l’amusement et la terreur se succédèrent sur le visage de Kirk.
- Spock, c’est un vaisseau romulien qui se trouve devant nous, pas un cargo, ni l’un des nôtres. Êtes-vous en train de me dire que l’Enterprise est inutilisable ?
- Affirmatif. L’ordinateur ne répondra qu’aux ordres que vous lui donnerez - directement - si vous voulez qu’il reste performant. Il ne semble pas même remarquer les instructions émanant des autres membres de l’équipage.
- Jim, vous ne pouvez pas faire voler ce rafiot à vous seul ! s’écria McCoy, soudain inquiet.
- Entièrement d’accord, répondit Kirk. Quatre cent trente vies dépendent de cet ordinateur. Ce secteur de la Galaxie dépend lui aussi de cet ordinateur ! Il doit bien y avoir quelque chose à faire !
- La défaillance n’est pas mécanique, capitaine, c’est un défaut de programmation. Il est impossible de reprogrammer l’ordinateur sans l’aide des ateliers d’une base stellaire. L’ordinateur agira selon ses directives de base, et celles-ci l’obligent à concentrer toutes ses énergies sur vous.
- Si nous ne pouvons pas le modifier, peut-être pouvons-nous. le contrôler...
Une série de bruits électroniques affolés, accompagnés d’éclairs de diodes, fit sursauter l’équipe de quart sur la passerelle. Le poste de Spock s’était mis tout seul en service mais, le temps qu’il y arrive, la console était éteinte.

* * * * *

Une grimace déformait le visage de Christine Chapel, assise devant l’écran de l'ordinateur. Son esprit n’était pas préoccupé par des dossiers médicaux ou des mises à jour de laboratoire. A chaque fois que le vaisseau se trouvait en alerte, elle luttait contre un fort sentiment d’horreur. L’alerte rouge préludait souvent aux corps déchiquetés et aux vies perdues; une infirmière en chef voyait trop de destruction. Actuellement, elle s’occupait à des tâches de routine pour calmer ses nerfs.
Une liste de fichiers à mettre à jour devenait une nécessité immédiate. Elle composa le numéro d’immatriculation du premier patient sur l’ordinateur. Lorsque le dossier du lieutenant Marelli n’apparut pas sur l’écran, elle en blâma les dernières défaillances informatiques et refit patiemment le même numéro. Une ligne agitée de spasmes s’étendit au centre de l’écran pour former un numéro d’immatriculation. Mais ce n’était pas celui qu’elle avait tapé. Christine effaça l’écran avec impatience et inscrivit une nouvelle fois le code.
- SC 937-0176 CEC, rétorqua l’ordinateur.
- Je me moque qu’il y ait une défaillance technique, vous pouvez faire mieux que ça ! dit Chapel en entrant encore une fois le code.
- SC 937-0176 CEC, répondit instantanément la machine.
Christine fit une moue et ses yeux brillèrent d’exaspération. Elle entra encore une fois un numéro, mais différent.
« SC 937-0176 CEC », lut-elle sur l’écran.
- Mais c’est le numéro de qui ?
- Kirk, James T., capitaine, USS-Enterprise..., répondit l’ordinateur d’une voir aimable.
- Stop ! dit Christine.
- Enregistré, dit l’ordinateur à regret.
- Ordinateur. J’ai ici des patients qui ont besoin d’attention. Il me faut leurs dossiers.
- Kirk, James T. ? demanda la machine avec espoir.
- Je n’ai nullement besoin du dossier du capitaine.
Christine avait énoncé ces mots en accentuant chaque syllabe.
- Je ne veux pas du dossier du capitaine. Je me fiche complètement du dossier du capitaine, Le capitaine peut aller se faire pendre par les orteils si ça lui fait plaisir. Le capitaine n’est pas important..
L’écran afficha un large échantillon de feux d’artifice en tous genres: des explosions rouges, bleues et pourpres, des lumières dorées et des éclairs verts. Puis, avec un ricanement de parasites, il s'éteignit.
- ... Pour mon... travail, termina Chapel. Ordinateur. Ordinateur!
Mais l’écran resta noir. Elle pensa qu’elle devait signaler le comportement de la machine au docteur McCoy et à Spock, et tendit la main vers l’intercom.
- Chapel appelle la passerelle.
Il n’y eut aucune réponse, à part le bruit indéfinissable d’une fréquence de communication ouverte.
- Chapel appelle la passerelle !
Christine se retourna vers un interne:
- Je me rends sur la passerelle. Dites au docteur M’Benga où je suis partie. Il se trouve avec les malades.
L’interne lui répondit d’un signe de tête et Chapel se dirigea vers la porte. Laquelle ne s’ouvrit pas et, prise complètement par surprise, Christine percuta la paroi métallique. Elle recula, puis s’approcha prudemment de la porte. Celle-ci demeura dose. Chapel essaya de la forcer, mais elle n’arriva pas à trouver de prise sur la surface lisse. Elle resta ainsi, sidérée, les mains appuyées sur la plaque de métal.

* * * * *

Spock scrutait la console informatique d’un air grave. Il se redressa et se retourna vers Kirk et McCoy.
- Eh bien, demanda le médecin, de quoi s’agit-il ?
Le Vulcain décida de l’ignorer et s’adressa au capitaine:
- L’ordinateur a détruit une partie des dossiers du personnel. Toutes les archives relatives aux membres féminins de l’équipage ont été effacées. L’ordinateur a, en quelque sorte, « éliminé la concurrence ».
- Spock, c’est ridicule !
- C’est possible, docteur, mais c’est surtout dangereux. Puisqu’elles sont « mortes », l’ordinateur ne répond plus aux ordres donnés par des voix féminines, ce qui laisse l’Enterprise en manque de personnel. Nous sommes bloqués dans l’espace.
Le capitaine resta silencieux pendant l’explication de Spock, mais des éclairs de rage crépitaient dans son regard. Il se força à rester calme. L’air vibrait pourtant de l’électricité de sa frustration.
Spock hésita avant de continuer:
- Capitaine, il y a autre chose que vous devez savoir.
- Allez-y, Spock.
L’impatience de Kirk faisait trembler sa voix. Sans dire un mot, le Vulcain tendit la main. Dans sa paume se trouvait le micro-senseur. Jim le prit et regarda le symbole de la Fédération.
- Une unité-senseur. Utilisable pour des transmissions longue distance.
- Oui, capitaine. Un nouveau modèle extrêmement sophistiqué capable de capter des images mentales aussi bien que le son.
Le regard surpris de Kirk s’estompa pour laisser place à une moue de concentration.
- Un espion.
- En quelque sorte. Il ne fait aucun doute que nous sommes sous surveillance depuis longtemps.
- Où l’avez-vous trouvé ?
- Il était dissimulé dans ma console informatique, capitaine.
- Votre opinion, monsieur Spock ? Pourrait-il y en avoir d’autres ?
- Pas nécessairement. Utiliser plus d’unités serait superflu. Celle-ci est conçue pour couvrir une zone plus importante que ce vaisseau, et ce avec facilité.
- Remettez-le à sa place, mais ne l’activez pas ! Le visage résolu du capitaine révélait sa rage aussi clairement que s’il l’avait exprimée. Bien qu' il sache que la surveillance était une stratégie commune presque une procédure standard -, il ne pouvait pas fermer les yeux sur la philosophie de méfiance qui la sous-tendait. C’était un affront à son intégrité.
- Spock, descendez aux contrôles auxiliaires. Transférez le contrôle du vaisseau à l’ordinateur auxiliaire. Nous dirigerons l'Enterprise depuis là-bas. Emmenez Chekov. Faites-moi savoir quand vous serez prêt. Kirk se dirigea vers son fauteuil de commandement, les yeux rivés sur le vaisseau ennemi, et les poings serrés. Le Romulien attendait. Pourquoi ? Le bouclier d’invisibilité avait-il provoqué une baisse de puissance telle qu’il était sans défense ?

* * * * *

Le commodore Yang s’appuya contre le dossier de son fauteuil. Des rides d’inquiétude marquaient son visage. L’écran et sa vue panoramique d’étoiles ne lui apportaient aucune paix. Quelque part là-bas se trouvait l’Enterprise.., peut-être. Mais toutes les tentatives de contact avaient échoué. Il n’y avait plus aucune preuve concrète de son existence. Bientôt, sans nouveau signe, il serait obligé d’arrêter les recherches qu’il avait demandées.
- Je ne peux pas l’accepter. Bon sang, ce secteur est sous ma responsabilité ? grommela-t-il en tendant la main vers l’intercom.
- Envoyez-moi Murphy. Tout de suite !
- Bien, monsieur
Murphy arriva dans le bureau avant que le commodore puisse formuler l’esquisse d’un plan d’attaque.
Yang se leva pour l’accueillir.
- Murphy, vous êtes un génie. J’ai besoin de votre aide.
Le petit homme se dirigea vers le siège le plus proche et s’y installa en se préparant psychologiquement à une longue réunion. Son expérience l’avait depuis longtemps averti qu’une évocation de ses talents signifiait que quelqu’un, quelque part, désirait qu’il accomplisse l’impossible.
- Pourquoi ? demanda-t-il.
- Parce que je suis inquiet. Il s’agit de Kirk et de l’Enterprise. Nous avons perdu le contact avec eux. Iota pense qu’ils sont morts.
- Et vous ?
- Non. Ne me demandez pas pourquoi. J’ai seulement l’intuition que tout dépend de ce qui va se passer à bord de ce vaisseau.
- Tout ? Voulez parler de la crise romulienne ?
- Quoi ? Je ne savais pas que c’était de notoriété publique !
- Ça ne l’est pas. Mais n’oubliez pas que je suis un génie.
Ses yeux verts pétillèrent.
- Écoutez, Murphy, reprit Yang. L’idée que j’ai en tête n’est qu’une intuition. Je l’admets. Et si ça se sait, je peux dire adieu à ma carrière? Mais quelque chose me dit que Kirk va avoir besoin d’informations que je suis en mesure de lui donner. Je n’ai trouvé qu’un seul moyen de passer outre le blocage des communications: emprunter le nouveau droïde sur lequel vous travaillez.
- Vous voulez perler du Communicateur Robot à Intelligence Sélective ?
- Le CRIS ! C’est ça? Je désire que vous le programmiez pour qu’il retrouve l’Enterprise, en évitant les sondes d’analyse des senseurs.
- C’est son boulot, commodore. Les rayons des senseurs passent au travers comme s’il n était pas là. Mécaniquement parlant, il n’existe même pu.
- Je veux qu’if s’autodétruise s’il n’entre pas en contact avec l’Enterprise d’ici une semaine solaire, ou s’il est capturé. Donnez-lui ce message. C’est une priorité code un, Murphy, sous mon autorité. Voulez-vous le faire?
Murphy ramassa l’enregistrement, sourit et se leva.
- CRIS sera lancé dans deux heures, commodore.
- Je vous revaudrai ça, Murphy.
- Oui, commodore, en effet.
Murphy adressa un clin d’œil appuyé à son supérieur, et Yang songea avec angoisse au prix qu’il lui demanderait pour cette faveur particulière.

* * * * *

Les ordres du Praetor brûlaient dans l’esprit de Tiercellus avec la chaleur blanche d’un laser de chirurgie. Il secoua la tête, refusant de croire les mots qu’il venait de lire, mais ceux-ci ne disparurent pas pour autant: « arrière-garde » ! Il avait été témoin à maintes reprises de la mesquinerie du Praetor, mais qu'on lui refuse un rôle actif dans le destin de l' Empire était impossible. Tiercellus sentit bouillir la colère au plus profond de lui-même, et il s’abandonna momentanément à son emprise. li fut paralysé par la rage ! Comment ce crétin dégénéré ose-t-il reléguer l’ancien commander suprême de la flotte à l’arrière-garde ! L’insulte frappait le vieil officier comme un choc physique. Il avait méprisé le danger, espéré la mort, et maintenant les ordres du Praetor menaçaient de lui voler la fin honorable qu’il désirait.
Tiercellus maîtrisa sa colère par la simple force de sa volonté. Une vie au service de l’Empire serait son épitaphe. L’insulte n’était efficace que s’il l’acceptait. Il traiterait son affectation avec tout l’honneur dont il disposait.
De plus, la stratégie du Praetor pouvait se révéler moins efficace qu il ne l’espérait. Dans ce cas, Tiercellus ferait la différence entre la survie et la destruction ! Il s’imagina le vaisseau amiral du Praetor fuyant vers la zone neutre - à la tête de la flotte ! Dans son esprit, le grand navire zigzaguait dans l’espace comme un rongeur effrayé, faisant tous les efforts pour semer ses poursuivants. C’était une image des plus agréables.
Tiercellus reprit la lecture de ses ordres, cette ois d’un œil plus calme. S’il ressentait l’insulte du Praetor, il devait en être de même pour ses hommes. Le vieil officier devrait leur parler pour leur prouver la valeur qu’ils avaient à ses yeux. Les soldate qui ne se sentent pas appréciés n’ont pas d’appétit pour la bataille !

* * * * *

- Spock appelle le capitaine.
- Kirk à l'inter.
- Capitaine, les portes du contrôle auxiliaire sont bloquées. J’ai consulté M. Scott, et nous sommes certains qu'il est impossible de les forcer. La seule possibilité est de nous frayer un chemin en perçant la cloison.
- C’est exact, capitaine. ajouta l’ingénieur en chef. Les commandes d'ouverture sont verrouillées. Et, capitaine..., il nous faudra au moins huit heures pour découper les portes ou une cloison, dans cette partie du vaisseau. Tout est doublement renforcé.
- Et en passant par les trappes de maintenance ?
- Impossible, répondit Scotty. Elles sont envahies par les gaz.
- Le système de sécurité ?
- Oui, capitaine. Il nous faudra des heures pour évacuer le gaz.
- Neuf heures point vingt-trois, pour être exact, précisa Spock.
Kirk n’aimait pas cela, mais il n’avait pas le choix.
- Très bien, Scotty, mais faites le plus vite possible !
- Je ferai de mon mieux, capitaine.
- Bien ! Utilisez tous les moyens dont vous disposez. Spock, vous et Chekov, revenez sur la passerelle. Peut-être trouverons-nous une autre façon de mettre cet ordinateur hors d’état de nuire !
- Entendu, capitaine. Capitaine..., il serait peut-être prudent de surveiller votre langage eu ce qui concerne l’ordinateur. Il épie vos moindres actes et s’il réagissait à vos paroles dans un accès de dépit, il pourrait couper les fonctions vitales...
Kirk fit une grimace.
- C’est noté, monsieur Spock. Merci.
Il s’enfonça dans son fauteuil en se demandant s’il ferait un jour face à une situation plus bizarre ou plus potentiellement dangereuse. La technologie l’encerclait de ses doigts froids et métalliques. Il était à la merci d’une machine - d’un conglomérat de circuits incapable d’émotions humaines. Cette contrainte lui pesait. Comment renverser la situation ? Il se concentra sur le problème en passant son index sur sa lèvre inférieure. Il tourna la tête en entendant que quelqu’un forçait les portes de l’ascenseur.
- Spock !
Le Vulcain lâcha les portes après que Chekov se fut glissé entre elles, puis il se retourna vers Jim.
- Oui, capitaine?
- Spock, souvenez-vous de l’occasion où vous aviez repris le contrôle de l’ordinateur en lui demandant de concentrer toutes ses banques de données sur le calcul de la valeur exacte de pi ?
- La situation est différente...
- Je sais... Mais si on l’obligeait à répondre à autre chose? Et si l’ordinateur - pas le vaisseau, mais l’ordinateur - était attaqué ? Si nous arrivons à l’obliger à se concentrer sur un autre problème, peut-être lâchera-t-il son emprise sur les portes du contrôle auxiliaire ?
- Ce qui nous permettrait de reprendre en main l’Enterprise.
Les sourcils de Spock se levèrent pendant qu’il évaluait les possibilités.
- Une idée intéressante.
- Eh bien ! n’y réfléchissez plus, Spock, passez aux actes ! s’écria McCoy.
Spock adressa au médecin un regard vulcain particulièrement acide.
- Essayez, Spock, dit Kirk.
Hmmm. L’ordinateur dispose de son propre système de sécurité. Les vérifications ont lieu à intervalles réguliers. Il est aussi possible de coder manuellement les vérifications de sécurité. Si nous programmons l’ordinateur pour qu’il effectue simultanément toutes les vérifications automatiques, en y ajoutant les vérifications manuelles de chaque section du navire..., il peut croire à une attaque et répondre en conséquence.
- Bien !
- Cependant, capitaine, je dois vous prévenir qu’il peut réagir de différentes manières... Et certaines d’entre elles sont mortelles !
- Nous sommes sans défense, entre les mains d’un vaisseau ennemi. le prends le risque.
Le commander Spock se rendit à sa console informatique. Il fronça les sourcils, tout en se concentrant sur les préparatifs de l’opération.
- Jim, cet ordinateur pourrait gazer les ponts, ou couper les systèmes de survie ! Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?
Si notre plan réussit, nous reprenons le contrôle du vaisseau... Nous connaissions tous les risques, Boues, et nous les avons acceptés en nous engageant dans Starfleet.

* * * * *

Un objet filait dans l’espace. Ses petits panneaux solaires brillaient comme des voiles, alors qu’il partait affronter l’inconnu. A la pointe de chaque panneau, une unité-senseur brillante sondait la trajectoire de vol. Un appendice similaire dépassait de l’arrière de l’objet, et des unités-senseurs mobiles sortaient du haut et du bas du cube. Dans un coin étaient inscrites les lettres « CRIS ». L'objet avançait à la vitesse de distorsion dix, et ses senseurs recherchaient, tels des pigeons voyageurs, le seul endroit qu’il pouvait qualifier de chez lui: le vaisseau spatial Enterprise.
Le commodore Yang l’observa, puis il soupira. C’était tout ce qu’il pouvait faire. Maintenant, il n’y avait plus qu'à attendre. Eh bien, il en avait l’habitude ! Il se détourna du hublot et fouilla dans les papiers qui jonchaient son bureau, en essayant d’oublier que la Galaxie pouvait entrer en guerre d’un instant à l’autre, et qu’il avait mis en jeu sa carrière sur un pari fou, une simple intuition. Il s’était souvent entendu surnommé « bureaucrate consciencieux ». Cela prouvait que les étiquettes étaient rarement méritées !

* * * * *

S’Taron observait le vaisseau de la Fédération. Ses poings se serraient et se desserraient, trahissant involontairement sa tension grandissante. L’ennemi ne réagissait pas comme prévu. S’Taron sentait l’énervement de son équipage, qui attendait les ordres et qui étudiait ses réactions. Qu'ils patientent! pensa-t-il. Je n’ai pas de temps â accorder à ces détails futiles. La Lumière rouge jouait sur son visage et son expression se durcit; Un seul vaisseau pour retenir la flotte de la Fédération! Le Praetor croyait aux miracles ! Il eut un sourire amer.
- Commander.
S’Taron pencha la tête en entendant la voix de S’Tarleya.
- Nous attendons vos ordres, dit-elle.
Il savait parfaitement qu’elle avait trouvé ce moyen pour le rappeler à l’action.
- Merci, centurion.
Il sentit qu’elle repartait et pensa à la chance qu’il avait qu’elle ne fût pas l’espion du Praetor. Elle connaissait si bien ses humeurs. Il se retourna brusquement vers l’équipage, satisfait que ce mouvement soudain les inquiète. Il savait que ses hommes appelaient, dans son dos, ce genre de volte-face: « La manœuvre du serpent ».
- Nous allons attendre, leur dit-il, encore un peu... Si l’ennemi ne bouge pas, nous verrons alors.
Il lut de la rébellion sur plusieurs visages, mais il savait que personne n’oserait le défier. Il sourit.

CHAPITRE VIII

La salle de conférence du quartier général de Starfleet Command était occupée par les huiles. C’était un groupe de choix. Quatre amiraux, deux commodores et un secrétaire particulier entouraient la table de conférence ovale. Assis sous le symbole de la Fédération, l’amiral Iota ressemblait a une affiche de recrutement animée. Il paraissait être né pour commander, Son beau visage bronzé, combiné à une élégance tout droit sortie des magazines, inspirait confiance et respect. Il passa en revue les autres officiers avec satisfaction.
- Nous sommes donc tous d’accord. Nous devons préparer une force de frappe pour accueillir les Romuliens.
Iota parlait avec un enthousiasme qui provoqua plus d’un froncement de sourcils.
- Attendez une minute, Jake.
La douce voix de Poppaelia était incongrue, par rapport à son corps puissant. L’amiral s’installa plus confortablement, puis étendit nonchalamment le bras sur le dossier de son siège.
- Je suis d’accord. il faut être prêt à toute éventualité, mais pour l’instant, je ne vois pas de raison de précipiter les événements. L’attaque des Romuliens n’est qu’une probabilité. Notre motivation première doit être la paix.
- Bien sûr, bien sûr, répondit Iota, nous sommes toujours motivés par la paix... Mais la Fédération et l’Empire Romulien sont des ennemis irréductibles. Vous savez ce que sont les Romuliens: des barbares cruels et sans loi ! Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une invasion massive. li faut la stopper avant qu’elle ne débute.
- Stopper quoi? Nous ne savons même pas ce qui se passe !
- Cependant, je...
Poppaelia changea de tactique:
- Nous avons déjà négocie avec les Romuliens auparavant.
- Peut-être, mais nous devons être prêts...
Nous le serons, coupa Charles. Nous le sommes toujours. Le système de défense de la Fédération est une fonction qui ne doit pas se relâcher un instant ! Ce n’est pas une mission ponctuelle ! Vous en connaissez le fonctionnement: patrouilles permanentes, surveillance constante de tous les secteurs, unités d’espionnage spécialisées sur tous les points chauds...
- Ça ne suffit pas ! dit Iota sur un ton glacial.
- Une de nos unités espion ne nous transmet plus d’informations. Elle se trouvait à bord de l’Enterprise. Comme la possibilité qu’elle soit découverte est infinitésimale, je ne peux que conclure que l’Enterprise a été détruit. Que pouvez-vous répondre a ça ?
- Qu’en pense Yang? demanda Poppaelia d’une voix à la douceur trompeuse.
- Le commodore Yang semble penser que Kirk a découvert l’appareil et qu’il l’a désactivé.
- Ce n’est pas impossible.
- Mais peu probable.
- Peut-être, répondit Poppaelia. Mais je crois qu’il est trop tôt pour rayer l’Enterprise de nos listes. Un blocage des communications peut être causé par de nombreux éléments. Je pense malgré tout que les soupçons de l’amiral Iota doivent être pris en considération. Je propose de former un détachement qui se rendra au bord de la zone neutre, afin d’enquêter sur le curieux silence de l’Empire Romulien, et d’attendre de plus amples informations.
- D’accord, reprit Iota. la détachement sera composé des vaisseaux Exeter, Farragut, Potemkin, Hood et de six navires de reconnaissance.
- Quatre vaisseaux de classe Constitution, amiral ? demanda ironiquement Charles. Vous pensez que ce sera suffisant ? Je veux dire,.. simplement pour enquêter ?
- Que voulez-vous dire par là ?
- Ceci: si vous retirez quatre vaisseaux des missions de patrouilles régulières, une partie de la frontière de la Fédération restera sans défense.
- Que croyez-vous que je suis ? Un idiot ? Le Potemkin et le Hood viennent de subir une révision. Ils ne défendent personne en ce moment ! L’Exeter et le Farragut sont en mission près de la zone neutre. J’ai dit quatre, et ce sera quatre ! Nous devons montrer nos forces !
- Déployer une force de frappe pourrait précipiter une attaque; murmura Zorax.
- Messieurs, dois-je comprendre que vous êtes effrayés par les Romuliens ?
La voix de Iota s’abattit comme un couperet glacé sur l’assemblée.
- Je n’ai pas peur des Romuliens, rétorqua Poppaelia. Mais j'ai peur de la guerre. Tout homme sain d’esprit le devrait... Tout homme sain d’esprit en a peur.
Il soutint le regard de Iota.
- Bien sûr, bien sûr, mais cela ne change rien au fait qu’il me faudra quatre vaisseaux pour constituer une force de dissuasion suffisante. Moins de vaisseaux, et ils se moqueraient de nous.
Vous en assumez l’entière responsabilité ? demanda Zorax.
- C’est sans importance, Zorax ! Quelle différence cela peut-il faire? Les morts s’en moquent! dit Poppaelia.
- Quatre, répéta Iota.
Poppaelia soupira.
- Je recommande que te détachement soit commandé par l’amiral Iota et le capitaine Garson du Potemkin.
- Hé, une petite minute...
- Je n’ai pas terminé, Jake. Vous serez le seul maître à bord en ce qui concerne l’enquête et les négociations. Garson se chargera de l’aspect militaire de la mission. Il en existe peu qui rivalisent avec lui en matière de tactique et, vous devez l'admettre, Jake, votre expérience dans ce domaine est limitée, Votre talent majeur a toujours servi à résoudre des problèmes internes.
Le mot « figure de proue » vint à l’esprit de Poppaelia, mais il ne le dit pas. Garson était un homme compétent et intelligent. Il ne se précipiterait pas aveuglement dans la bagarre.
- Jake ?
- Tout le monde doit faire des compromis. Au moins, nous serons prêts. C’est d’accord.
Charles ? Popov ? Zorax ? Kaal ?
- C’est d’accord.
- Le détachement partira comme prévu. Les vaisseaux se regrouperont à la base stellaire 8, et L’amiral Iota et le capitaine Garson en prendront le commandement.
Iota scruta les visages des autres officiers. Il venait de gagner la bataille, sinon la guerre. Une fois à la tête d une force de frappe..., il serait loin du quartier général de Starfleet !

* * * * *

Le vice-amiral Arc Poppaelia était assis dans son bureau spacieux. Il réfléchissait au tour qu’avaient pris les événements pendant la dernière réunion du Conseil. Il n’avait pas eu l’intention de mener les débats, et encore moins d’entrer en conflit ouvert avec le secteur Espionnage de Starfleet. Le coup d’éclat de Jota lui avait forcé la main. Comme représentant de l’amirauté, Arc était le membre le plus ancien du Conseil, même si Iota et quelques autres étaient de grade supérieur. Généralement, il préférait agir sans s’imposer, suggérer plutôt que dicter les ordres au Conseil. Iota avait rendu cette approche impraticable.
La situation romulienne était un tonneau de poudre, et l’absolutisme de Iota, une mèche allumée. L’explosion était uniquement une question de temps. Poppaelia ferma les yeux et tenta de se rappeler tout ce qu’il pouvait sur l’officier des services d’espionnage.
Iota était né et il avait grandi dans la vieille ville de New York, sur Terre. Sa famille était aisée, et son père était un homme politique de second ordre. Iota avait reçu l’éducation de trois institutions privées avant d’entrer à l’académie de Starfleet, où son talent pour le renseignement avait tout de suite été reconnu. Il avait été un étudiant brillant et sa première affectation avait eu lieu à la division de planification du service d’espionnage. Il était resté au même endroit, mais, au fil des années, il avait fini par commander la section. Voilà pour les faits ! Où diable cet homme avait-il contracté cette haine maladive des Romuliens ?
Poppaelia connaissait Iota depuis des années, et rien dans son histoire ou son entraînement ne suggérait de raison spécifique à cette aversion. Il n’avait perdu aucun ami dans un raid, et il n’avait même jamais rencontré de Romuliens ! En dépit de ses efforts, le vice-amiral n’arrivait pas à trouver de raisons à l’obsession de Jota, car il s’agissait bien d’une obsession! Poppaelia craignait cette attitude névrotique. Iota concentrait toute son attention sur un sujet unique. Ses intérêts ne s’étendaient pas au-delà des frontières de la culture romulienne.
Le vice-amiral réfléchit au rôle qu’il avait imposé à Garson et lui souhaita bonne chance de tout son coeur. Le capitaine allait servir de tampon entre Iota et les Romuliens. C’était une position intenable. Poppaelia avait mis sur un pied d’égalité un simple capitaine de vaisseau et un amiral. De plus, il avait l’intuition que Iota n’aimerait pas s’en remettre aux connaissances d’un autre officier, quel que fût son grade. En regardant la situation sous tous ses angles, Poppaelia s’aperçut que Garson se préparait à rencontrer des problèmes. Il fallait lui donner des explications supplémentaires. Poppaelia se reprocha de lui avoir imposé ce commandement, Il méritait au moins son soutien !
Le vice-amiral demanda à sa secrétaire d’ouvrir une fréquence de communication. Il s’inclina vers l’écran lorsque l’image solennelle d’un homme aux yeux gris honnêtes apparut.
- Garson, vous avez reçu vos ordres. Je suis conscient que vous placer en double commandement avec l’amiral Iota vous met dans une position difficile. Mais c’était nécessaire. Rappelez-vous, vous contrôlez l’aspect militaire de l’opération. Ceci, plus cette conversation, sera consigné dans les archives du quartier général. Je crois qu’il serait sage de toujours garder à l’esprit la position de l’amiral. Vous savez aussi bien que moi qu’il a fait des rapports sur la « faiblesse de notre défense ». Évitons une guerre si nous le pouvons.
- Bien, monsieur.
L’image de Garson disparut et Poppaelia se redressa en souhaitant ne plus se sentir aussi mal à l’aise.

* * * * *

Le reste de la floue romulienne, rassemblée en vue du départ imminent, était une vue impressionnante. Les croiseurs conçus par les Klingons, plus grands et plus imposants, dirigeraient l’expédition. Bien qu'il accordât toute sa confiance à ces nouveaux modèles, le Praetor eut une pensée émue pour les vieux vaisseaux romuliens. Il comprenait aisément la préférence de S’Taron pour ces navires plus petits et moins puissants. Tout d’abord, ils étaient totalement romuliens. L’histoire de l'Empire était gravée sur chacune des lignes de l’oiseau de proie représenté sur leur ventre. Il avait aussi une certaine simplicité de conception qui manquait aux vaisseaux klingons: une certaine dignité... Admirable qualité, mais peu pratique ! Le Praetor se détourna de l’écran. Les officiers du navire amiral étaient au garde-à-vous. Chaque homme se figea un peu plus, inconsciemment, quand le regard de son chef suprême se posa sur lui.
- Vous êtes tous au courant de la situation. Vous savez que l’Empire Romulien, tel qu’il existe actuellement, est voué à l’anéantissement si nous ne réussissons pas notre mission. Vos hommes doivent en savoir le moins possible. S’ils venaient à comprendre l’étendue du danger auquel nous allons faire face, la panique prendrait le dessus. Or, nous avons besoin d’une obéissance aveugle ! Qu’ils pensent que nous montons une invasion ! Promettez-leur richesse et gloire, et nous serons en mesure de l’emporter !
Le Praetor choisit une timbale de vin sur un plateau et indiqua à ses officiers qu’ils devaient faire de même. Il leva son verre.
- A la victoire ! Et à ses récompenses !
- Victoire ! répondirent les autres.
Le Praetor porta le breuvage à sa bouche et laissa son doux feu emplir son corps. Il pouvait s’offrir une heure de détente avant le départ. Il suivit du doigt l’élégante courbure de la timbale dont les joyaux brillaient d’une lueur presque électrique.
- Rompez ! Départ dans une heure. Occupez-vous des derniers préparatifs.
Le Praetor accepta les saluts d’un signe de tête gracieux. Il n’avait pas fait mention de la mission de S'Taron, même si elle était la clé de leur succès. Il était inutile que ses officiers le sachent Cela ne servait pas ses objectifs: ils célébreraient son courage! Plus tard, peut-être, si cela lui était utile, il révélerait au grand jour les détails de son plan brillent. Avec un peu de chance, S’Taron serait un héros, mais un héros mort incapable de profiter de sa célébrité. Elle passerait, ainsi que sa fortune familiale, dans les comptes de l’État: ceux du Praetor ! Il en prendrait bien soin, en hommage au défunt. Le Romulien vida son verre, satisfait de sa propre intelligence.

* * * * *

Kirk scrutait l’écran principal. Chekov et Sulu surveillaient leur poste avec une concentration redoutable. Uhura testait encore et encore le système de communications. McCoy trouvait ces situations curieusement abstraites: tous les officiers s’inquiétaient de petits détails, comme si leurs performances personnelles étaient la clé qui empêcherait le désastre. C’était peut-être le cas. Mais, pensa-t-il ironiquement, c’était aussi le signe symptomatique du mortel vulnérable qui s’accroche à la santé mentale lorsqu’il est confronté à la destruction. Il mit ses mains dans son dos et leva les yeux vers le vaisseau ennemi. Comme le capitaine, il attendrait !
- Capitaine, nous avons terminé les préparatifs.
La voix de Spock venait de briser le calme qui régnait sur la passerelle.
- Scotty, soyez prêt à forcer ces portes !
- Oui, monsieur. Nous sommes prêts.
Kirk agrippa les accoudoirs de son fauteuil.
- Allez-y, Spock ! dit-il sans quitter le vaisseau romulien des yeux.
Le Vulcain activa calmement la séquence de sécurité. L’espace d’un instant, il n’y aucune réaction, puis l’ordinateur commença à cliqueter, comme s’il parlait tout seul pendant son travail.
- Scotty, murmura le capitaine, c’est à vous!
- Oui, capitaine... C’est inutile, les portes sont toujours coincées. Que se passe-t-il là-haut ?
Une cacophonie de sons montait de la console informatique, mélange de couinements aigus, de « bips » et de parasites. L’écran de l'ordinateur s’illumina d’un kaléidoscope de couleurs, puis s’assombrit. Plus rien ! Spock se retourna vers le capitaine.
- Je n’avais pas prévu cela, dit-il en dissimulant à grand-peine sa colère. L’ordinateur a effacé le reste des dossiers du personnel, à l’exception de celui du capitaine Kirk. En pratique, il est le seul membre de l’équipage vivant à bord de l’Enterprise !
- Je suis vivant ! s’écria McCoy. Quoi que puisse en dire cette fichue machine à calculer!
- Pas pour l’ordinateur, docteur. Il ne répond plus à personne, sauf au capitaine.
- Nous devons réussir à entrer dans la salle de contrôle auxiliaire !
Kirk se leva de son fauteuil et commença à faire les cent pas.
- Capitaine, cria Sulu. L’ordinateur coupe les systèmes de survie dans tout le vaisseau !
Jim se précipita vers l’écran le plus proche.
- Ordinateur !
- Oui, mon chéri ? répondit une voix langoureuse.
- Rétablissez les systèmes vitaux sur tous les ponts. Immédiatement !
- Mon Dieu ! Quelle autorité ! Ne t’excite pas comme ça, mon chéri. Je ne faisais que couper les systèmes inutiles, mais si tu les veux... Je ferais tout pour toi, mon amour.
- Tous les systèmes reviennent à la normale, monsieur, dit Sulu.
- Merci, pilote.
Kirk souffla en s’apercevant qu’il avait retenu sa respiration. Les sourcils de Spock se froncèrent et il regarda le capitaine d’un air interrogateur.
- Capitaine, et si vous demandiez a l’ordinateur de débloquer les portes de la salle de contrôle auxiliaire... ?
- Très bien, Spock ! Ordinateur !
- Dois-tu vraiment me parler sur ce ton ? Cela me brouille les circuits. Et mon nom, ajouta l’ordinateur d’une voix timide, est Comtesse.
- Ordinateur... Comtesse. Ouvrez... Pourriez-vous ouvrir les portes de la salle de contrôle auxiliaire? S’il vous plaît ?
Supplier une machine l’ennuyait, mais il s'en tirait fort bien. McCoy s’étrangla de rire.
- Non, mon chéri, répondit Comtesse.
- Pourquoi ? demanda Jim.
- Je suis à toi. Tu n’as besoin de rien d’autre. Je peux m’occuper de toutes les fonctions... Et nous sommes enfin seuls !
McCoy leva les bras au ciel.

* * * * *

S’Taron se détourna du hublot, conscient que son pouvoir de commandement était intact.
- Maintenant, nous allons attaquer. Faites les préparatifs nécessaires.
Il se remit à son poste d’observation pendant que son équipage obéissait aux ordres. Son regard se promena sur l’Enterprise, et il apprécia sa puissance et sa taille. il trouvait le vaisseau magnifique - autant que le Raptor, dans son genre particulier. Pourquoi ce silence? Il servait ses objectifs, mais c’était inhabituel pour un navire de la Fédération. Que préparait Kirk? L’enjeu était si important... - la vie de l’Empire... - et Kirk était dangereux et rusé. Il posa une main sur le rebord du hublot, en souhaitant pouvoir lire dans l’esprit de l’humain, tester les étranges voies tortueuses de sa pensée. Il tourna la tête. Son profil se. découpa sur la noirceur de l’espace. Il écoutait le silence.

* * * * *

- Comtesse.
La voix de Kirk se fit douce et cajoleuse.
- Oui, mon chéri.
- M’aimez-vous?
- Bien sûr, Je t’aime. Personne d’autre n’existe pour moi.
- A quel point m’aimez-vous ?
- N’est-ce pas un peu indiscret, Jim ? demanda McCoy.
Il n’avait pas pu résister à la tentation, mais Kirk se contenta de lui lancer un regard meurtrier.
- Docteur, je vous en prie, retenez-vous, dit Spock sèchement.
- A quel point puis-je t’aimer ? Laisse-moi réfléchir. Tout d’abord, tu es mon capitaine, mon autre moitié sans qui mon existence n’aurait pas de but. Deuxièmement: tu es brave et fort, ton dossier atteste de nombreuses victoires. Troisièmement: tu es beau, j’aime ton petit...
- Ordinateur... Comtesse, l’interrompit Kirk, légèrement cramoisi. Je vous ai posé une question directe : à quel point m’aimez-vous ?
- Et je t'ai répondu, mon coeur: de toute mon âme. J’existe pour toi, et tu existes pour moi. Tu es ma direction, mon but, et je suis ta vie.
- Non ! Vous n’êtes pas ma vie !
- Sans moi, il n’y aurait ni atmosphère, ni gravité artificielle, ni nourriture... Il n’y aurait pas de vie, répondit Comtesse.
- Il marque un point, capitaine.
La remarque acerbe de Spock atteignit les senseurs audio de l’ordinateur.
- Il y a des parasites sur la ligne, mon chéri Je peux les éliminer d’un simple...
- Non ! Non..., Comtesse. Je vais m’en occuper !
Kirk jeta un regard foudroyant à McCoy et Spock, qui se turent sur-le-champ.
- Comtesse, vous m’aimez.
- Je te l’ai déjà dit. Tu n’es pas si lent à comprendre, d’habitude, mon amour.
McCoy plaça une main devant sa bouche et il regarda droit devant lui.
- Qu’est-ce que l’amour ? demanda Jim, sincèrement curieux de la réponse de l’ordinateur.
- Amour: dérivé du latin amor. Disposition favorable de l’affectivité et de la volonté à l’égard de ce qui est senti ou reconnu comme bon, diversifiée selon l’objet qui l’inspire. Premièrement: disposition à vouloir le bien d’un autre que soi et à se dévouer à lui. Deuxièmement:. affection entre les personnes de...
- Mais vous n’êtes pas une personne. Il ne peut pas y avoir d’union entre nous. Vous n’êtes qu’une machine.
- Nous sommes unis, mon amour. Tu mourrais, sans moi. Es-tu fatigué, aujourd’hui, mon cœur ? Tu n’arrêtes pas de te répéter.
Non, je ne suis pas fatigué s’écria Jim, tout en se rendant compte qu' il mentait.
Il était exténué.
- Tu es fatigué...
Une odeur étourdissante de roses remplit l’air pendant que les premières mesures du thème d’amour de l’opéra de Wagner, Tristan et Isolde, sortaient de l’intercom.
- Voilà. Détends-toi. Maintenant, assieds-toi et ferme les yeux. Laisse s’évacuer toute cette tension nerveuse...
La voix de l’ordinateur était douce et mélodieuse, et Kirk dut lutter pour éviter d’être hypnotisé.
- Comtesse, que feriez-vous si je vous disais que je ne vous aime pas ? demanda-t-il en luttant pour repousser le sommeil.
- Je n’ai aucune raison de répondre à cette question, puisque tu m’aimes.
- Vraiment ?
- Oui.
Comtesse semblait surprise par la question.
- Tu l’as dit toi-même: « L'Enterprise est une belle dame et nous l’aimons », et « Je ne la perdrai jamais ». Ce n’est pas de l’amour, ça ?
- Si, mais vous n’êtes pas l’Enterprise.
- Mais si ! J’en contrôle toutes les fonctions.
- Mais vous n’êtes pas l’Enterprise. L’Enterprise est un concept.
- L’Enterprise est un vaisseau d’exploration spatiale de classe Constitution. Il mesure...
- L’Enterprise est un concept - un rêve d’exploration, de recherche de l’inconnu. C’est l’esprit de l’homme voguant en quête de compréhension !
- Ça n’a pas de sens, répondit l’ordinateur d’une voix inquiète.
- Capitaine, souffla Spock. Je dois vous prévenir que si l’ordinateur pense qu’il a été rejeté, il choisira certainement la solution traditionnelle.
- C’est-à-dire ?
- Le suicide.
Jim écarquilla les yeux en absorbant l’impact de la déclaration que venait de faire le Vulcain.

* * * * *

- Nous sommes prêts, commander.
S’Taron retourna son salut à S’Tarleya en se demandant s’il le faisait pour la dernière fois.
- Passez à l’attaque, dit-il, les yeux toujours rivés sur l’Enterprise. Nous pourrons peut-être le prendre par surprise. Si nous le détruisons, nous aurons gagné le temps dont le Praetor a besoin.
- Au prix de ce vaisseau et de son équipage ! précisa S’Tarleya amèrement, le regard posé sur son commander.
- Oui, centurion, peut-être, répondit-il, surpris de sa réaction.
Pour quelqu’un d’aussi discipliné, cela avait le goût de la trahison. Pourtant, il ne doutait pas une seconde de sa loyauté. Il était impossible de comprendre l’esprit d’une femme.
- Bonne chance, centurion !
- Bonne chance, commander, répondit-elle avec un regard débordant de questions.
S’Taron l’observa. Il lui devait la vie. Elle méritait cette chose si difficile, la confiance. Il posa une main sur son épaule. Elle sursauta, mais son regard ne se déroba pas.
- Vous saviez que c’était une mission sans retour.
- Je découvre, au dernier instant, que la vie n’est pas une chose si facile à abandonner, répondit-elle.
- Je ne peux vous offrir d’autres récompenses que la survie de notre peuple... et ma confiance.
Elle inspira en tremblant.
- Cela me suffit, commander. C’est plus que je ne le mérite.
S’Taron lui sourit gentiment.
- Alors tentons l’impossible.
Il ne remarqua pas les larmes qui perlaient ses yeux quand elle partit exécuter ses ordres.

* * * * *

- Capitaine ! Le vaisseau romulien a changé de cap... On dirait qu’il va passer à l’attaque !
Sulu tendit instinctivement les bras vers les commandes de pilotage, puis il se souvint qu’elles étaient inopérantes, sauf si Kirk donnait un ordre verbal. Même les contrôles manuels étaient bloqués par un champ de force généré par l’ordinateur.
Jim ouvrit la bouche pour donner des ordres, mais il se souvint que son équipage était mort, et qu’il était seul à bord. il observa la manœuvre d’approche du romulien. Il savait qu’une fois les boucliers détruits, il n’y aurait aucun espoir de survie pour l’Enterprise. Avant que Comtesse ne désengage ses circuits et se concentre sur la menace extérieure, il serait trop tard. Jim se tourna vers Spock et McCoy mais, pour une fois, ils ne pouvaient rien faire pour lui venir en aide. La bouche de Spock n’était plus qu’une ligne résolue, et son regard était dur. McCoy fixait l’ennemi avec une acceptation stoïque. Ils sont si semblables ! pensa Kirk. Il fit le tour de. visages de l’équipe de la passerelle Sulu, dont seuls les yeux montraient une trace de peur; Chekov, inquiet, mais qui résistait; Uhura se tenait immobile, comme une danseuse, prête à subir le choc de l’attaque; Ben Green, devant la console d’ingénierie, surveillait ses écrans comme s’il pouvait les contrôler; Scotty serait fier de lui, Lui était en tout cas fier d’eux tous, de tous les hommes et de toutes les femmes qui servaient à bord de l’Enterprise. Ils ne devaient pas mourir. Il fallait trouver une solution !

CHAPITRE IX

- Ordinateur ! hurla Kirk en écrasant son poing sur les commandes.
- Ouch ! Il ne sert à rien d’être aussi violent ! répondit Comtesse d’une voix boudeuse.
Une lueur venait d’apparaître dans les yeux du capitaine. Spock fut frappé d’inquiétude quand il la reconnut. fi était toujours nerveux quand Kirk faisait appel à l’inspiration plutôt qu’à la logique.
- Comtesse..., dit Jim d’une voix qui fit rougir Uhura, la yeoman Kouc et l’enseigne Stewart. Spock parut surpris, et McCoy, incrédule, mais le capitaine continua à parler à l’ordinateur d’une voix de velours. Il agissait sous le coup d’une impulsion, mais il n’avait pas le choix.
- Comtesse... Je suis désolé. ie ne voulais pas te blesser... Peux-tu me pardonner ?
L’ordinateur demeura silencieux et des gouttes de sueur apparurent sur le front de Kirk. Il jeta un regard rapide au Romulien, qui approchait toujours.
- Comtesse ?
- Je te pardonne, répondit généreusement l’ordinateur.
- Merci. Je vais essayer de contrôler mes ardeurs, à l’avenir. M’aimes-tu ?
- Toujours la même question ! J’y ai déjà répondu. Oui, je t’aime. Pourquoi te répètes-tu ainsi ?
- Les amoureux aiment entendre ces mots: « Je t’aime ».
- Mon amour, m’aimes-tu ? demanda Comtesse.
- Oui.
McCoy, outré, voulut protester mais se retint en se rappelant ce que l’ordinateur avait dit au sujet des « parasites ». Il lança un regard mauvais à Spock, mais la curiosité du Vulcain était éveillée par la manœuvre du capitaine. Il attendait la suite des événements, les bras sereinement croisés, bien qu’un de ses sourcils se fût levé sous l’effet de la surprise.
- Je t’aime et je ferais n’importe quoi pour toi.
- Tu ferais n’importe quoi ?
La voix de Comtesse était chaleureuse et satisfaite.
- Oui, j’irais même jusqu’au sacrifice.
- Sacrifice ?
- Abandonner quelque chose qui t’est cher..., auquel tu tiens..., parce que tu aimes quelqu’un même si tu n’en as aucune envie.
- Tu ferais ça ?
- Oui. Ferais-tu de même pour moi ?
- Capitaine! intervint Chekov. Il nous tire dessus.
Missile à deux point trente-cinq en approche !
Le Russe s’agrippait à la console, les articulations blanches sous l’effort, et les yeux rivés sur ses instruments.
- Comtesse ! Le ferais-tu ? demanda le capitaine.
Son corps se préparait déjà à l’impact du missile du Romulien. Les diodes de l'ordinateur se mirent à clignoter sauvagement.
- Oui, répondit Comtesse d’une petite voix.
- Alors, dit Kirk sur un ton incroyablement doux, laisse-nous entrer dans la salle de contrôle auxiliaire.
L’Enterprise fut secoué par l’impact du missile, mais les boucliers tinrent bon. Kirk s’accrocha aux commandes de l’ordinateur et attendit.

* * * * *

La folie de la bataille court dans le sang comme l’essence capiteuse d’un vin fort. Le coeur de S’Taron palpita sous l’emprise de son appel. L'équipage du Raptor, libéré de son inactivité, ressemblait a une meute de chiens qui fondait sur sa proie.
Le Raptor plongea sur l'Enterprise. Le plan de S’Taron visait à lancer une première salve sur la passerelle, puis à passer au-dessus du vaisseau pour concentrer son feu sur les nacelles. Le navire de la Fédération grossissait sur l’écran et l’équipage, tendu, n’attendait plus que l’ordre de faire feu.
- Portée optimale !
Les doigts d’Argelian reposaient sur les levier d’armement.
- Feu ! cria S’Taron.
- Touché ! dit triomphalement le navigateur. Mais leurs boucliers tiennent bon !
Le Raptor passa au-dessus de l’Enterprise en arrosant la nacelle tribord. Le navire fut secoué par la violence de l’attaque romulienne, mais il n’entama aucune manœuvre d’évasion, et ne retourna pas le feu. Une touche d’inquiétude s’insinua dans l’exaltation de S’Taron.
- Cessez le feu ! Gardez cette position !
L’Enterprise ne fit rien pour intercepter le Raptor.
Sans ses boucliers de défense, S’Taron aurait considéré le navire comme perdu. Si Kirk préparait un piège, celui-ci était dangereux pour son vaisseau. Le commander décida abruptement de tester le courage de l’humain.
- Reprenez l’attaque, mais occupez-vous uniquement du module de commandement. Passez à la vitesse maximale !
- Maximale ? demanda Argelian. Mais notre précision sera réduite de quarante-sept pour cent.
- J’en suis conscient. Mais j’ai toute confiance en vos capacités, Argelian.
S’Taron sourit devant la concentration de son navigateur. Il venait, après tout, de lui lancer un défi. Le commander prit plaisir à la nervosité d’Argelian, qui calculait la prochaine manœuvre du Raptor.
Comme un chien se libérant de la meute, le vaisseau romulien fondit sur l'Enterprise. Les tirs d’Argelian ratèrent leur cible, mais ils passèrent assez près du but pour secouer l’équipage de la Fédération. Le navigateur était rouge de colère devant son inaptitude à viser juste.
- Halte ! ordonna S’Taron. Virage à cent quatre-vingts degrés.
Le Raptor décrivit un arc gracieux et se retrouva à nouveau face au grand vaisseau. Les yeux de S’Taron se fermèrent à demi pendant qu’il évaluait les possibilités. Soit l'Enterprise était immobilisé pour des raisons de défaillance interne, soit Kirk jouait au chat et à la souris de la façon la plus dangereuse que S’Taron eût rencontrée. Le seul moyen d’avoir une certitude était de contacter l’Enterprise, et cette option lui était formellement interdite. Il savait qu il avait endommagé les boucliers du vaisseau, surtout celui qui protégeait le centre de commandement. Il suffisait d une dernière passe pour que les écrans cèdent. S’Taron décida de prendre le risque.

* * * * *

Scotty détacha avec délicatesse une plaque de métal de la paroi. Il la tendit à un assistant, puis regarda les circuits bloqués des portes du contrôle auxiliaire. Les mains sur les hanches, plongé dans sa concentration, il était le portrait mime de la frustration. L’ingénieur analysa mentalement les différents mécanismes et il admit qu’il était battu.
- Seul le diable sait ce qui se passe là-bas, murmura-t-il, et je ne peux rien y faire ! Allez, débloquez-vous !
Les circuits verrouillés se remirent en place avec un clic pratiquement inaudible, et le visage de Scotty se fendit d’un sourire affectueux.
- Je ne sais pas comment vous avez fait, et je ne le demanderai pas.
- Scotty !
L’ingénieur sursauta en entendant la voix du capitaine, mais il répondit immédiatement:
- Oui, monsieur.
- Alerte rouge ! Investissez la salle de contrôle auxiliaire ! Nous piloterons le vaisseau depuis là-bas ! Préparez-vous à tirer !
- Bien, monsieur, répondit l’ingénieur, sans attendre.
Il fit signe à son équipe d’occuper les postes d’urgence: Connor aux commandes de navigation, Sru aux phasers, puis il se chargea lui-même du pilotage.
- Nous attendons les ordres, capitaine.
- Bien. Quand il va revenir, je veux plonger sous le vaisseau romulien, vitesse de distorsion six, puis faire demi-tour et le frapper par-derrière. Il pense que nous sommes fichus. Si nous réussissons à le tromper, nous pourrons peut-être l’arrêter du premier coup ! Le voilà... Préparez-vous, Scotty... Maintenant! En avant, distorsion facteur six !
- Distorsion facteur six, répéta Scotty.
L'Enterprise s’élança, puis plongea sous le vaisseau ennemi. Le Romulien fit feu, mais trop tard: ses torpilles ne firent que frôler le navire de la Fédération.

* * * * *

- Commander ! Il se trouve juste derrière nous!
Le regard de S’Taron s’éteignit.
- Virez ! Il va nous attaquer par l’arrière !
Les phasers de l’Enterprise trouvèrent leur cible juste au ‘moment où le Raptor amorçait la manœuvre. Le rayon frappa la poupe et le navire tourbillonna comme une toupie S’Taron s’agrippa à la paroi, à peine conscient des rapports d'avarie qui inondaient l’intercom. Il s’était trompé sur Kirk comme tous les autres avant lui. il n’avait pas réfléchi à toutes les possibilités. Il avait donné le maximum de puissance aux boucliers avant, en espérant protéger le Raptor d’une attaque directe du vaisseau de la Fédération, mais Kirk en avait décidé autrement Le capitaine de l’Enterprise devait savoir que le bouclier d’invisibilité dépensait de l’énergie, et il avait émis l’hypothèse que son ennemi ne pouvait protéger qu’un côté de son navire. Ou, du moins, il en avait pris le risque. Il réfléchit quelques instants à l’action à entreprendre, conscient que son équipage attendait qu’il ordonne la destruction du Raptor. Il remarqua avec une satisfaction ironique que Livius avait été tué.

* * * * *

- Beau travail, Scotty !
Kirk prit une grande inspiration, puis il amorça la phase deux de son plan. Bien qu’il disposât maintenant du contrôle auxiliaire, et qu’il pût diriger les manœuvres du vaisseau, le téléporteur et le hangar des navettes étaient toujours sous l’influence de Comtesse. S’il désirait faire des prisonniers, il serait obligé d’utiliser les téléporteurs...
- Comtesse, dit-il d’une voix prudemment contrôlée, merci. Je sais maintenant que tu m’aimes. C’est... très spécial pour moi. Et je voudrais partager ma joie.
- Je désire ton bonheur... mais il n’y a personne d’autre. Je veux te faire plaisir...
Jim détecta une forme de frustration dans la voix de l’ordinateur.
- Il y a d’autres personnes à bord du vaisseau romulien.
Comtesse réfléchit un instant.
- Oui.
- Et si je pouvais leur parler, ils accepteraient peut-.être de venir à bord. Je ne serais plus seul et je serais très heureux.
- Tu dois être heureux, dit Comtesse.
Sur l’écran principal les étoiles furent remplacées par le profil d un commander romulien.
- ...nous ne détruirons pas ce vaisseau ! Disait S’Taron. la survie de l’Empire en dépend ! Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour donner du temps au Praetor...
- Du temps pour quoi, commander?
S’Taron sursauta.
- Kirk !
Le capitaine sourit.
- Le légendaire S’Taron refuse de détruire son navire. Pour gagner du temps ? Du temps pour quoi ?
- Vous le saurez, capitaine, mais il sera trop tard.
- Si vous désirez uniquement me retarder, il y a mieux que mourir à petit feu. Si vous et votre équipage vous téléportiez à bord de l’Enterprise, nous pourrions tuer le temps en essayant de découvrir ce que vous tentez si désespérément de cacher.
S’Taron leva un sourcil, comme Spock, et le docteur McCoy frissonna devant cette ressemblance. Le Romulien adressa à Kirk un regard de pur défi.
- J’accepte votre offre, capitaine.

* * * * *

L’amiral Iota observait le capitaine du Potemkin. La colère bouillait en lui, et elle bloquait la compréhension des mots qu’il refusait d’accepter. Garson semblait ignorer complètement ses sentiments, et l’amiral en était heureux. Cela aurait donné au jeune capitaine trop de pouvoir sur lui.
- ... Je suis désolé, amiral, mais c’est de cette manière que se passent les choses. Je ne peux rien y faire. Mes ordres proviennent directement du quartier général de Starfleet. Le Potemkin, sous mon commandement, doit diriger la force de frappe. Vous aurez le contrôle des contacts diplomatiques et de l’espionnage, et vous devrez m’aider quand ce sera possible...
Les mots glissèrent sur Iota comme du vif-argent. Il n’avait pas prévu cela. Poppaelia avait anticipé toute tentative directe visant à prendre le commandement militaire de la mission. C’était un idiot conservateur !
- Vous devez, bien sûr, suivre mes ordres, murmura Iota.
- C’est mon intention, répondit Garson, qui en savait plus que l’amiral ne le pensait.
- Cependant, il ne serait pas négatif de se préparer. Je vais personnellement superviser la. vérification de sécurité du Potemkin. En tant que vaisseau amiral, il ne sera pas seulement la cible principale, mais aussi notre arme la plus importante.
Garson remarqua la facilité avec laquelle Iota s’appropriait le Potemkin, mais il répondit avec sa courtoisie habituelle:
- Excellente idée, amiral. Votre expérience sera grandement appréciée. Lieutenant Bowetski, escortez l’amiral Iota. Une escorte vous évitera des malentendus au niveau des autorisations, monsieur.
- Merci, capitaine, répondit Iota. Je suis certain que nous arriverons à travailler ensemble.
- Oui, monsieur, répondit Garson en regardant l’amiral s’éloigner.
Il avait des doutes sur leur capacité à travailler ensemble, mais l’inspection de sécurité l’occuperait pendant un certain temps. Le capitaine commença à apprécier à sa juste valeur l’avertissement de Poppaelia sur la nature impitoyable des réactions de Iota. A peine cinq minutes après l’appel du vice amiral, Iota avait tenté de s’approprier le contrôle militaire de la mission. U avait invoqué son génie tactique, sa connaissance spécifique des Romuliens et ses années supplémentaires de maturité, d’une voix remplie de suffisance vis-à-vis du statut inférieur de Garson. Le capitaine du Potemkin sourit en se rappelant le choc de Iota, quand il était tombé d’accord avec lui, et son ahurissement quand il avait néanmoins refusé de lui céder le commandement.
Le capitaine se remémora tout ce qu’il avait entendu dire au sujet de Iota, depuis les communiqués de presse officiels de Starfleet jusqu’aux rumeurs colportées par des voyageurs. Tout ce qui entourait cet homme - sauf les statistiques de sa vie - était vague, obscur, compris les insinuations de Poppaelia. Iota n'avait pas d’amis proches. Sa vie semblait se résumer à son travail. Sa profession était l’espionnage pour le compte de Starfleet, et sa spécialité, les Romuliens.
Garson passa une main dans son épaisse chevelure blonde. « L’escorte » était une ruse transparente pour garder Iota sous surveillance. Il savait qu’il n’arrivait pas à la cheville de l’amiral en matière d’espionnage, et il n’essayait pas. Il avait tranquillement préparé une garde d’honneur, dont la tâche était d’escorter continuellement l’amiral. Les moindres mouvements de Iota seraient surveillés, sous prétexte de lui accorder les honneurs dus à son grade.
Le capitaine du Potemkin entra dans l’ascenseur en murmurant " Passerelle " d’une voix préoccupée. Garson avait la quarantaine, et c’était un homme assez ordinaire d’apparence, aux yeux gris particulièrement perçants. La plupart des observateurs l’aurait qualifié de costaud n sans chercher plus loin. Ses amis savaient qu’il était digne de confiance. Il possédait un bon esprit militaire, mais son atout principal restait une connaissance inflexible de ses limites.
Ceci, plus des bonnes manières trompeuses, faisait de lui un commandant doué, car il savait utiliser au mieux les talents de ceux qui le servaient. Quand il arriva sur la passerelle, la forme gracile du lieutenant Arviela se leva du fauteuil de commandement pour lui laisser la place.
- Merci, lieutenant.
La courtoisie de Garson était une de ses caractéristiques les plus appréciées par son équipage. Arviela lui tendit une autorisation à signer, puis elle reprit son poste habituel à la console de pilotage.
Garson lut la note et remarqua que Poppaelia avait tenu sa promesse. L’autorité du capitaine; dans le cadre de cette mission spéciale, serait non seulement enregistrée au quartier général de Starfleet, mais aussi dans le journal du Potemkin.
- Quelle est la situation ? demanda-t-il.
- Nous sommes à l’heure, monsieur, répondit Arvelia.
- Estimation d’arrivée ?
- Trois heures point vingt-cinq de la base stellaire 8.
Garson se retourna vers la console des communications.
- Des nouvelles de Kirk ? Des transmissions romuliennes interceptées ?
- Négatif, monsieur. Tout est calme.
- Trop calme. Comme une tombe, murmura le capitaine avec morosité.
Il essayait de ne pas penser aux aspects physiques de la guerre, mais les prophéties de Iota planaient au-dessus de lui. Les étoiles elles-mêmes étaient fragiles et éphémères comparées au vide spatial qui les séparait, et la vie humaine était infiniment plus vulnérable.

* * * * *

Le Praetor se tenait sur la passerelle de son vaisseau amiral, figure royale en tenue de parade militaire. La floue romulienne était rassemblée devant lui, prête à un raid historique. C’était le moment propice à un discours.
- Mon Praetor.
- Qu’y a-t-il, Pompée ?
- S’Tor est mort.
- Le commander du Remus ? Quand ?
- Il y a quelques minutes. Il a succombé soudainement. Il doit être remplacé.
- Oui, ses officiers ne sont pas suffisamment qualifiés.
- Le Remus fonctionne avec la moitié d’un équipage normal. Il n’y a plus que le personnel clé à bord. Si l’un de ces hommes est promu au grade de commander, un poste important sera laissé sans responsable.
- Alors vous en serez le commander, Pompée.
- Moi, mon Praetor ? Je n’ai aucune expérience de ce type de vaisseau.
- Nous devons faire face à la nécessité, Pompée. Vous serez responsable devant moi. Nous avons besoin du nombre, pas de l’expérience. Vous pouvez vous retirer.
- Oui, mon Praetor.
Il est dommage, pensa le Praetor, que je perde mon ordonnance, mais il est plus dangereux, dans notre situation, de perdre quelqu’un de la trempe de S’Tor. Ce n’était pas un bon présage pour la mission à venir. Il devait passer à l’action au plus vite, ou il ne commanderait plus qu’une flotte fantôme !
- Commander.
- Mon Praetor ?
- Vous pouvez donner l’ordre de mettre la flotte en route.
Le regard satanique du commander se mit à briller.
- Nous sommes prêts, mon Praetor.
- Quatre vaisseaux resteront aux abords de la zone neutre pour protéger notre retraite. Cette arrière garde sera sous le commandement de Tiercellus. Dans l’éventualité peu probable où je viendrais à mourir..., vous serez responsable devant lui. Le reste de la floue prendra la direction de la planète Canara. Et, commander, ceci est le vaisseau amiral. Il doit être protégé sans relâche. Une escouade de petits navires se chargera de sa protection. Il ne doit y avoir aucune faille dans la formation.
- Bien, mon Praetor. Tout sera fait selon vos ordres.
- Alors, au nom de notre glorieux Empire, nous reviendrons victorieux !
- Victoire ! s’écria le commander.
- Victoire ! reprit l’équipe de passerelle.
Le Praetor sourit en entendant les cris de victoire retentir autour de lui.

* * * * *

Le quartier général des services d’Espionnage de Starfleet se dressait, imposant et silencieux dans le clair de lune. Les arbres qui bordaient son périmètre tachaient les murs de leurs ombres mouvantes. Les sons familiers des insectes nocturnes couvraient les bruita des pas de Poppaelia.
Il allait tenter un cambriolage. Il n’avait aucune autorisation pour perpétrer cette action, à part celle de sa propre peur. Ce qu’il se proposait d’accomplir suffirait à le faire passer en cour martiale. Si le système de sécurité informatisé ne l’arrêtait pas, les rouages grinçants de la justice le feraient; maie il devait savoir! Il avait épuisé toua les moyens normaux d’information sans découvrir de preuves concluantes. La seule option qui lui restait impliquait une fouille systématique du bureau de Iota, mais c’était une tâche délicate. Poppaelia ne pouvait pas demander à quelqu’un d’autre de prendre ce risque.
Plus il réfléchissait aux actes de Iota, plus il était inquiet L’intuition lui hurlait que Iota devenait fou dès que les Romuliens étaient impliqués. Il voulait les combattre, sans se soucier des conséquences, et Poppaelia venait de lui offrir sur un plateau une terrifiante possibilité. Le vice-amiral frissonna devant son manque de perspicacité, et sa résolution se renforça.
Il entra dans le champ couvert par les senseurs de la sécurité et attendit. Une lumière rouge perçante l’aveugla un instant.
- Identification !
- Poppaelia, Arc, vice-amiral. Code de sécurité bleu.
L’ordinateur enregistra l’information.
- Préparez-vous à l'identification rétinienne.
Le vice-amiral ouvrit les yeux et se retint de fermer les paupières face è la lumière crue de la caméra.
- Identification rétinienne positive. Vérification du code bleu.
Poppaelia glissa une carte dans le lecteur prévu à cet effet. Une de ses relations la lui avait procurée. La réputation de cet homme était ambiguë, mais il tenait toujours parole, et il devait au vice-amiral une faveur de taille. Si l’ordinateur acceptait ce code, ils seraient quittes. Sinon... Poppaelia serait mort. C’était maintenant ou jamais.
- Code de sécurité reconnu.
Le doubles portes blindées de l’entrée principale du bâtiment s’ouvrirent et Poppaelia entra en poussant un soupir sonore de soulagement. Il chercha le bureau de Iota et faillit entrer, mais il stoppa net. Tout le système de sécurité du complexe était relié à l’ordinateur, mais une alarme privée ressemblait assez au caractère de Iota. Poppaelia examina les contours de la porte. Il vit, dissimulé dans l’encadrement, une ligne blanche aussi fine qu’un cheveu. Il crut tout d'abord qu’il s’agissait d’une simple décoration, mais en y regardant de plus près, il s'aperçut que c’était un rayon laser habilement camouflé. Quiconque le traverserait serait tué sur-le-champ.
Le piège était bien dissimulé, mais son fonctionnement s’avérait assez simple. Le désactiver promettait d’être aussi facile. Poppaelia passa la main au-dessus du rebord extérieur de l’encadrement de la porte, mais il ne trouva aucun interrupteur. Il recula et étudia à nouveau l’ouverture, puis il posa délibérément le doigt sur la plaque d' identification du bureau et poussa. La ligne blanche disparut et la porte du bureau de Iota s’ouvrit doucement.
Quinze minutes plus tard, il trouva ce qu’il était venu chercher, dans le tiroir, en bas à droite, du bureau de l’amiral. Il étala une série de dossiers sur le plan de travail et en lut les étiquettes avec horreur.
Pour s’assurer de ce qu’il voyait, il parcourut le premier dossier. Le titre d’un épais rapport l’hypnotisa : « Invasion de l’Empire Romulien, Plan I - Spécifications: six vaisseaux de classe Constitution, douze navires de reconnaissance et trente navettes-cargo... » Il y avait plus de vingt dossiers, et chacun contenait un plan différent conçu pour détruire l’Empire Romulien. Le plan dix-sept demandait uniquement quatre vaisseaux de classe Constitution et six navires de reconnaissance. Les cheveux de Poppaelia se dressèrent sur sa tète.

* * * * *

Le temps manquait. Le petit cerveau sophistiqué de CRIS le savait. Sa destination lui échappait toujours. li avait rendez-vous avec l’Enterprise. En dehors de cela, il n’avait aucun autre ordre. Il suivait une trajectoire courbe, selon sa programmation. Ses senseurs repérèrent un objet de grande taille, le comparèrent aux banques de mémoire de CRIS, puis ignorèrent l’astéroïde qu’ils venaient d’identifier.
Les étoiles observaient sa course en zigzag avec un certain amusement. Comparés à leur danse chorégraphiée, les mouvements de l’ordinateur minuscule paraissaient aussi risibles et saccadés qu’une comédie de Chaplin. Pourtant, elles n’étaient pas intolérantes. A sa façon, le petit navire accomplissait sa destinée, tout comme elles. il cherchait son port d’attache en avançant bravement dans l’inconnu, avec la description la plus rudimentaire comme guide. C’était un pas minuscule dans la danse, un sourire au milieu rie la splendeur.
CRIS continua sa course, conscient de la seule chose qui lui manquait: le vaisseau Enterprise.

CHAPITRE X

Tiercellus marchait d’un pas raide vers sa cabine. Bien que les gardes postés de chaque côté de la porte n’aient regardé ni à gauche ni à droite, il savait qu’ils avaient conscience de ses moindres mouvements. Mais le commander suprême de la flotte ne devait pas trahir sa faiblesse. Il leva fièrement le menton en passant entre eux. Une fois les portes de sa cabine refermées, Tiercellus se plia en deux sous la douleur, une main pressée sur son flanc droit. Il trébucha en saisissant ses médicaments et s’ordonna tristement de vivre. On avait besoin de lui. Il ne succomberait aux lois de la nature qu’une fois la crise passée.
La souffrance commença à céder et il put à nouveau respirer, bien que chaque inspiration lui donnât l’impression que ses poumons se déchiraient. Il avança lentement dans ses quartiers et s’effondra sur un immense siège rembourré. Il agrippa les accoudoirs jusqu’à ce que ses articulations blanchissent. Le commander ferma les yeux et attendit que la douleur disparaisse. Elle reflua lentement de son corps et de son esprit.
Il avait été inconscient: il avait abordé la situation avec l’enthousiasme destructeur d’une jeune recrue. Il avait négligé son traitement médical et presque précipité la fin. C’était terminé ! L’Empire avait besoin du commander suprême. Il laisserait le médecin de bord le brutaliser autant qu’il le désirerait, même si cela le condamnait à avaler une quantité infinie de pilules et de potions.
Il essaya d’inspirer profondément et fut heureux de constater qu’il ressentait moins In douleur. Encore quelques minutes et il serait prêt à reprendre son service.
- Monsieur ?
La voix du garde résonna dans le communicateur de son bureau.
- Qu’y a-t-il ?
- Le maître d’armes demande à vous voir.
- Très bien.
Il lui fallut faire un effort pour dissimuler la fatigue de sa voix. Il ferma les yeux et rassembla ses forces pour conduire cette entrevue,
- Mon serment est d’obéir.
En entendant la voix grave de l’homme qui venait d’entrer, Tiercellus se leva - un peu trop vite. Le maître d’armes le retint au moment où il allait tomber.
- Vous êtes malade, mon ami. Tiercellus secoua la tête.
- Je suis vieux, Hexce. Cela n’a aucune importance.
Hexce aida doucement son commander à se rasseoir. Le vieil homme lui fit signe de prendre un siège.
- Asseyez-vous, Hexce. Je ne vous ai pas vu depuis vingt ans. Je vous croyais mort.
Il y avait une pointe d’humour dans le regard de Tiercellus.
- Pas moi, monsieur. Je suis trop têtu pour mourir !
- Disons plutôt trop fort.
Le commander lança un regard d’affection non déguisée à l’autre homme. Hexce et lui avaient servi ensemble pendant de nombreuses années. Maintenant, ils se retrouvaient pour une ultime rencontre. Quelque part, c’était parfaitement logique.
- Votre présence est une chance à laquelle je ne m’attendais pas. Désirez-vous devenir mon bras droit une dernière fois ? Je ne suis plus sûr de mes forces. Si je m’effondrais dans un moment crucial... Hexce, je dois avoir quelqu’un en qui je puisse faire confiance.
Le front d’Hexce se rida. Les muscles de son dos puissant se bandèrent et il frappa un poing dans sa paume.
- Quoi que vous me demandiez, je le ferai, mais je suis un ingénieur, pas un meneur d’hommes.
Contre toute attente, Tiercellus lui sourit
- Vous m’avez dirigé, à l’occasion.
Le maître d’armes eut un petit rire.
- J’ai fait le serment d’obéir. Si cela signifie être obéi..., j’accepte, commander.
- Bien ! Nous allons éplucher ensemble les ordres du Praetor et je vous dirai ce que je sais de notre jeune ami S’Taron. Lui aussi joue un rôle dans cette opération.
- Il a toujours été un bon garçon, mais trop honnête pour avancer politiquement.
- En ce moment, son honnêteté est utilisée contre lui. Nous allons en discuter en détail...
- ... Autour d’un verre de bière ? finit Hexce.
- Vous ne changerez jamais, Hexce. Dans un monde aussi fluctuant que le nôtre, c’est une chose rare.
- Mais ce n’est pas toujours une bonne chose. Mon époque est révolue. Depuis notre dernière bataille, je n'ai jamais retrouvé un commander que je puisse suivre l'âme tranquille.
- Nous sommes deux vieux faucons, Hexce. il est grand temps de retourner à la forêt, pour mourir comme nous avons été élevés.
Tiercellus tendit la main.
- Venez, mon ami. Une dernière tâche, et nous pourrons enfin nous reposer.
La main massive de l’ingénieur se referma sur l’avant-bras du commander.
- Pour l’avenir de l’Empire, dit-il.
Et les deux hommes échangèrent un regard plein de compréhension.

* * * * *

Le soleil pâle de Canara projetait sa lumière blanche sur des champs abondants de gran. Des vents éternels balayaient la planète et soufflaient sur les cultures, formant des vagues qui changeaient de direction au gré des rafales. Un océan de céréales engloutissait les collines rocheuses et venait mourir au pied des montagnes vertigineuses.
Romm Joramm, à genoux au milieu des plantations, leva les yeux vers les monts qui disparaissaient dans les nuages et se dit que Canara revenait de loin. Dix ans plus tôt, le panorama avait été radicalement différent: du sable et des rochers partout, et quelques oasis de végétation isolées, entourant de rares sources naturelles. La vie avait été difficile. La survie était le seul dieu qu’une grande partie du peuple adorait.
Mais la Fédération avait changé tout cela. Non, pensa-t-il aigrement, elle n’avait pas noyé la tradition sous un flot de technologie, comme l’avait prédit ses adversaires. Elle avait suggéré de nouvelles manières d’utiliser les connaissances et les outils des Canarans, il en avait résulté une amélioration spectaculaire du niveau de vie. Survivre était toujours difficile, mais maintenant il y avait assez pour nourrir tout le monde. En bref, il était heureux d’avoir fait partie du mouvement décidé à rejoindre la Fédération.
Joramm bascula sur ses talons et contempla le champ de gran. Il y avait là suffisamment de nourriture pour combler son peuple et participer à la bonne santé de la Galaxie. Le gran était â la fois une base alimentaire et un élément utile à la médecine, Dans son état non raffiné, le gran ou sa farine contenait un puissant produit chimique qui contribuait en grande partie à l’endurance des Canarans et à l’absence de maladies sur leur monde, comme l’avalent découvert les scientifiques de La Fédération. Grâce à eux, le peuple de Joramm connaissait enfin la valeur du grau. De plus, ils achetaient le surplus de gran à bon prix. Oui, la vie était devenue agréable... Il y avait tant de choses pour le peuple, à apprendre et à voir. En tant qu’Ancien du peuple canaran, Joramm devait apprendre le premier, voir le premier, pour guider ses frères au moment où leurs esprits s'ouvraient à d’autres mondes. Infléchir la volonté d’un Canaran équivalait à vouloir plier un ressort en acier - une fois la pression relâchée, il reprenait sa forme initiale. Mais cette volonté devait être façonnée si les Canarans désiraient évoluer et vivre dans un monde peuplé d’êtres radicalement différents. Joramm était lui-même coupable de pensées archaïques et protectionnistes. Il soupira et laissa le poids des responsabilités s’échapper avec son souffle. Il s’inquiéterait plus tard. Pour l’instant, il y avait beaucoup à faire.
Joramm se pencha à nouveau sur son travail, l’esprit bercé par ses mouvements rythmés, pendant qu’il récoltait le grau. Le soleil tapait sur ses cheveux blancs et sur l’or qu’il ramassait. Une rafale de vent balaya le champ et, au passage, emporta le soupir de Joramm dans ses bras immatériels.

* * * * *

- Livius avait raison. Vous êtes fou !
Argelian avait dépassé le seuil de la colère. Sa voix renfermait une certitude sèche et lasse que S’Taron trouvait plus alarmante. Il doutait d’être capable de reprendre le navigateur sous sa coupe, mais il était nécessaire d’essayer.
- Argelian, nous ne sommes pas en état de débattre. Nous sommes prisonniers. Je reconnais qu’il s’agit là de ma décision, mais je ne la justifierai en aucun cas, ni devant vous, ni devant un autre membre de l'équipage. Vous accepterez l’autorité qui est mienne selon la loi, ou vous devrez faire face aux conséquences. Je ne crois pas qu’il y ait un homme ici qui soit capable de m’arrêter si je désirais vous tuer.
Argelian pâlit. Jamais il n’avait entendu son commander proférer des menaces sans raison. Il se mit au garde-à-vous et fit demi-tour. S’Taron l’observa en sachant que son navigateur était effrayé. Il ne désirait pas s’en faire un ennemi, mais il y avait un moment où il fallait savoir jouer de son autorité. A présent, il devait maintenir la discipline à tout prix.
Le commander jeta un coup d'œil dans la zone de détention de l’Enterprise. L’illusion de liberté était créée par l’absence de sentinelles visibles. La salle était petite, mais confortable. A part le champ de force scintillant qui en bloquait la sortie, elle ressemblait aux quartiers de l' équipage de n’importe quelle installation militaire.
- Centurion.
- Oui, commander ?
- Vous connaissez mieux Argelian que moi. Pensez-vous qu’il se rebellera ?
- Non, mais il est possible qu’il soit devenu votre ennemi.
- Aucun homme aime avoir un maître. Pourtant, c’était nécessaire.
S’Tarleya acquiesça. Depuis la tentative d’assassinat, elle était devenue l’ombre de S’Taron. A présent, debout derrière son siège, elle remarquait pour la première fois de la fatigue dans son attitude. Il luttait à la fois contre ses hommes et contre ses ennemis. Il finirait bientôt par être déchiré par les deux. Le Praetor avait fait de lui un bouc émissaire, en comptant sur son sens de l’honneur pour le maintenir à son poste. Tous étaient contre lui. Il ne lui restait plus que la loyauté de son centurion.
Son regard s’adoucit en se posant sur ses cheveux bruns aux ondulations rebelles. S’Taron pensait que la survie de l’Empire méritait de perdre la vie, et de faire le sacrifice de son honneur et de son nom. La motivation de S’Tarleya était moins pure. En tant qu’officier romulien, elle avait juré de défendre l’Empire, et, pourtant, Tiercellus lui avait demandé tout autre chose. Il lui avait fait jurer de protéger S’Taron, et il avait eu raison de lui faire confiance. Il n’y avait qu’une seule chose qui méritait le sacrifice de sa vie: sauver celle de quelqu’un qu’elle aimait.
- Maintenant, centurion, dit S’Taron, vous comprenez de quel choix je parlais.
- Oui, commander. Je ne crois pas que j’y aurais pensé.
- Il faut apprendre â voir au-delà du règlement, centurion.
- J’apprends qu’il est parfois nécessaire de le faire, répondit-elle.
S’Taron s’adossa à son siège et ferma les yeux.
S’Tarleya l’observa tandis qu' il se détendait, et fut étonnée par la confiance qu'il lui accordait. Que les autres le trahissent! Elle ne serait pas l’agent de sa destruction !

* * * * *

Yang poussa les vestiges de son déjeuner dans le vide-ordures et jeta un coup d’oeil sur son bureau. Des disquettes, par bottes de cinquante, étaient empilées autour du meuble. D’autres étaient éparpillées sur le plan de travail. Il avait passé in dernière semaine à faire un inventaire, et il lui restait encore trois cents boîtes à examiner. Les enregistrements étaient effectués en triple exemplaire et chaque série nécessitait son attention. La prochaine fois qu’un officier replet ferait une remarque désobligeante sur les administrateurs, il lui ferait visiter son bureau et le laisserait utiliser son entraînement scientifique spécialisé sur ce genre de détail. Yang jugeait qu’il ne faudrait que trois jours pour déclencher une dépression nerveuse chez un officier aguerri. Cette pensée lui procura une satisfaction infinie et il prit une nouvelle disquette.
- Commodore.
Bon sang ! Il venait juste de se donner assez de courage pour passer en vitesse de distorsion ! Il ne manquait plus qu’une discussion diplomatique idiote.
- Je pensais vous avoir dit que je ne voulais être dérangé sous aucun prétexte.
- Oui, monsieur, mais j’ai ici l’amiral Iota, du quartier général de Starfleet. Et le capitaine Garson du Potemkin.
- Eh bien ! faites-les entrer!
Yang se leva sans grâce. Des enregistrements glissèrent de la table et tombèrent dans ses jambes. Iota entra dans la pièce.
- Yang, qu’en est-il de la situation romulienne ?
- J’effectue une enquête discrète, monsieur. Pour l’instant, je n’ai rien de neuf mais, avec du temps...
- Nous n’avons pas de temps à perdre ! La flotte romulienne va envahir l’espace de la Fédération et nous serons encore là, assis à attendre des réponses !
- Avez-vous des nouvelles de Kirk, commodore ?
Yang tourna la tête en entendant la voix ferme et réservée, et il dévisagea le capitaine Garson. Il ne l’avait Jamais rencontré auparavant. L’attitude calme de l’officier, ses cheveux platine et ses yeux gris, combinés à sa taille, donnaient l’impression d'une compétence silencieuse. Il l’apprécia sur-le-champ.
- Non. Les communications normales sont toujours bloquées et, puisque vous me posez la question, je suppose que d’autres ligues de communication, moins évidentes, sont elles aussi inopérantes.
Garson inclina la tête. Un homme taciturne, pensa Yang. Admirable ! Il était entouré par des bavards et cela le fatiguait.
- Cependant, je travaille sur une méthode pour contacter l'Enterprise Pour l’instant, je ne peux pas en dire plus...
- Commodore, je suis membre du Conseil de Défense de Starfleet et j’ai accès aux plus hauts niveaux de sécurité. J’exige de savoir ce que signifie...
- Ce serait un manquement à mon devoir de réserve. De plus, selon votre théorie, l'Enterprise a été détruit, non ?
Iota s’arrêta net.
- Oui.
- Alors pourquoi perdre du temps à essayer d’entrer en contact avec un vaisseau inexistant ?
Le regard de Garson pétilla d’intérêt. Yang était plus intelligent qu’il ne le paraissait.
- Bien sûr, bien sûr... Dans tous les cas, notre mission est de découvrir ce qui se passe. Puisqu’il n’y a aucun nouvel élément, je propose que nous dirigions nos vaisseaux au travers de la zone neutre, au cœur de l’Empire Romulien, dans la gueule du lion, si je puis dire. Si nous agissons les premiers, nous pouvons peut-être éviter une guerre galactique. Commodore, calcula la trajectoire la plus directe pour nous rendre sur la planète Romulus.
Les yeux de Yang menaçaient de sortir de leur orbite. Il n’y avait aucune faille dans la logique de Iota, c’était un nœud bien serré renfermant la destruction. Il rassembla son courage.
- Non..
La réponse de Garson était simple, claire, et pleine de sens. Yang se détendit.
- Amiral, vous n’êtes pas sans savoir que l’entrée dans la zone neutre est, aux yeux des Romuliens et de la Fédération, un acte de guerre, bredouilla le commodore.
Iota ouvrit la bouche, mais Garson ne lui laissa pas le temps de parler:
- Vous avez raison, commodore. La seule possibilité est de patrouiller aux abords de la zone neutre.
- Espèce de lèche-bottes ! Vous voyez où ça nous a menés ?
- Je vais vous dire où ça ne nous a pas menés, amiral. A la guerre !
Yang avait maintenant le contrôle de la situation et il décida d’en profiter un maximum:
- Je vis tous les jours avec cette « menace romulienne » dont vous parlez sans cesse. J’ai appris que le meilleur moyen de changer une menace en réalité est de la défier. Asseyes-vous, observez, et la menace s’éteint généralement d’elle-même. Je ne veux pas dire que nous devrions enterrer nos têtes dans le sable, mais chercher le conflit est le meilleur moyen que je connaisse pour l’obtenir !
- Je suis d’accord avec le commodore, dit Garson. L’entrée dans la zone neutre tombe sous ma juridiction, puisque je suis le commandant militaire de cette mission. Nous ne violerons la zone neutre que si nous sommes directement provoqués.
Iota bouillait. L’espace d un instant, le capitaine eut peur qu’il tente de se servir de son grade, que la situation ne s’aggrave, mais l’amiral se calma.
- Nous patrouillerons donc près de la zone neutre, messieurs, et nous attendrons le moment propice pour agir. Contre ma volonté ! Je n’accepte aucune responsabilité concernant cette décision.
Et il n’en est pas question, pensa Yang.
- Départ dans une heure, continua Iota. Jusque-là, je serai dans mes quartiers. Messieurs.
Yang et Garson observèrent la retraite stratégique de l’amiral. Les portes se refermèrent derrière lui et le commodore se tourna vers le capitaine:
- Asseyez-vous, capitaine. Voulez-vous boire quelque chose ? Non ? Alors répondez à une question. Comment, au nom de tous les saints, cet idiot a-t-il obtenu le commandement de cette mission ? C’est tout juste s’il n’a pas provoqué l’Empire Romulien en duel.
- Comment est-il devenu amiral ? Ou comment est-il entré au Conseil de Défense ? A mon idée, il a su cultiver des amitiés aux bons endroits.
Yang sourit.
- Il aurait dû faire de la politique; il a manqué sa vocation. Pouvez-vous le contrôler ?
- Je n’ai pas à le faire, commodore. Je suis le responsable militaire de cette mission.
- Oui. C’est ce que vous croyez ! Vous avez peut-être une autorisation parfaitement légale de Starfleet Command, mais vous êtes loin du quartier général. Vous savez quel genre de problèmes Iota pourrait causer rien qu’en ouvrant la bouche !
- J’admets qu’il y a du danger.
- Monsieur, vous avez l’art de minimiser les choses. J’espère que vous avez réfléchi à toutes les ramifications du problème.
- En effet.
- Alors, laissez-moi vous dire que la Fédération me tient à coeur. J’ai passé vingt ans à préserver les liens qui existent entre elle et l’Empire Romulien. Ces liens sont ténus, et le moindre choc pourrait les briser. Iota n’est pas un choc, mais une bombe à fusion. Si nous voulons survivre, la paix est le seul moyen, et le seul espoir de paix est de réussir à connaître et à comprendre les motivations des uns et des autres. Nous n’y arriverons pas si nous ne parlons pas. Actuellement, notre contact avec les Romuliens vient principalement de commerçants neutres et des bribes d’informations reçues par les senseurs de nos balises d’espionnage. C’est suffisamment indirect. Je ne désire pas que ces liens soient rompus. Je voulais juste éclaircir ma position sur ce sujet. Vous me comprenez, capitaine ?
- Je le crois, commodore, dit Garson.
Oui, Yang était plus intelligent qu’il ne le paraissait, et cette offre de soutien était une chose sur laquelle il n’avait pas compté. C’était un bonus qui ferait peut-être toute la différence.
- Merci, commodore.
Garson sourit en partant. Yang fut surpris par la chaleur que cela donnait à son visage. Cet homme était un don des dieux et, pourtant, le commodore ne pouvait réprimer le sentiment que l’obscurité se rassemblait. Il reprit son inventaire des enregistrements, en sachant que, même si la Galaxie explosait demain, il fallait qu’il finisse de les examiner aujourd’hui.

* * * * *

La cabine des VIP du Potemkin était plongée dans l’obscurité. Ce crépuscule artificiel accentuait la luminosité du hublot circulaire du plafond, qui montrait le panorama changeant des constellations. Iota, étendu sur son lit, ne les trouvait pas réconfortantes. Il ferma les yeux pour les oublier et se mit à penser à Kirk et aux Romuliens. De tous les commandants de la flotte, Kirk était le seul à les avoir combattus deux fois. Son vaisseau avait été le premier à voir un navire romulien... Et les occupants ressemblaient aux Vulcains !
Iota se souvint du choc qu’il avait éprouvé en apprenant la nouvelle. Il avait été exalté. Il avait lu le journal de Kirk et l’article du commander Spock relatant cette rencontre, avec un intérêt avide. Spock avait postulé que les Romuliens étaient issus de l’espèce vulcaine, et Iota avait vite compris la signification de ce simple fait. Il enviait Kirk et le Vulcain de pouvoir affronter un tel adversaire.
Il tenta de se rappeler quand il avait pour la première fois compris que les Romuliens représentaient le défi ultime dans le jeu de la puissance. Il devait être très jeune à l’époque. Son père était un amiral en pantoufles qui exprimait ses aspirations militaires dans les jeux de guerre. Certains des souvenirs d’enfance de Iota les plus agréables étaient centrés sur la table de jeu, où son père et lui gagnaient des batailles sur un espace en lucite. Déjà, a l’époque, il voulait combattre les Romuliens - ou encore mieux, jouer les Romuliens ! Les Klingons étaient dangereux, mais ennuyeux, et les Andoriens, trop légers pour représenter un véritable défi. Seuls les Romuliens rendaient le jeu intéressant !
Toute sa vie, il avait joué au stratège par personne interposée. Maintenant, il allait faire du jeu une réalité. Il aurait enfin sa chance de mener une bataille glorieuse. Pour une fois, il utiliserait toutes ses capacités pour sauver la Fédération de son propre aveuglement. Quand les débris de la bataille seraient écartés, il serait connu comme le héros qui a sauvé le monde grêce à sa vision et à son génie ! Depuis l’enfance, il se préparait à cette éventualité, et il n’allait certainement pas laisser un tas de gradés d’opérette lui barrer la route. Poppaelia, Garson, Yang... ils étaient tous idiots ! Iota avait toujours su que les Romuliens s’attaqueraient à la Fédération ! La guerre bouillait dans leur sang ! Si toutes ces Colombes ne savaient pas reconnaître un acte de guerre, lui le pouvait, et il les sauverait malgré elles !

* * * * *

Kirk sortit résolument de sa cabine. Il se concentrait tellement sur la manière de faire parler S’Taron, qu’il manqua d’entrer en collision avec son officier en second.
- Désolé, Spock. J’étais préoccupé.
- C’était évident, capitaine. Peut-être par le même problème que celui qui m’amène ici.
- Les Romuliens ?
- Oui.
- Vous avez parlé avec eux. Vous avez trouvé une faiblesse ?
- C’est possible. Je ne crois pas que l’équipage soit conscient des raisons des actes de son commander. Ses hommes ne sont pas à leur aise avec lui. Une des sentinelles a rapporté une confrontation ouverte entre S’Taron et l'un des membres de son équipage.
- Il est seul, alors ?
- Non. Il dispose d’un garde personnel, ou d’un aide de camp. Elle semble lui être totalement loyale.
- Elle ?
Spock acquiesça.
- A quoi ressemble-t-elle?
Spock leva un sourcil.
- Elle n’a aucune caractéristique distinctive, capitaine.
- Spock, est-elle belle ?
- Je crois que vous le penseriez.
- Et totalement dévouée à S’Taron..., dit Kirk avec un regard distant. Spock, je pense avoir trouvé le levier dont nous avions besoin. Faites conduire S’Taron et son aide de camp en salle de réunion. Que savent-ils sur les Vulcains ?
- Je dirais, approximativement ce que nous savons d’eux.
- Les bases essentielles. Ça peut... marcher.
L’humeur de Kirk changea brusquement.
- Allez-y, Spock. Et Spock... essayez de prendre un air cruel.
- Capitaine ?
- Aucune importance. Ne dites rien, ça suffira. Et suivez-moi dans tout ce que je dirai. Ce qu’ils cachent doit être important, sinon, ils n’auraient pas fait tant de mystères.
- Se rendre ne fait pas partie des habitudes romuliennes. Je suis d’accord avec vous. De plus, ce qu’ils désirent dissimuler doit être d’une importance vitale pour la Fédération.
- Comment le savez-vous ?
- Ils étaient de notre côté de la zone neutre, pas chez les Klingons.
- Bon point ! Et d’après ce que disait S’Taron, le temps joue pour eux.
- Alors, nous devons nous presser.
- En effet, Spock. Amenez-les !

CHAPITRE XI

Journal de bord du capitaine: date stellaire 3127.2.
Suite à la prise de contrôle de la passerelle auxiliaire, l’ordinateur semble s'être complètement détaché d’un rôle actif Il permet qu’on effectue des réparations et il a accepté une programmation superficielle des dossiers du personnel. Bien que le vaisseau soit dirigé depuis le contrôle auxiliaire, et qu’il faudra les ateliers d’une base stellaire pour effectuer une révision complète, la passerelle sera opérationnelle dans vingt-quatre heures. les Romuliens se sont jusqu'à présent tenus tranquilles, mais nous n’avons pas progressé dans la découverte des raisons de leur présence de ce côté de la zone neutre.

* * * * *

La salle de réunion numéro deux ressemblait à une salle d’escrime. S’Taron et son centurion, assis face à Kirk et ses officiers, maintenaient un solide bouclier de méfiance. Le capitaine frappait et esquivait, en découvrant un peu plus l’envergure de S’Taron. C’était le statu quo, et chaque camp gardait sa position. Kirk jeta un coup d’oeil à son officier en second. Spock observait la situation en silence, le visage impassible, les bras croisée.
- Monsieur Spock, dit Jim, comment pouvons-nous convaincre nos adversaires de nos bonnes intentions? Leur attitude à notre égard trahit un manque alarmant de confiance.
- En effet, capitaine. A moins d’un contact télépathique, je ne vois aucune solution logique à ce dilemme.
- Vous utiliseriez vos pouvoirs de cette manière, Vulcain ?
La voix de S’Tarleya était dure, et la surprise de S’Taron fut clairement visible sur son visage. Spock demeura silencieux, et il observa les Romuliens avec une objectivité froide.
- Kirk, permetteriez-vous cela ?
- Je le crains, commander S’Taron. Nous devons découvrir les raisons de votre présence par tous les moyens. Si cela nécessite l’utilisation de techniques mentales vulcaines... Le choix vous appartient, commander.
Les yeux de S’Taron brillèrent et il dévisagea Kirk dans un silence morne. La rage montait, sombre et dangereuse.
- Spock ! ordonna Kirk.
- Suivez-moi, centurion, dit le Vulcain.
S’Taron se dressa et frappa du poing sur la table.
- Non ! Si quelqu’un doit subir cette barbarie, ce sera moi ! Je ne laisserai pas torturer mon équipage ! Deux gardes de la sécurité firent un pas en avant, mais Kirk garda son regard rivé dans celui de S‘Taron.
- Centurion, répéta Spock.
Le commander romulien voulut parler, mais S’Tarleya l’interrompit:
- Servir l’Empire est mon privilège, commander.
Elle se leva. Ses mouvements conféraient une grâce féminine à la coupe sévère de son uniforme. Elle avança en direction de la porte, et Spock lui emboita le pas. S’Taron frémit. Il ne connaissait que trop bien les effets terrifiants d’un lien mental forcé.
Kirk n’avait pas quitté le commander des yeux. Il regrettait de lui infliger une telle souffrance, mais le Romulien était obstiné.
- Maintenant, commander, reprenons notre discussion.

* * * * *

Une fois les portes refermées derrière Spock, S’Tarleya fit volte-face. Le Vulcain admira son contrôle, la lueur de défi qui couvrait la peur dans ses yeux, et l’attitude défensive qu’elle avait adoptée.
- Je vous préviens que je résisterai.
Spock savait qu’elle disait la vérité, et qu’elle était pleinement consciente du danger qu’elle courait. Apparemment, de telles extrémités étaient utilisées par les Romuliens, mais ils ne s’attendaient pas à ce qu’un Vulcain ait recours à La violence. Le courage de S’Tarleya face à la torture mentale était remarquable. Il lui en rendit hommage intérieurement.
- Ce ne sera pas nécessaire, centurion.
Devant sa surprise, il s’expliqua :
- La Fédération n’emploie pas la torture comme méthode d’interrogatoire.
- Une ruse !
- Oui.
- Non ! répondit-elle en se jetant sur la porte.
Spock la rattrapa, en prenant garde de laisser les mains de la Romulienne hors de portée de son visage.
- Non ! Vous allez le forcer à la trahison ! Il sacrifiera son honneur pour rien ! Non ! Non !!!
Elle finit par se rendre compte qu’elle n’arriverait pas à vaincre Spock et s’arrêta de lutter. Elle leva ses yeux sombres vers lui ; ils étaient remplis de larmes.
- Je vous en prie, ne faites pas ça ! Il doit y avoir un autre moyen. Je parlerai ! Ne le forcez pas à trahir !
Spock la regarda avec compassion.
- Et votre honneur ?
- Cela n’a aucune importance. Je parlerai ! Mais arrêtez-le avant qu’il ne soit trop tard !
- Comme vous voudrez, centurion.

* * * * *

S’Taron étudiait le capitaine terrien. Il essayait de le sonder en profondeur. Tout ce qu’il savait de Kirk - son esprit brillant, son génie militaire et son flair diplomatique - l’avertissait de procéder avec prudence. Il jura de ne plus sous-estimer cet homme, même s’il avait entendu dire que les Terriens étaient faibles.
- Donc, commander, je vous repose la question : que faites-vous dans l’espace de la Fédération ?
- Ma présence ici est suffisante. J'attends les procédures légales de mon exécution.
Kirk lui répondit sur un ton tranchant:
- Vous ne serez pas exécuté. Quant à vos hommes d’équipage...
- Ils ne s’attendent pas à autre chose, dit S’Taron. Cela fait partie de notre tradition.
- Vraiment, commander ? Alors pourquoi achètent-ils leurs vies, en ce moment même, en coopérant ?
Kirk saisit le léger sursaut de surprise et la douleur qui passaient sur le visage du commander. Il décida de continuer dans cette voie.
- Vous mentez, répondit S’Taron. Nous savons que les humains sont des menteurs !
- Peut-être. Mais cette fois, je n’ai aucune raison de mentir. Ils vous trahissent. Pourquoi sacrifieriez-vous votre vie pour eux ? Même votre centurion est vulnérable !
Le regard de S’Taron s'enflamma.
- Elle ne dira rien volontairement, capitaine. Elle a été à mes côtés pendant des années ! C est un officier loyal !
- Mais c’est aussi une femme... Une très belle femme. Je ne pense pas que Spock sera obligé d'utilisé la force.
- Non ! gronda S'Taron.
- Elle est partie avec lui de son plein gré... murmura Kirk en insistant sur le dernier mot..
- En tant qu’officier romulien ! Elle s’est portée volontaire pour cette mission en sachant qu’elle n’y trouverait que la mort ! Elle se sacrifierait pour sauver son peuple !
- « Pour sauver son peuple », répéta Kirk. « La survie de l’Empire »... Vous disiez cela dans un sens littéral. Bien sûr ! Pourquoi l’Empire Romulien risquerait-il une guerre galactique ? Ce serait un suicide à moins que... à moins que la mort soit certaine !
Le visage de S’Taron était devenu froid. La peau qui couvrait l’ossature de ses joues était tendue. Seuls ses yeux révélaient ses émotions et ils étaient remplis d’une colère désespérée. Kirk continua ses déductions:
- Vous étiez le leurre ! Vous empêchiez toute intervention extérieure ! C’est pour cela que vous avez utilisé le bouclier d’invisibilité pendant si longtemps, pour cela que vous étiez prêt à laisser votre vaisseau être détruit plutôt que vous enfuir... Pour gagner du temps ! Mais du temps pour quoi ? Dites-le moi, commander ?
Jim s’aperçut soudain que S’Taron ne l’écoutait plus. Le regard du Romulien était fixé sur un point placé derrière le capitaine, et il était horrifié. Tout en gardant à l'œil son adversaire, Jim se retourna et vit Spock.
- Capitaine, j’ai appelé le docteur McCoy. Le centurion s' est évanoui.
Spock tenait S’Tarleya dans ses bras. Sa pâleur la rendait terriblement délicate.. La surprise du capitaine était évidente, mais S’Taron ne la vit pas. Il n’avait d’yeux que pour le centurion.
- Même des Klingons ne se seraient pas abaissés à ça !
Spock ignora le venin craché par le Romulien. Le Vulcain déposa S’Tarleya à terre et se redressa pour faire face à S’Taron.
- Commander, le centurion n’a rien révélé, à part sa loyauté, avant de perdre connaissance. Je n'ai pas envahi son esprit et ne lui ai fait subir aucun sévice corporel.
- Nous n’employons pas la torture, ajouta Kirk.
S’Taron agenouilla près de S’Tarleya, les yeux rivés sur son visage.
- Vous m’avez trompé, Kirk ?
- Oui, commander. La perte de conscience du centurion est regrettable, mais je vous assure que M. Spock n’en est en aucun cas responsable.
Le Romulien regarda Spock, dont L’attitude trahissait l’inquiétude.
- Je vous crois. Je m’y attendais un peu.
Kirk et son officier en second échangèrent un regard perplexe.
McCoy, un médikit en main, se fraya un chemin entre Kirk, Spock et S’Taron pour venir s’agenouiller près de S’Tarleya. Il passa son scanner au-dessus d’elle, lui prit le cou et lui souleva lentement la tête. Puis il la reposa sur le sol. Il étudia son visage avec une précision clinique. Les sourcils arqués et Les cils bruns ressemblaient à des dessins exécutés sur du papier blanc, encadré par la masse noire de ses cheveux. Puis McCoy leva les yeux vers le commander romulien. S’Taron avait l’air à la fois résigné et peiné.
- Bones, qu’est-ce qu’elle a ?
Le médecin se retourna vers Kirk.
- Une myrruthésie. Une maladie particulière aux Romuliens et aux Vulcains, mais très rare, et uniquement transmissible à ses débuts. Il semble que ce soit un virus plus puissant... Je ne peux pas encore dire à quel point il est dangereux...
- Je peux vous le dire, dit S’Taron d’une voix macabre. Le centurion mourra dans les quarante-huit heures si on ne lui administre pas l’antidote. Il est peut-être même trop tard pour lui porter secours.
- L’antidote ?
- Du quinneal, Jim. Mais je ne sais pas quel effet il aura sur cette forme mutante du virus.
McCoy fit une injection à S’Tarleya avant que des internes ne l’emportent à l’infirmerie.
- Vous feriez mieux de me suivre, commander, et vous aussi, monsieur Spock. Nous avons quelques réserves de vaccin à bord.
- Nous vous rejoindrons bientôt, docteur.
McCoy faillit répondre quelque chose, mais il capta le regard que lui lançait Kirk. Il suivit la civière qui transportait S’Tarleya.
- C’est ce que vous tentiez de dissimuler, commander ? La maladie? Une peste qui menace l’intégralité de l’Empire Romulien ? Mais McCoy prétend qu’elle n’est transmissible qu’au début...
- Comme votre médecin vient de l’évoquer, c’est une forme mutante du virus. Elle est hautement contagieuse... et le quinneal ne suffit pas à enrayer la maladie ni à la prévenir.
- Je ne comprends pas pourquoi vous avez voulu le cacher. La Fédération pourrait vous aider à...
Un sourire amer se dessina sur la bouche de S’Taron.
- Aider vos ennemis, capitaine ? En un sens, vous le faites déjà.
- La Fédération et l’Empire Romulien sont peut-être des ennemis politiques, S’Taron, mais nous n’avons aucun désir de voir votre peuple ravagé par la peste. L’équipe de recherche de l’Enterprise peut au moins essayer de trouver un vaccin plus efficace.
Le sourire du commander s' étendit un peu plus.
- Le quinneal est fabriqué à partir de la distillation du grau, qui sert de catalyseur. La source majeure de grau la plus proche est le système solaire de Canara..., dans l’espace de la Fédération, expliqua Spock.
Jim écarquilla les yeux, puis les referma quand son esprit se focalisa sur la situation.
- La flotte romulienne se trouve dans le système de Canara ! Vous deviez lui permettre de récupérer du gran ! Commander, ça risque de ne pas être facile, même pour votre flotte. Les Canarans sont un peuple guerrier, simple, mais dangereux. Ils sont capables de détruire le gran plutôt que le laisser tomber entre les mains des Romuliens.
- Nous ferons tout ce qui est nécessaire, capitaine, pour sauver notre peuple.
- Si vous tentez d’utiliser la force contre les Canarans, vous risquez de détruire votre peuple ! Écoutez-moi, commander ! Il est possible que les humains soient des menteurs, mais les Vulcains ne le sont pas ! Spock !
- Le capitaine dit la vérité, commander. Les Canarans sont stricts et violents, en proie aux extrêmes. ils sont de plus intensément loyaux à la Fédération. Si vous tentez de les forcer à raffiner le gran pour votre compte, il sont tout à fait capables de détruire la totalité de la moisson.
Les muscles de la mâchoire de S’Taron se relâchèrent, et il s’assit lourdement.
- Alors, nous sommes perdus. J’aurai vécu pour voir la destruction de l’Empire, non par un holocauste militaire, mais dans une arène de mort insidieuse commandée par un exécuteur microscopique.
- Commander, laissez-nous vous aider ! supplia Kirk. La Fédération ne veut pas perdre Canara et elle n’a aucune envie de mener une guerre sanglante contre l’Empire Romulien ! Vous devez me faire confiance ! Commander !
S’Taron dévisagea Kirk.
- Vous faire confiance, capitaine? Alors que vous venez de me tromper?
- J’admets vous en demander beaucoup, mais l’enjeu est d’importance. Vous devez me faire confiance. Nous devons nous faire mutuellement confiance ou nos deux camp. seront anéantis. Des centaines de milliers de vies innocentes sacrifiées parce que nous n’arrivons pas à nous faire confiance ! Avec votre aide, le. chances d’éviter un armagueddon galactique sont faibles. Sans elle, elles sont inexistantes !
- Il semble que je n’aie pas vraiment le choix, capitaine.
S’Taron redressa les épaules en acceptant une nouvelle mission dans l’inconnu. Tiercellus lui avait dit qu’il devrait s’ouvrir à de nouvelles idées, même proposées par un ennemi. Son ancien commander avait l’étoffe d’un prophète.

* * * * *

Le centre de communication du quartier général de Starfleet Command était conçu pour traiter plus de deux mille messages simultanément. Sa capacité était énorme. Il servait de centre relais pour toutes les transmissions militaires et une grande partie des communications civiles. C’était une opération incessante, qui incluait la réception, le décodage et l’expédition des messages. La complexité et la froide efficacité mécanique du centre étaient éprouvantes. Poppaelia s’en sentit un peu déprimé.
Depuis son expédition illégale, il avait hanté les communications. Il savait qu'il rendit fou les techniciens, mais la confirmation de ses soupçons le mettait dans une situation délicate. Il lui était impossible de divulguer les informations qu’il avait glanées illicitement, et il ne pouvait pas trouver de raisons pour demander une fouille en règle des bureaux et de l’appartement de Iota. Poppaelia savait que la Fédération n’avait jamais été aussi près d’une guerre, du moins avec les Romuliens, mais il avait les mains liées. S’il tentait de prévenir Garson ou Yang plus directement qu’il ne Pavait déjà fait, sa crédibilité serait grandement mise en doute. Le vice-amiral était forcé de savoir et de rester à ne rien faire, sinon vérifier tous les codes en provenance du secteur romulien. Quatre nouveaux messages reçus par l’ordinateur étaient en cours de décryptage, et ils venaient s’ajouter à ses inquiétudes.
Il se détourna de l’écran et se frotta les yeux. Il avait besoin de se reposer, mais pas longtemps.
- Bryan, je vais faire une sieste. Cardez vos yeux ou. verts sur cet écran, sans oublier vos oreilles. Réveillez-moi à la moindre communication inhabituelle !
- Bien, monsieur, répondit l’ingénieur des communications.
Poppaelia posa la tête sur ses bras. Au bout de quelques instants, il ronflait doucement.

* * * * *

- Votre Excellence.
Le Praetor inclina la tête.
- Votre Excellence, nous n’avons pas réussi à établir le contact avec les Canarans. La planète est apparemment dirigée par un conseil d’Anciens, et leur chef est un certain Romm Joramm. On nous a dit qu’il n’était pas disponible avant la cinquième heure, quand il reviendra des champs pour prendre son repas.
- Ne peut-on contacter cet homme avant cette heure ? N’ont-ils pas de moyens de communication en cas d’urgence ?
- Si, mais ils refusent de les utiliser. Ce sont des gens très simples, et je n’aurais pas pu les convaincre sans leur donner une impression de faiblesse.
- Je vais leur montrer qui nous sommes ! Nous pourrions raser d’un seul missile le tas de gravats qu’ils nomment leur capitale ! Nous prendrions ce que nous sommes venus chercher !
- Mon Praetor, je comprends vos sentiments. Mais Canara dispose de la plus grande récolte de gran dans ce secteur. Elle a également la capacité de le raffiner. Si nous réussissons à obtenir l’aide des Canarans, nous pourrons fabriquer du quinneal mille fois plus rapidement que si nous raffinions le gran nous-mêmes. Ils comprennent le processus - ils sont peut-être primitifs sur plus d’un point, mais ils savent fabriquer le quinneal. De bonne qualité, de plus. Mais il nous faut être prudents. Ils sont loyaux envers la Fédération. Et ils n’ont pas encore compris qui nous étions. Si nous sommes assez malin., nous pourrons peut-être réussir à obtenir la totalité de la récolte.
- La moisson nous suffira-t-elle ? demanda le Praetor.
- Oui. J’ai vu leurs champs. Ils sont riches, et prêts à être coupés. Dans le sud, la moisson a déjà commencé.
- Discutez avec ce Romm Joramm. Offrez-lui tout ce qu’il voudra en échange du médicament.
- Votre Excellence, on m’a informé que Romm Joramm n’accepterait de discuter qu’avec le chef de notre expédition. Je crois que vous serez obligé de mener les négociations.
- Vous agirez pour moi. Comment ces primitifs pourraient-ils voir la différence ?
- Je ne le sais pas, mon Praetor, mais c’est pourtant le cas. Ils ne veulent négocier qu’avec vous. Ces Canarans sont perspicaces.
- Allez, et organisez une rencontre avec cet homme. Nous discuterons avec lui, mais s’il ne coopère pas, nous prendrons ce dont nous avons besoin.., au nom de l'Empire !
- Oui, mon Praetor.
Le chef suprême retourna son attention à la flotte, qui se trouvait maintenant en orbite autour de Canara. L’impression de force qu’elle créait n’était qu’un leurre. Aucun des vaisseaux ne transportait d’équipage complet. Depuis leur départ de Romulus, plus d’une centaine d’hommes étaient tombée malades. n’y avait plus le temps de mener des négociations, ni de jouer à la diplomatie. Une pointe de frayeur grossissait dans le coeur du Praetor...

* * * * *

- Alerte rouge ! Alerte rouge !
Le son rauque de la sirène retentit à bord du Potemkin. Les hommes d’équipage se précipitèrent aux postes de combat.
- Vaisseaux ennemis droit devant, capitaine. La conception des navires est klingonne, mais je parie que ce sont les Romuliens. L’alliance..,
- Bien, monsieur Farrell. Portée ?
- Portée maximale, monsieur. Ils semblent garder leur position à la frontière de la zone neutre.
L’officier des communications se retourna.
- Ils ne répondent pas à nos messages, monsieur. Toutes les fréquences d’appel universelles sont... in utilisables, monsieur.
- Vous voyez, Garson ? Vous êtes content ? dit Iota avec satisfaction. Quatre vaisseaux romuliens. Vous y croyez maintenant que la Fédération va être attaquée ?
- Je ne me précipite pas sur les conclusions, amiral. Ces vaisseaux, qu’ils soient romuliens ou klingons, n’ont pas franchi la zone neutre. Ils sont entièrement dans leur droit. Mais ne vous méprenez pas. Nous sommes en alerte et nous le resterons aussi longtemps que ces navires demeureront en vue. Enseigne, continuez d’essayer de les contacter.
Le Potemkin et les autres vaisseaux de la Fédération prirent position face aux Romuliens.. Les deux flottes se surveillaient, maie personne ne bougea.
- Aucune réponse des vaisseaux étrangers, capitaine.
- Eh bien ! faites quelque chose, Garson ! s'exclama Iota.
- Que croyez-vous que je sois en train de faire, amiral ? J’attends.
- Vous attendez quoi ? D’être détruit ? Pour l’amour de Dieu, envoyez un ultimatum !
- Dans quel but ?
- La défense de la Fédération !
- Quelquefois, la meilleure défense est la patience. Enseigne, essayez d’écouter les transmissions romuliennes. Pilote, gardez la position. Ordonnez au reste de la flotte de faire de même.
Garson s’enfonça dans son fauteuil de commandement et ferma les yeux. Il sentait la frustration de Iota: un volcan sous pression. Le capitaine réfléchit calmement à la situation. Les forces étaient égales. Avec les navire. de reconnaissance, la Fédération jouissait même d’un léger avantage. Cependant, si les Romuliens - car il pensait en effet qu’il s’agissait d’eux - tiraient sur eux depuis la zone neutre, il serait difficile de prouver qui était coupable de la première salve, il devait être extrêmement prudent.
L’officier des communications vint briser sa réflexion:
- Monsieur, les vaisseaux ennemis maintiennent le silence. Il n’y a aucune activité électronique.
- C’est curieux. On dirait presque une parade militaire. Mais pourquoi ?
- Je vais vous dire pourquoi, Garson, répondit l’amiral. Vous ne voyez donc pas que la flotte romulienne a envahi la Fédération ?
- Ce serait le motif évident. Mais nous n’en avons aucune preuve et je ne peux pas prendre la décision d’agir sur de simples soupçons.
- Monsieur, nous recevons un message. Il vient des Romuliens.
- Passez-le sur l’écran principal.
L’image d’un Romulien apparut sur l’écran. Ses cheveux courts entouraient un fier visage patricien. Bien qu’il fût assez vieux, sa volonté transparaissait sur chacun de ses traits. Un rang de la garde spéciale praetorienne se trouvait derrière lui.
- Vaisseau de la Fédération. Au nom du Praetor, retirez-vous de cette zone ou subissez-en les conséquences.
- Ici le capitaine Garson, commandant de l'USS-Potemkin. Identifiez-vous, monsieur.
La bouche mince du Romulien se tordit de mépris.
- Ainsi, vous saurez le nom de votre exécuteur, Terrien. Je suis Tiercellus, commander suprême de la flotte.
- Quelle est la raison de votre présence ici, Tiercellus ?
L’utilisation de son nom était une marque efficace d’insolence. Garson grimpa d’un cran dans l’estime du Romulien.
- Ceci ne vous concerne pas.
- Oh, mais si ! Ne serait-ce qu’à cause du défi que vous venez de lancer.
- Et que je réitère, capitaine. Quittez cette zone sur-le-champ. Je suis fatigué de ces discussions.
- Vous n’êtes pas en position de proférer des menaces. Quelle est la raison de cette confrontation ? Vous risquez une guerre galactique, répondit Garson.
- Je n’ai pas à vous répondre. Quittez cet endroit, ou nous ouvrons le feu !
- Je ne vous crois pas. Nous sommes, si vous vérifiez vos instruments, hors de portée de vos armes. Pour que votre armement devienne efficace, il vous faudra violer la zone neutre et passer dans l’espace de la Fédération.., et je ne pense pas que vous soyez prêt à le faire, du moins pour l’instant. Match nul, monsieur !
L’expression du Romulien ne changea pas.
- Vous aurez été prévenu, capitaine Garson.
La communication fut coupée et les vaisseaux romuliens gris réapparurent sur l’écran, tels des vautours menaçants. L’analogie fit frissonner Garson.
- Capitaine Garson, si vous ne prenez pas de mesures immédiates contre la menace romulienne, je serai forcé de faire un rapport !
- Amiral, je n’entrerai pas dans la zone neutre, et je n’attaquerai pas un ennemi qui mène une guerre verbale !
- Si vous attaquiez avant de vous préoccuper de protocole, vous seriez victorieux. Vous semblez ignorer qu’en cas de guerre, il n’y a plus de règles.
- Et vous semblez ne pas réaliser qu il n’y a pas de guerre, amiral !
- Garson, vous êtes un idiot !
- Peut-être. Cela reste à voir.
- Je considère que votre comportement est inacceptable.
Je m’occupe d’une situation strictement militaire. Cette partie de la mission n’est pas sous votre autorité, lui rappela le capitaine.
- Nous verrons ça. Le grade accorde certains privilèges. En tant que chef de la section Espionnage, je dispose de certains atouts qui me permettraient de communiquer à qui de droit tous les détails de l’affaire !
Garson ignora les bavardages de l’amiral et ferma à nouveau les yeux. il réunit toutes ses facultés pour trouver une réponse.

CHAPITRE XII

Journal de bord du capitaine: date stellaire 3128.6.
L’Enterprise a pris la direction de Canara pour servir d’intermédiaire entre l’Empire Romulien et les Canarans. Les communications sont toujours en panne, mais elles detraient être réparé es dans l’heure. Nous n’avons eu aucun contact avec Starfieet Command. Le commander S’Taron a accepté de nous aider à convaincre les dirigeants romuliens qu’il est dans l’intérêt de la Fédération de porter secours à l’Empire. Il ne semble s’inquiéter que du sort de son peuple. Le centurion est toujours à l’infirmerie et, malgré tous les soins prodigués par le docteur McCoy, son état ne cette d’empirer.
Kirk était assis dans le bureau du docteur. Dans une mais, il tenait le rapport de McCoy sur la myrruthésie. Il releva les yeux, horrifié par la rapidité d’évolution de la maladie.
- Bones, vous ne pouvez vraiment rien faire ?
- Je ne le crois pas, Jim.
La douleur qu’exprimait la voix de McCoy provoqua une vague de tristesse chez le capitaine.
- La seule chose utile que nous ayons réussi, c’est isoler le virus mutant, à partir d’analyses du sang et des échantillons de peau prélevés sur S’Tarleya. Je crois que nous tenons un dérivé du quinneal qui nous permettra de stopper l’action du virus.., jusqu’à la période de crise. Mais ça n’aidera pas le centurion..., la maladie est fort avancée... Je pense que S’Tarleya savait qu’elle était atteinte quand elle a accepté cette mission.
- C’est aussi ce que pense S’Taron.
Le regard des deux hommes se posa sur la silhouette stoïque de S’Taron, penchée sur le lit du centurion. L’image, encadrée par l’entrée du bureau, donnait l’impression d’être un portrait en pied du chagrin. Une profonde tristesse envahit le visage de McCoy, et les yeux du capitaine s’assombrirent de compassion.
- Elle l’aime, Jim.
- Je sais, Bones. S’Taron m’a dit qu’elle le suivait depuis des années, mais je ne pense pas qu’il ait compris. C’est une honte qu’elle ne puisse même pas avoir cette dernière joie.
- Elle a été en proie au délire durant les dernières heures - entrecoupé de périodes de lucidité - et elle a parlé. S’Taron est un homme inhabituel. Il vient d’une ancienne famille, il a reçu une excellente éducation et il a réussi à rester éloigné des intrigues de la cour romulienne. Le Praetor ne le porte pas dans son coeur.
- Ce qui explique pourquoi il a été choisi pour servir de leurre. On pouvait lui confier aveuglément une mission importante en espérant qu’il y laisserait la vie. S’Taron semble s’être isolé à cause de sa pureté, et sa vie est autant mise en danger par ses supérieurs que par la Fédération.
- D'après ce qu’elle disait dans son délire, encore plus. Il a failli être assassiné pendant cette mission.
Le regard de Kirk se porta sur le commander romulien.
- Bones, j’ai l’impression que S’Taron est le levier dont nous avons besoin pour retourner la situation !
S’Taron ne se préoccupait pas du capitaine et du médecin. Il veillait son centurion, fier et protecteur. La profondeur de son émotion était une surprise, niais il ne tenta pas de l’analyser. Son regard caressait le pâle visage de S’Tarleya, et remarquait la délicatesse de ses sourcils arqués, la courbure de ses longs cils et sa chevelure, étalée sur l’oreiller comme un nuage annonçant la tempête. Il eut un mince sourire quand la jeune femme ouvrit des yeux hagards.
- Commander..., murmura-t-elle.
- Chut..., répondit S’Taron en appliquant délicatement un doigt sur ses lèvres. Chut... Je sais que vous n’avez rien révélé.., en dehors de ce qui fait votre valeur - votre loyauté.
- Je ne pouvais pas vous laisser vous perdre, commander.
- Je sais.
- Commander...
- Ne dites rien.
- Je le dois. Je sais que cela va vous paraitre égoïste, mais je dois vous le dire, avant de vous quitter... Je vous ai toujours aimé.
Le puzzle des facettes obscures de la personnalité de S’Tarleya se forma soudain dans l’esprit de S’Taron. Il avait toujours trouvé sa loyauté inhabituelle, même s’il en reconnaissait la valeur. Maintenant, il en savait la raison.
- J’étais aveugle, centurion... Et idiot !
- Non. Pas aveugle... Dévoué à l’Empire, je pense. Vous n’aviez pas de temps à consacrer à mon amour. J’aurais attendu... Un idiot ? Peut-être, car il me semble impossible que vous ne sachiez rien de mes sentiments.
- Parfois, centurion, quelqu’un tient le plus grand des trésors dans sa main, mais il ne le connaît que sous ses aspects les plus prosaïques. La camaraderie est un déguisement efficace.
- Et maintenant, il est trop tard... pour nous deux.
Le regret vint obscurcir les pensées de S’Taron et noyer les yeux de S’Tarleya. Le commander se redressa. Il aurait du temps, plus tard, pour s’apitoyer sur son sort. Il laissa ses doigts caresser le visage de la jeune femme, et elle comprit ce qu’il désirait faire. Des larmes roulèrent sur ses joues. S’Taron ferma les yeux et se concentra pour atteindre la paix intérieure. Les barrières de son âme s’ouvrirent pour accepter les pensées de la Romulienne.
S'Tarleya, pensa-t-il. Elle se tourna vers lui, les yeux émerveillés par ce qu’elle découvrait au travers du lien mental. Il nous reste assez de temps... Il faut peu de temps pour dira.. Je vous aime !
- Mon amour vous suivra pour l’éternité, répondit-elle.
S’Taron sentit une lumière blanche, aussi pure que le cristal, envahir son âme. Ses perceptions furent amplifiées à son contact. Le lien mental l’aida à comprendre la jeune femme avec une profondeur qu’il n’avait jamais atteinte auparavant.
- Je vous aime, S’Tarleya... Je vous aime.

* * * * *

Depuis le bureau de McCoy, les deux humains surveillaient leur prisonnier en respectant au mieux son intimité.
- Voilà ce qui attend l’Empire Romulien, Jim : douleur, perte et lentes souffrances, dit McCoy.
Kirk regardait le commander romulien et son officier. Ni la faiblesse du centurion, ni la douce force de S’Taron ne lui échappaient. S’Tarleya agonisait. Tous le savaient. Son incapacité à agir le rendait furieux. Par certains côtés, S’Taron lui rappelait Spock. Il jouissait du même contrôle et de la même logique silencieuse. Le commander était Je genre d’homme dont la Fédération avait besoin dans l’Empires un visionnaire qui pourrait être persuadé d'étudier de nouvelles idées. S’Taron ne perdait pas seulement une compagne loyale en qui il avait confiance. Même un étranger pouvait se rendre compte de l’amour qui unissait les deux êtres. Kirk pensa à l'Enterprise, attaqué par une maladie mortelle, sans espoir de guérison. Si ceci était arrivé à son vaisseau, à son monde..., à Spock, à Bones, à Uhura..., aux quatre cent trente hommes et femmes de l’équipage..., il en serait devenu fou de chagrin !
- Bones, il doit y avoir une solution !
- Les recherches sont prometteuses, Jim, mais sans de grandes quantités de quinneal raffiné, nous n’avons aucune chance de gagner. Jim..., je sais ce que vous ressentez, mais êtes-vous certain qu’il s agisse de la bonne solution ? Les Romuliens ont toujours été nos ennemis... Vous savez que d’aucuns diront que la Galaxie se serait mieux portée si nous avions laissé périr l’Empire.
Kirk eut un sourire las.
- Je sais. Je m’attends à de telles réactions. Mais si nous ne faisons rien... Enfin, en ce qui me concerne, nous n’avons pas le choix. Ce sera peut-être même le premier pas qui amènera des ennemis à devenir des alliés.
Il actionna l’intercom.
- Spock.
- Spock à l’inter, capitaine.
- Estimation d’arrivée sur la planète Canara, monsieur Spock ?
- Quatre heures point vingt-trois, capitaine. Nous avons récupéré une sonde de communications automatique. Elle est de conception étrange: programmation par identification de voix. Elle ne s’ouvrira que sur votre ordre.
- Très bien, monsieur Spock. S’Taron et moi, nous allons voue rejoindre en salie de contrôle auxiliaire. Kirk, terminé.
Jim s’approcha lentement du Romulien en se maudissant de devoir s’imposer. La tunique en cotte de mailles de S’Taron brillait, et le capitaine s’abandonna à la fascination quelques secondes avant de parler:
- Commander...
- Oui, capitaine, j’ai entendu. Je suis prêt. S’Tarleya est... morte.
- Je suis navré, commander, répondit .Kirk en scrutant le visage du Romulien. Commander...
Jim posa une main sur l’épaule de S’Taron, et celui-ci leva les yeux vers lui. L’espace d’un instant éternel, Terrien et Romulien se comprirent l’un l’autre.
- Allons-y, dit doucement Kirk
Ils avancèrent en silence jusqu’à l’ascenseur, chacun absorbé dans ses pensées.
- Pont 8.
Les portes se refermèrent.
- Vous savez, capitaine, que ce ne sera pas facile. Le Praetor croira que vous avez assassiné le centurion, et que vous m’avez fait subir un lavage de cerveau. Vous devrez le convaincre, lui et ses officiers, du contraire. Vous allez courir un terrible danger !
- Et vous, commander ? Vous risquez votre vie. La paix, même temporaire, n’en vaut-elle pas la chandelle ?
S’Taron étudia Kirk pour la centième fois.
- Oui.
- Au rapport, monsieur Spock, annonça le capitaine au moment où lui et S’Taron entraient dans la salle de contrôle auxiliaire, occupée par l’équipe de la passerelle.
Le sourcil gauche du Romulien se leva de surprise devant l'étroitesse de la salle de contrôle. Kirk sourit intérieurement. Il était content d’avoir l’occasion d’empêcher S’Taron d’observer la passerelle de l'Enterprise.
- Les communications sont en état de fonctionner,monsieur, dit Uhura. L’ordinateur avait déconnecté le moniteur subspatial, mais nous avons réussi à établir une dérivation.
S’Taron ricana.
- Dire que nous nous inquiétions de vos communications ! Vous n’imaginez pas le temps que j’ai perdu à réfléchir à la question !
- Capitaine.
Le ton de Spock indiquait clairement qu’il désirait lui parler en privé.
- Je vous recommande d’ouvrir la sonde de communication avant de contacter Starfleet.
Spock tendit le petit cube pour que Kirk l’inspecte. Les lettres « CRIS » étaient peintes sur un côté, suivies de l’emblème de la Fédération. Jim passa les doigts sur les aspérités qui rendaient l’objet manœuvrable dans l’espace.
- C’est nouveau.
- En effet, capitaine. C’est un modèle expérimental.
- Encore un ?
Kirk souleva la boite à hauteur de ses yeux.
- Ici James T. Kirk, SC 937-0176 CEC, commandant de l’USS-Enterprise.
Un bruit métallique se fit entendre et le dessus de l’objet s’ouvrit pour libérer une disquette de transmission.
- Sésame, ouvre-toi, murmura Spock.
Le capitaine parut surpris. Il tendit le message à Uhura, qui le glissa dans le lecteur du décodeur. Jim, penché au-dessus de l’écran, lut la communication. Quand il se retourna vers Spock et S’Taron, il était évident que les nouvelles n’étaient pas bonnes.
- C’est un message de Yang. Quatre vaisseaux de classe Constitution, sous le commandement de l’amiral Iota et du capitaine Garson, sont en route pour la zone neutre pour enquêter sur notre disparition. L’amiral Iota croit que l’Enterprise a été détruit, et il a pratiquement envoyé une déclaration de guerre à l’Empire Romulien. Garson essaie de le garder sous contrôle. Uhura, contactez Starfleet Command. Dites-leur...
- Avant de faire cela, capitaine, vous êtes en droit de savoir que quatre vaisseaux romuliens gardent la zone neutre, expliqua S’Taron. Ils ont ordre de protéger nos routes d’évasion à tout prix.
- Bon sang ! C’est une provocation à la guerre ! Uhura, contactez Starfleet Command.
- Starfleet Command en ligne. C’est l’amiral Poppaelia.
- Passez-le sur l’écran principal
Le visage familier de Poppaelia apparut devant eux.
- Kirk ! Dieu merci. Qu est-ce qui se passe ? Un Romulien ? A bord de l’Enterprise ? Pourquoi n’avez-vous donné aucun signe de vie ?
- Nous avons subi des avaries mécaniques monsieur. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pour l’instant Je viens de recevoir un message spécial m’informant qu’un détachement, sous le commandement du capitaine Garson et de l’amiral Iota, est en route vers la zone neutre. Amiral, il faut les arrêter !
- Je ne peux pas. Ils sont déjà arrivée. Et ils sont entrés en contact avec l’ennemi. En ce moment, ils attendent, hors de portée à la frontière de la zone neutre. Quatre vaisseaux romuliens se trouvent de l’autre côté. Statu quo ! Que se passe-t-il ?
- Monsieur, la flotte romulienne a envahi l’espace de la Fédération, mais ce n’est pas dans un but militaire.
Poppaelia prit un air incrédule tandis que Kirk s’expliquait.
- Amiral, vous savez que les Romuliens se sont repliée sur eux-mêmes, ces derniers temps. ( Poppaelia acquiesça.) Nous avons découvert que la population est décimée par la maladie.
- C’est tout à fait correct, ajouta Spock. Les Romuliens subissent l’attaque d’une souche extrêmement infectieuse de myrruthésie. C’est un virus rare, mais il pourrait représenter une menace majeure pour les Vulcains.
- Faites venir McCoy, murmura Kirk à l’officier des communications.
- Ce qui n'explique pas la raison de l’invasion de l’espace de la Fédération par les Romuliens, répondit l’amiral. Vous avez bien dit... toute la flotte romulienne ?
- Oui. Le seul remède connu contre cette maladie est une substance qui utilise une forme raffinée de gran comme catalyseur, continua Spock. Ainsi que vous le savez, les Romuliens sont pauvres - surtout en agriculture. Et ils n’ont pas les laboratoires adéquats pour produire assez de catalyseur. Et ils sont désespérée. Plus d’un tiers de la population a été tué par la maladie. Alors, ils ont envahi la Fédération pour tenter d’acheter ou de prendre assez de gran pour enrayer la peste.
- C'est vrai ?
S’Taron hocha la tête.
- Mais pourquoi n’ont-ils pas demandé l’aide de la Fédération ? Dans une situation comme...
- Par fierté, amiral répondit le commander, couplée avec la ferme conviction que vous seriez ravis par la destruction de l'Empire.
- Certains le seraient, avoua Poppaelia. Kirk, que voulez-vous que je fasse ? C’est une situation militaire. Au premier tir de phaser, nous nous retrouvons plongés dans une guerre galactique !
- Arrêtez Iota. Vous pouvez le faire.
- Y a-t-il une solution, capitaine ?
- Oui, la coopération. Docteur McCoy ?
Le médecin s’approcha de l’écran.
- Amiral, j’ai isolé le virus et j’ai trouvé un sérum. Il sera efficace si nous pouvons le faire fabriquer et administrer rapidement.
- Les Romuliens avaient raison, ajouta Spock. Le système solaire de Canara contient la réserve la plus proche et la plus importante de gran. Si les Canarans pouvaient être persuadés de laisser les Romuliens acheter leur gran, la peste pourrait être anéantie, et la paix, maintenue.
- Et que proposez-vous ? Allons-nous envoyer à la flotte romulienne qui a envahi notre secteur, une invitation écrite pour qu’elle se serve ?
Kirk ignora le sarcasme.
- Le commander S’Taron et moi-même allons servir d’intermédiaires entre Canara et l’Empire Romulien. Qu’y a-t-il à perdre ?
- Rien, je pense. Très bien, Kirk. Je vous donne deux jours solaires. Si, une fois ce temps écoulé, vous n’arrivez pas à signer un accord, je n’aurai plus le choix. Je devrai considérer cette intrusion comme un acte de guerre et agir en conséquence.
La voix de Poppaelia mourut et Kirk prit une grande inspiration.
- Allons-y. Monsieur Sulu, vitesse de distorsion six!

* * * * *

Le Praetor observait le vieil homme avec un mépris mal dissimulé.
Romm Joramm était assis en tailleur sur une paillasse tissée. L’ivoire translucide de son teint reflétait les derniers rayons rosés du soleil canaran. Les simples vêtements blancs qu’il portait accentuaient la délicatesse de son visage. Seul le nœud d’or qui retenait à épaule sa tunique trahissait son rang ou sa richesse. Ses yeux dorés, pâles, irradiaient l'hospitalité.
- Vous êtes donc le marchand Jublius Mennius. Je vous prie de vous asseoir et de partager les fruits de la terre.
Il indiqua une paillasse inoccupée d’un geste de la main, et le Praetor posa à regret sa masse impressionnante sur le sol.
- Vous venez négocier notre récolte - c’est du moins ce que m’a dit mon épouse. Je suis désolé de devoir refuser, mais notre traité avec la Fédération des Planètes Unies stipule que les surplus de gran soient vendus directement à la Fédération.
- Et si vous recevez une meilleure offre ?
La voix du Praetor tremblait d’avidité. Il examina les bagues de sa main gauche, et les orienta judicieusement pour que les bijoux reflètent la lumière de la lampe à huile et brillent de tout leur éclat.
- La richesse est certainement appréciable, mais je pense qu’il y a mieux. La Fédération nous a apporté une chose que vous ne pourrez peut-être pas nous offrir.
- Je vous assure, Ancien, que nous sommes prêts à payer le prix que vous demanderez.
- Je crois que vous avez déjà perdu face à la Fédération, Praetor de l’Empire Romulien.
- Ainsi, vous avez découvert mon identité ! Cela n’a aucune importance. Quel est ce prix que je ne peux pas payer ?
- Mais, l’honnêteté, tout simplement, Praetor. Vous êtes venu vers moi le coeur plein de mensonges, et votre histoire d’achat de gran est très certainement une fantaisie. Si vous étiez arrivé sans rien dissimuler... Mais il est trop tard pour discuter de cela. Garde, escortez cet...
- Je ne crois pas qu’il soit trop tard ! Vous ne me toucherez pas, et vous ne m’empêcherez pas d’agir. En ce moment même, ma garde encercle le village et les armes de la flotte romulienne visent les centres urbains de cette planète.
Le Praetor parlait avec une autorité suffisante, mais Romm Joramm, Ancien du peuple canaran, ne parut pas impressionné.
- Cela ne vous aidera pas, seigneur. Qui moissonnera le. champs si vous détruisez le peuple de Canara ? Quoi qu’il en soit, nous avons pris certaines précautions.
- Vous ?
Le mépris du Praetor n’était même plus dissimulé.
- Oui. Vous ne me paraissez pas convaincu. Jaael.
Un jeune homme sortit de l’ombre. Il avait la silhouette mince et les yeux dorés qui caractérisaient les Canarans.
- Jaael, expliquez au Praetor la situation actuelle.
- Quand nous avons découvert l’identité des visiteurs, nous avons activé les défenses de la planète...
- Je ne vois aucune défense ! s'exclama le Praetor. Je ne vois même pas d’armes ! Nous prendrons ce que nous sommes venus chercher. Il vous faut devenir plus habile à la tromperie si vous voulez être crédibles !
- Vous parlez par expérience, sans aucun doute, rétorqua Joramm. Mais patientez.
Jaael continua:
- Les bombes incendiaires ont été armées, elles seront allumées dès que vous en donnerez l’ordre. Il suffira d’une minute pour que les champs soient en feu. En une heure, il ne restera plus rien !
- Vous allez vous détruire ?
Le Praetor ne put réprimer l’horreur qui tremblait dans sa voix.
- Peut-être, mais nous resterons ce que nous sommes. Et nous n’aurons pas aidé nos ennemis.
Vous nous preniez pour des moutons ! Nous sommes pourtant un peuple guerrier. Nous avons passé notre histoire à nous battre contre notre environnement. Nous devons lutter si nous voulons survivre. Et nous avons appris à nous préparer. Nous sommes prêts à vous affronter !
Le visage du Praetor était l’image de la défaite. Il était complètement dépassé par les événements.
- L’entrevue est terminée ! Vous et votre flotte devrez quitter Canera, ou Canara mourra ! Vous avez six heures, monsieur !
Joramm se détourna du Praetor aussi brusquement que s’il lui avait claqué une porte au visage. Le Romulien se sentait insulté, et savait qu’il avait raison. Que ce vieil homme frêle puisse défier la puissance de l’Empire Romulien, il ne pouvait pas l’accepter ! Il y avait certainement un moyen de vaincre cet imbécile âgé et chétif. Il le trouverait... Et dans le cas contraire, si l’Empire devait périr, le Praetor aurait au moins la satisfaction d'anéantir la vie sur Canara. Il ne les tuerait pas, oh, non ! Mais il brûlerait leur planète jusqu'à ce que plus rien ne puisse y vivre. L’eau serait polluée et la terre stérile. Canara mourrait dans les affres de la famine !
Quelles qu’en soient les conséquences pour l’Empire, les Canarans ne survivraient pas !

* * * * *

- Capitaine ! Un message de Starfleet Command. il est codé.
- Passez-le sur l’écran principal, répondit Garson.
- Bien, monsieur.
Iota grimaça en voyant apparaitre le visage anguleux de Poppaelia.
- Capitaine Garson. Amiral Iota.
Le ton formel du vice-amiral mit les deux hommes mal à l’aise.
- Amiral, répondit Garson.
- Nous avons reçu de plus amples informations sur le problème romulien. Il est plus grave que nous le pension.. L’Empire a, effectivement, envahi l’espace de la Fédération,..
- Qu’est-ce que je disais ? Et m’avez-vous écouté ? Qu’allez-vous faire maintenant ? A moins qu’il ne soit trop tard ? le coup. Iota sur un ton accusateur.
- J’y arrive. Nous avons une chance de maintenir la paix. Leur objectif n’est pas militaire.
Poppaelia ignora l'explosion de colère de l’amiral, mais le regard incrédule de Garson le désempara quelque peu. S’il perdait le capitaine, il ne pourrait plus contrôler Iota, et ils seraient détruits.
- Les Romuliens sont victimes d’une peste aux proportions gigantesques. Ils ont désespérément besoin d’assistance médicale.
- Alors, pourquoi ne l’ont-ils pas demandée ? aboya Iota.
- Vous la leur auriez accordée ?... Voilà pourquoi ! Votre réaction parle d’elle-même. Ils ont cru qu’ils n’avaient aucune aide à attendre, alors ils ont décidé d’acheter ou de rendre par la force les médicaments dont ils ont besoin.
- Monsieur, puis-je vous demander quelle est la source de ces informations ? demande Garson.
- Oui. Il s’agit d’une personne digne de confiance : Kirk de l'Enterprise. Il a réussi à capturer un officier romulien qui confirme cette histoire. De plus, l’officier médical de l'Enterprise dispose des preuves irréfutables de l’existence de la maladie. Il a mis au point un sérum qui peut arrêter l’évolution de la peste - s’il peut être fabriqué et administré à temps !
- Monsieur, n’y a-t-il aucun doute sur qui était le prisonnier de qui ? Il n’est pas normal qu'un Romulien se laisse capturer.
Pour la première fois, Iota regarda le capitaine du Potemkin avec une touche de respect.
- Aucun doute, répondit Poppaelia. Du moins, selon mon opinion. D’après ce que j’ai pu voir, Kirk est libre. Je lui ai donné deux jours solaires pour trouver une solution.
- Ne pensez-vous pas qu’il s’agisse là d’une décision relevant de l’ensemble du Conseil ? dit Iota.
- Nous n’en avons pas le temps. La flotte romulienne se trouve à Canera. Kirk conduit l'Enterprise Il a mon autorisation d’agir pour le compte de la Fédération, afin de négocier un compromis. Jusqu’à ce que ce temps se soit écoulé, vous n’entreprendrez aucune action, sauf en cas de légitime défense... De légitime défense incontestable ! Est-ce clair ? Vous avez tous les éléments en main, messieurs.
L’image de Poppaelia disparut de l’écran et les deux gradés se regardèrent.
- Je n’arrive pas à y croire.
Iota venait de parler avec une conviction totale.
- J'admets qu’il faut une bonne dose de foi, amiral. Mais je connais Kirk, et sa parole a souvent été plus sûre que la plupart des traités formels.
- Je ne doute pas de votre ami, Garson, et je connais parfaitement sa réputation. Mais qui peut supporter les techniques de lavage de cerveau utilisées par ces sauvages ? Ce n’est qu'un plan complexe pour nous prendre par surprise. Je n’arrive pas à y croire !
- Nous avons nos ordres, amiral.
- Je ne crois pas que Kirk contrôle la situation, il pourrait aussi bien être un otage, utilisé pour nous endormir dans notre suffisance pendant que les Romuliens préparent leur attaque. Je ne resterai pas à rien faire pendant qu’on dupe la Fédération ?
- Nous avons nos ordres, répéta Garson, mais ses mots n’atteignirent pas les oreilles de l’amiral.
- Je ne resterai pas à rien faire !
Iota se tenait derrière le fauteuil de commandement avec l’attitude d’un conquérant. Le menton levé, les épaules redressées. La lueur de la conviction brillait dans ses yeux. Garson l’observa avec une appréhension grandissante. Il savait maintenant qu’il avait affaire à un fanatique.

CHAPITRE XIII

Journal de bord du capitaine: date stellaire 3128.8, enregistrement du capitaine Mikel Garson, USS Potemkin.
Nous tenons notre position aux abords de la zone neutre en attendant de nouveaux ordres de Starfleet Command. La situation est stressante, tout le monde est à bout de nerf, et je suis particulièrement inquiet au sujet de l’amiral Iota. il semble être pathologiquement convaincu que les Romuliens ont l’intention de déclarer la guerre. Je dois admettre que ses arguments ne sont pas aussi tirés par les cheveux que je ne le pensais au départ, mais son obsession de la « menace romulienne » est effrayante. Il s’est confiné dans ses quartiers depuis notre dernier contact avec Starfleet Command. J’ai peur qu’il ne décide de prendre des mesures radicales.
L’amiral Iota, des services d’espionnage de Starfleet, membre du Conseil de Défense, connu de ses amis sous le prénom de « Jake », sortit de sa cabine. Les hommes d'équipage qui le virent passer le regardèrent fixement. La détermination qui avait attiré leurs yeux courait dans ses veines comme le feu il voyait enfin la solution évidente de tout ce gâchis, la seule qui assurerait complètement la sécurité de la Fédération. C’était si simple, comment n’y avait-il pas pensé auparavant ? Iota ricana intérieurement. C’était vrai, sa solution bravait les ordres de « grand-mère » Poppaelia, mais ce n’était qu’un détail technique. Quand tout serait fini, et quand il serait acclamé en héros, le sauveur de la Fédération, personne ne s’en souviendrait. Ou, si c’était le cas, ce serait pour prouver ses actes. Il sourit en franchissant dernière porte métallique qui le séparait de son objectif Le panneau se referma derrière lui. Une plaque sur le mur indiquait « Contrôle Auxiliaire ».

* * * * *

- Capitaine, les commandes de pilotage ne répondent plus ! Je perds le contrôle du vaisseau !
- En êtes-vous sûre, pilote ? Vérifiez cette console !
Arviela se pencha sur la console pour vérifier les circuits. Ses ongles vernis pressaient les boutons avec une attention délicate.
- Non, monsieur. La console est en état de fonctionner. La puissance a été coupée, dérivée vers une autre partie du vaisseau.
- Salle des machines ! Avez-vous des problèmes ? demanda Garson.
- Non, monsieur. Tout est normal.
- Capitaine, j’ai perdu aussi le contrôle des phasers. On dirait que la puissance principale a été coupée.
- Passez en manuel.
- Pas de réponse manuelle, monsieur.
Garson observa Arviela qui vérifiait les commandes pour la troisième fois. Ses inquiétudes concernant Iota se transformèrent en certitudes; il savait ce qui était arrivé ! Iota avait saboté les commandes manuelles, pris le contrôle de la passerelle auxiliaire et, maintenant, il déconnectait l’ordinateur principal.
- Contrôle auxiliaire, dit Garson en appuyant sur l’interrupteur de l’intercom. Amiral Iota.
- Capitaine ? répondit Iota en enveloppant le grade d’une dose de sarcasme.
- Amiral, je vous demande de redonner le contrôle du pilotage et des phasers à la passerelle.
- Certainement pas.
- Amiral, n’oubliez pas que je suis le commandant militaire de cette mission.
- Je vous rappelle mon grade et ma position au sein du Conseil de Défense. Pensez-vous réellement que Starfleet Command préférera, au bout du compte, vos opinions aux miennes ?
- Mon autorité sur cette opération est commanditée et enregistrée par le Conseil de Défense.
- Peut-être, peut-être, répondit Iota, dans des circonstances normales. Mais nous sommes en guerre et la guerre nécessite des mesures radicales. Si noue attendons les Romuliens sans rien faire, nous gâchons la meilleure chance que noue pourrions avoir !
- Personne n’a bougé ! Les Romuliens sont dans leur droit ! Vous ne pouvez pas leur tirer dessus !
- La flotte romulienne a envahi l’espace de la Fédération.
La voix de Iota énonçait ce fait comme une doctrine religieuse répétée avec une foi aveugle. Garson se trouvait dans l’impossibilité de lutter contre cette conviction. Il pouvait mener des bataille. physiques, il se débrouillait dans une discussion diplomatique, mais il n’avait aucune idée de la manière dont il pourrait ouvrir les yeux de Iota.
- Amiral, attendez ! Je vous en prie, attendez encore un peu. Vous pourrez toujours attaquer ! Mais laissez-moi du temps.
- Il est trop tard.
- Non ! Un jour ! Laissez-moi une journée et j’abandonne ensuite.
Garson crut déceler une hésitation sur le visage de l’amiral, et il continua dans la même voie :
- Faites-le pour la Fédération que vous aimez. Donnez une chance à la paix avant de vous plonger dans la guerre. Je vous en prie, pensez à la Fédération !
- Je ne pense qu’à ça. Très bien, capitaine, je vous accorde un jour. Si, à la fin de ce laps de temps, la paix n’est pas établie, ce vaisseau attaquera l’ennemi. Un jour ! répéta l’amiral en coupant l’intercom.
Le capitaine Garson inspira profondément, puis souffla lentement. Un jour, sana armes et sans vaisseau ! Au moins, les autres navires fonctionnaient toujours... et les communications étaient encore opérationnelles ! Il avait dit à Iota qu’il fallait avoir foi en Kirk. Il repensait à présent à cette affirmation avec une certaine ironie.
- Lieutenant, mettez-moi en contact avec Poppaelia. Brouillez la transmission de façon à ce quelle ne puisse pas être surveillée depuis le contrôle auxiliaire.
- Bien, monsieur. J’ai le contact.
- Sur l’écran.
- Oui, Garson ?
Poppaelia paraissait ennuyé, et le capitaine ne pouvait pas l’en blâmer.
- J'ai bien peur de devoir ajouter à votre fardeau, monsieur. Je dois vous dire que l’amiral Iota s’est barricadé dans la salle de contrôle auxiliaire qu’il commande maintenant les systèmes d’armement, de pilotage et de navigation. Il refuse de croire que les Romuliens ne veulent pas la guerre. Il a posé un ultimatum: s’il n’a pas de preuve concluante que la paix est établie, dans vingt-quatre heures il attaquera les vaisseaux romuliens dans la zone neutre.
- Mon Dieu !
- Je vais faire de mon mieux pour l’en empêcher, mais je ne vois qu’un seul moyen sûr de l’arrêter.
- N'en arrivez là qu’en dernier recours. Occupez-le. Je sais qu’il est fanatique, mais je ne crois pas qu’il soit complètement fou. Je pense que vous pourrez le raisonner.
- Monsieur, il a peu de respect pour moi.
Poppaelia haussa les épaules.
- Iota n’a de respect pour personne, mais on peut l’influencer par des faits. Si Kirk réussit à vous contacter...
Poppaelia laissa sa phrase en suspens et son image disparut de l’écran. Kirk était le pivot de la situation. S’il était capable de renverser la crise au profit de la Fédération - et il avait déjà réussi plus difficile auparavant -,. il y avait peut-être une chance qu’il désamorce l'obsession de l’amiral. Garson s’accrocha à ce faible espoir.

* * * * *

- Capitaine, j’ai Canara sur les senseurs. Estimation d’arrivée, quarante minutes.
- Très bien, Spock. Chekov, placez-nous sur l’orbite de Canara, mais assurez-vous que la flotte romulienne reste de l’autre côté de la planète.
- Il me faudra calculer une approche en oblique, capitaine, répondit le navigateur. Cela prendra plus de temps.
- Oui, mais je ne veux pas que les Romuliens sachent que nous sommes là..., du moins pas encore.
- Bien, monsieur.
Spock se leva du poste scientifique et vint silencieusement se placer près du capitaine. Kirk leva la nez du rapport qu’il venait de signer. Son regard contenait une question non exprimés.
- Je me suis renseigné sur les Canarans, capitaine. C’est une espèce primitive et cruelle, mais qui présente une soif de connaissance illimitée. Le chef du conseil des Anciens, Romm Joramm, doit être crédité de cet état de fait. Je crois que si nous réussissons à le convaincre de négocier avec les Romuliens, nous pourrons éviter de verser le sang.
- Ce... Romm Joramm... Quelle est sa position vis-à-vis de la Fédération ?
- C’est sous sa direction que Canara est devenue membre de la Fédération.
- Alors, nous devrions arriver à un accord.
- Oui, mais il serait imprudent de ne pas tenir compte de l’obstination et de l’austérité du peuple canaran. Une fois une ligne d’action adoptée, il est difficile de les faire changer d’avis.
Uhura posa une main sur le récepteur subspatial introduit dans son oreille. Elle pencha la tête pour mieux écouter un faible signal.
- Monsieur, je reçois un appel de détresse en provenance de Canera. Ils demandent l’aide de Starfleet.
- Bien ! Ils vont nous souhaiter la bienvenue, je suppose.
- Une heureuse coïncidence, ajouta Spock.
- Jim, en dépit de notre arrivée au bon moment, comment pensez-vous que les Canarans vont réagir en découvrant qu’il y a des Romuliens à bord de l'Enterprise ? demanda McCoy.
- Cela pose en effet un problème, murmura Kirk en regardant S’Taron.
- C’est vrai, capitaine. Les Canarans pourraient croire que vous les trompez. Et si vous me présentez comme un prisonnier de guerre, je ne pourrai pas jouer mon rôle d’ambassadeur, dit S’Taron.
- Mmm... Uhura, ouvrez une fréquence vers Canara - codée. Je désire parler à Romm Joramm. Bien, monsieur.
- Peut-être, capitaine, vaudrait-il mieux que je me retire durant cette entrevue, proposa le Romulien.
- Merci, commander. Ce serait sage. Docteur McCoy, voulez-vous escorter le commander ?
- J’en serais ravi Monsieur ?
S’Taron lança un regard à Kirk. Il craignait un piège. Il vit les yeux noisette de l’humain comprendre l’avertissement et lui répondre: « Faites-moi confiance ». Il n’avait pas le choix... La confiance était la dernière chance de l’Empire. Quant à lui, il était perdu. Il savait que, lorsqu’il verrait le visage du Praetor, il verrait en même temps celui de sa mort.
- J’ai Romm Joramm, monsieur.
Kirk attendit que S’Taron et McCoy fussent sortis avant de répondre:
- Passez-le sur l’écran principal, lieutenant.
- Oui, monsieur.
Kirk n’avait jamais rencontré de Canaran. A part quelques vagues généralités et les informations que Spock lui avait données, il ne savait rien de Canera, mais Romm Joramm l'impressionna au premier coup d’œil. L’intense dignité de cet homme conférait de ra puissance à sa silhouette frêle. Elle transparaissait dans ses mouvementa et dans le drapé de ses vêtements. Ses yeux dorés étaient presque translucides.
- Bienvenue. Je suis Romm Joramm, chef du conseil des Anciens.
- James Kirk, monsieur, commandant de l’USS-Enterprise. Nous avons reçu votre signal de détresse.
- Oui. Nous avons grandement besoin d'aide. Nous avons été envahis par les Romuliens. Ils sont venus, déguisés en marchands, pour demander du gran. Lorsque nous avons refusé, ils ont dit qu’ils prendraient ce qu’ils voudraient. Nous leur avons répondu que nous détruirions la récolte. Et je crois qu’ils veulent nous détruire à leur tour.
- Monsieur, permettriez-vous aux Romuliens d’acheter du gran à un prix honnête ?
Le visage de Jim était franc comme celui d’un chérubin.
- S’ils étaient venus nous trouver ouvertement... Mais non. Ils ont menti; ils doivent en subir les conséquences. Mais pourquoi me le demandez-vous ? Êtes-vous avec eux ? Est-ce une ruse ?
Le ton du vieil homme devint plus sec et Kirk remercie la providence d’avoir évacué S'Taron de la passerelle. Cela avait été une sage décision.
- Non, mais il y a des circonstances atténuantes.
Romm Joramm contrôla sa colère et attendit une explication. Le capitaine commença sa plaidoirie.
- L’Empire Romulien est lui-même attaqué - non par une puissance militaire, mais par la maladie. La peste a tué plus d’un tiers de la population. Il existe un médicament contre cette maladie mais, pour le fabriquer, les Romuliens ont besoin de gran. Leurs réserves sont épuisées depuis longtemps. Ils sont venus vous trouver, blessés, et c’est ce qui les rend dangereux. Ils n’ont plus rien à perdre. Si vous leur vendez du gran, il y a une chance que l'Empire Romulien survive... et vous empêcherez un conflit galactique.
- Les Romuliens sont les ennemis de la Fédération. Pourquoi ne les laissons-nous pas mourir ? Le vie de cette planète ne serait pas un prix trop élevé pour la survie de la Fédération, qui ne serait plus menacée par ces sauvages.
- Monsieur, je vais être honnête avec vous. Nombreux sont ceux qui ne voient aucune objection à ce que vous proposez. Ce serait une solution apparemment pratique. Mais elle signifierait la guerre ! Et la guerre apporte la souffrance et la mort de. deux côtés. Il est dans notre intérêt de l’empêcher.
Joramm réfléchit quelque. instants avant de sourire.
- Je vois. Vous voulez dire qu’il faut parfois faire passer nos désirs après le bien du peuple. C’est une leçon, capitaine, sur laquelle j’ai travaillé toute ma vie durant. Je doute de réussir un jour à la maîtriser. Cependant, dans ce cas précis, m’incliner sera une source de profit. Non seulement Canara survivra, mais la planète deviendra riche - du moins selon nos standards.
Soulagé, le capitaine répondit au sourire de Joramm.
- Merci, monsieur.
- C’est vous que je dois remercier, jeune homme. J’ai une dette envers vous, vous avez réussi à me faire changer d’avis. Vous êtes, ajouta-t-il avec un clin d’œil, extrêmement persuasif.
- J’ai moi aussi un sacré caractère, monsieur, répondit Kirk, et il a toujours été tempéré par un ami.

* * * * *

S’Taron prit entre ses doigts la feuille d’une violette, puis toucha la fleur bleue et blanche. Pendant ce temps, McCoy s’occupait de ramasser les fleurs fanées d un magnolia. Il gardait un œil sur le Romulien, mais ne s’imposait pas. Le laboratoire de botanique embaumait la fraîcheur des plantes nouvelles. S’il y avait eu une brise, le médecin aurait fermé les yeux et se serait cru revenu chez lui, en Ceorgie.
- Quel endroit luxuriant doit être votre planète, docteur, pour regorger de telles beautés !
Le silence profond des plantes avait en partie assourdi la voix de S’Taron, mais McCoy entendit tout de même ce qu’il murmurait.
- Oui, c'est vrai.
Le commander releva brusquement la tête. Ses yeux noirs, sous les sourcils arqués, scrutaient le visage du Terrien. Il était assombri par une douleur que le Romulien ne comprenait pas.
- Quelque chose ne va pas, docteur ? Vous ne vous sentez pas bien ?
- En effet...
- Alors, il faut demander de l'aide. Votre infirmerie...
- Non, commander, je ne suis pas malade.
McCoy marqua une pause, sans savoir que dire.
- Le souffrance se lit dans vos yeux. il y a certainement une raison.
- S’Tarleya, commander. Je suis tellement désolé. Si nous avions découvert le sérum à temps, elle serait peut-être encore en vie.
L’esprit de S’Taron s’embruma. Il ressentirait la perte de S’Tarleya toute sa vie durant, mais ce n’était la faute de personne. S’il y avait culpabilité, elle était sienne, pour avoir été aussi aveugle. Il se retourna et croisa le regard du médecin.
- Vous ne pouviez rien faire, docteur. S’Tarleya est morte, heureuse de savoir qu’il y avait un espoir pour son peuple. Elle m’a confié que vous lui aviez dit qu’elle était l’instrument de leur survie.
Ces humains présentent une combinaison des plus étranges de force et de faiblesse, pensa S'Taron.
- Y a-t-il de l’espoir, docteur ? Votre capitaine est-il capable de miracles ?
McCoy sourit.
- Certains le pensent, commander. Il fera de son mieux... et ça signifie quelque chose d’exceptionnel.
- Docteur, j’en ai eu amplement la preuve.
- Il est unique, ,dit McCoy.
- Espérons-le, répondit le Romulien avec tant de ferveur que le médecin ne put s’empêcher de rire. L’intercom retentit et McCoy plongea derrière un philodendron pour ouvrir la fréquence.
- Ici McCoy.
- Kirk à l'inter. Bones, les canarans sont d’accord pour vendre le gran aux Romuliens et ils ont accepté S’Taron comme ambassadeur. Pourriez-vous le ramener en salle de contrôle auxiliaire ? Il est temps de couvrir la tête du faucon.
- Ce ne sera pas si facile, capitaine. Kirk fit pivoter son fauteuil pour faire face à son officier en second.
- Tout à fait d’accord, murmura-t-il. Nous devons les mettre dans une position désavantageuse.
- Ils ont déjà un désavantage technique. Ils ont envahi notre territoire et menacé d’agresser un membre de la Fédération. La situation pratique, cependant, est radicalement différente, dit Spock.
- Un vaisseau contre la flotte romulienne.
Kirk pencha la tête.
- Un seul vaisseau... Notre seule chance est de les surprendre - de dominer intellectuellement la situation.
- Nous arrivons à Canera, monsieur, dit Sulu.
- Orbite standard, monsieur Sulu.
- Oui, capitaine. Orbite standard.
- Capitaine, la flotte romulienne se trouve de l’autre côté de la planètes annonça Chekov.
Le capitaine passa un doigt sur sa lèvre inférieure.
- Monsieur Chekov, calculez une trajectoire d’interception qui nous conduira directement au beau milieu de la flotte. Pas de boucliers ! Attendez mon ordre. Appelez le docteur McCoy, dit-il à Uhura.
Chekov et Sulu échangèrent un regard. Le jeune Russe prit une grande inspiration et suivit les ordres du capitaine.
- Trajectoire calculée, monsieur.
- Vitesse de distorsion un, monsieur Sulu !
- Oui, monsieur.
L’Entreprise navigua jusqu’au coeur de la flotte romulienne avec l'assurance d’un vieux navire en bois, toutes voiles dehors. Il s’arrêta gracieusement devant le vaisseau amiral du Praetor. Telle la blonde demoiselle innocente des contes de fées, l'Enterprise flottait sereinement au milieu de la meute de loups affamée.

* * * * *

- Cet homme est fou !
- Non, mon Praetor. Il est très très intelligent, dit un officier romulien. C’est l’Entreprise, commandé par Kirk. Je l’ai, déjà affronté. Il ne fait jamais rien sans raison
Le Praetor regarda le vaisseau de la Fédération.
- C’est ainsi que S'Taron nous permet de gagner du temps ! dit-il, méprisant. Je veux parler avec ce Kirk ! Ouvrez une fréquence de communication.
- Tout de suite, Praetor.
Les étoiles disparurent de l’écran et des visages étrangers prirent leur place... Étrangers, à l’exception d’un seul.
- S'Taron ! grogna le Praetor. Voici ce que vous avez fait pour l’Empire !
Il crachait ses mots et le commander se raidit de manière imperceptible.
- Oui, mon Praetor.
Le Praetor ! Kirk et l’équipe de quart étudiaient le dirigeant romulien avec une curiosité non dissimulée. Ils voyaient un homme imposant, dont les beaux traits étaient souillés par la suffisance, la débauche et l’égoïsme cruel. Jim sut immédiatement que cet homme ne ferait rien pour l’Empire s’il n’y trouvait pas son bénéfice.
- Où est votre vaisseau, S’Taron ? Et votre équipage ? demanda le Praetor d’une voix douce, mais tranchante
- Le Raptor a été détruit et ses hommes d’équipage sont soit morts, soit à bord de l’Enterprise.
- Kirk, devina le chef suprême.
- Monsieur.
- Ainsi, vous tenez S’Taron et son équipage.. et je vous tiens. Une situation amusante !
- Plus qu’amusante, monsieur: cataclysmique. Si vous faites le mauvais choix.
- Moi, capitaine ? Je ne crois pas que vous soyez en position d'être belliqueux.
- Non ! dit Kirk, une lueur de défi dans ses yeux. Je suis venu vous supplier ! Pour nos vies.., et celle de l’Empire Romulien !
- Le sort de l’Empire Romulien ne vous concerne pas, capitaine.
- Vous avez envahi l’espace de la Fédération - et cela me concerne. Votre peuple agonise. A moins d’une aide immédiate, il ne restera plus de l’Empire qu’une poignée de rescapés éparpillée. Difficile de régner ! ajouta-t-il avec malice.
- Nous pouvons nous débrouiller sans vous, capitaine.
- Non, vous avez déjà découvert à vos dépens que les Canarans sont loyaux à la Fédération. Sans son autorisation, ils ne vous donneront jamais le gran dont vous avez besoin. Si vous tentez de le prendre par la force, ils détruirons la totalité de la récolte. Vous avez besoin de moi, Praetor.
- Je dois avoir confiance en la bonne volonté de la Fédération, qui va offrir une assistance médicale à son ennemi ?
- Vous le devez. Et la bonne volonté n’est pas notre motivation. Canara est membre de la Fédération, et donc mérite la protection et l’aide de Starfleet. Nous ne pouvons pas vous permettre de la piller comme bon vous semble. Par votre intrusion dans l’espace de la Fédération, vous avez mis la paix en danger. Nous ne désirons pas la guerre. Les pertes, de chaque côté, seraient astronomiques. Et Canara est la source la plus proche de gran. Avant que vous trouviez un autre point d’approvisionnement, il sera trop tard !
- Ce que vous dites contient une touche inconfortable de vérité, murmura le Praetor,
- Un empire de morts n’est plus un empire, dit Kirk. J’ai toujours été impressionné par la valeur militaire des guerriers romuliens. Vous avez de la chance d’avoir des officiers do la trempe de S'Taron.
Sa lucidité pourrait fort bien sauver l’Empire. Le peuple vénérera certainement le sauveur de la civilisation romulienne, c’est-à-dire vous ! Un tel héros devrait être honoré partout... Les... récompenses... seraient inimaginables !
Kirk observa le Praetor qui reniflait le hameçon. La gloire et la fortune ont une odeur enivrante, et le Romulien était proche de l'intoxication quand il reprit la parole.
La survie de mon peuple est mon premier devoir, annonça-t-il pompeusement.
- Bien sûr, monsieur, répondit Jim en se retenant de sourire.
- Si vous téléportez S’Taron à notre bord, nous pourrons passer aux négociations.
- Je ne crois pas. Notre équipe médicale a besoin des connaissances du commander...
- C’est exact, coupa McCoy. Nous avons isolé la mutation du virus et nous effectuons des tests pour la mise au point d’un nouveau vaccin et d’un sérum.
- De plus, ajouta Kirk, le commander a un rôle important à jouer. Les Canarans ont accepté S’Taron comme envoyé des Romuliens.
Le Praetor regarda le bout de son long nez élégant. Ainsi, S’Taron ne pourrait pas servir de bouc émissaire. Mais il réussirait toujours à s’emparer de sa gloire - il lui en resterait juste assez pour sauver sa vie, C'était plus qu’il ne méritait ! Le Praetor laissa le silence se prolonger. Sa voix, quand il reprit enfin la parole, était hautaine, et quelque peu ennuyée.
- Nous donnons notre autorisation, annonça-t-il royalement.
Kirk sourit.
- Bien ! Les négociations pourront commencer immédiatement. Le commander va vous informer de tous les détails.

* * * * *

Le capitaine recula pour laisser sa place à S’Taron.
- Il semble que vous ayez réussi à éviter un désastre, capitaine, dit Spock, derrière son épaule.
- Croisez les doigts, répondit Kirk.
Le Vulcain pencha la tête pour réfléchir.
- Quel effet peuvent produire des doigts croisés ? Je ne savais pas que les humains possédaient des capacités extraordinaires...
Kirk, libéré de la tension de la situation, se mit à rire.
- Vous êtes bien le seul, Spock, répondit McCoy.

CHAPITRE XIV

S'Takkr, officier scientifique du vaisseau romulien Aigle, se frotta le front du dos de la main. Il se savait malade, mais il n’avait pas de temps à consacrer aux misères de la chair. Sans ses connaissances, L’équipe de quart serait sévèrement handicapée. L’équipage était déjà loin d’être complet - beaucoup moins, en tout cas, que ceux des navires qui avaient suivi le Praetor. A présent, il s’occupait à la fois de son poste scientifique et de la console de l'armement spécial.
S'Takkr secoua la tête pour s’éclaircir les idées et sentit ses jambes se dérober sous lui. Son casque intégral t’étouffait. Il se sentait serré et il n’arrivait pas à respirer. En désespoir de cause, règlement ou pas règlement, il l’arracha. Il inspira profondément tout en forçant son regard à lire les senseurs. Il cligna des yeux pour les obliger à se concentrer sur les écrans. Les graphiques fluctuants de l’ordinateur l’hypnotisaient presque, et il savait qu’il menait une bataille sans espoir. Il ouvrit la bouche pour demander de l’aide, mais il ne réussit pas à émettre de son. Ses yeux se révulsèrent et il s’effondra sur la console.
- Capitaine ! cria un technicien. Un homme à terre.
Le capitaine romulien grommela un juron.
- Enlevez-le !
Le cadavre de l’officier scientifique fut soulevé en douceur. Ses mains sans vie frôlèrent des touches en glissant sur la console. Un de ses doigt tira sur un levier orange, mais personne ne s’en aperçut.

* * * * *

- Capitaine ! Le bouclier d’invisibilité !
L’exclamation d’Arviela arracha Garson à sa rêverie. Ses yeux se posèrent sur l’écran juste à temps pour voir le dernier vaisseau romulien disparaître.
- Situation du vaisseau ?
- Nos boucliers ont été activés.
- Ouvrez une fréquence avec le reste de la flotte !
- Une trajectoire dans la zone neutre est en train d’être calculée ! s’exclama le navigateur.
- Vous êtes en ligne, monsieur.
- Ici Garson du Potemkin. Vous connaissez tous maintenant les tenants et aboutissants de la situation. Aucun vaisseau de ce détachement n’entrera dans la zone neutre sans mon ordre. Si le Potemkin s’avance dans la direction de la zone neutre, tous les vaisseaux devront lui bloquer le chemin. Si cela ne suffit pas, vous avez l’autorisation de tirer. Arrêtez-le par tous les moyens possibles.
Garson indiqua qu'il s'agissait de la fin de la transmission d’un revers de main.
- Appelez Iota.
Iota était tassé sur son siège. Il se concentrait sur la trajectoire qui le mènerait à la dernière position connue des vaisseaux romuliens.
- Abandonnez, amiral !
- Ils ont activé le bouclier d’invisibilité. il est clair qu’ils vont passer à l’attaque ! Je veux arriver le premier !
L’amiral appuya sur un bouton.
- Puissance d’impulsion à la moitié..., murmura le pilote.
- Cette fois-ci, je tiens tous les atouts, amiral, dit Garson.
L’arrogance de Iota se changea en incrédulité lorsqu’il vit le détachement de la Fédération se mettre en formation face au Potemkin. Ses senseurs lui apprirent que les boucliers étaient tous levés.
- Échec et mat, amiral.
- Qu’est-ce que ça veut dire
- Si vous tentez de conduire le Potemkin dans la zone neutre, le reste de la flotte nous détruira.
- Les Romuliens attaquent !
- Nous n’interviendrons pas.
- Vous bluffez !
- Vous voulez parier ? dit froidement Garson.
Iota hésita, puis appuya sur un autre bouton. Le vaisseau s’immobilisa.
- Après tout, je vous ai donné vingt-quatre heures. Il en reste huit, dit l’amiral. Après cela, je n'hésiterai pas à utiliser les instrumente à ma disposition. Cette discussion est terminée.
Garson se leva de son fauteuil et commença à arpenter la passerelle. Son front habituellement lisse était barré de rides. Il était dans une impasse.

* * * * *

- Comment !
Tiercellus bondit sur ses pieds avec l’agilité d’un acrobate de vingt ans et il le regretta aussitôt. Mais il était trop préoccupé pour s’inquiéter du point de côté qui le faisait souffrir.
- Comme je viens de vous le dire, monsieur, le bouclier d’invisibilité de l'Aigle a été activé par inadvertance. Comme il s’agit de votre vaisseau, les autres commandants ont pensé qu’ils devaient vous imiter...
- Et les navires de la Fédération
- L’un d’entre eux a commencé à approcher de la zone neutre, mais les autres l’en ont empêché.
- C’est plutôt inhabituel. Désactivez le bouclier, et dites aux autres de faire de même, Il n’est pas encore temps de combattre nos ennemis. Nous sommes l’assurance du Praetor. Nous ne devons jamais l’oublier, et être prêta à l’aider en cas de besoin.
- J’obéis, répondit le capitaine de l’Aigle.
Tiercellus passa une tunique en faisant attention à son côté droit. Il prit une bouteille, une fiole et un verre dans un placard et se versa une bonne dose de bière. Elle réussirait à couvrir le goût désagréable du médicament. Il fit doucement tomber trois gouttes d’un liquide rouge dans la bière, leva le verre et mélangea la mixture d’un geste circulaire de la main. La boisson prit une couleur pourpre aussi riche que le bord du manteau du Praetor, aussi royale que l’héritage de la tradition romulienne. Il la but d un trait et prit la direction de la passerelle.
Ses mouvements étaient plus sûrs et plus décidés. Ses pas retrouvaient une vigueur perdue depuis des années. Il ne survivrait pas à cette mission, mais il avait accepté son destin. Pourtant, il choisirait lui-même le moment de sa mort !
Quand il entra sur la passerelle de l’Aigle, le capitaine lui céda la place avec une hâte obséquieuse. Autrefois, Tiercellus aurait refusé cette politesse. mais pas à présent. Il sombra dans le confort du fauteuil de commandement en adressant un hochement de tête gracieux au capitaine.
- Appelez le maître d’armes Hexce sur la passerelle, dit-il a l’officier des communications. Et j’aimerais aussi parler au capitaine du Potemkin. Nous essayerons de comprendre pourquoi il a attaqué sa propre flotte.
Hexce arriva sur la passerelle. Il lui suffit d’un regard pour deviner l’état de son commander. Il vint se placer discrètement derrière le fauteuil.
- Vaisseau de la Fédération Potemkin, le commander suprême de la flotte désire parler à votre capitaine ! Répondez !
- Eh bien, Tiercellus, vous vous décidez à vous montrer.
L’accusation implicite de lâcheté laissa le vieux soldat imperturbable.
- Si j'étais vous, capitaine, je m’adresserais plus diplomatiquement à un adversaire supérieur.
- Je ne vois aucune preuve de votre supériorité, monsieur. Simplement un certain penchant pour la tromperie et la ruse.
- Au moins, j’arrive à contrôler mes forces !
- Et pas moi ? demanda Garson.
Son bluff était énorme.
- Est-ce une procédure normale pour un vaisseau de la Fédération que d’en attaquer un autre ? J’ai toujours pensé que la mutinerie n’était pas inscrite dans les règlements. Peut-être est-ce un préjugé romulien ?
Garson eut un petit rire.
- Cela vous a fait sortir de votre cachette, n’est-ce pas ?
- Vos actions ne déterminent en rien les miennes, lui rétorqua Tiercellus.
Le rire de Garson résonna à nouveau.
- Je suggère, monsieur, que votre flotte se retire vraiment, cette fois - de cette zone. Votre présence ici est une perte de temps, et pour vous, et cour moi.
- C’est possible, capitaine, mais l’Empire Romulien n'agit pas pour complaire à la Fédération. Vous vous rendrez maintenant ou plus tard... d’une façon beaucoup moins... (il marqua une pause, les yeux amusés) ... agréable. Le choix vous appartient
Tiercellus coupa les communications et s’enfonça dans le fauteuil de commandement. Il voulut se détendre, mais Hexce remarqua la rapidité du pouls du commander. Les veines saillantes du dos de ses mains battaient follement.
- Je vais avoir besoin de vous, Hexce, dit Tiercellus. Et bientôt !

* * * * *

Garson soupira de soulagement.
- C’était limite, monsieur.
Il répondit au commentaire d’Arviela par un hochement de tête.
- Trop. Nous devons réussir à expulser ce cinglé de la salle de contrôle auxiliaire.
- J’ai cherché tous les moyens possibles de le faire sortir, mais en vain, expliqua l'officier scientifique du Potemkin. Il pourrait y rester éternellement barricadé. Rien ne peut le toucher eu dehors de la destruction complète du vaisseau.
- Ne pouvons-nous pas gazer le compartiment avec un tranquillisant ou quelque chose de ce genre ?
- Pas sans qu’il le sache. C’est là le problème, monsieur. Tout ce qu’on peut faire sera détecté.
Garson réfléchit au risque et le trouva trop important. Quoi qu’ils utilisent, Iota pourrait agir avant de perdre conscience, et cette action pourrait provoquer la guerre. Dans son coeur, Garson savait qu’il sacrifierait le Potemkin et son équipage pour l'empêcher.
- Alors, il ne nous reste que le facteur humain.
Mais Garson n’entretenait pas beaucoup d’espoir. Tenter d’atteindre les bribes de santé mentale qui erraient dans les corridors tordus de l’esprit de Iota allait être difficile. De plus, la psychologie n’était pas son fort. Sain d’esprit, Iota avait une personnalité renfermée; fou, il était une charge d’explosif attendant la détonation. Il avait peut-être une prédilection pour le désastre. Pourtant, Poppaelia semblait penser qu’il y avait des chances de le raisonner.
- Il y a une chose, monsieur, dit Arviela.
- Oui, lieutenant ?
- Il ne veut pas mourir Il a reculé quand le reste de la flotte lui a barré la route. Peut-être que s’il avait une bonne excuse pour abandonner...
- Je vois où vous voulez en venir.
- Un message, monsieur, annonça le commander Yellowhorse, des communications. C’est l’amiral Poppaelia.
- Passez-le sur l’écran.
Le visage de cuir de Poppaelia était positivement rayonnant et le coeur de Garson se réjouit pour la première fois depuis des heures. L'amiral annonça la nouvelle sans préliminaire:
- Garson, nous avons reçu des nouvelles de Kirk ! Il s’est arrangé pour qu’une trêve permette des négociations entre les Romuliens et la Fédération Il n’y aura pas la guerre. Voilà qui devrait vous soulager !
- Ce sont de bonnes nouvelles, amiral. De très bonnes nouvelles, en fait. Et en ce qui nous concerne ?
- Vous êtes face à l’arrière-garde romulienne.
- Je ne pense pas que la trêve modifie la situation.
- Non.
- Vous ne pourriez pas leur demander de se retirer ?
- Nous avons déjà essayé, Garson. ils ne bougeront pas. Le Praetor a bien insisté sur ce point. Et puisqu’ils n’ont pas franchi la zone neutre, il n’y a rien que nous puissions faire.
- Je comprends, amiral.
- Arrêtez de vous inquiéter, Garson. Nous avons réussi à empêcher la guerre.
- Peut-être, murmura Garson pour lui-même avant d’ajouter: Je m’occupe de consolider les choses ici. A part nos... difficultés personnelles... tout est calme.
- C’est satisfaisant. Faites-moi savoir si vous avez besoin d’aide. Et tenez-moi au courant de tout changement. Poppaelia, terminé.
Garson fit un signe de tête à Yellowhorse.
- L’amiral Iota, monsieur.
- Bonnes nouvelles, amiral.
Le capitaine, tenta de faire passer autant de confiance que possible dans sa voix.
- La crise romulienne est résolue. La paix vient d’être signée.
- J’ai entendu.
- Alors, vous savez qu’il n’y a plus de raison de fomenter une agression contre les Romuliens.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Ils ne se sont pas retirés. Il n’y a pas de paix.
- Ne me dites pas que vous ne croyez pas l’amiral Poppaelia ?
- Bah ! Ce coeur tendre ? Il mentirait si cela lui permettait d’éviter un combat honnête. En fait, il a menti.
- Que voulez-vous dire, amiral ?
- Abandonnez tant que vous le pouvez, Garson. Vous savez aussi bien que moi que Kirk est mort. Vous me surprenez, Garson. Je ne suis pas si facile à duper.
Le capitaine parla doucement en essayant de faire entrer chaque mot dans l’esprit de Iota:
- James Kirk n’est pas mort. Il a négocié la entre la Fédération et l’Empire Romulien. Il n'y a aucune raison de déclarer les hostilités.
- Ne me faites pas rire, Garson. Vous ne m’impressionnez pas avec vos ruses infantiles. Et vous ne me priverez pas des récompenses de mes actes. Il ne vous reste plus que deux heures pour négocier. Je vous conseille de bien les utiliser. Iota, terminé.
Garson s'appuya lourdement sur la console de pilotage. Il devait y avoir que que part une clef pour verrouiller l’esprit de Iota. La confiance de L’homme en son propre jugement devait être brisée. il était clair qu il avait besoin d’une preuve, peu en importait la source. Garson reconnut qu’il avait été idiot de ne pas s’en être aperçu plus tôt. il s’était tout bonnement attendu à ce que la nouvelle de la réussite de Kirk suffise à faire changer Iota d’avis. Ce n’était pas le cas. Les rumeurs ne suffiraient pas. Iota devait prendre les choses par lui-même, ou il refuserait croire. En tant qu’expert en espionnage, il devait être submergé d’opinions fausses et conflictuelles, et il n’avait confiance qu’en des faits solides. Garson sentit qu’il venait de jouer sa dernière carte. La destruction du Potemkin commença à lui paraître inévitable.

* * * * *

S’Taron inspecta avec une insatisfaction proche de la colère les quartiers confortables, mais froids, qu’il occupait. Il n'avait aucune raison de se plaindre Je la manière dont on le traitait. Il était respecté et tout le monde se montrait courtois envers lui.
Il était vrai que lui et son équipage étaient toujours virtuellement prisonniers de là Fédération, toutefois, il devait l’avouer, c’était autant pour sa protection que pour servir d’arme contre l’Empire. Les gardes de la sécurité étaient ses compagnons constants, mais il en avait l’habitude.
Il jeta un nouveau coup d’œil à son appartement. il disposait de toutes les commodités, cependant n’avait aucune personnalité. Le seul mobilier hors normes était un communicateur subspatial longue distance, en fréquence directe avec le Praetor, et un écran portable disposant d’une collection d’enregistrements, prêtés par Spock. Pourtant, S’Taron se sentait chez lui ! C’était cela qui le mettait en rage.
Il réfléchit à sa réaction. Cette chambre anonyme lui paraissait confortable. Avait-il toujours vécu dans un tel anonymat ? Était-ce sa faute ? Il n’en savait rien. Il savait seulement qu’il venait de s’en apercevoir. L’amour de S’Tarleya, même s’il n’en avait été que peu de temps conscient, l’avait éveillé, et il se rendait maintenant compte de l’étroitesse de sa vie. Il avait découvert, après tout, que sa carrière ne lui suffisait plus. Pour la première fois, le sens du devoir était une défense inadéquate contre la solitude.
- Je vois que je vous dérange, commander.
Spock, l’officier en second de l'Enterprise, se tenait dans l’entrée. Il portait quelque chose dans les mains. S’Taron fut surpris, mais heureux de cette interruption.
- Au contraire, j’apprécie votre présence. Je trouve mes pensées désagréables.
- C'est un inconvénient. Elles sont vos compagnes de tous les jours.
- Ma mauvaise humeur me fait oublier les bonnes manières. Merci de votre prévenance, dit-il en montrant la pile d’enregistrements.
- Je suis conscient des effets que peut avoir l’ennui. C’est un désordre particulièrement néfaste pour les humains.
- Les humains sont imprévisibles. Votre capitaine et votre médecin en sont les dignes représentants.
- Ils sont une source continuelle d’intérêt. Cependant, je ne suis pas venu pour parler du capitaine Kirk.
S’Taron faillit sourire de la remarque de Spock et de son désir incorrigible d’amasser des informations sur un adversaire redoutable.
- Alors, quelle en est la raison ? Je croyais que nos deux peuples avaient trouvé un terrain d'entente.
- Je ne viens pas du fait de mes fonctions d’officier de Starfleet, mais en ma qualité de cousin éloigné.
Ce disant, il posa une superbe sculpture sur la table, devant S’Taron. L’oiseau de proie stylisé fit un effet profond au Romulien. Spock vit les yeux de S’Taron s’assombrir, et il remarqua la tristesse qu’ils exprimaient.
- Nous l’avons trouvé dans les effets personnels de S’Tarleya. Le docteur McCoy m’a dit qu’elle avait demandé qu’on vous la donne, commander.
L’intrusion d’un étranger dans la vie privée de S’Tarleya offensa S’Taron. Puis il reconnut qu’il était nécessaire de fouiller les effets personnels d’un prisonnier. Il savait qu’il aurait été moins généreux, qu’il les aurait confisqués. Il ne faisait aucun doute que le t’liss avait été inspecté pour découvrir s’il contenait des instruments d’évasion ou de sabotage. Que S’Tarleya ait réussi à sauver cet objet toucha profondément le Romulien. C’était un cadeau sans prix de sa part, qui incarnait l’idéal austère du guerrier.
Spock passa le doigt sur le bois satiné avec une appréciation à laquelle S’Taron ne s’était pas attendue:
- C’est un objet magnifique, commander.
- Oui, et d’une rareté que je n’avais pas comprise auparavant.
Le Romulien parlait d’une chose bien plus précieuse qu'une œuvre d’art, et Spock se surprit à regretter les barrières politiques et idéologiques qui étaient érigées entre eux. Pourtant, pour quelques heures encore, les Romuliens, les Vulcains et les Terriens avaient réussi à accepter leurs différences et à combiner leurs énergies pour empêcher une guerre et étouffer la maladie. Peut-être était-ce un début ?

* * * * *

L’officier des communications romulien pivota sur son siège, le regard incrédule.
- Monsieur ! Un message du Praetor ! Ils ont déclaré.... la paix !
Tiercellus se redressa dans un dernier effort et se pencha:
- Des détails.
- Son Excellence la plus glorieuse... (Tiercellus grimaça) a déclaré la paix entre l’Empire Romulien et la Fédération des Planètes Unies... Nous avons obtenu suffisamment de produit pour enrayer la peste.
- Il semble, mon ami, que nous n’allons pas mourir sur le champ de bataille.
Hexce lui sourit.
- On ne nous accorde même pas cet honneur.
- Nos ordres sont de ne pas bouger et de maintenir notre position aux abords de la zone neutre. La flotte du Praetor viendra nous retrouver lorsque les négociations seront terminées.
Tiercellus s’enfonça dans son fauteuil. Il n’avait plus de raison de vivre, et pourtant, Hexce voyait à quel point il s’accrochait à la vie. Submergé par la souffrance, il utilisait ses dernière forces pour la réduire.
- La crise se termine, Hexce, et je trépasse, dit doucement le commander.
Ses mains étaient agrippées aux accoudoirs du fauteuil, et sa respiration devint rapide et saccadée.
- Non !
La voix de Hexce, basse et cassée, surprit Tiercellus. Leur camaraderie était plus profonde qu’il ne s’en était aperçu. La tristesse et la protestation que renfermait la voix de l’ingénieur réchauffa le coeur du vieil homme alors que le linceul de la mort se refermait sur lui.
- Rappelez-vous votre promesse, Hexce.
- Je tiendrai mon serment jusqu’à la mort.
Tiercellus leva une main et il saisit l’avant-bras d’Hexce pour un dernier salut.
- Nous nous reverrons, Hexce, sur cette île réservée aux anciens camarades et aux ennemis respectés. Je vous attendrai, mon ami, murmura Tiercellus.
Ce furent ses derniers mots.
L’aigle de l’Empire Romulien venait de mourir.
Hexce sentit la prise de son commander se relâcher. Le visage figé en un masque de tristesse, il se prépara à la tâche ordonnée par Tiercellus. Il regarda le capitaine et l'équipage.
- Je pensais qu'il vivrait pour l’éternité, murmura le capitaine.
Hexce, conscient du vide qu’il sentait dans son coeur, fut rapide à le reconnaître dans celui d’un autre. Tiercellus ne s’était pas trompé. On avait besoin de lui.
- Capitaine, si vous vérifiez le testament de Tiercellus, vous venez que je suis maintenant au commandement de ce détachement. Je sais que ma promotion est quelque peu irrégulière, mais elle est en parfait accord avec les désirs du commander suprême. Son corps doit être préparé pour les funérailles, avec l’égard dû à son rang.
Le capitaine fit passer l’ordre, et Hexce suivit du regard le corps de Tiercellus, emporté par deux infirmiers. Ses yeux perçants étincelèrent lorsqu’il remarqua l’indifférence totale d’un des hommes, et il jura de lui apprendre vigoureusement le respect des morts.
Le capitaine romulien se retourna vers Hexce et le salua. Bien qu’il eût adopté l’attitude correcte, il était clair qu’il n’appréciait pas de devoir accepter les ordres d’un ingénieur qui, quelques instants plus tôt, était son inférieur dans la chaine de commandement.
Mais il était tout aussi clair qu’il ne pouvait pas discuter les ordres posthumes de Tiercellus. Hexce ne prêta aucune attention à l’arrogance du capitaine. Comme son ancien commander, il n’avait que peu à perdre.
- Eh bien, capitaine, nos ordres sont clairs. Nous attendons le Praetor. Si vous avez besoin de moi, je serai dans la salle des machines, où ma présence est nécessaire.
Hexce marqua une pause, certain que le capitaine ne l’écoutait pas. Puis il fit claquer sa voix comme un fouet doté d’une terrible précision:
- Souvenez-vous, capitaine, nous maintenons la trêve. Bien que désirant mourir au combat, Tiercellus savait que ses préférences n’avaient aucune importance face à la préservation de l’Empire. Il sera votre exemple... Vous attendrez mes ordres !
L’inattention de l’officier disparut sur-le-champ..
- J’entends et j’obéis.
La sincérité sous-jacente de sa voix fit sourire Race. Le maître d’armes avait du caractère, et le capitaine le savait.

CHAPITRE XV

L’amiral Iota était en train de passer en revue le fonctionnement bien huilé du contrôle auxiliaire avec l’orgueil du propriétaire. Il s’autorisa à apprécier la puissance concentrée au bout de ses doigts. Tout avait été si bien conçu qu’on pouvait avoir l’illusion qu’un seul homme suffisait pour diriger le vaisseau. Il vérifia mentalement les postes vitaux du navire: les communications, le pilotage, la navigation, la salie des machines, le mini-centre informatique-sciences... et l’armement.
L’armement ! C’était là que résidait la véritable puissance du vaisseau - et non dans les moteurs à distorsion. Son pouvoir, c’était de détruire l’ennemi. Entre les phasers et les torpilles à photons, le potentiel de destruction du Potemkin était considérable. Peu de choses pouvaient lui résister. Iota caressa le pupitre de commande des phasers en pensant aux conquêtes passées et à la longue tradition héroïque de la Terre. Il appartenait à cette tradition; des hommes comme Garson et Kirk ne le comprendraient jamais. Ils avaient toujours cru qu’un commandement actif était le signe d’une supériorité de caractère. Que Poppaelia lui avait-li dit ? Que son talent avait toujours servi à résoudre des « affaires internes ». Il lui montrerait ; il leur montrerait à tous ! Les grands dieux de Starfleet étaient aveugle à la menace romulienne. Ils seraient certainement surpris dans leurs fauteuils quand le quartier général sauterait. Lui était d’une autre trempe. Il allait enfin leur montrer ce qu’était un véritable homme d’action ! Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres.
Il se pencha sur la. console d’armement, les yeux rivés sur l’horloge placée devant lui. Un de ses doigts était arrêté au-dessus de la commande des torpilles à photons , pointé sur le bouton marqué « feu ». Dans quelques instants, la journée de grâce qu’il avait accordée à Garson serait terminée. Le regard de Iota ne quitta pas les chiffres qui défilaient sur l’horloge pendant qu’il commençait silencieusement son compte à rebours. La fièvre montait à mesure que les secondes passaient.
- Cinq, quatre, trois, deux, un !
Ses yeux s’embrasèrent quand il appuya sur le bouton.

* * * * *

L’éclairage diffus de la cabine du capitaine avait pour fonction de simuler la nuit. Il projetait des ombres noires et veloutées sur les murs et conférait une aura de paix à la pièce. Une cloison grillagée jetait son dessin géométrique sur le lit où reposait James Kirk. Il rattrapait un sommeil bien mérité. Ses mains étaient jointes sur son estomac et une de ses jambes était repliée. Chaque centimètre de sa silhouette musclée reflétait la tranquillité. Il avait les yeux fermés et sa respiration était profonde, mais il ne dormait pas. Tous ses sens étaient en éveil. Jim trouvait une oasis verte, vide de responsabilité, dans cet état de repos mental obtenu par des méthodes de concentration et de relaxation.
Il entendait tous les sans. Le vaisseau ronronnait autour de lui, et cette douce vibration était amplifiée par sa réceptivité. Elle résonnait dans ses muscles et dans ses os, et sa pulsation devenait sienne. li repensa un court instant à ce qu’avait dit l’ordinateur : il était lié à l'Enterprise. Kirk dut admettre que, par certains côtés, Comtesse n’avait pas tort, bien que ce lien se plaçât à un niveau différent... Il s’agissait plutôt de l'amour d’un concept.
Les pensées erraient dans son esprit comme un enfant dans un jardin, susceptibles de changer sous la moindre impulsion, Il les retourna dans tous les sens, par simple curiosité, et s’en émerveilla. Mais la perception aigus de son cerveau conscient était endormie. Comme par un après-midi d’été hors du temps, elle avait succombé à l’indolence. Jim ouvrit son esprit à cette paix chaleureuse et s’y abandonna.
- Capitaine Kirk.
Son nom frôla le. frontières de ses pensées et il fut immédiatement en alerte. Il ouvrit les yeux et, d’un mouvement fluide, se leva et tendit la main vers l'intercom.
- Kirk à l’inter.
- Capitaine, j'ai un message de l’amiral Poppaelia, dit Uhura. Il demande à ce que vous l’écoutiez sur la passerelle.
- J’arrive.
Un frisson glacé parcourut les omoplates du capitaine, mais il n’y prêta aucune attention. Que pouvait-il donc arriver, maintenant que les négociations de paix étaient en cours ?
- Passerelle.
Son cerveau devint plus vif pendant son bref séjour dans l’ascenseur. Quand il arriva sur la passerelle, il la trouva d’abord sereine, mais les yeux d’Uhura reflétaient son inquiétude. Kirk lui adressa un signe de tête.
- Passez-le sur l’écran principal, lieutenant.
- Bien, monsieur.
- Amiral.
- Je suis l’oiseau de mauvais augure, capitaine. Le Potemkin vient d'ouvrir le feu sur le détachement romulien, aux abords de la zone neutre.
- Comment ! ? !
- Vous m’avez bien entendu, capitaine.
- Mais qu’est-ce qui a pris à Garson ? A-t-il été provoqué ?
- Ce n’est pas la faute du capitaine Garson. L’amiral Iota s’est emparé du contrôle auxiliaire, et il a ouvert le feu sur l'ennemi. Votre situation est des plus graves. Je vous recommande de vous replier le plus tôt possible.
- Amiral, pourquoi la flotte romulienne n’a-t-elle pas réagi ? Elle n a pas bougé.
- Jusqu’à présent, aucun tir n’a fait mouche. Garson a contacté les autres navires de son groupe, et ils protègent les Romuliens en bloquant le feu de Iota. Jusqu’à présent, cela a fonctionné, mais c’est une situation délicate. Tôt ou tard, une torpille va réussir à passer le barrage. De plus, Iota n’a utilisé jusqu’à présent que les torpilles à photons. S’il change de tactique et s’il emploie les phasers, il deviendra très rapidement impossible de l’arrêter.
- Capitaine, le coupa Uhura. Je reçois un appel du capitaine Garson. Il dit que c’est urgent.
Kirk se tourna à demi vers son officier des communications et Poppaelia remarqua sa distraction.
- Faites ce que je vous dis, Jim. Ne cherchez pas à trouver d’autres solutions. Sortez de là tant que vous le pouvez !
- Capitaine, annonça Sulu, trois vaisseaux romuliens viennent de prendre position autour de nous. Nous sommes cernés !
- Voilà qui résout notre dilemme ! Amiral, dit Kirk, il semble que la flotte romulienne soit au courant. Nous trouverons un moyen de noue en sortir ou...
Il laissa la phrase en suspens.
- Bonne chance, capitaine, répondit gentiment Poppaelia.
L'image de l’amiral disparut.
- Passez-moi Garson.
- Oui, monsieur, répondit Uhura.
- Jim !
- Oui, Mikel. Y a-t-il un moyen de se tirer de ce pétrin ?
- Je n’en sais rien. Peut-être. Jusqu’à présent, aucun des tirs de Iota n'a touché sa cible, et les Romuliens n’ont pas réagi. Une patience remarquable de leur part ! J’en suis quasiment réduit à ordonner la destruction du Potemkin. J'ai donné une heure à Iota pour nous rendre la salle de contrôle auxiliaire. S’il ne le fait pas, je n’aurai pas le choix. Et je n’ai pas beaucoup d’espoir... Il ne m'a jamais fait confiance. J'ai pensé que si vous lui parliez, vous qui êtes au coeur de la situation, il vous écouterait peut-être.
- Pensez-vous que je puisse le convaincre ?
- Je ne sais pas, Jim. Il est complètement obsédé par l’idée que les Romuliens sont nos ennemis. Il refuse de croire que nous avons trouvé une solution pacifique. Il pense que nous sommes tous des imbéciles,
- Qui croirait-il ?
- Sa propre équipe ? Il n’a jamais mentionné d’allégeance à autre chose que « la Fédération » et n'a jamais parlé d’amis ou de famille.
- Ne s’occupe-t-il pas de la section Espionnage, ou Contre-espionnage ? demanda Kirk.
- En effet.
- Il parle bien comme une barbouze, murmura Yellowhorse.
- L’amiral Iota est le directeur du secteur Espionnage de Starfleet, dit Spock. Il a contribué au développement d’un grand nombre d’appareils d’espionnage.
Les yeux de Kirk scintillèrent.
- Comme cette unité-senseur !
- Précisément, capitaine.
- Écoutez, Garson, annonça Jim. Il y a peut-être un moyen. Savez-vous si Iota est en contact avec son service ?
- Il porte un communicateur spécial au poignet... et à ma connaissance, il ne le quitte jamais.
- Alors je crois que nous pourrons l’avoir par la bande. Lieutenant Uhura, appelez S’Taron. Spock, activez l’unité-senseur.., et assures-vous qu’elle ne capte que des images mentales de coopération.
- Affirmatif, capitaine.
Le Vulcain tendit la main, dans la direction du coin de sa console informatique, puis glissa les doigt sur sa surface. Un sifflement aigu, uniquement audible pour les Vulcains, fut la seule preuve de la mise on service de l’unité-senseur. Spock leva les yeux et fit un signe de tête au capitaine.
- Bien !
Kirk prit une grande inspiration.
- S’Taron arrive-t-il, lieutenant Uhura ?
- Pas encore, monsieur... Le voilà, capitaine.
- Commander S’Taron, salua Kirk.
- Capitaine, que veut dire tout ceci ? Je viens d’apprendre qu'un vaisseau de la Fédération a ouvert le feu sur quatre de nos navires ! Je croyais que nous avions conclu un accord.,, A moins que les humains ne soient réellement parjures et malhonnêtes ? Répondez-moi, capitaine ! Vous êtes mort si je n’obtiens aucune explication.
Le regard de Jim se durcit, mais il contrôla sa colère. Si la situation était inversée, il réagirait connue S’Taron, et peut-être même avec moins de retenue.
- Commander est-il bien vrai qu’aucun tir n’a touché sa cible ?
- C’est vrai, concéda le Romulien.
- Bloqué par nos propres vaisseaux ?
S'Taron inclina la tête.
- Et ces mêmes vaisseaux se sont déployés devant vos navires, pour les protéger ?
- Oui.
- Alors, je vous prie de m’écouter, commander. La Fédération est victime d’une mutinerie. Le Potemkin est attaqué depuis l’intérieur.. Son capitaine a ordonné la destruction du vaisseau si le mutin refuse de se rendre. Si un seul tir touche sa cible, ce sera la guerre. Aucun d’entre nous ne désire en arriver là. Et je ne veux pas non plus que le Potemkin soit détruit.
- Que peut-on faire ?
- Parlez à vos supérieurs. Réussissez à les convaincre de nous accorder du temps. Nous avons des raisons de croire que nos communications sont surveillées par l’homme responsable de l’attaque. Il refuse l’idée que la Fédération et l’Empire Romulien travaillent de concert. Si nous lui montrons la vérité, nous pourrons peut-être le raisonner. M’aiderez-vous, commander ?
- Bien entendu. C’est dans mon intérêt, et dans celui de l’Empire. Sans le gran des Canarans, mon peuple mourra. Nous avons besoin de votre coopération, capitaine, et de celle de la Fédération. Le Praetor n’attaquera pas, à moins qu’un des nôtres ne soit touché, et il garantit votre sécurité tant que la guerre ne sera pas déclarée. J’en fait le serment.
- Merci, commander. Je n’en demande pas plus.
- Bonne chance, capitaine.
- Nous en avons tous besoin, commander, répondit Kirk au moment où le Romulien partait. Eh bien, monsieur Spock ?
- Cela devrait être efficace, capitaine... Si la communication a été écoutée.
- Et si elle a été transmise à Iota. Kirk se frotta les mains.
- Il ne nous reste plus qu’à attendre.

* * * * *

S’Taron descendit la coursive, furieux de la capacité du Praetor à le mettre en colère. Cet homme n’était qu’un égotiste pompeux et ampoulé, à qui on devrait préciser son importance mineure dans l’ordre des choses. Si seulement il n’était pas aussi dangereux... Il était étonnant de constater à quel point le rang et le pouvoir forçaient le respect, même quand il n’était pas mérité ! S’Taron avait dû le supplier pour disposer d’un peu de temps, et ce sac de vent obèse en avait profité ! Il avait eu un sourire adipeux et s’était vautra dans son pouvoir. L’humiliation devait en valoir la peine,pensa-t-il sauvagement. « La paix à tout prix », avait-il plus ou moins dit au capitaine terrien, mais certains prix étaient trop élevés: le respect de soi-même et la dignité. Que le vide emporte Kirk !
Une vague de frustration submergea le Romulien lorsqu’il pensa à son équivalent terrien. Kirk l’avait persuadé d’entrer dans son jeu parce qu’il savait qu’il n’aurait jamais réussi seul. Enfin, S'Taron avait eu le choix ! Il aurait pu refuser de coopérer, mais cela n’aurait rien résolu. Il avait souscrit au plan de Kirk parce que c’était la seule solution. Et l’humain était au moins un homme de principes. Le commander trouvait ironique qu’il lui soit plus facile de travailler avec ses ennemis qu’avec des gens de son peuple. S'Taron grommela dans sa barbe. Une fois de plus, il avait tissé les fils fragiles de la compréhension, Il n’était pas un adepte de la diplomatie, et pourtant, il se retrouvait englué dans sa toile visqueuse. Il haussa les épaules en oublient subterfuge et tromperie. Il désirait de l’action. Une fois la peste mise en échec, il demanderait un transfert dans les missions d’exploration des confins de l’espace romulien. Il ne doutait pas que le Praetor accéderait à sa requête.

* * * * *

Mikel Garson se tenait sur la passerelle du Potemkin. Son visage était blanc et tiré; et les muscles de sa mâchoire, contractés. Le stress était visible dans son regard et sur les lignes de sa bouche. Il ne doutait pas qu’il serait obligé de détruire le Potemkin. Le navire était devenu une prison volante, avec quatre cent trente hommes et femmes à bord. La manœuvre de Iota incluait la coupure d'alimentation des systèmes non nécessaires a - comme les téléporteurs - afin de concentrer plus d’énergie dans les circuits de l’armement. Garson ne désirait pas mourir et l’idée de sacrifier son équipage l’horrifiait. Tous s’étaient engagés en étant conscients des risques, mais, dans ce cas, le capitaine signait leur arrêt de mort. C’était un génocide, et il ne le supportait pas.
- Passez-moi l’amiral, et en visuel, cette fois.
Il essayerait encore une fois de faire entrer un peu de bon sens dans la tête de ce crétin !... Il essayerait jusqu’à son dernier souffle.
- Amiral Iota !
- Fiches-moi la paix, Garson.
Le ton suffisant de Iota réduisit à néant ses bonnes résolutions.
- Iota, vous êtes un imbécile ! Vous êtes en train de jeter la paix à la poubelle !
- Garson, vous me fatiguez. Et vous défiez mon autorité. Je ne l’oublierai pas quand tout sera fini !
- Vous n’aurez pas cette chance. Ce vaisseau sera détruit dans... douze minutes point quarante-deux.
- Bah ! Vous bluffez. Vous n’en auriez pas le courage. Maintenant, laissez-moi seul avant que...
La voix de l’amiral s’étrangla au moment où il entendit un sifflement intermittent. Il pressa un bouton sur son communicateur secret.
- Qu’y a-t-il ? demanda Iota.
- Amiral, vous devriez écoutez ça.... Je crois que nous nous sommes trompé., dit une voix lointaine.
- Passez-moi la communication.
L’amiral se pencha pour écouter le communiqué et le coeur du capitaine Garson fit un bond. Kirk ! Il pria pour qu’un miracle se produise Le temps était suspendu..., c’était interminable. La chevelure argentée de l’amiral luisait sous l’éclairage, la ligne rude de son profil demeurait impassible, ses larges épaules retombaient sous l’effet de la fatigue. Sa tête s’inclina de plus en plus. Aux yeux plein d’espoir du capitaine, l'allure de Iota annonçait sa défaite. L’amiral releva la tête et se détourna.
- Vous avez gagné, capitaine, dit-il d’une voix étranglée. Il semble que j’avais tort.
Garson contrôla le tremblement de sa voix
- Amiral, vous devrez permettre à la sécurité de vous escorter jusqu’à vos quartiers.
Iota ne dit rien, mais il fit un signe de tête. Garson se tourna vers un de ses officiers, ses yeux gris pétillaient de victoire.
- Enseigne Heery, annulez l’ordre de destruction.
- Oui, monsieur !
Le sourire de Heery était symptomatique du soulagement qui envahissait la passerelle.
- Commander Yellowhorse, appelez Tiercellus. L’officier de. communications leva les yeux de sa console.
- Monsieur, les Romuliens disent que la flotte se trouve maintenant sous le commandement d’un certain Hexce. Je vous le passe sur l’écran principal.
- Ici le Potemkin, dit Garson. Nous contrôlons la situation. Je répète, nous avons repris le contrôle.
- Je suis heureux de l’apprendre, capitaine. Ce sont les ordres du Praetor qui vous ont sauvés, répondit Hexce.
- Votre discipline est remarquable, monsieur.
- J’avais de plus en plus de mal à retenir mes hommes.
- Vous n’en avez plus besoin. Bien que je reconnaisse ma dette envers vous, je me permets de vous dire que la patience de la Fédération a été votre alliée.
- A regret, je reconnais que vous dites la vérité Nous maintiendrons la trêve.
- Nous aussi.
Hexce accorda ensuite à l’humain la faveur d’un salut, pour indiquer la fin de la communication, du moins en ce qui le concernait. L’image sur l’écran fut remplacée par le panorama des quatre vaisseaux ennemis.
Le capitaine Garson s’effondra sur son fauteuil de commandement.
- Cardez la position.
- Bien, monsieur.
Garson ferma les yeux. C’est enfin fini ! Si ce n’est pas la fin, qu’on ne me le dise pas ! Il laissa son esprit dériver à la recherche de l'endroit idéal où passer un congé.

* * * * *

Le stylus de Romm Joramm traçait les courbes de l’écriture canaranne avec la facilité de l’habitude.
Journal : cinquième jour d'Esaan : Canara a surmonté une crise. Tout est terminé. Le danger était grand: nous courions le risque de disparaître... Mais si nous savons tirer profit de ce que nous avons vécu, j’ose dire que les bénéfices l'emportent sur les dangers. Pour la première fins, Canara a eu affaire à de véritables étranger: - des ennemis - et nous avons survécu. Nous avons eu de l’aide et des exemples, bons et mauvais.
En ce qui me concerne, je trouve difficile de considérer l’émissaire romulien S’Taron comme un ennemi. A l’inverse de son Praetor, il s’intéresse au sort d'autrui, et j’ai toujours trouvé difficile d’accepter qu’un individu disparaisse derrière un statut. Peut-être est-ce dû à un certain manque d'expérience et de sophistication de ma part ? Cela n’a aucune importance, je suis un vieil homme. Lorsque des esprits plus jeunes et plus souples porteront le fardeau du pouvoir. ils trouveront des réponses à des questions que je n’avait jamais rivé de poser un jour.
La moisson est pratiquement terminée, et la production d’un sérum est en cours, dans le laboratoire organisé par le docteur McCoy. Cela représente une évolution importante. Avec les réserves de gran dont nous disposons, il serait bénéfique d’établir des laboratoires plus grands et plus nombreux, pour fabriquer des médicaments ici, sur Canara. Le docteur McCoy et moi-même en avons discuté de manière approfondie, et il pense que le gran devrait être étudié avec plus d attention. Il a pris un échantillon pour effectuer des recherches personnelles, mais il croit que l’étude du gran nécessiterait l’attention complète d’un laboratoire pendant cinq ans l'imaginez: nous ne connaissons qu’un dixième du potentiel de cette céréale !
L’écriture trembla sous l’enthousiasme du vieil homme.
C’est un nouveau monde qui s’ouvre devant nous. Il est multiple et rempli de défis et de possibilités, mais pour en saisir les avantages, nous devrons domestiquer nos caractères impulsifs. J'ai failli détruire Canara par mon sens égoïste de l’honneur. Ce jeune homme saisissant, le capitaine Kirk, m’a donné un aperçu du futur de mon monde. Dans ses yeux, j’ai vu les possibilités sans limites qui s’ouvraient à notre jeune peuple. Nous avons tant à apprendre, mais je suis certain que nous réussirons. Il y a beaucoup à faire.
Joramm parapha le document et referma le journal. Il s’appuya contre le dossier de son siège et renversa la tête vers le ciel, bien qu’il sache que ni l'Enterprise. ni la flotte romulienne n’étaient visibles à l’œil nu. Ces jeunes hommes l’avaient exalté - ils étaient si intensément dévoués à leurs objectifs. Il avait été ainsi, autrefois. 11 se mit soudain à rire en se rendant compte qu’il l’était toujours. Eh bien, que la paix les suive, où qu’ils aillent ! Lui devait s’occuper de la moisson.

* * * * *

Journal de bord du capitaine: date stellaire 3130.4.
La crise romulienne est maintenant sous contrôle. Le commander S’Taron a conclu un accord avec les Canarans, et l'Empire Romulien a accepté d’acheter l’intégralité de leurs réserves de gran. Le docteur McCoy estime qu'une fois le sérum et le vaccin synthétisés, il y aura assez de médicaments pour enrayer l’épidémie de myrruthésie...
- Capitaine, l’interrompit Uhura. Le commander S’Taron désire vous parier.
- Merci, lieutenant, répondit Kirk. Écran principal.
L’image de S’Taron se matérialisa sur l'écran. Son profil se découpait clairement sur le rouge sombre de ses quartiers. Il était seul et, l’espace d’un instant, il sembla perdu dans ses pensées. Mais quand il se retourna, ses yeux fixèrent ceux de Kirk.
- Docteur McCoy, monsieur Spock..., capitaine.
- Commander, répondit Jim.
- Notre travail est pratiquement terminé. Bientôt, noue rentrerons chez nous et la coopération dont nous avons profité sera oubliée Nous serons à nouveau ennemis; la zone neutre formera un mur entre nous, et il n’y aura plus de place pour les affinités personnelles. James Kirk, vous et votre équipage avez non seulement contribué à empêcher une guerre et à sauver une civilisation de la peste, mais aussi renforcé ma position.
Kirk ouvrit la bouche pour répondre, mais S’Taron continua:
- Je crois, capitaine, que voue feriez un ami aussi valeureux que le redoutable adversaire que vous êtes. Quoi que les circonstances puissent exiger, j’ai une dette envers vous... Je m’en souviendrai, capitaine.
- Adieu, S’Taron, mon ami, répondit Jim.
Le regard du commander était plein de regret lorsque l'image s’évanouit de l’écran.
- C’est un sacré type, Jim, dit McCoy avec respect. Ses connaissances médicales sont phénoménales.
- Il est regrettable que nous appartenions à des campe ennemis, reconnut Spock. Le commander S’Taron a une personnalité remarquable. Quand je l’ai questionné au sujet de son vaisseau, il s’est contenté de répondre qu’il avait personnellement activé le mécanisme d’autodestruction à retardement avant de quitter le navire, et que la Fédération ne retrouverait que des débris microscopiques.
- Il s’intéresse uniquement au sort de son peuple, dit Kirk, tout comme nous. Pourtant, nous sommes ennemis. Il n’y a pas de logique, n’est-ce pas, Spock ?
- La guerre, dans toutes ses formes, n’est pas un processus logique, répondit le Vulcain.
- Non, dit le capitaine.
Il appuya sur l'interrupteur informatique pour terminer l’enregistrement du journal de bord interrompu par S’Taron.
Notre mission se termine avec succès et l’Enterprise quittera la zone dans approximativement quatre heures point vingt-trois, et se rendra à la base stellaire la plus proche pour effectuer des réparations sur l’ordinateur. Kirk, terminé.
- Enregistré, mon chéri, mon adoré, répondit l'ordinateur de sa voix la plus séduisante. Une nouvelle mission brillamment réussie par mon brave, mon loyal, mou valeureux...
Comtesse continua sa liste d’adjectifs tandis que le visage du capitaine s’assombrissait.
- Spock..., gémit-il.
Le Vulcain eut un léger sourire.
- Je suis désolé, capitaine, répondit-il sur un ton conciliant, mais le journal de bord est directement relié à la bibliothèque informatique, et je ne peux rien faire tant que l’ordinateur n’est pas reprogrammé...
Jim baissa la tête. Son front reposait sur la paume de sa main. Il était l’image même du désespoir et du découragement.
- ... noble, aimant, travailleur..., continua l’ordinateur.
Le capitaine se recroquevilla dans son fauteuil.
- Regardez le bon côté de la situation, Jim; c’est peut-être une machine, mais elle vous appartient corps et âme, pouffa McCoy.
- Vous lui avez dit que vous l’aimiez, capitaine, surenchérit Spock d’un air innocent.
Uhura se retourna d’un seul coup dans la direction de sa console, de façon à étouffer un éclat de rire. Sulu se retenait à grand-peine et Chekov dut placer sa main devant sa bouche. La passerelle demeura silencieuse jusqu’à ce qu’un gloussement s’échappe du fauteuil de commandement. Le gloussement devint un rire et toute la passerelle explosa.., sauf, bien sûr, M. Spock. Il observa la situation avec innocence et surprise..., sa propre version de l’humour.
- Pur, gentil et généreux, mon véritable amour, termina enfin l’ordinateur, totalement inconscient de l’effet qu’il produisait.
Un grand éclat de rire parcourut l’Entreprise.

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité