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Corona
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Corona.
Prologue

D’un bout à l’autre de l’horizon, le ciel était d’une luminosité pourpre égayée par des volutes d’un blanc laiteux et d'un vert brillant. T’Prylla sentait les graviers millénaires crisser sous ses bottes. C’était, avec sa respiration et les grésillements électroniques de son scaphandre, le seul bruit qu’elle percevait. Elle avait quitté la station pour se retrouver seule un moment, et pour observer le lever des nouveaux soleils, à peine âgés d’un an.
La Station Un était installée sur un planétoïde situé aux limites de la nébuleuse de l’Écrin Noir. L’équipage se composait de T’Prylla, de son mari Grake, de leurs deux enfants et de deux assistants scientifiques, Anauk et T’Kosa. Il y avait aussi trente volontaires en réserve - c’est-à-dire, en animation suspendue - dont les spécialités allaient de l’astrophysique à la médecine spatiale. T’Prylla avait été autrefois la physicienne la plus réputée de Vulcain, chose étonnante si l’on prenait en compte son jeune âge, à savoir soixante ans. Elle s’était attirée la désapprobation de l’Académie des Sciences de Vulcain en utilisant des méthodes peu orthodoxes d’analyse logique - des méthodes qui lui avaient valu des accusations d’hérésie, et l'avaient obligée à s’exiler avec sa famille pour éviter un affrontement encore plus pénible.
En définitive, elle était la seule responsable de tout ce qui s’était passé. Des découvertes avaient été faites - mais trop tard pour sauver les trente personnes en animation suspendue, dont l’état était maintenant proche de la mort. T’Prylla en savait plus sur les radiations Ybakra que n’importe quel savant - mais à quel prix! Et elle avait appris d’autres choses qu’elle n’aurait peut-être jamais l'occasion d’enseigner.
Quarante-huit heures auparavant, Crake avait envoyé dans l’espace le message qu’ils avaient préparé. Le couple avait délibérément caché la chose aux enfants. Jour après jour, ils devenaient plus forts, plus obstinés, contrôlés par une force que ni Grake, ni elle, ne comprenaient. Le pouvoir qu'ils exerçaient sur leurs parents et sur l’équipage était inquiétant, pour ne dire que cela. Si T’Prylla avait été humaine, elle aurait été au bord de la panique.
Mais ils ne pouvaient rien faire de plus. Dans dix ans, le message atteindrait une balise de la Fédération placée au-delà de la ceinture de radiations de la nébuleuse. La machine transmettrait alors le compte rendu de Grake et le rapport scientifique par des fr6quences subspatiales plus rapides. Et peu de temps après, peut-être...
Mais c’était trop espérer. Elle songea brièvement à son cousin éloigné, Spock, officier scientifique à bord d’un vaisseau de la Fédération. Que ferait-il dans une situation similaire? T’Prylla n’avait jamais eu l’occasion de mieux le connaître. En dépit de ses ancêtres humains, il lui avait toujours été cité en exemple de ce que devait être un Vulcain, et de ce à quoi il pouvait parvenir.
La lumière s’intensifia à l’horizon. L’astéroïde tournait inexorablement vers la source de leurs nouvelles connaissances, l’origine de leurs problèmes : les jeunes étoiles.
Elles apparurent une à une, boules de lumière rougeâtre aplaties aux pôles, aux bords diffus et irréguliers. Il s’agissait de triplés, nés de l’effondrement de la poussière et des gaz de la nébuleuse. La gravité avait attiré les trois soleils en orbites mutuelles et leur masse croissante se nourrissait de la fusion de l’hydrogène, au plus profond des enveloppes stellaires.
A la grande surprise des chercheurs, les dernières étapes de leur naissance - l’effondrement final pour former de véritables protoétoiles -, s’étaient déroulées en moins d’un mois. La théorie prédisait une période plus longue. La découverte d’anomalies importantes dans la masse subspatiale avait été tardive, et l’intensité des radiations Ybakra n’avait pas été pré. vue. Les interférences ainsi provoquées avaient complètement exclu toute communication subspatiale et la majeure partie des signaux radio-laser.
- Mère.
T’Prylla se retourna aussi rapidement que son scaphandre et la faible gravité le lui permettaient. Elle se retrouva face à son fils Radak. Il avait cinq ans, trop jeune encore pour passer le premier rite vulcain de maturité ka nifoor. Son visage reflétait la paix et la satisfaction.
- Mère, nous savons cc que Père a fait.
Radak fit signe à T’Prylla de le suivre, et ils rentrèrent à la Station Un de la nébuleuse de l’Écrin Noir. Il n’y aurait plus d’autres messages.
Et il n’y aurait pas de réponse avant au moins dix ans.

Chapitre I

Rowena Mason était douée sur place devant une des baies vitrées du transport de personnel. Elle avait passé sa vie sur Yalbo, une petite planète jaune orangé, plus connue pour ses spatiodocks et ses colonies minières que pour ses beautés naturelles. Pourtant, Yalbo, qui tournait lentement sur son orbite, représentait en cet instant la plus belle chose qu'elle ait jamais vue. Des colonies de nuages jaunes dérivaient au-dessus du massif minéral d’Erling ocre et rose, et projetaient des ombres couleur terre de Sienne sur les ruisselets et les vallées où sa famille travaillait depuis trois générations. Elle n’avait jamais quitté son monde auparavant, et les images holographiques n’étaient pas comparables à la réalité.
Le transport de personnel vira pour faire face à l’imposant spatiodock orbital, sorte de toile d’araignée métallique composée de fins supports cylindriques reliés par des poutres latérales. Les immenses rampes des projecteurs commençaient à s’éteindre et les équipes de dockers s’écartaient de l’USS-Enterprise. Mason s’était renseignée exhaustivement sur l’Enterprise après avoir reçu son affectation : c’était le premier vaisseau de classe Constitution équipé de moteurs à distorsion envoyé en mission de recherche et d’exploration. Il s’agissait certainement du navire le plus célèbre de l’Histoire humaine
Le gaillard d’arrière de l’Enterprise semblait être le seul endroit paisible du vaisseau. Les officiers et les hommes d’équipage avaient déjà embarqué, mais les provisions étaient encore en cours de déchargement dans le hangar des navettes, et l’on s’occupait des derniers préparatifs avant l’appareillage. Rowena Mason émergea du transport d’un pas mal assuré, puis elle emprunta le sas qui la conduirait enfin à l’Enterprise.
Aux limites du spatiodock, elle fut accueillie par l’officier de pont. C'était un sous-lieutenant au visage poupin qui, au grand soulagement de Mason, était humain Starfleet avait pour habitude de rassembler les humanoïdes respirant de l’oxygène dans le même équipage pour éviter d’installer des équipements supplémentaires sur les navires. Les espèces non humanoïdes étaient regroupées selon plusieurs catégories à bord de vaisseaux adaptés a leurs besoins. Rowena n’aurait pas pu rencontrer un Méduséen, par exemple (elle en voyait en cauchemar quand elle était petite), mais elle n’était pas sûre de sa réaction si elle devait faire face à un Vulcain ou à un Andorien, qui entraient dans les critères d’affectation de l’Enterprise. Elle fut heureuse de ce sursis.
Elle présenta ses papiers à l’officier, qui lui sourit avant de les passer sous l’appareil de contrôle qui occupait un côté de son pupitre.
- Permission de monter à bord ? demanda-t-elle sans être certaine du protocole à suivre.
- Permission accordée, madame Mason. Bienvenue à bord.
- Merci. J’aimerais que mon arrivée soit annoncée au Service d’informations de Starfleet le plus tôt possible. Et pourrai-je rencontrer l’intendant ?
- Heu... intendant ? Je suis désolé. Vous devez faire référence à l’usage de l’armée. Il n’y a pas d’intendant sur l’Enterprise. Les quartiers sont attribués par l’ordinateur de bord. Une escorte viendra à votre rencontre dans quelques minutes. Vous êtes un peu en retard.
- Je sais, répondit Mason.
Six heures auparavant, elle travaillait encore joyeusement sur son historique des approches de l’électrodynamique des quanta au XXII e siècle, sa thèse à la petite université des sciences humaines de Yalbo. Elle avait réussi un cursus difficile malgré son travail de reporter au SIS. Son père et sa mère n’avaient pas approuvé qu’elle poursuive ses études. Ils auraient préféré qu’elle devienne l’assistante de son père à la Société Unioniste des Pierres Rares. Mais Rowena avait décidé de continuer l’université, et ses parents avaient coupé les ponts avec elle. Elle s’était alors fait embaucher comme correspondante locale à temps partiel au Service d’Informations de Starfleet pour éviter l’humiliation de demander une bourse. Elle avait ensuite gravi les échelons et obtenu un poste à la rédaction, qui fit d’elle l’un des deux collaborateurs réguliers du bureau de Yalbo; l’autre étant son patron, un ex-terrassier, bourru et philosophe à ses heures, appelé Evanric.
Yalbo augmentait ses revenus miniers ( et préservait ainsi l’emploi de ses ingénieurs, toujours menacé) en servant de station de réparation et de chantier de construction pour la Fédération. L’arrivée de l’Enterprise en spatiodock, pour l’installation de nouveaux équipements, avait été un événement. Mason avait couvert tous les aspects possibles du sujet depuis la surface. Quand le SIS avait demandé à Evanric de l’envoyer en reportage loin de Yalbo, elle aurait pu refuser, mais elle était restée dans son coin, protégée et au calme, pendant trop longtemps... De plus, elle était reporter. Un reporter devait vivre au cœur de l’événement, et non plancher sur des thèses universitaires au beau milieu de nulle part. Si le SIS pensait que ses articles de feuille de choux étaient assez bons pour mériter une telle mission - et si elle était le seul journaliste clans le voisinage, à part Evanric, qui se jugeait lui-même trop vieux et trop ancré dans la routine -‘ comment pouvait-elfe refuser ?
- Il est possible qu’il y ait une certaine confusion au départ, madame Mason, dit l’officier de pont. Nous venons de passer vingt jours à effectuer des réparations et des rénovations. De nouvelles installations.
- C’est pourquoi je suis ici, répondit-elle.
- Pour nous coincer pendant que nous sommes vulnérables ?
Ah, l’esprit militaire craignant l’intrusion de la presse ! pensa-t-elle.
- Non, pour écrire un article sur les nouveaux moniteurs, pour observer les réactions de l’équipage... Le comportement de l’Enterprise.
Le sous-lieutenant lui sourit. Quelle discipline, pensa-t-elle sarcastiquement. Il ne montrait aucun signe d’intérêt viril envers cette addition à la population féminine du vaisseau. Il restait correct et poli dans tous les détails - à part, bien sûr, ce bref interrogatoire sur ses intentions.
- Madame Mason ? demanda une femme.
Il lui fallut quelques secondes pour reconnaitre son nom. Elle se demanda si elle penserait encore longtemps qu’on appelait sa mère. Rowena se retourna et vit avec surprise une femme splendide en uniforme rouge qui l’attendait dans l’ascenseur du gaillard d’arrière.
- Je suis le lieutenant Uhura, dit-elle en tendant la main. Officier des communications. Starfleet a considéré que, comme nous travaillerons ensemble, il serait aussi bien de partager nos quartiers.
Mason cligna des yeux. Elle ne s’étonnait plus que l’officier de pont soit resté de marbre devant ses charmes. Toutes les femmes de Starfleet étaient-elles aussi belles, exotiques et déprimantes pour la concurrence ?
- Le lieutenant Uhura sera votre escorte, madame Mason, expliqua le sous-lieutenant.
- Oui, je l’avais compris, merci.
Rowena serra la main de l’officier des communications et la suivit dans l’ascenseur.
- Mes bagages...
- Ils arrivent en baie des navettes, dit l’officier de pont. Nous nous occupons de tout.
- Je l’espère. Il y a deux enregistreurs mobiles du SIS, et s ils sont endommagés, il me faudra quatre ans de salaire pour les rembourser.
Comme les portes de l’ascenseur se fermaient, Uhura regarda Mason de la tête aux pieds. Son sourire semblait sincère, contrairement à celui de l’officier de pont.
- Vous allez faire un reportage sur les nouveaux moniteurs de l’Enterprise ?
- Entre autres. Je m’intéresse également au nouveau matériel médical.
- Il semble que le rodage sera délicat et qu'il prendra du temps... Si on nous en donne l’occasion ! Starfleet s’évertue à nous occuper, vous savez. La plupart de nos croisières d’entraînement et d’essais se sont transformées en dangereuses expéditions. Je ne vois aucune raison pour que ce soit différent cette fois.
- Je ne suis pas certaine d’être.prête à vivre une véritable aventure, admit Mason.
Elle pouvait se réjouir à l’avance d’un petit reportage effectué en toute sécurité - mais la vie parmi les ingénieurs miniers lui avait appris que l' aventure était synonyme de blessures graves et de mort.
- S’il y a une urgence, serais-je déposée sur une base stellaire ou un avant-poste ?
- Jamais de la vie ! Le capitaine s’assurera que vous demeuriez avec nous pendant toute l’opération. Si Starfleet veut des moniteurs, et si la Fédération demande une couverture de la presse, ils obtiendront les deux, et il ne clignera pas des yeux, ni ne se plaindra... Mais il ne les décevra pas ! Vous verrez. Vous pourriez écrire un livre uniquement sur le capitaine Kirk.
- On dirait que vous l’admirez.
- On dirait ?... Mon chou, c’est le capitaine. Je ne crois pas qu’il existe à bord un homme ou une femme qui ne le suivrait pas dans la gueule d’une singularité spatiale !
- Et que pense-t-il de la presse ?
- Je ne crois pas que la question se soit déjà posée. En tout cas, je suis heureuse de vous voir. Lis ont augmenté mon indemnité de logement et baissé ma facture de cantine, pour que je puisse m’occuper de vous quand le service me le permettra. Et je suis déjà installée dans la meilleure partie des quartiers des sous-officiers. Il y a assez de place pour deux. On se sent même chez soi.
- On dirait une croisière de luxe.
Uhura secoua la tête.
- Comme je vous l’ai déjà dit, madame Mason...
- Rowena, s’il vous plaît.
- Rowena. Comme je vous l’ai dit, je ne crois pas que nous aurons le temps de profiter du luxe.
- Pont cabines, secteur des sous-officiers, annonça l’ascenseur.
Les portes s’ouvrirent sur un couloir austère, gris et blanc, entrecoupé d’impressionnantes cloisons rouges.
- Bienvenue chez vous, mon chou, dit Uhura.

Chapitre II

- Jim, je vous jure que si j’avais voulu être avocat, j’aurais étudié à l’université de Tharsis et j’aurais demandé un transfert aux Affaires Intérieures de Starfleet!
Le docteur McCoy afficha une mine renfrognée quelque peu exagérée et secoua la tête.
- Dix mille nouveaux articles de réglementation!
- Ce n’est qu’un garde-fou, Bones.
- Chaque année, je me sens un peu plus en dehors de mon élément. Ils commencent par changer mes instruments, puis ils me disent que l’ordinateur est meilleur en chirurgie que moi - et qu’est-ce que je suis, un électricien ? Maintenant ils disent que le centre médical d’un vaisseau spatial présente...
Son air était profondément digne et pédant.
- ... présente un « potentiel de perturbation sociale » !
Il regarda si intensément le capitaine, dans l’espoir d’une réponse, que Jim crut que ses yeux allaient sortir de leur orbite.
Le regard amusé et doux de Kirk fut tout autant exagéré.
- Cela fait partie des nouveaux moniteurs de surveillance de la Fédération. Ils ne veulent pas que vous vous preniez pour un dieu, Bones.
Le soupir bruyant de McCoy montra qu’il n’appréciait pas l’humour de son ami.
Kirk avança entre les rangées d’équipement dans le centre médical reconstruit. Starfleet avait expédié l’Unité de Reconstitution Après Accident de Téléportation aux spatiodocks de Yalbo quelques mois avant la fin de la dernière mission de l'Enterprise, en même temps que les moniteurs de surveillance médicale et de commandement.
- Si je dois avoir un chien de garde en permanence derrière mon dos, dit le capitaine, pourquoi vous en tireriez-vous à meilleur compte ?
Il s’arrêta, se retourna pour regarder McCoy, puis montra du doigt un récipient cylindrique de taille humaine rempli d’un liquide vert translucide.
- Si cela peut vous rassurer, cet objet me rend aussi mal à l’aise que vous. Ce... ce... ( Il secoua la tête. )A une certaine époque, l’URAAT aurait été appelé un miracle. Mais maintenant, s'il y a un accident de téléporteur, vous - vous, Bones, notre bon vieux médecin de campagne - vous pourrez transférer la dernière empreinte des banques de mémoire d’un passager téléporté dans cette machine, et créer un double parfait. Il n’y aura plus de décès par la faute du téléporteur, Bones !
- Ça pourrait devenir un vrai cauchemar !
- Oui, en effet. Un médecin fou pourrait piller les banques de mémoire pour récupérer les empreintes de différents passagers, les combiner, les programmer dans l’URAAT... et faire naître de nouvelles personnes. C’est pour cela que nous avons ces moniteurs médicaux, et ce nouveau règlement.
Kirk savait fort bien que McCoy avait uniquement besoin d’exprimer sa colère. Le prétendu dégoût du médecin pour les nouveaux équipements médicaux pour les nouvelles techniques visant à sauver des vies et à contenir la souffrance, n’était qu’une façade derrière laquelle il dissimulait soigneusement son expérience médicale. Jim le laissait jouer la comédie, mais non sans s’amuser lui-même.
- Par exemple, sans ce règlement, vous pourriez fabriquer de toutes pièces votre propre infirmière, Bones. Elle serait...
- Sexiste !
- Elle, insista Kirk, mesurerait environ un mètre soixante douze, serait un spécimen physique exquis, à la fois intelligente et obéissante comme un oiseau fauve de Tau Ceti. Et une fois créée, vous l’épouseriez et Starfleet perdrait son meilleur médecin.
McCoy semblait prêt soit à éclater de rire, soit à succomber à une crise d’apoplexie, soit encore à préparer une défense interminable quand retentit le sifflement de l’intercom. Kirk alla répondre.
- Gaillard d’arrière appelle le capitaine Kirk. Wellman à l’inter, capitaine. Mine Mason est à bord et son équipement vient d’être déchargé.
- En quoi cela vous concerne-t-il, Jim ? demanda McCoy, étonné.
- Merci, monsieur Wellman, répondit Kirk à l’officier de pont. Vous pouvez fermer le gaillard d’arrière et reprendre votre service.
Jim adressa un sourire piteux au médecin.
- Nous avons un représentant du quatrième pouvoir à bord de l’Enterprise, Bones. Nous sommes surveillés. Faites attention à votre langage.
- Je sais me tenir en société, rétorqua McCoy, indigné.
- Elle est venue voir comment nous réagissions aux nouveaux moniteurs, et j’ai cru comprendre qu’elle désirait faire un reportage sur la rénovation de l’infirmerie.
- Je n’ai rien à cacher, répondit le médecin en faisant un geste magnanime. Sauf mes doutes.
Kirk actionna l' interrupteur de l’intercom.
- Cabine du lieutenant Uhura, demanda-t-il à l’ordinateur. Dépôt d’un message. Je demande la compagnie de Mme Mason... Rectification : Miss Mason... à la table du capitaine, au mess des officiers pour le dîner. Adressez-lui mes compliments.
- Vous aussi savez vous tenir en société, n’est-ce pas, Jim ?
Le sourire de McCoy était presque indétectable.

Chapitre III

Les quartiers de l’équipage de l’Enterprise étaient propres, confortables et légèrement désuets. Les dernières rénovations avaient été davantage concentrées sur la modernisation de l’équipement que sur la décoration.
La cabine du lieutenant Uhura faisait exception à la règle. Elle était richement décorée, avec goût, de tentures, d’un assortiment non réglementaire de coussins et d’une chaise fabriquée spécialement pour la peau hypersensible d’un Deltan - un siège véritablement paradisiaque pour un Terrien. Des sculptures de tailles différentes, qui allaient de quelques centimètres à un mètre de hauteur, trahissaient la passion particulière d’Uhura: une collection d’ébènes africains modernes, totémiques et surréalistes.
Mason s’était installée dans les quartiers de l’officier des communications. Elle avait étudié les diagrammes du vaisseau que lui avait présenté Uhura sur écran vidéo, et reçu l'invitation à dîner à la table du capitaine. Il lui restait à peine le temps de faire une toilette rapide.
Rowena appréciait vraiment les salles de bains de l’Enterprise. Elles avaient peut-être dix ans d’avance sur celles de Yalbo. Elle se demanda comment elle pourrait s’y réhabituer quand on la ramènerait sur sa planète. Peut-être... ce n’était qu’un fantasme... Peut-être ce reportage serait-il son billet vers des cieux plus cléments ?
Au mess des officiers, elle s’assit à un bout de la table à six couverts, là où son nom était inscrit en vert fluorescent, près des couverts en acier inoxydable et de l’assiette en plastique. Il n’était pas dans les habitudes de Rowena d’arriver en avance, mais elle avait mal calculé le temps qu’il lui faudrait pour se rendre au mess. Les ascenseurs de l’Enterprise étaient très rapides.
Quelques minutes plus tard, les officiers commencèrent à entrer. D’après les hologrammes qu’Uhura lui avait montrés, elle reconnut l’ingénieur, Scott; le pilote, Sulu; l’officier scientifique et second du capitaine, Spock; et l’informaticien responsable des moniteurs, Veblen. A une autre table, elle aperçut un lieutenant andorien, expert en navigation, comme beaucoup de ses congénères. Elle se raidit en voyant l’Andorien et le Vulcain, Il n’y avait que des humains sur Yalbo - pas de forme de vie indigène, pas de visiteurs, de conseillers ou de touristes. Son père et sa mère lui avaient raconté que les non humains étaient porteurs de maladies étranges et qu’ils prêchaient des philosophies bizarres et perverses.., et, bien qu’elle eût rejeté la plupart de ces rumeurs pendant ses années passées à l'université, elles restaient assez présentes à son esprit pour la mettre mal à l’aise.
Il y avait tout d abord la beauté sévère de Spock, avec ses oreilles fascinantes. La couleur de sa peau un vert olivâtre chaleureux -, était certes déconcertante, mais pas si inhabituelle que cela. Rowena avait rencontré des humains venus d’autres systèmes solaires qui présentaient un aspect similaire. Mais elle savait aussi que Spock était à demi-humain.., et à demi-vulcain. Et il était en train de s’asseoir à la même table qu’elle, à la droite du siège de Kirk, directement en face d’elle. Pendant qu’elle examinait le Vulcain, Scott vint prendre place à côté d’elle. A droite de Spock se trouvait un lieutenant au visage gamin, qui se présenta comme Jan Veblen.
Puis vint le docteur Leonard McCoy. Il s’assit en bout de table, à l’opposé de la place de Kirk, et la gratifia d’un signe de tête et d’un sourire chaleureux.
- Bienvenue à bord, dit-il.
Elle se prit tout de suite d’amitié pour le médecin. Il lui rappelait son père - ou, du moins, son père des bons jours.
- J’espère que vous trouvez tout à votre satisfaction.
- Je ne suis pas arrivée depuis très longtemps, répondit-elle. Mais tout me semble parfait.
- La cuisine est excellente, dit le médecin. Mais je ne vous recommanderais certainement pas ce que mange M. Spock.
Le Vulcain observait calmement Mason.
- Le docteur McCoy sait parfaitement que je prends mes repas dans ma cabine. Je ne suis ici que pour l’aspect social d’un dîner en compagnie de mes compagnons d'armes.
- Spock est un type très social, ajouta McCoy.
L’officier scientifique leva un sourcil, mais ne dit rien de plus jusqu'à l’arrivée du capitaine. Au moment où Kirk s’approchait, tout le monde se leva de table. Mason suivit le protocole. Le capitaine vint vers elle et lui tendit la main.
- Au nom des officiers et de l’équipage, puis-je vous souhaiter officiellement la bienvenue a bord de l’Enterprise ?
- C’est un honneur, répondit-elle.
Kirk affichait un charme mutin. Il avait peut-être trente-huit ans ou un peu plus, mais il était en forme et semblait plus jeune de huit ans. Il prit le dernier siège libre en bout de table. Le reste dès officiers reprit place et un serveur mécanique, chargé d’une colonne d’assiettes empilées, passa entre les tables, en commençant par la leur.
- Ce soir, dit McCoy, nous avons l’aubaine de nous voir servir le meilleur gombo de poulet de la Galaxie. C’est un de mes plats favoris.
- Nous regrettons de ne pas avoir eu le temps de visiter votre planète ou de nous offrir un peu de liberté, dit Kirk. Nous avons été sous pression. Notre dernière mission fut difficile, et nous aurions apprécié un semblant de repos.
- Eh bien, il n’y a pas grand-chose sur Yalbo, répondit Mason.
Elle détestait le nom de sa planète. Quand elle était petite, elle l’appelait « Pabeau », ce qui avait au moins le mérite d’être réaliste.
- Pour des visiteurs ou des touristes, je veux dire.
- A part d’excellents ingénieurs et des spatiodocks exemplaires, dit Scott avec enthousiasme.
- Oui, nous disposons des seuls spatiodocks sur cent parsecs. J’imagine que c’est la raison pour laquelle vous avez reçu l’ordre de venir ici.
Jim acquiesça.
- Depuis combien de temps êtes-vous journaliste ?
- Trois ans. En titre, je veux dire. Je termine en même temps un doctorat à l’Université des Sciences Humaines de Yalbo. Je dois vraiment avoir l’air de sortir de mon trou ! pensa-t-elle.
- Le seul reporter du SIS sur Yalbo ? demanda McCoy.
- Il y a aussi mon chef. Son nom est Evanric. C’était... c’est un très bon journaliste. Auparavant, il était terrassier... Il travaillait dans les mines et conduisait une machine FE - je veux dire, un équipement de forage par explosion. C’est mon patron ici... Je veux dire, sur Yalbo. Il m’a appris tous les rouages du métier.
- Nous avons l’intention de passer une semaine en rodage, expliqua Kirk. Bien que j’imagine que M. Scott préférerait qu’il s’agisse d’un mois.
- Une semaine devrait suffire cette fois, capitaine, répondit Scotty en avalant une cuiller de soupe savoureuse. Ils n'ont pas arraché la tuyauterie et, donc, nous n’aurons pas trop de boulot. Il n’y a eu que des modifications mineures.
- Mineures ! Vous n’êtes pas encore venus à l’infirmerie ! rétorqua McCoy.
- Je suppose qu’on vous a expliqué les nouvelles installations de l’Enterprise, Miss Mason? demanda Kirk.
- On m’en a indiqué les grandes lignes. Et je suis ici pour obtenir davantage de détails et combler les trous.
- Je pense que M. Veblen pourrait vous aider, dit Spock.
Il prit la carafe d’eau devant lui et se servit, puis but d’un air pensif.
- Certainement, répondit Veblen.
C’était un petit homme trapu aux cheveux blonds, plus courts que la coupe réglementaire, au nez bulbeux, et aux yeux verts pénétrants. il était arrivé à bord de l'Enterprise l’année précédente pour coordonner l'installation des moniteurs. Il avait tout d’abord servi d’assistant à Spock, puis de chef informaticien. Bien que Veblen ne fût pas l’officier le plus représentatif de l’Académie de Starfleet, Kirk avait fini par le respecter, de mauvaise grâce, et avec une longue liste de réserves.
- L’Enterprise est maintenant équipé d’un système de surveillance de la Fédération. Notre organisation s’est toujours inquiétée de la puissance des vaisseaux de Starfleet comme de la possibilité d’abus de pouvoir, et non sans raison... ainsi que le capitaine pourrait en témoigner, d’après ce que j’en sais. Il y a toujours eu des précautions dans le passé, mais rien d’aussi perfectionné que ces moniteurs. Ils sont prévus pour superviser l’ensemble des opérations du vaisseau. Pour ce voyage inaugural, l’Enterprise est équipé de deux systèmes de base - commandement, le plus important, et médecine, pour superviser le nouvel URAAT.
- L’URRAT ? Demanda Mason.
- L'Unité de Reconstitution Après Accident de Téléportation, expliqua McCoy.
- Si les moniteurs concluent qu’un vaisseau de Starfleet n’opère pas dans les intérêts de la Fédération, continua Veblen, ils prennent le contrôle du navire jusqu’à ce que la situation redevienne normale, ou que le danger soit passé. Les moniteurs de commandement sont programmés avec l’expérience de six anciens commandants de Starfleet, que la Fédération considère comme supérieurs dans toutes les catégories. Ces substituts sont maintenant des personnalités informatiques combinatoires, qui vérifient et qui se consultent les unes les autres...
- Passerelle appelle le capitaine Kirk. Uhura à l’inter, capitaine. Nous venons de recevoir un message urgent de Starfleet.
- Ils ne connaissent que les messages urgents, grommela McCoy.
- Starfleet demande une réponse immédiate, monsieur.
- J’arrive, lieutenant.
Kirk se leva de table.
- Excusez cette interruption. Continuez, je vous en prie.
Mason sentit un petit frisson d’appréhension.
- Ils ne peuvent même pas nous laisser le temps de prendre un bon repas, commenta le médecin en secouant la tête.

Chapitre IV

Dans le temps qu’il fallut Kirk pour rejoindre la passerelle - moins de deux minutes -, Uhura avait orienté le projecteur sur le fauteuil du capitaine, et codé une fréquence subspatiale pour sa réponse. Jim s’installa. En moins d’une seconde, il fut plongé dans son briefing. Le projecteur personnel était focalisé sur ses yeux, et la transmission acoustique s’effectuait par vibration osseuse, au moyen d’un dispositif attaché à son cou.
- BuTerrInex, Message haute priorité, Relais base stellaire 19, à l’attention exclusive du capitaine James T. Kirk.
Le capitaine reconnut la voix de l’amiral Hiram Kawakami, directeur du Bureau des Territoires Inexplorés de Starfleet.
- Capitaine nous avons reçu un message d’Octant 7, la Station Un de la nébuleuse de l'Ecrin Noir. Il a fallu dix ans pour que ce message atteigne une balise automatique de la Fédération.
- Je croyais que la station de la nébuleuse de l’Ecrin Noir avait été détruite il y a des années, murmura Kirk.
- Le message est en partie visuel. Le voilà, Jim.
Un visage vulcain vigoureux, au teint verdâtre foncé commun aux membres de pure race des anciennes familles, apparut devant lui, entouré par ce qui ressemblait au centre de communications bien ordonné d’une station de recherche disposant de peu de ressources. L’affichage en lettres rouges identifiait le Vulcain comme étant Grake, un physicien, mari de T’Prylla. T’Prylla était connue, il s’agissait d’une des meilleures physiciennes de Vulcain et Jim croyait se souvenir qu’elle faisait partie de la famille de son officier scientifique, même s’il ne se rappelait pas exactement le degré de parenté. Les liens familiaux vulcains pouvaient être très compliqués.
Grake parlait le haut vulcain, que l’implant linguistique, dans le crâne de Kirk, traduisit en respectant parfaitement les intonations :
« Si nous n’avions pas le sentiment qu’il se passe quelque chose d’anormal, nous n’enverrions pas ce message. Avec trois protoétoiles entrant en phase de concentration dans la nébuleuse de l’Ecrin Noir, toutes les communications subspatiales sont interrompues. Cependant... »
Le signal faiblit et la voix de Kawakami prit le relais :
« Nous avons une transmission à haute vitesse, qui accompagne le visuel interrompu. Les implications scientifiques sont des plus intéressantes. Nous avons maintenant beaucoup plus d’informations sur le destin de la station de l’Ecrin Noir. Passez en mode d’absorption à haute vitesse, capitaine. »
Kirk ajusta mentalement son implant. Son esprit fut aussitôt submergé d’informations. Il fit une légère grimace; sous certains aspects, il avait encore plus peur de la technologie que McCoy, spécialement de la technologie qui jouait avec ses neurones. La migraine qui résultait de l’absorption ultra-rapide d’informations ne lui rendait pas le procédé plus agréable. Son utilité était toutefois incontestable : au bout de quelques secondes, il fut en possession des éléments clés de la situation.
La conversion de la nébuleuse de l’Ecrin Noir, d’un nuage sombre en matrice stellaire, n’avait pas été suffisamment violente pour détruire la station. On avait immédiatement établi une corrélation entre le silence radio soudain et la fusion des protoétoiles.
Devant l’impossibilité de rétablir le contact, Starfleet avait envoyé un vaisseau de secours automatique.
Après sa destruction, Starfleet avait trouvé inopportun d'organiser une mission de sauvetage plus importante. Kirk n’avait pas été d’accord avec cette décision, mais avait renoncé critiquer ses supérieurs.
Le message de Grake était incomplet, mais d’après le ton de son discours et son attitude, il semblait raisonnable de penser que la majeure partie du personnel de la station avait survécu. Pourtant, quelques problèmes restaient inexpliqués. Après la fusion des protoétoiles, la station aurait pu utiliser à nouveau les fréquences subspatiales. Bien que le dossier scientifique fasse référence à des niveaux importants de radiations Ybakra, cela ne pouvait pas interférer sur l’hyperespace, sauf s’il y avait des anomalies de masse subapatiale inconnues dans le secteur. Apparemment, les données scientifiques étaient incomplètes, elles aussi.
- Capitaine, la plupart des membres du personnel de la station était en cryogénisation. Nos physiciens pensent qu’il existe une forte probabilité que les radiations Ybakra qui émanent de la zone d’effondrement des protoétoiles aient dégradé l’enveloppe de myéline qui entoure les nerfs des « dormeurs »... et l’Enterprise est le seul navire actuellement équipé pour faire face à ce type d'urgence médicale.
Une urgence ! Ce n’était plus vraiment une urgence après dix ans, pensa Kirk. Pourtant, si les dormeurs n’avaient pas été ranimés...
- Vous devez vous rendre à l’Ecrin Noir en vitesse de distorsion maximale, retrouver les survivants - s’il y en a - et effectuer une enquête juridique et scientifique complète. Vos opérations actuelles sont retardées. Les Romuliens et les Kshatriyans ont donné leur autorisation à l’Enterprise de traverser les zones neutres dans leurs secteurs, et ce jusqu’à la date stellaire 4386.5. Après cette date, l'Enterprise sera considéré comme une présence hostile, et ils ouvriront le feu.
Cela allait être juste. Même en distorsion 11, il leur faudrait deux semaines pour traverser la Galaxie et se rendre dans l’Octant 7. Une telle sollicitation de ses chères machines allait amener Scotty au bord de l'infarctus.
- Des représentants du Spyorna vulcain ont exprimé très clairement leur inquiétude. T'Prylla est une Vulcaine d’une valeur extrême, Jim, même si elle est une sorte de renégate.
L’amiral coupa la communication et Kirk ordonna à tous les officiers de quart de le retrouver dans la salle de réunion. Il suggéra que Mason soit présente.
- M. Sulu est demandé sur la passerelle, conclut-il. Préparez-vous à un voyage prolongé en distorsion maximale.

* * * * *

Mason prit un siège dans un coin de la pièce, étudia les officiers qui s’installaient et nota leur apparence physique et leur état mental. L’un des deux enregistreurs mobiles du SIS flottait près d’elle, senseurs et lentilles en alerte. L’appareil était un vieux modèle, un prisme rectangulaire et plat d’une cinquantaine de centimètres de long et de vingt centimètres de large.
Kirk communiqua le contenu de la transmission aux officiers, attentifs, autour de la table équipée de consoles. Spock avait levé un sourcil, et il examinait maintenant un écran rempli de symboles scientifiques. McCoy prenait des notes sur un bloc électronique et Scotty, comme Kirk s’y était attendu, secouait la tête en grommelant.
- Des commentaires, messieurs? demanda Jim.
- Capitaine.., commença l’ingénieur.
- Je suis conscient de l’état de la salle des machines, monsieur Scott, le coupa Kirk.
Puis il reprit sur un ton plus calme:
- Mais j’apprécierais grandement de connaître les derniers détails.
- Je ne m’attendais certainement pas à devoir voyager en distorsion maximale prolongée, capitaine. Même après tout ce temps passé en spatiodock, il nous faut au moins une journée de voyage en distorsion 2 pour remettre en état les Jeffries, ou nous risquons que les tubes plasmatiques de la chambre 7 nous explosent en pleine figure. J’attendais de partir pour m'occuper de ce problème; il ne peut pas être résolu tant que nous sommes en orbite stationnaire.
- Merci, monsieur Scott. Où serons-nous quand la remise en route de cette chambre deviendra nécessaire ?
Scotty prit un air gêné.
- Nous nous trouvons à dix-sept jours de voyage de l’Ecrin Noir en vitesse de distorsion maximale. Si nous maintenons cette vitesse pendant la première partie du voyage...
- Et ce sera le cas, confirmé. Kirk.
- Alors nous serons en plein milieu de la zone neutre tokharienne.
- Faites ce que vous pouvez dès maintenant. Je vous laisse quatre heures en vitesse de distorsion 2. Nous n’en aurons pas l’occasion plus tard.
Scotty savait qu’il serait inutile d’opposer des arguments à cet ordre. Il acquiesça et baissa les yeux sur son bloc-notes.
- L’équipage est fatigué, Jim, commença McCoy. Notre dernière mission n’était pas de la tarte. Même après un mois passé en cale sèche, personne n’a eu la possibilité de prendre vraiment du repos.
- Alors que pouvons-nous y faire, Bones ?
Le médecin haussa les épaules.
- Garder le sourire, comme d’habitude.
- Cela ne posera aucun problème ?
- Bien sûr que non, mais...
- C’est ce que je voulais savoir. Monsieur Spock, vous semblez perdu dans vos pensées.
Le Vulcain leva les yeux.
- Vous devez savoir que je suis de la famille de T’Prylla.
- Oui, j’aimerais connaître des détails, Spock.
- Elle est la fille du second frère de mon père, issue de son quatrième mariage trilya. T’Prylla a épousé un ancien élève de mon premier maître de discipline. Cette situation présente un dilemme intéressant, capitaine. En ce qui concerne Vulcain, T’Prylla et Grake ont été officiellement déclarés morts, et leurs positions sociales sont occupées par d’autres. Même s’ils sont encore en vie, ils n'ont plus aucun droit.
- Ont-ils été pleurés, Spock ? demanda McCoy ironiquement.
L'officier scientifique leva l’autre sourcil.
- Ce n’est pas là que réside le dilemme. Pourquoi le Spyorna montrerait-il de l’intérêt pour un Vulcain officiellement décrété akspra - adepte d’une philosophie inadéquate ? Je pense que le Spyorna est prêt à reconnaître l’utilité de la logique de T’Prylla. Ce pourrait être important pour les Vulcains, capitaine.
D’autant plus si elle est vivante, et si elle peut nous guider dans notre évolution.
- Tout cela est fascinant, monsieur Spock, répondit le capitaine. Mais je suis surtout intéressé par votre estimation es difficultés que nous risquons de rencontrer en approchant de la station.
- La nébuleuse de l’Ecrin Noir compte parmi les sept cents nébuleuses en effondrement accessibles, capitaine. Elle est de loin la plus grande et la plus complexe, principalement à cause de l’extrême turbidité propre à la nébuleuse. Les trois jeunes étoiles, selon toute logique, vont devenir des étoiles chaudes de classe B, de taille moyenne. Si, comme nous le pensons, il y a des anomalies subapatiales dans les environs, dans leurs premières années, elles auront émis une quantité impressionnante de radiations Ybakra. Ces radiations opèrent dans un espace fractionnaire, et ne sont donc pas dangereuses pour les formes de vie normales basées sur le carbone - à moins que celles-ci ne soient dans un état de congélation associé à l’animation suspendue. Les défenses corporelles sont alors dans l’incapacité d’effectuer les réparations constantes des enveloppes de myéline qui assurent l’isolation des nerfs, à la fois chez les humains et les Vulcains.
- Et c’est là que j’interviens, dit McCoy. Si les dormeurs n’ont pas été ranimés, le nouvel équipement de l’infirmerie peut éventuellement les sauver. Mais nous avons un problème, Jim...
- Est-ce tout, Spock ? le coupa Kirk.
Mason était toujours dans son coin, occupée à noter le style de la réunion et les échanges informels fréquents entre Kirk et son équipage.
- Non, capitaine, reprit le Vulcain. Nous ne connaissons pratiquement rien sur la formation des protoétoiles de ce genre, et à cause du silence radio de la station de la nébuleuse de l’Ecrin Noir, nous manquons d’éléments nouveaux. Les informations transférées par la balise sont incomplètes et contradictoires. En bref, l'Enterprise va accomplir sa mission dans des conditions inconnues, avec des conséquences inconnues.
- Encore ! dit McCoy. C’est rassurant.
- Vous parliez d’un problème, docteur ?
- Oui, Spock. L’équipement. Il est facile à utiliser, même en suivant les directives de ces satanés... excusez-moi, les directives des moniteurs. L’appareillage fonctionne pratiquement tout seul. Mais je ne crois pas que Starfleet ait pris les moniteurs en compte dans l’évaluation de la situation. A mon humble avis, le mieux serait de téléporter les dormeurs encore congelés, de récupérer leur forme-mémoire dans le téléporteur, puis de les plonger dans la cuve, deux par deux. M. Veblen ici présent pourra vous expliquer quelles sont les difficultés relatives au stockage des formes-mémoire d’êtres vivants dans l’ordinateur.
- Elles sont énormes, capitaine, répondit Veblen.
- Mais de quel ordre, monsieur Veblen?
- Les formes-mémoire d’êtres vivants sont stockées par le biais des quanta, capitaine. Il faut bien plus de cent cinquante millions de gigaoctets d’informations pour restaurer un corps humain après la téléportation. Tout cela est gardé dans un espace fractionnaire de stockage pendant moins de cinq minutes. Après ce laps de temps, les informations se détériorent. Toute tentative de matérialisation à partir d’une forme mémoire endommagée serait désastreuse. Jusqu’à maintenant, il n’existait aucun matériel médical permettant une reconstitution après accident de téléportation.
Kirk fit tapoter ses doigts sur la table. Veblen s’en aperçut et il avala son explication interminable.
- Monsieur, nous pouvons stocker la mémoire de six victimes de panne de téléporteur, mais nous n’avons la capacité d’en reconstituer que deux à la fois. Pour en récupérer plus, nous devrions utiliser la mémoire informatique du vaisseau, qui opère selon un procédé radicalement différent. S’il y a trente dormeurs dans la station, nous ne pourrons en traiter que deux par semaine. Cela prendrait...
- Quinze semaines, dit Spock.
- Ce qui voudrait dire que nous serions obligés de rester en orbite autour du planétoïde au moins le temps de ranimer tous les dormeurs, à moins de sacrifier la bibliothèque informatique de l’Enterprise pour y stocker les formes-mémoire.
- Cela va contre le règlement, monsieur Veblen.
- Précisément, docteur.
- Pourquoi ne pas les téléporter en les maintenant en hibernation, puis les téléporter dans l’URAAT au fur et à mesure ?
- C’est là que se trouve le hic, Jim ! dit McCoy. Avec les dommages subis à cause des radiations, nous ne pouvons les téléporter qu’une seule fois. La seconde, ils seront morts !
- Et est-ce le problème de règlement dont vous parliez ?
- Non. Même si nous réussissons à les remonter, il nous faudra programmer des modifications dans les cuves de l'URAAT pour reconstituer les enveloppes de myéline, expliqua McCoy. Il est possible que les moniteurs m’en empêchent. Je vous avais bien dit que cette réglementation n’avait aucun sens !
Jim sourit.
- Vous m’aviez dit que vous ne vouliez pas être avocat. Y a-t-il des raisons pour lesquelles nous ne pourrions pas transporter les dormeurs par navette ?
- C’est risqué, répondit le médecin. Les hibernacula demandent des sources d’énergie excessivement stables, et des basses températures constantes. Nous serons peut-être obligés d’en arriver là, mais j’aimerais avoir d’autres choix.
- Messieurs, dois-je savoir autre chose avant que nous commencions cette mission de secours ?
- Il est tout à fait vraisemblable qu’il y ait un certain nombre de choses à savoir, capitaine, répondit Spock. Cependant, nous ne sommes pas en mesure de vous les dire.
Mason nota cette dernière remarque, et la souligna de deux traits.
- Capitaine, demanda-t-elle alors que les officiers se levaient pour aller reprendre leur poste. Vu le caractère on ne peut plus inhabituel de cette mission, allez-vous me déposer sur ma planète avant de partir ?
Kirk la regarda à peine en passant près d'elle.
- Uniquement si vous le demandez officiellement.
Elle l’observa tandis qu’il suivait Spock. Rowena avait envie de se gifler. Elle ne pouvait plus reculer.
Quel type arrogant ! Il aurait pu lui faciliter les choses, plutôt que lancer la balle dans son camp !
Elle serait considérée comme une froussarde et, si elle rentrait sur Yalbo, tout le monde le saurait... Elle serait alors accusée de les avoir humiliés. Devant des non humains, qui plus est...
Elle serra son bloc-notes contre elle, se mordit la lèvre inférieure et tenta de calmer la voix qui hantait son esprit, et lui disait qu’elle était trop jeune, sans expérience; que le SIS avait commis une grave erreur en l’envoyant à bord de l’Enterprise.

Chapitre V

Kirk était toujours fasciné par les procédures de départ de l’Enterprise pour un long voyage. Chaque étape lui était entièrement familière depuis bien longtemps, et pourtant... il y avait cette sorte de fascination, de responsabilité mêlée à un sentiment de propriété pervers et impossible. Aucun individu ne pouvait posséder un vaisseau spatial en son nom propre. Néanmoins, l’Enterprise était à lui. Il se demandait à quoi ressemblerait le jour où il serait obligé de rendre le navire et si, dans le cas où l’un de ses collègues de Starfleet en prenait le commandement, ils pourraient rester amis.
Depuis le fauteuil du capitaine, il observait les préparatifs sur les visualisations à sa disposition, dont l’écran principal, qui occupait la majeure partie de la paroi qui lui faisait face. Par un simple effleurement des doigts - posés sur les commandes intégrées aux accoudoirs de son siège -, et par le son de sa voix, il pouvait donner vie à l'Enterprise. Caresser...
Jim bannit ces pensées incongrues de son esprit (heureusement, ni Spock ni McCoy n’étaient télépathes à distance) et se concentra sur un rapport de Scott. Les procédures de maintenance préventives avaient été terminées en un temps record, bien qu’il leur faille encore continuer en vitesse de distorsion 2 pendant quatre heures, afin de permettre la remise en service des tubes de Jeffries.
Scotty avait proposé que trois des membres de son équipe d’ingénierie reçoivent une citation. Kirk composa les messages correspondants sur sa console de commandement et demanda qu’ils soient intégrés dans les archives du vaisseau et les dossiers des membres de l’équipage concernés, iI pouvait faire confiance à Scotty les yeux fermés.
L’Andorien, le lieutenant Yimasa, arriva sur la passerelle et prit son poste à la console de navigation.
- L’Enterprise réagit à merveille, capitaine, dit Sulu en souriant.
- En effet, répondit Kirk.
Son équipage aurait dû être sur les genoux, exténué, prêt a prendre au moins un mois de congé pourtant il était paré à l’action, professionnel, presque impétueux.
- Faites le point, monsieur Sulu. Monsieur Yimasa, attendez mon ordre pour quitter le spatiodock.
- Point effectué, monsieur.
McCoy se mit derrière le fauteuil de Kirk et posa une main sur son épaule.
- Jim, j’aimerais discuter avec vous de la fille Mason.
- A quel propos ?
- Êtes-vous sûr qu’il soit raisonnable...
- Bones, elle connait son métier. De plus, Starfleet nous a ordonné de coopérer avec le SIS.
- Jim, c’est une plouc ! Elle n’arriverait pas à trouver son chemin dans une petite ville, encore moins à bord de l’Enterprise. Et je ne parle pas de l’Enterprise en mission de sauvetage !
- Je ne pense pas qu’il y ait de danger. Et vous, Bones ?
- A chaque fois que nous nous rendons quelque part, le danger nous a précédé.
- C’est vrai. Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle ne tiendra pas le coup ?
- L’instinct. Je peux me tromper, mais elle n’a pas l’air d’être à son aise. Avez-vous remarqué les regards qu’elle jette à Spock et Yimasa ?
- Il n y a aucun non humain sur Yalbo, Bones. Ce sont peut-être les deux premiers qu’elle voit.
- Je soupçonne le SIS de l’avoir choisie parce qu’elle était la seule journaliste qu’il pouvait glisser à bord de l’Enterprise avant le départ. Aussi je ferai cette suggestion pour deux raisons...
- Quelle suggestion ?
- La laisser sur Yalbo dès à présent... Elle n’est pas préparée à ce genre d’aventure et je ne suis pas certain que nous devrions prendre cette responsabilité.
- Je lui ai laissé le choix. Si je la dépose sur sa planète maintenant, j’aurai à la fois le SIS et Starfleet sur le dos. Le SIS l’a envoyée. Je suppose qu’il sait ce qu’il fait.
- Humph ! (McCoy parut dubitatif.) Avez-vous par hasard lu le dernier reportage effectué par le SIS à bord d’un vaisseau de Starfleet ?
- Non, je ne lis pas les journaux, Bones.
- Un correspondant de Mars a passé deux jours à bord d’un cargo lourd. Une fois son reportage terminé, il a révélé une corruption effrénée, l’existence probable d’une peste spatiale inconnue et l’incompétence totale du capitaine. Aucune de ces accusations, je dois dire, n’a été prise au sérieux par la commission spéciale qui s’est occupée de l’affaire.
Kirk soupira.
- Bones, elle ne veut pas partir. Je ne vais pas l’obliger. Elle a un travail à accomplir !
- Oh, elle veut partir ! Seulement, vous ne lui avez pas facilité les choses.
McCoy écarquilla les yeux.
- Jim, vous aimeriez qu'elle reste, c' est ça ?
Kirk regarda le médecin droit dans les yeux.
- Docteur, je dois procéder aux manœuvres de départ du spatiodock. Nous pourrons discuter de tout ça plus tard, si vous.., n avez pas compris d’ici là.
Puis il se tourna vers l’écran principal. McCoy se redressa, secoua la tête et recula de quelques pas. Il avait l’habitude de passer la première heure de chaque voyage sur la passerelle, quand c’était possible. Christine Chapel tenait l’infirmerie, aussi pouvait-il se permettre cette petite excentricité.
- Salle des machines, dit Kirk.
- Scott à l’inter, capitaine.
- Paré au départ, monsieur Scott ?
- La chaudière est sous pression, monsieur.
Jim sourit en entendant cette formule archaïque. Il répondit sur le même ton:
- Tendez les rabans de ferlage, monsieur Scott.
- Bien, monsieur. Les rabans sont déjà tendus.
- Vitesse minimale, monsieur Sulu, dit Kirk. Lieutenant Uhura, communiquez nos remerciements les plus sincères à l’équipage des spatiodocks, et nos compliments au comité de gestion des orbites de Yalbo.
Mason arriva sur la passerelle, l’air inquiète. Son enregistreur la suivait à distance. Elle riva son regard sur l'écran principal et s’arrêta près de McCoy.
- Nous partons ?
- Oui, madame.
- Dans combien de temps allons-nous passer en vitesse de distorsion ?
- Pas longtemps.
- Vitesse d’impulsion, monsieur Sulu, annonça le capitaine. Droit devant !
- Bien, capitaine.
L’Enterprise, héritier de trois mille ans d’expérience humaine et vulcaine sur les mers, le sable et dans l’espace, venait de quitter les spatiodocks avec une lenteur majestueuse. Il luttait à présent contre les liens gravitationnels de Yalbo en décrivant une élégante spirale, afin de s’aligner sur les champs magnétiques du petit soleil jaune. Kirk sentait la vibration des moteurs d’impulsion, douce mais grossière comparée à la puissance stable de la vitesse de distorsion.
- Nous sommes en alignement pour la sortie du système solaire, monsieur, dit Yimasa.
- Très bien. Distorsion 1, monsieur Sulu.
Jim sentit sa poitrine se serrer sous la sensation soudaine de la rupture des liens gravitationnels. Le navire était maintenant sous l’influence d’une géométrie plus grande, qui le propulsait juste au-dessus de la vitesse de la lumière, loin de la petite planète ocre de Yalbo et de son soleil jaune. Le capitaine demanda une représentation virtuelle de la vue à l’extérieur. L’univers entier paraissait comprimé en une bande de lumière scintillante dont la courbure s’éloignait des caméras extérieures.
- Distorsion 2. Maintenez cette vitesse jusqu’à ce que M. Scott nous donne le signal de passer en séquence finale de distorsion.
- Bien, capitaine.
Il coupa la représentation virtuelle. L’écran principal montrait à présent une simulation informatique du système solaire et des étoiles éloignées. Lorsque l’Enterprise atteindrait la vitesse de distorsion 4, certains des corps célestes les plus proches donneraient l’impression de se déplacer sur l’écran.
Kirk jeta un coup d'œil dans la direction de Mason. Il se demandait si elle ressentait la même chose que lui. Les vibrations de moteurs de distorsion produisaient une mélodie qui faisait avancer le navire par rapport à la géométrie euclidienne - l’espace d’Einstein -, et réduisait simultanément la vitesse en relation avec l’hyperespace qu’ils traversaient à présent. Le secret de la technologie de distorsion était d’empêcher que l’Enterprise atteigne une vitesse infinie dans cet étrange plan d’existence - car sinon, le vaisseau spatial ( et tout ce qu’il contenait) se transformerait en un minuscule trou noir.
- Bienvenue en vitesse de distorsion, madame Mason.
- Merci, capitaine. C’est une expérience intéressante.
Rowena se demandait si elle allait être malade. Et où se trouvait cet officier scientifique, le Vulcain ? N’était-il pas censé être sur la passerelle à un moment comme celui-ci ? Comme si elle avait eu une prémonition, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent pour laisser passer Spock, qui se rendit directement à son poste, la console informatique. Le lieutenant Veblen, qui le suivait, sourit à Mason en passant.
- A cette vitesse, nous sortirons de votre système solaire dans deux heures, expliqua Kirk. Si je ne m’abuse, vous n’avez jamais voyagé plus vite que la lumière.
- C’est la première fois que je pars de Yalbo. Je ne suis qu’une péquenaude, capitaine. (Elle se sentit embarrassée par son propre ton.) J’espère me sophistiquer assez rapidement.
- Ne vous pressez pas, madame Mason, répondit Jim. Les premières expériences doivent être savourées.
- Je les savourerai pendant mon temps libre, capitaine. Et, je vous en prie, appelez-moi Rowena.
- Mais certainement, Rowena. Je vois que vous avez demandé à m’interviewer au centre informatique du navire. 16:00 heures vous conviendrait-il ? Si Scotty... M. Scott termine ses travaux dans les temps, nous serons alors en vitesse de distorsion maximale, et je pourrai vous accorder quinze minutes.
- Je serai là.
Elle déglutit et se rendit compte qu’elle avait besoin de s’asseoir. Comme il n’y avait aucun siège de libre sur la passerelle, elle prit la direction de l'ascenseur. Une fois les portes fermées, McCoy fronça les sourcils et tapota du doigt sur la rambarde.
- Capitaine, ici Scott en salle des machines. Nous avons terminé la mise au point. Le vaisseau devrait pouvoir passer en distorsion maximale sans trop de problèmes.
- Comment ? Vous n’en êtes pas complètement sûr ? demanda Kirk.
- Rien d’insurmontable par mon équipe, répondit Scott. Et au moindre incident, vous serez le premier à être tenu au courant. Après nous, capitaine.
- Vous êtes prêt, monsieur Scott ?
- On ne peut plus prêt.
- Bien. Monsieur Yimasa, derniers ajustements de position.
- Oui, monsieur. Nous quitterons le bras de la Galaxie dans deux heures, dix secondes, heure du vaisseau. Courbe caténaire calculée dans quatre géométries sélectionnées dès que nous atteindrons la distorsion 7.
- Mise en séquence jusqu’à la distorsion 5, monsieur Sulu.
- En séquence.
Le chant qui vibrait dans le corps de Kirk changea de rythme.
- Distorsion 3, capitaine. 4. Et... 5.
- Mise en séquence jusqu’à la vitesse de distorsion 11, monsieur Sulu. Monsieur Yimasa, calculez notre point d’entrée dans la zone neutre romulienne dès que possible et transférez-le sur l’écran de mon pupitre.
- Distorsion 6,7, continua Sulu.
Kirk plissa les yeux.
- 8... 9... 10... Distorsion maximale 11, capitaine.
La vitesse de distorsion 11 était un plaisir rare pour James Kirk. La mélopée devenait alors une symphonie. En secret, il savourait l’idée d’échapper à la géométrie euclidienne pendant dix-sept jours même si leur trajectoire les obligeait à traverser des territoires ennemis. S’ils avaient de la chance, ils passeraient moins d’une heure dans les zones neutres...
Du moins, s’ils n’étaient pas interceptés. Il connaissait certains des commandeurs romuliens et Kshatriyans qui patrouillaient le secteur. Ils étaient de bons officiers, de bons commandants - et tous rêvaient de tester leurs capacités contre les siennes.
Ah ! la paix ! pensa-t-il. C’est un peu comme la séduction. Parfois beaucoup plus excitant que l’acte en lui-même...
Jim se dit de ne pas oublier de régler la douche sonique sur une température très froide avant son prochain quart de repos.

* * * * *

- Que pouvez-vous me dire à propos de T’Prylla ?
Le Vulcain était stoïquement assis sur sa pierre de méditation immaculée, les yeux fermés, plongé dans les exercices mathématiques auxquels il se consacrait depuis quelque temps et qui étaient une des conditions à son accession au troisième stade de la vie vulcaine à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Kirk savait qu’il n’interrompait pas son ami. Les Vulcains avaient la remarquable capacité d’accorder leur attention à plusieurs problèmes à la fois.
- C’est une Vulcaine des plus extraordinaires, capitaine. Je regrette de ne pas mieux la connaître. Elle a été la pionnière de nouvelles méthodes logiques, qui étaient auparavant considérées inacceptables par le Spyorna. Elle s’est mariée sans suivre les pré-arrangements familiaux...
- Une tradition avec laquelle vous avez connu aussi quelques difficultés, si je m’en souviens bien, précisa Kirk.
Spock pencha la tête de côté.
- Dans mon cas, la contamination due à mon sang humain peut être prise en compte. Mais T’Prylla est une Vulcaine de pure souche, et sous de nombreux aspects, son approche provient d’un Strovadors vulcain - un philosophe - appelé Skaren, qui prêchait la prédominace du raisonnement inductif sur son équivalent déductif. Le raisonnement inductif est essentiel, mais ce n’est pas la méthode de prédilection d’un Vulcain.
- Vous voulez dire qu’elle utilise l’intuition féminine ?
- Une déclaration digne du docteur McCoy, capitaine.
- C’est vrai. Toutes mes excuses. Du moins, elle a dû être prise pour quelqu’un qui n’en faisait qu’à sa tête.
- Et quelqu’un de brillant. Il est d’ailleurs invraisemblable que Grake et T’Prylla n’aient pas prévu les dangers de leurs recherches scientifiques et qu’ils ne se soient pas équipés en conséquence. Je suppose que quelque chose de totalement extérieur à l’expérience humaine et vulcaine est arrivé dans la nébuleuse de l’Ecrin Noir. Nous devons agir avec ce postulat en tête.
- Et comment ferons-nous ?
- J’ai étudié les textes de M. Veblen sur les nouveaux systèmes informatiques. Le principe de l’algorithme stochastique est des plus intrigants. Configurer une partie de l’espace informatique du vaisseau uniquement pour modéliser possibilité après possibilité, jusqu’à produire une situation semblable à la nôtre, pourrait être très utile.
Kirk fixa le Vulcain en réfléchissant pendant plusieurs minutes. Prise sous un certain angle, cette mission promettait d’être un simple sauvetage de routine. Mais les remarques de Spock l’inquiétaient. Ils pouvaient certainement faire pire que laisser travailler Veblen - jusqu’à un certain point. Jim n’était pas sûr de faire confiance à l’officier informaticien; il déviait de la norme de Starfleet de manière similaire à T’Prylla, si l’on en croyait ce qu’avait dit Spock. Mais préparer un programme de modélisation stochastique semblait dans les limites du raisonnable.
- Je vais lui demander immédiatement de plancher là-dessus, dit le capitaine en se levant. Nous traverserons la zone neutre romulienne demain à 1536 heures.
- 1536 point 42, répondit Spock. .
- Bien sûr. Pardonnez-moi de vous avoir interrompu.
- Krawkra, dit le Vulcain.
C’était un terme compliqué à peu près équivalent à l’espagnol de nada.

Chapitre VI

La salle informatique était une petite pièce mesurant à peine trois mètres de côté, située quelques ponts au-dessous de la passerelle de l'Enterprise L’ordinateur principal du vaisseau était encastre dans des parois d une épaisseur d’un peu plus de trois centimètres. La pièce était vide, a l’exception d’un socle en son centre, et d’une passerelle en caillebotis y conduisant. Mason se tenait sur cette passerelle, bloc en main, étonnée du silence complet qui régnait. Ici, même la sensation ineffable de la vitesse de distorsion était absente. Kirk se tenait près du socle en attendant patiemment sa prochaine question. Ils avaient commencé l’interview depuis dix minutes et, jusque-là, Jim n’avait fait qu’un résumé de sa carrière. Rowena avait tout noté, en sachant qu’elle devrait aller chercher d’autres informations pour l’étoffer.
- Je crois que nous devrions passer à la question inévitable.
- Et de quoi s’agit-il ? demanda Kirk d’un air las.
- Que ressent un capitaine de vaisseau quand il sait que chacune de ses décisions va être prévue par une machine ?
Jim détestait être diplomate au point d’en devenir trompeur, mais il s’agissait clairement d’un moment où se montrer évasif devenait nécessaire.
- Starfleet garde à l’esprit les intérêts de la Fédération. Si un capitaine a un comportement erratique, les moniteurs interviennent pour assurer la sécurité. Ils démettent l’officier de son commandement C’est mon devoir de ne pas devenir.., erratique.
- Starfleet est certainement très méticuleux pour choisir ses capitaines. Mais n’est-il pas exclu qu’un homme, ou une femme, qui a réussi les tests, se révèle instable ?
Elle tentait encore de l'entraîner sur un terrain glissant. Kirk connaissait des officiers qui étaient devenus « pourris.. » Ils étaient rares, et les résultats malheureux de leurs actes n’avaient jamais dépassé des dommages subis par des navires de Starfleet - et des membres d’équipage morts -, mais il restait toujours la possibilité...
- Il n’est jamais impossible pour un humain de commettre une erreur. Les moniteurs de surveillance ont été installés pour me - nous... rattraper si, justement, une erreur est commise.
- Mais s’il s'agit d’une divergence d’opinion, d’un jugement, et si l’on ne vous donne pas la permission de suivre votre instinct ?
- Ça n’est jamais arrivé pour l’instant.
- Le système n’a pas encore été essayé, capitaine.
- C’est vrai. Mais je déteste les spéculations. A la fin de cette mission, nous devrions avoir assez d’expérience pour déterminer si des modifications sont nécessaires.
- Vous pensez que ce sera le cas ?
Jim sourit.
- Non.
J'espère que non, pensa-t-il.
- Les moniteurs sont programmés à partir de l’expérience de six de nos meilleurs capitaines de vaisseaux. C’est comme s’ils regardaient par-dessus mon épaule en me donnant des conseils amicaux. Je ne m’attends pas à être en désaccord avec six officiers de cette envergure.
- Bien sûr, mais je suis certaine qu’aucun capitaine n’apprécie de voir ses ordres contestés, même par le plus brillant de ses pairs. Un capitaine n’est-il pas supposé être autonome, avoir autorité sur toutes les opérations ?
- Un capitaine de vaisseau appartient à une chaîne de commandement. Il n’est jamais indépendant. ( Combien de fois avait-il repoussé les limites de ces belles paroles ? ) Parfois, le romantisme du commandement est un peu exagéré, vous ne trouvez pas ? Je dois toujours répondre de mes actes. En fait, je suis même responsable des actes de tous ceux qui se trouvent à bord de mon vaisseau. Si les moniteurs peuvent m’aider dans mon travail, je leur souhaite la bienvenue. Peut-être devriez-vous poser des questions à M. Veblen. Il pourra vous donner tous les détails techniques, du moins ceux qui ne sont pas secrets.
- Cela me serait très utile. Est-il disponible en ce moment ?
S’il ne l’est pas, pensa Kirk, je me débrouillerai pour qu’il le soit. Le capitaine fit signe à Rowena qu’il était temps de quitter la salle informatique, puis il appela le centre de contrôle de l’ordinateur, là où Veblen était le plus vraisemblablement occupé par ses éternelles vérifications des périphériques des moniteurs.
- J’aurai besoin de M. Veblen sur la passerelle dans quarante-cinq minutes, dit Kirk à Mason. Je vous prierai de ne pas le retarder.
- Ne vous inquiétez pas, répondit la jeune femme.
Elle observa le capitaine. Les portes de l’ascenseur se refermèrent derrière lui. Elle n’avait rien appris d’important - rien de concret, en tout cas -, et il ne lui avait accordé que treize minutes. Mais une chose était parfaitement évidente pour Rowena, peut-être plus que pour Kirk. Le capitaine de l'Enterprise détestait être critiqué.

* * * * *

La passerelle était calme. Kirk prit sa place et marqua une pause avant de porter une notation dans le journal de bord. Était-il envisageable - même un tant soit peu -, que l’Enterprise puisse fonctionner sans lui ? Il se débarrassa de ce doute avant d’en devenir pleinement conscient, puis effectua sa saisie sur le clavier de son accoudoir. Veblen arriva sur la passerelle quelques instants plus tard.
- Bonjour, monsieur Veblen, dit Kirk. je suppose que vous avez eu une conversation agréable avec Mme Mason.
- En effet, répondit l’officier blond, un sourire aux lèvres. Elle est tout à fait charmante. Puis-je écouter ici les communications des moniteurs avec la console de commande, capitaine ?
Jim le dévisagea, vaguement irrité.
- Oui, bien sur.
Veblen effectua les dérivations nécessaires sur la console scientifique et brancha un écouteur sur la console de l’accoudoir de Kirk. Son visage prit un air bienheureux pendant qu’il écoutait attentivement les voix informatiques discourir les unes avec les autres dans différents langages-machine.
- Monsieur Veblen, dit Jim quelques minutes plus tard.
- Oui, capitaine ?
Veblen avait branché un tricordeur de diagnostic sur la console scientifique. L’image qui apparaissait sur les écrans était assez compliquée.
- M. Spock recommande que l'Enterprise soit préparé à faire face à n’importe quelle situation, et je suis d’accord avec lui. Nous aurons besoin...
- Monsieur, j’ai déjà initialisé un algorithme stochastique dans les centres de pronostic et de stratégie.
- Bien sûr, répondit Kirk en se mordant la lèvre. Précisément. Y a-t-il des résultats ?
- Le programme n’est en fonction que depuis une heure, répondit l’informaticien avec un sourire espiègle. A la dernière vérification, il exécutait une simulation sur le développement des nuages d’Hoyle sous l’influence des protoétoiles.
- Les nuages d’Hoyle, monsieur Veblen ?
- De grandes masses vivantes de gaz interstellaire, capitaine. Elles portent le nom d’un astronome du XXe siècle.
- Oui. L’Enterprise a rencontré des créatures similaires à maintes reprises. Mais qu’est-ce qu’il y a d’amusant, monsieur Veblen ?
- En soi, rien, monsieur. Mais l’algorithme spéculait sur la possibilité qu’ils soient des champions d’échecs.
Son sourire s’épanouit, comme s’il venait de penser à une plaisanterie qu’il ne pouvait expliquer.
- Je suppose que c’est la nature de l’algorithme, monsieur Veblen, et que nous n’avons aucune raison d’être inquiets ?
- Tout à fait, capitaine. Le programme ne doit pas être interrompu pendant qu’il prépare sa liste de situations insensées. Il sélectionnera tout seul les scénarios utiles.
- Merci, répondit Kirk.
Son sens de l’humour semblait s’estomper lorsqu’il était en présence du jeune informaticien. Peut-être était-ce à cause de l’incapacité chronique de Veblen à porter l’uniforme convenablement...
- A présent, déconnectez-vous de la console de commandement, monsieur Veblen.
- Bien, monsieur.
Veblen ôta son tricordeur et ses branchements, puis il laissa son fauteuil à Jim.
McCoy apparut alors sur la passerelle, un sourire presque jubilatoire aux lèvres. Il se mit à côté de Kirk, sourit, puis secoua la tête.
- Capitaine, je crois avoir trouvé la méthode pour travailler avec ces sentinelles mécaniques. J’apprends à raisonner avec elles. Dieu me garde ! Nous ne devrions pas avoir trop d’ennuis.
Il baissa la voix :
- A moins de nous trouver nez à nez avec quelque chose d’un tout petit peu inhabituel.
Leonard jeta un regard lourd de signification à Veblen.
- Je suis heureux de l’entendre, docteur. Une fois que vous les aurez maîtrisés, peut-être pourrez-vous avoir l’amabilité de m’expliquer comment éviter que les superviseurs informatiques de M. Veblen ne me privent de mon commandement.
- C’est très simple, Jim, répondit McCoy. Ne vous plantez pas ! Utilisez votre jugement, mais surtout, pour l’amour de Dieu, ne prenez aucune décision !
Kirk éclata de rire.
- Rapport d’état des tests de l’armement, monsieur Chekov.
Le jeune Russe fit pivoter son siège.
- Nous sommes prêts à affronter n’importe quoi, capitaine.
Journal de bord du capitaine, Date Stellaire 4380.4.
Je suis en train de fouiller dans mes archives afin de trouver tous les renseignements disponibles sur le vice-commodore Ulighar Dar Zotzchen, des Kshatriyans. Dar Zotzchen est le dernier commandant confirmé de la partie kshatriyanne de la zone neutre. Comme prévu, les Romuliens ne nous ont posé aucun problème durant notre bref passage. Il est cependant peu vraisemblable que les Kshatriyans se montrent aussi coopératifs, malgré l’accord passé avec la Fédération.
La dernière fois que j’ai rencontré Dar Zotzchen, j’étais un jeune officier en second à bord du Bonhomme Richard, qui apportait les logiciels du Traité au Régent de la Présidence, Dom Hauk. j'ai eu l’impression que le vice commodore Dar Zotzchen était un forban en qui on ne pouvait avoir aucune confiance, surtout quand il s’agissait d’une mission urgente...
INTERRUPTION / INTERRUPTION / INTERRUPTION / INTERRUPTION !
Kirk releva la tête. Veblen désenclencha la sécurité de commandement, et Uhura rediffusa le message.
Jim écouta avec attention. Oui, en effet... La voix, même traduite, est celle de Dar Zotzchen. Comment l’oublier ?
- Le premier commodore Ulighar Dar Zotzchen, défenseur de la Fondation de Dieu des Kshatriyans, appelle le commandant inepte du très reconnaissable vaisseau de la Fédération Enterprise. Votre trajectoire vous oblige à traverser le territoire neutre kshatriyan. Ceci est considéré comme un acte de guerre. Êtes-vous prêt à violer tout ce que représentent nos traités ?
- Je salue, répondit Kirk, le Valeureux Défenseur Dar Zotzchen. Toutes mes félicitations pour votre promotion, ainsi que mes respects au Régent de la Présidence. Jim oublia volontairement de citer le nom du dirigeant des Kshatriyans, au cas où le régime aurait changé.
- Les officiers servant le premier commodore doivent négliger leur devoir, pour ne pas avoir informé Sa Vigilance que nous avons demandé et reçu l’autorisation de traverser votre territoire. Nous sommes en mission de sauvetage.
Uhura colla son écouteur à son oreille, puis elle fit pivoter son siège pour s’adresser à Kirk :
- Il n’y a aucune réponse, capitaine.
- Monsieur, dit Veblen, les moniteurs supposent que les Kshatriyans vont probablement diffuser une réponse conciliatoire sur une fréquence inconnue afin de...
- Le lieutenant Uhura et moi-même sommes tout à fait conscients de ce fait, monsieur, répondit le capitaine, peut-être trop sèchement. Lieutenant, répétez le signal, et ajoutez le contenu du message des Kshatriyans qui donne la permission à Starfleet de traverser leur secteur.
Spock arriva sur la passerelle, prit son poste à la console scientifique, et jeta subrepticement un coup d’oeil aux branchements informatiques de Veblen. Kirk le remarqua et sourit. Il n’aimait pas entretenir de conspiration contre un de ses propres officiers, mais en cas d’urgence, il valait mieux tout savoir à l’avance - y compris si les nouveaux systèmes lui permettraient une totale liberté d’action.
Mason entra à son tour. Elle avait l’air plus tourmentée qu’effrayée, mais elle reprit tout son contrôle quand elle comprit la situation.
- Toujours aucune réponse, capitaine, dit Uhura en adressant un regard à la jeune femme qui partageait sa cabine.
- Distance nous séparant de la zone neutre, monsieur Yimasa ?
- Trois heures-lumière, décroissant rapidement, capitaine.
- Maintenez la vitesse de distorsion maximale. Enseigne Chekov, chargez les rampes de lancement des torpilles de cibles-leurre et soyez prêt à les éjecter. Boucliers au maximum.
- J’obtiens une réponse, capitaine ! s’exclama l’officier des communications.
- Écoutons-la.
- C’est le capitaine Kirk, si je ne m’abuse ? Nos archives ne sont pas si précises, mais je me souviens d’un jeune officier avec une voix tout à fait similaire à la vôtre. Je suppose que vous avez reçu une promotion, et je vous adresse mes félicitations. Je vous considérais à l’époque comme un digne adversaire, en dépit de votre manque d’expérience. Nos ordinateurs sont actuellement à la recherche du message dont vous parlez. Jusqu’à ce que nous ayons une confirmation, je vous prierai de ralentir en vitesse d’impulsion et de rester aux limites de la zone neutre.
Jim fit une grimace.
- Réponse, lieutenant : Impossible de réduire notre vitesse au-dessous du seuil de la lumière. Je répète, nous sommes en mission de sauvetage et le temps est un facteur déterminant. Nous vous avons déjà communiqué la réponse de votre gouvernement, avec les identificateurs codés. Je vous prie de nous permettre de passer. Votre hostilité pourrait être le premier pas vers une situation indésirable. Uhura écouta pendant quelques minutes. Le silence régnait sur la passerelle. uniquement troublé par la respiration irrégulière de Mason. Le capitaine jeta un regard à Veblen et vit de l’excitation sur son visage, mais pas de peur. Rowena commençait à montrer sa détresse par des tics nerveux.
- Aucune réponse, capitaine.
- Maintenez la vitesse de distorsion maximale, monsieur Sulu. Monsieur Chekov, ôtez les leurres des rampes de lancement et chargez deux torpilles à photon. Avez-vous localisé les vaisseaux kshatriyans, monsieur Yimasa ?
- Ils sont toujours hors de portée et ils se cachent, monsieur.
- Monsieur..., dit Veblen.
- Ce n’est pas le moment, monsieur Veblen.
- Mais c’est peut-être important, monsieur...
Pour l’amour de Dieu, voulait hurler Mason, écoutez-le !
- Je vous en prie !
Kirk adressa un regard furieux à l’informaticien, qui fit un signe de tête avant de reculer d’un pas.
- Distance, monsieur Yimasa ?
- Deux heures-lumière de la balise quatre-vingt-un de la zone neutre, la plus proche, monsieur.
- Alerte jaune, messieurs.
Les sirènes retentirent sur tous les ponts.
- Postes de combat !
Il y eut un sifflement strident sur l’intercom. Sur l’écran de sa console, Kirk vit que toutes les stations étaient prêtes. L’écran principal montrait une image reconstituée des étoiles, ainsi que la position supposée de la flotte de combat kshatriyanne.
- Nous les tenons, capitaine, dit Chekov. (Yimasa confirma.) Ils sont en formation de Distorsion-E classique. Ils semblent prêts à combattre.
Le capitaine acquiesça. Les positions supposées de la flotte furent remplacées sur l’écran par les nouvelles coordonnées. En formation Distorsion-E, les lignes extérieures de navires avançaient en vitesse de distorsion, variant entre le minimum et la distorsion trois, pendant que l’arrière-garde et la ligne centrale évoluaient en puissance d’impulsion. Si l’Enterprise se retrouvait emprisonné dans cette formation, quelle que soit la tactique utilisée, il affronterait des vaisseaux parfaitement parés à la bataille. Kirk vit que McCoy était arrivé sur la passerelle. Il se tenait près de Mason, les mains agrippées à la rambarde, avec son expression habituelle, toute faite d’intérêt passionné.
- Monsieur Sulu, dit Jim. (Le pilote se retourna.) Maintenez la présente trajectoire et la vitesse.
- Monsieur, nous allons passer à portée de leur formation, dit Yimasa.
- C’est bien mon idée, monsieur Yimasa. Un signal, Uhura ?
- Aucun, capitaine.
- Alors, patience... patience.
Mason eut l’impression qu’il tentait de rassurer un cheval. Kirk tapotait les accoudoirs de son fauteuil et scrutait l’écran principal. Veblen se tenait un peu à l’écart. Il essayait de prendre un air détendu, mais n’y arrivait pas.
Dans ce genre de moments, Jim se sentait comme en contact télépathique avec Spock. La présence de l’officier scientifique suffisait à lui donner l’impression qu’il faisait ce que le Vulcain lui suggérerait.
- Cinquante-sept minutes-lumière.
- Rapport de situation.
- Tous les postes sont parés à la bataille, capitaine, annonça Chekov.
- Alerte rouge conditionnelle !
Les sirènes retentirent à nouveau, et les réponses positives s’affichèrent sur l’écran de la console du capitaine.
Kirk ressentit la montée d’adrénaline qui préparait l’homme des cavernes au combat contre le loup ou l’ours... et dont il avait besoin pour se lancer contre une flotte de croiseurs de haute technologie, au milieu des étoiles.
Veblen déglutit bruyamment. Son premier combat, pensa Jim. Ça lui fera du bien... Mason n’avait pas bougé ; elle ne cessait de promener son regard entre Spock, Kirk et McCoy.
- Aucune réponse, capitaine, répéta Uhura.
- Spock, pouvons-nous écouter leurs conversations inter-vaisseaux ?
- Oui, capitaine. Ils ne semblent pas s’alarmer. En dehors de cela, j’ai du mal à recevoir un signal clair. C’est peut-être une supercherie.
Si ce salaud de Kshatriyan l’avait obligé à passer en alerte rouge conditionnelle, uniquement pour s'amuser...
- Deux minutes-lumière, dit Yimasa. Nous arrivons à portée de feu.
- La Distorsion-E se détache et approche, dit Chekov.
- Alerte rouge confirmée ! ordonna le capitaine.
- Les vaisseaux en vitesse d’impulsion viennent d’engager leurs moteurs de distorsion, annonça le Russe.
- Formation ennemie droit devant, monsieur, ajouta Sulu.
- Préparez-vous au combat. Transférez les rapports de dommages immédiatement.
- Capitaine !
Uhura tenait son écouteur contre son oreille.
- Un message du premier commodore. Il nous souhaite la protection du Créateur, et il accuse réception de notre autorisation de traverser la zone neutre...
Kirk, McCoy et Mason soupirèrent pratiquement en même temps. Jim tourna la tête dans la direction de l’officier informaticien et lui adressa un sourire las.
- Eh bien, monsieur Veblen ?
- Capitaine ?
- Que suggéraient les moniteurs ?
- De ne pas nous inquiéter, monsieur. Les Kshatriyans ne peuvent pas se permettre d’entamer une guerre actuellement. Il n’en ont pas non plus besoin, et ils sont connus pour adorer tester leurs adversaires. Les moniteurs sont entièrement d’accord avec vos décisions, monsieur.
- Je suis heureux de l’entendre, monsieur Veblen. Pourquoi le message était-il si urgent, alors ?
- Eh bien, monsieur, j’ai pensé qu’il était inutile de maintenir la tension si tout allait bien se passer. Du gaspillage d’énergie.
- En effet, monsieur Veblen, répondit Kirk en jetant un regard à Mason. En effet.

Chapitre VII

Quand Mason entra dans les quartiers d’Uhura, l’officier des communications venait juste de terminer son service. Elle portait une longue robe flottante, orange et rouge, décorée d’une fresque de léopards chassant dans la savane. Uhura sourit à Rowena et lui proposa un verre de vin, qu’elle programma sur le synthétiseur de nourriture.
- C’était vraiment quelque chose, dit Mason en s’asseyant sur le bord de sa couchette. Je ne crois pas avoir déjà eu aussi peur.
- C’était du bluff, répondit Nyota. Je crois que la plupart d’entre nous en étaient conscients. Je suis désolée que nous n’ayons pas eu plus de temps pour vous préparer à ce genre d événement.
- Le capitaine n’agissait pas comme si c’était du bluff.
Uhura éclata de rire.
- Il cache bien son jeu.
- Et tout le monde a paru soulagé quand tout a été fini.
- Eh bien, on ne peut jamais vraiment prédire ce qu’un Kshatriyan a l’intention de faire. Que savez-vous à leur sujet ?
Rowena secoua la tête.
- Uniquement ce que j’ai lu dans les manuels scolaires, et ce que j’ai appris dans les bulletins d’informations subspatiaux. Les journaux, quoi !
- C’est en fait une civilisation admirable. Très dure, toujours sur la défensive.., et on ne peut pas leur donner tort. Les Kshatriyans me rappellent les Zulus. Ils appartiennent à une vieille civilisation, entourée par les Romuliens et la Fédération, menacée par les Klingons. -. et ils tiennent bon, même contre des technologies plus avancées que la leur.
- Les Kshatriyans appartiennent à la même souche génétique que M. Spock, n’est-ce pas ?
- Ils font partie des migrations du troisième octant Dakhrian, si c’est ce que vous voulez dire. Les Vulcains, les Romuliens, les Klingons et les Kshatriyans sont tous cousins si vous remontez assez loin dans le temps.
- Et Spock ne connaît aucun conflit à lutter côte à côte avec des humains, contre des êtres de son sang ?
- J’ai bien peur que le lien qui les unit remonte à trop loin pour qu’ils se considèrent comme parents. De plus, qui sait ce que Spock peut ressentir ?
- Je ne comprends pas.
Uhura rassembla les plis de sa robe et tira une chaise près du lit de Mason.
- Il est vulcain. Il est soumis à des codes très rigides en ce qui concerne les émotions.
- Oui, je le sais. (Rowena se sentit légèrement irritée. ) Nous ne sommes pas si ignorants que cela sur Yalbo. Mais n’a-t-il pas des opinions ?
- Uniquement si elles sont soutenues par des preuves. Les avis personnels sont une abomination pour les Vulcains. En fait, tout ce qui a rapport aux traits de caractère personnel est mis sous contrôle lors de l’éducation d’un Vulcain. Mais assez parlé de Spock. J’aimerais en savoir plus sur vous.
Mason haussa les épaules.
- Je suis journaliste. Je viens d’une minuscule planète isolée. Que dire de plus ? Je ne suis pas quelqu’un d’important ; il n’y a que le reportage qui compte.
- Je suis navrée qu’aucun d’entre nous n’ait eu la possibilité de descendre sur Yalbo, dit Uhura. J’aime visiter toutes sortes de planètes, même les plus petites.
- Au départ, c’était une colonie minière, dit Mason en ramenant ses cheveux en arrière. Beaucoup de métaux, des minerais rares... Nous ne pouvons pas boire l’eau du sol. Elle nous empoisonnerait. L’atmosphère contient des vapeurs d’acide nitrique. Lorsque nous sortons des complexes, nous sommes obligés de porter des combinaisons intégrales hermétiques. Ce n’est pas ce que j’appellerais un paradis.
- Pourtant, je parie que vous aimez Yalbo.
Uhura se pencha, les yeux brillants. Rowena sourit et secoua la tête.
- Nous trouvons toujours quelque chose à aimer à l’endroit où nous grandissons.
- Les gens, peut-être ?
- Certainement. Il y a des gens bien sur Yalbo.
- Vous êtes fière de votre planète. Admettez-le.
Mason réfléchit.
- Bien sûr. Nous avons accompli des choses remarquables. Par exemple, nous avons réussi à survivre jusqu’à ce que la Fédération nous choisisse comme avant-poste. Ça n’a pas été facile. Lorsque les mines de Yalbo ont commencé à être rentables, une surabondance de métaux a été découverte dans le second octant. Nous devions alors transférer notre production à des milliers de parsecs pour commencer à être compétitifs. C’était une époque difficile.
- Quel âge aviez-vous ?
- Oh, je n’étais pas encore née. Mais mes parents m’ont tout raconté. Une partie de la population serait morte de faim si la Fédération n’avait pas envoyé de vaisseaux de secours.
- Mon père travaillait à bord d’un navire de secours, dit Uhura. Peut-être est-il venu sur Yalbo ?
- Accepter la charité était difficile. Mon peuple était hippie, vous savez. Les Yalboans voulaient être indépendants et se libérer du gouvernement galactique pour établir leur propre communauté. La plupart des gens venaient des villes minières de Mars, à l’origine. Ils avaient besoin de secours, mais ils n’étaient pas contents de voir arriver les navires. Nous n’avons jamais approuvé les opérations militaires.
- Je croyais que les hippies appartenaient au XXe siècle.
- Les communautés martiennes ont repris le mouvement. Les Yalboans ont ensuite changé beaucoup de choses. Nous sommes des humanistes. Nous croyons que tout ce qui existe dans la Galaxie est centré sur les êtres humains, et que les autres espèces sont inférieures.
Uhura fit une grimace.
- Ça ne me paraît pas être une philosophie utile.
- Elle fonctionne à merveille sur un monde où il n’y a pas d’autres espèces. Et, vous devez l’admettre, il faut arriver à s’habituer à quelqu’un comme Spock.
La belle Africaine se leva et croisa les bras.
- Rowena, je ne vous conseille pas d’essayer d’appliquer les philosophies de Yalbo sur un vaisseau spatial. Nous avons visité trop d’endroits, vu trop de choses. Si vous voulez vraiment savoir ce que nous faisons dans l’espace, vous devriez passer un peu de temps à étudier le journal de bord public.
Elle marqua une pause, puis se pencha vers la journaliste.
- J’ai rencontré des non humains à côté desquels nous ne sommes que des vermisseaux. Nous rampons sous leurs yeux et nous repartons, et l'unique raison pour laquelle ils ne nous écrasent pas, c'est qu’ils sont totalement différents de nous. Les humains n’occupent pas le centre de toutes choses.
- Je suis désolée, répondit Mason. Je n’ai rien à reprocher aux autres espèces, mais je crois que les humains sont importants.
- Importants, oui. Plus importants, non ! Maintenant, abandonnons les grands discours et laissez-moi vous préparer à dîner. Qu’aimeriez-vous manger ?
Elles dinèrent en silence, un peu méfiantes. Lorsque le quart de repos fut terminé, Uhura se leva, prit une douche sonique et passa son uniforme. Elle se tenait près de la porte lorsque Mason s’habilla.
- Je suis de quart sur la passerelle jusqu’à 18:00 heures. Venez me rejoindre un peu avant et je vous montrerais ce que représente mon travail. Puis nous dînerons au mess, et nous pourrons peut-être nous distraire en salle de détente.
- Uhura, dit Rowena juste au moment où l’officier parfait.
- Oui ?
- Avez-vous des problèmes pour dormir en vitesse de distorsion ?
- Ciel, non. Pourquoi ?
- Je me posais la question.
Peut-être était-ce parce qu’elle était loin de Yalbo, de ses odeurs et de ses complexes. Elle se sentait si seule, au milieu d’étrangers. Si elle se laissait aller, son isolement pourrait se transformer en dépression, ce qui influerait sur son travail. Elle ne pourrait pas le supporter.
Et elle était furieuse. Uhura était humaine. Quelles que soient ses expériences, elle ressentait sûrement une allégeance plus forte envers les humains qu’envers les autres races ! Comment une espèce pouvait-elle survivre si elle privilégiait les autres ? Est-ce que tout le monde à bord de l'Enterprise pansait que les humanistes étaient des réactionnaires d’un autre temps ?
Rowena vérifia son équipement. Peut-être n’était-ce pas une si mauvaise idée que d’étudier le journal public du vaisseau ? Il lui restait encore quinze jours, à tuer avant que l'Enterprise arrive dans l’Ecrin Noir, assez de temps pour se plonger dans l’histoire de Starfleet, dans l’historique de l'Enterprise... Assez de temps pour trouver une faille dans l'armure d’autosatisfaction des militaires.

Chapitre VIII

ATTENTION ! VOUS ACCÉDEZ A UN SECTEUR DE SÉCURITÉ ! UNE ENTRÉE NON AUTORISÉE PEUT VOUS FAIRE ENCOURIR DES POURSUITES JUDICIAIRES...

Spock était assis à la console des moniteurs, dans le centre de contrôle informatique, et il regardait avec un léger dégoût le message qui apparaissait sur l’écran. Pour autant que Veblen et lui le sachent, ce qu’il désirait faire n’allait pas à l’encontre du règlement de Starfleet - ni des codes des moniteurs. Pourtant, les concepteurs humains avaient couvert tous les aspects de la programmation de systèmes d’avertissements et de menaces ambiguës. Le Vulcain connaissait le moyen de passer outre l’avertissement la méthode était même inscrite dans le manuel d’instructions -, aussi il effaça l’écran et pénétra dans le cœur du système, les banques de mémoires qui contenaient l’expérience de six commandants de Starfleet.
Parmi ceux-ci, quatre étaient décédés et les deux autres avaient pris leur retraite. L’un des morts était un Vulcain, le seul à avoir atteint un grade élevé dans Starfleet, l’amiral Harauk. Spock était très intéressé par les pensées d’Harauk sur certains sujets et, selon ses connaissances, les moniteurs étaient parfaitement capables de simuler le Vulcain, du moins jusqu’à un certain point. Tant que Spock n’essayait pas de modifier la mémoire ou le système d’une façon qui influencerait son fonctionnement, le pire auquel il devrait faire face serait le sens de la dignité des moniteurs. C’était en tout cas ainsi qu’il interprétait l’intention dissimulée derrière les messages. (Les machines aussi complexes que ces moniteurs devaient souvent être traitées en termes de personnalités et de caractères, surtout quand elles avaient été fabriquées par des êtres humains.)

ATTENTION ! LES MONITEURS NE SONT PAS CONCUS POUR FONCTIONNER A PARTIR DE L’EXPÉRIENCE D’UNE SEULE EXPÉRIENCE-MÉMOIRE. IL PEUT RÉSULTER...

Spock effaça à nouveau l’écran et ajusta les écouteurs de communication directe sur ses oreilles. Il entendit un sifflement lointain. Ce n’était pas des interférences, mais le signal porteur des fréquences de mémoire de l’amiral Harauk. A ce niveau, une interface de langage-machine était inutile. L’officier scientifique appuya sur un bouton pour initialiser la communication vocale.
- Longue vie et prospérité, amiral Harauk. Je suis Spock, fils de Sarek de Vulcain et d’Amanda Grayson de la Terre. Je suis scientifique et officier en second à bord de l’USS-Enterprise.
- Longue vie et prospérité, Spock.
La voix de Harauk était égale et uniforme, bien qu’un peu métallique.
- Les moniteurs ont-ils été activés ?
- Non, monsieur. Je vous pose des question de ma propre initiative.
- Dans quel but, Spock ?
- Vous êtes conscient que le premier souci d’un Vulcain est son devoir. Mon officier commandant est un humain, le capitaine James T. Kirk. Les humains ont créé et installé les moniteurs à bord des vaisseaux de Starfleet, mais je ne suis pas convaincu de la sagesse de cette opération.
- Pourtant, votre devoir implique que vous suiviez le règlement de Starfleet, tout comme moi.
- Et je le suivrai. Mais j’ai aussi un devoir envers mon capitaine. Je dois découvrir si les moniteurs risquent de le gêner dans l’exercice de ses fonctions. Et... j’aimerais connaître l’opinion d’un Vulcain.
- Je ne peux pas communiquer avec vous de Vulcain à Vulcain, Spock. Je ne suis pas vivant dans ce système, je ne suis qu’un programme de conseil.
- Je suis venu chercher un conseil.
- Les humains sont connus pour leur comportement erratique. Au mieux, ils sont moins disciplinés qu’un Vulcain non éduqué. Ils ont créé ce système de surveillance pour prévenir certains problèmes spécifiques à leur espèce. Je ne vois rien d’anormal dans cette idée, en théorie.
- Et en pratique ?
- Je ne sais rien du fonctionnement du système. Des Vulcains ont participé à sa conception, et les meilleurs ingénieurs humains ont travaillé durement pendant des années pour le réaliser. Et il doit paraître évident que j’approuve l’idée, en théorie, puisque j’ai accepté de faire partie du programme.
- Et si une situation n’entre pas dans le champ d’expérience des moniteurs - dans l’expérience des programmes de conseil ?
- Cette possibilité a certainement été prise en compte. il est évident qu’un capitaine de vaisseau rencontrera des situations insolites.
Spock réfléchit quelques instants.
- Je suis inquiet. Le système n’a jamais fait ses preuves en utilisation réelle, et je ne crois pas que nous allons nous retrouver dans une situation idéale pour passer ce test.
- Alors vous n’avez qu’une solution.
- Oui ?
- Votre devoir avant tout.
- J’en suis tout à fait conscient, amiral.
- Votre devoir avant tout.
Quelle que fût la manière dont Spock formula ses questions, ce fut la seule réponse de l’expérience mémoire de Harauk. C’était loin d’être rassurant. A quel devoir Harauk faisait-il référence ? Envers le capitaine ? Le vaisseau ? Starfleet ? Ou les moniteurs ?
Aucun Vulcain n’acceptait l’autodestruction sans avoir un objectif essentiel, ni la destruction d’autrui uniquement pour une question de devoir. Apparemment, l’expérience-mémoire de Harauk essayait de lui faire comprendre la nécessité d’une hiérarchie du devoir. Chez les Vulcains, une telle échelle n’était pas nécessaire. Mais chez les humains, dans cette situation...

ATTENTION ! UNE UTILISATION CORRECTE DES MONITEURS DÉPEND DE L’INTERACTION DES SIX MÉMOIRES-EXPÉRIENCES CONTENUES DANS LE SYSTEME.

Spock remit les moniteurs en mode d’utilisation normale et ôta les écouteurs de communication directe. On sonna à la porte du centre de contrôle informatique et Veblen entra, un bloc-notes en main, préoccupé par des calculs.
- Monsieur Spock ! Vous pourriez peut-être répondre à une question...
- Et vous, monsieur Veblen, pourriez peut-être faire de même.
Apparemment dérouté, l’officier s’arrêta net et dévisagea Spock.
- Tout ce que vous désirez, monsieur Spock.
- D’abord, votre question.
- Oh, elle peut attendre.
Veblen était intrigué par le simple fait que l’officier scientifique ait une question à lui poser.
- Je n’ai pas encore eu l’occasion d’étudier les opérations de sécurité des moniteurs. S’il y a une panne, selon l’estimation des officiers et de l’équipage, peuvent-ils être désactivés?
- Une telle panne est fort peu probable, monsieur.
- Cela ne répond pas à ma question.
Veblen parut gêné.
- Je... ne sais pas moi-même, monsieur.
- Alors il est temps d’étudier les sécurités dans tous leurs détails, ne croyez-vous pas ?
L’informaticien lança un regard soupçonneux à Spock.
- Monsieur, puis-je vous poser une question sur un autre point: que pensez-vous que nous allons trouver dans l'Ecrin Noir ?
- Je suis comme les Scouts Interstellaires de la Fédération, monsieur Veblen. Je crois qu’il est nécessaire d’être toujours prêt.

* * * * *

Mason avait passé sa vie dans les complexes de Yalbo et, ainsi, elle ne trouvait pas étranges les coursives et les salles de l'Enterprise. Pourtant, par certains côtés, la taille d’un vaisseau autonome comme celui-ci était impressionnante. Peu de parties du navire lui étaient fermées, et il y en avait encore moins qui étaient inaccessibles pour des raisons de sécurité. Aussi, l’exploration de l'Enterprise devint rapidement son passe-temps favori.
Même enfant, elle avait été fascinée par les recoins des complexes, les endroits où l’équipement inutilisé était entreposé, ou encore les usines de traitement automatique. Depuis que l’enseigne Chekov lui avait donné un plan en plastique du vaisseau, elle trépignait à l’idée de passer des journées à marcher, à ramper et à grimper. Cependant, le travail passant avant tout, elle décida de visiter en premier lieu l’infirmerie.
L’infirmière Christine Chapel lui montra les lits diagnostiqueurs, anciens et nouveaux modèles, et lui expliqua ce qu’était la ferme organique. Le Centre de Conservation des Génotypes, son nom officiel, était une grande rangée de cabinets gris brillants situés au fond de l’infirmerie.
- C’est le précurseur de l’URAAT, expliqua Chapel. Nous avons à disposition les enregistrements génétiques de chaque membre de l’équipage. En cas d’accident, nous pouvons développer un substitut pour chaque partie du corps - à part, bien sûr, celles qui sont profondément personnelles, comme le cerveau. Nous pouvons reconstruire un cerveau, mais il sera vide. Avec les améliorations techniques de l’URAAT, nous pouvons maintenant dupliquer un individu. Et puisque vous êtes ici, autant apporter votre contribution...
A cause de sa peur des aiguilles, il fallut à Rowena un certain contrôle pour ne pas protester quand Chapel sortit un échantillonneur de biopsie. L’infirmière préleva adroitement et sans douleur un échantillon de cellules dans sa joue, puis elle referma l’incision par une suture électronique.
- Nous allons mettre l’échantillon dans la ferme organique et - que Dieu nous garde ! - s’il vous arrive quelque chose, votre assurance-vie se trouvera dans nos fichiers.
Chapel pensait qu’il serait mieux que McCoy fasse visiter l’URAAT à Mason lui-même, mais le médecin était occupé.
- Il joue au poker avec les moniteurs, dit-elle en souriant, il est comme un requin face à une nouvelle victime. Il devrait être à nouveau humain dans quelques jours.
Est-il possible que le personnel de l'Enterprise s’amuse à trouver un moyen de court-circuiter les moniteurs ? inscrivit Mason sur son bloc.
Dans certains de ses périples, elle emportait un enregistreur du SIS et effectuait de courts documentaires sur les activités à bord. Elle passa plus d’un quart d’heure à enregistrer les jeux auxquels s’adonnait l’équipage dans le gymnase. Grandement combatifs, les hommes et les femmes de l'Enterprise prennent plaisir à se défier les uns les autres, et à exhiber leurs prouesses physiques et mentales. Alors qu’il y a peu de braggadocia, per se, il en ressort un engagement ferme à faire de son mieux dans toutes les circonstances. En activités d’équipe, le degré de coopération est impressionnant. Les équipes peuvent être remodelées d souhait, et pourtant les joueurs sont immédiatement soudés, comme s’ils étaient amis depuis longtemps . et c’est le cas, en ce qui concerne la vie à bord.
L’ingénieur en chef Scott fut trop heureux de faire visiter les ponts de l’ingénierie à Rowena. Pendant son heure de repos, il la convia même à une « expédition spéléologique » (son expression) dans les tubes d’accès et les coursives de maintenance du générateur de puissance d’impulsion. Elle posa la main, à son insistance, sur le champ de force externe d’une des énormes « bouteilles » oblongues où la étaient mélangées avec sentit le picotement matière et l’antimatière précision. Rowena y le picotement indescriptible d’une puissance de destruction totale provisoirement sous contrôle. Elle enregistra - bien qu’elle sache que cela ne passerait jamais la censure du SIS -, les commentaires de Scotty sur sa théorie des générateurs de puissance, mais elle fut plus intéressée par son résumé.
- Nous pourrions voyager d’un bout à l’autre de l’Univers, si seulement nous réussissions à affiner notre compréhension de la Galaxie connue...
Il secoua la tête et sourit.
- C’est un très beau moteur, mais j’en ai vu sur des navires extraterrestres qui le feraient passer pour une chaîne de vélo, et moi pour le singe qui pédale. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir l’occasion de jeter un coup d'œil sur leurs manuels techniques !
Lorsque McCoy fut enfin disponible pour la guider dans sa visite de l’URAAT, Rowena fut quelque peu déçue. Le médecin lui expliqua le fonctionnement de base de l’unité, et fit brièvement remarquer que le système était relié aux moniteurs, mais il sourit quand Mason lui demanda s’il pensait que le nouveau système de sécurité allait lui poser des problèmes.
- Je m’en occupe en ce moment même.
Il ne dit rien de plus.
Pendant que Spock et McCoy essayaient de comprendre le fonctionnement des moniteurs, et pendant que Mason visitait en prenant des notes, le vaisseau Enterprise chevauchait une vague d’espace-temps distordue, entouré de rubans d’etoiles et de nuages de gaz interstellaires, aux travers des bras galactiques et des abïsses obscurs, à des vitesses trop importantes pour etre concevables. Grâce aux mystères de la physique avancée, le navire voguait dans des royaumes incompréhensibles pour l’esprit de la plupart de ceux qu’abritait sa coque.
Au bout de deux semaines, les senseurs purent facilement reconstituer la forme indistincte de la nébuleuse de l’Ecrin Noir, qui n’était plus entièrement sombre. Mason, qui observait le nuage stellaire sur un écran dans sa cabine, crut déceler une nouvelle silhouette dans la masse gazeuse et lumineuse.
Là où perçait la lumière des protoétoiles, on pouvait distinguer la forme distincte de trois serres griffues. Tandis que l’Enterprise approchait. heure par heure, les griffes parurent s’ouvrir un peu plus.
Puis la nébuleuse se referma sur eux. L’Enterprise et son équipage approchaient du coeur de la création.

Chapitre IX

Sur le périmètre de la nébuleuse, la Station Un était à présent couverte par une nuée irrégulière de gaz et de poussière. L'Enterprise avançait dans les nuages au quart de la vitesse de la lumière. Voyager plus vite eût été dangereux, à cause des bombardements de matériaux diffus de la nébuleuse. Uhura essaya à de nombreuses reprises de contacter la station, mais en vain.
Les formes et les dessins brillants de l’Ecrin Noir, visibles depuis plusieurs dizaines d’années-lumière, étaient maintenant réduits à une lueur translucide constante qui baignait l'Enterprise dans un éclairage pourpre onirique.
Kirk étudia les chiffres qui s’inscrivaient sur l’écran principal. Il ne fut pas content de ce qu’il lut. Spock se tenait à ses cotés. l'Enterprise était en état d’alerte et la passerelle débordait d’activité. Mason se trouvait près de l’ascenseur; son enregistreur flottait non loin de là.
- On dirait que nous sommes venus pour rien, dit Kirk.
Spock ne manifesta aucun désaccord. Les graphiques recouvrant l’image du petit planétoïde qui, autrefois, avait abrité la Station Un, ne montraient aucun signe de vie, et les senseurs du vaisseau avaient sondé l’endroit de part en part.
- A moins qu’il n’y ait eu une panne des systèmes de survie de la station, dit Spock, l’état du planétoïde ne nous donne aucune raison de penser qu’ils aient connu d’autres problèmes.
- Ils sont peut-être timides, dit McCoy.
- J’ai besoin de suggestions sérieuses, Bones.
Jim jeta un coup d'œil dans la direction de Rowena et fut ennuyé de constater qu’elle notait ses paroles sur son bloc. Ce qui l’ennuyait le plus en fait, c’était de savoir qu’on enregistrait ses moindres mouvements. Mais, comme le lui avait souvent dit McCoy depuis le début du voyage, il était le seul à blâmer de la présence de Mason. Il aurait dû défier Starfleet. Cela aurait certainement causé un petit scandale, et quelques paroles acerbes çà et là, mais il s’en serait sorti. Non, Jim soupçonnait qu’il avait un autre motif pour désirer la présence de la journaliste. Si les moniteurs étaient un échec, un observateur neutre pourrait le rapporter.
Et s’il échouait misérablement...
McCoy était en plein milieu d’une phrase lorsque Kirk reprit le fil de la conversation:
- ... aussi je suis d’accord avec Spock. Il n’y a aucune preuve que l’environnement de la nébuleuse ait été plus hostile après la fusion des protoétoiles que pendant.
- Monsieur Veblen, demanda Kirk.
L’informaticien s’avança promptement.
- Que disent nos ordinateurs ?
- Vous me demandez les résultats de l’algorithme stochastique ?
- En effet.
- Je n’ai pas eu le temps de programmer ces derniers éléments, monsieur. Je peux le faire, et l’algorithme procédera à une nouvelle sélection.
- Je serais curieux de savoir quelles étaient les conclusions de l’algorithme avant notre arrivée.
- Monsieur, il y avait trois probabilités. Deux étaient clairement des erreurs.
- Oh ? Spock ?
- M. Veblen se réfère aux variantes que l’ordinateur a par la suite rejetées, parce que trop improbables. L’une proposait la prise d’assaut de la station par une force extérieure. L’autre, la folie et le suicide de tous les membres de l’équipage. Aucune de ces deux propositions n’a été prise au sérieux dans la sélection finale.
- Le troisième scénario est très intéressant, capitaine, continua Veblen. L’un, ou plusieurs, des chercheurs vulcains se trouvant à bord de la station, a été affecté par les radiations Ybakra...
- Les Vulcains ont plus de mal à s’adapter aux fortes doses d’Ybakra, expliqua Spock tout comme ils ont plus de mal que les humains à s’adapter au froid. Cependant, les différences sont mineures.
- Le chercheur irradié aurait souffert de troubles nerveux. Le scénario présente plusieurs suites. Soit l’équipage a été emprisonné, ou - et ce sera certainement la solution finale, une fois que nous aurons ajouté les nouveaux éléments à l’algorithme - il a été assassiné.
Kirk fronça les sourcils.
- Je ne suis pas sûr d’aimer votre algorithme, monsieur Veblen. Spock, exécutez un nouveau balayage des senseurs sur le planétoïde. Après cela, nous rassemblerons une équipe de sortie, équipée de scaphandres et de bouchers portables, en salle de téléportation.
- Puis-je aller avec vous ? demanda Mason.
Jim lui adressa un regard tranchant.
- Non ! Je ne pars pas avec la première équipe. Starfleet fait les gros yeux aux commandants qui prennent des risques inutiles. Vous pouvez apprendre à l’un des membres de l’équipe comment utiliser votre enregistreur, mais nous ne serons en aucun cas responsable s’il est perdu ou détruit.
Rowena acquiesça, quelque peu soulagée.
Après que les senseurs n’eurent une fois de plus détecté aucun signe de vie, Kirk retrouva l’équipe de sortie dans la zone de préparation de la salle de téléportation. Elle était composée de six membres, dirigés par le chef de la sécurité, le lieutenant Olaus. L’enregistreur de Mason suivait l’officier comme un chien. Olaus lançait des regards amusés et embarrassés à la machine tandis que Mason la programmait pour sa nouvelle tâche.
- Ce devra être une reconnaissance rapide, dit Kirk. M. Devereaux s’occupera du tricordeur et l’enregistreur de Mme Mason confirmera vos observations. Vous resterez deux minutes dans la station, puis vous serez automatiquement ramenés à bord. Vous pouvez tous demander un retour immédiat, en cas de danger. Votre départ sera précédé par celui d’un appareil testeur de téléportation, comme d’habitude. Monsieur Shallert, lancez l’ATT. Monsieur Olaus, rassemblez votre équipe en salle de téléportation.
L’ATT fut téléporté en premier. Il rapporta au bout de quelques instants que l’intérieur de la station présentait des conditions environnementales normales, et que la zone était déserte.
- Température, vingt-neuf degrés Celsius, capitaine, ajouta Shallert, concentré sur les commandes du téléporteur. Niveau d’oxygène, vingt-trois pour cent, tous les autres gaz dans les proportions normales pour un système de survie.
Spock vint se placer près de Kirk.
- Cette température est confortable pour les Vulcains, capitaine.
- En effet. Monsieur Shallert, énergie !
Le téléporteur enveloppa les silhouettes des membres de l’équipe de lignes scintillantes. Il fit un relevé total de leurs corps avant de les désassembler. Petit à petit, les lignes diminuèrent d’intensité et les formes se réduisirent à néant. Shallert vérifia les mémoires-forme en stock, puis baissa le levier qui allait téléporter les officiers à cinq cents kilomètres de là, à l’intérieur de la Station Un.
- La station peut-elle être encore en état de marche si tous les chercheurs sont morts ? demanda Mason à Kirk.
- C’est possible, mais peu probable.
- Alors, comment se fait-il que vous n’ayez détecté aucun signe de vie ?
- Nous en saurons plus dans quelques minutes. La patience est une vertu. N’est-ce pas, Spock ?
Le Vulcain scrutait stoïquement les écrans de contrôle de la console du téléporteur.
- Nous venons de recevoir le signal d’arrivée. Ils sont dans la station.

Chapitre X

Un courant d’air chaud soufflait dans le corridor vide. Après dix ans d’inactivité, la station était dans un état impeccable. Tout était en ordre comme si elle attendait l'arrivée de ses invités.
Et ils se matérialisèrent en six magnifiques colonnes de feu structuré, dont la lumière se reflétait sur les murs gris utilitaires, en ajoutant une légère odeur d’électricité à l’air sain et sec.
- Éparpillez-vous, ordonna Olaus.
L'équipe se répartit rapidement dans le couloir. L’enseigne Devereaux scanna l’endroit avec son tricordeur. L’enregistreur de Mason resta près d’Olaus en ronronnant faiblement. L’officier de sécurité sortit son communicateur.
- Équipe de sortie appelle l'Enterprise, Olaus au rapport. La station paraît être en bon état. Aucun signe de dégâts. Devereaux effectue des relevés. Reste une minute trente avant le retour.
Il referma le communicateur et le rangea dans sa ceinture.
- Allons-y !
L’équipe se sépara en deux groupes de trois, chacun allant à un bout du corridor. D’un côté, Olaus, sur le qui-vive, se trouvait devant une porte qui menait à une salle de stockage. Elle était fermée, mais pas verrouillée. A l’autre bout, le couloir formait un T qui se terminait de chaque côté par un sas étanche. Devereaux s’avança rapidement jusqu’au sas de gauche et tapa un code standard sur les commandes d’ouverture. La porte s’ouvrit dans un sifflement aigu. L’enseigne pointa son tricordeur vers la salle qui se trouvait devant lui
Et il manqua de peu la tête d’un jeune garçon vulcain.
- Bonjour, dit Radak en parfait standard de la Fédération.
Devereaux le dévisagea d’un air ahuri.
- Lieutenant ! dit-il en reculant. Lieutenant Olaus !
Radak tendit les bras comme pour souhaiter la bienvenue, mais l’effet du téléporteur était déjà en action. Les deux minutes s’étaient écoulées. Une fois de plus, les officiers furent transformés en piliers de feu et ramenés à bord de l'Enterprise, comme s’ils étaient attachés à un élastique. Le téléporteur les reconstitua comme ils étaient partis, Devereaux penché, le tricordeur brandi devant lui, et Olaus en pleine course. Il sauta de la plate-forme et percuta Mason avant de pouvoir s'arrêter. Pendant qu’il faisait des excuses à la journaliste, l’enregistreur revint vers son maître en ronronnant.
- Il y a un enfant vulcain dans la station, expliqua Devereaux. Il parle le standard... ou du moins, il dit bonjour.
Spock prit doucement le tricordeur des mains de l’enseigne et il examina les enregistrements scientifiques.
- Votre appareil ne montre aucun Vulcain, que ce soit un enfant ou un adulte, dit-il. Quelqu’un d’autre a-t-il vu l’enfant ?
- J’ai vu quelqu’un devant Devereaux, dit un autre officier. Mais je serais incapable de le décrire.
Spock manipula les contrôles du tricordeur, mais n’obtint que des résultats négatifs.
- Monsieur Devereaux, décrivez cet enfant vulcain.
- Je ne suis pas un expert, monsieur Spock, mais il paraissait avoir une douzaine d’années terrestres, et ses yeux étaient violet foncé. Il portait une sorte d’uniforme vert. Il vous ressemblait un peu.
Le Vulcain leva un sourcil et jeta un regard à Kirk.
- Le tricordeur ne montre pas d’autres signes de vie que ceux de l’équipe d’exploration. Je ne peux pourtant pas croire que M. Devereaux ait été victime d’hallucinations, capitaine. Le fils de T’Prylla, Radak, aurait actuellement quinze années terrestres, et il a les yeux violet foncé, ce qui est rare pour un Vulcain. Par ailleurs, nous n’avons fourni aucune description du personnel de la station aux membres de l’équipe.
Mason vérifia le contenu de la mémoire immédiate de l’enregistreur.
- Il n’était pas avec le bon type. J’aurais dû le centrer sur Devereaux. Il n’y a rien en visuel et si quelqu’un, en dehors de l’équipe, a dit quoi que ce soit, je ne l’entends pas. Je pourrais peut-être faire quelque chose en poussant
- C’est inutile, dit Spock. Le tricordeur n’a perçu aucune onde sonore à part celles émises par l’équipe d’exploration. Il n’y a pas eu non plus de radiations infrarouges ou de micro-ondes dans le corridor; ce qui serait arrivé si l’enseigne Devereaux s’était trouvé face à un autre être vivant.
- Alors, j’ai rêvé ? demanda l’enseigne, contrarié.
- Pas nécessairement, dit Kirk. J’attends votre rapport dans quinze minutes à l’annexe de mes quartiers. Monsieur Spock, je désire vous voir, ainsi que le docteur McCoy... et M. Veblen, dans un quart d’heure, vous aussi.
Il se tourna vers Mason :
- Vous serez la bienvenue, c’est évident.
- Je ne manquerais pas ça, répondit Rowena. Une station hantée... je ne manquerais ça pour rien au monde !
Pour la première fois en neuf ans, Grake prit conscience d’une existence autonome. Il baissa les yeux sur son corps et tendit les bras, puis rapprocha les mains de son visage. Oui, il avait des souvenirs... mais cette mémoire ne lui appartenait pas entièrement.
- Grake.
Il se retourna et vit T’Prylla. Il tendit la main et leurs doigts se touchèrent dans le geste qui, pour les Vulcains, équivalait à une passion profonde.
- Nous n’avons pas été séparés. dit la Vulcaine, et pourtant, nous avons été séparés. Où sont les enfants ? Et où se trouvent Anauk et T’Kosa ?
- Je me souviens d’eux. Nous étions ensemble.
- Sans l’être.
Ils étaient tous deux au milieu du dôme de recherche, entourés par des montagnes d’équipement. Les appareils qu’ils avaient utilises pour enregistrer la. naissance des protoétoiles avaient été désactivés depuis neuf ans, et la majeure partie des pièces avaient été récupérées pour construire le cauchemar d’ingénierie qui remplissait le dôme.
- Quel est le dernier souvenir.., de votre propre mémoire ?
- Radak et T’Raus, ensemble...
Grake hésita.
- Ils nous ont assuré que nous ne souffririons pas, que nous serions uniquement
- Adaptés, finit T’Prylla. Et c’est ce qui est arrivé. Combien de temps s’est-il écoulé ? Pourquoi nous ont-ils rappelés ?
Grake pointa le doigt sur la masse de machinerie.
- Nous devons détruire ceci immédiatement!
Radak apparut de nulle part, juste devant eux.
- Parents honorés, il est nécessaire de remettre la station en service normal.
- Mon fils, dit Grake, ce que nous avons fait est maut akspra. Cela doit finir, maintenant !
Le Vulcain tendit la main vers Radak. Le garçon regarda les doigts tendus de son père, cligna des yeux, puis se détourna.
- Tant a déjà été accompli. Nous vous en sommes reconnaissants. Mais nous avons des visiteurs. Ceux que vous avez appelés il y a dix ans sont finalement arrivés.
- Il y a un vaisseau ? demanda T’Prylla.
- Un grand navire armé, répondit Radak. Un groupe d’humains est apparu dans le corridor reshek.
Les différentes sections de la station portaient le nom des symboles de l’alphabet vulcain, et reshek en était le troisième signe.
- Où sont-ils ? demanda T’Prylla.
- Ils sont repartis avant que j’aie le temps de leur souhaiter la bienvenue. Pourquoi n’y avait-il pas de Vulcains parmi eux, mère ?
T’Prylla s’approcha de son fils - ou de l’image de son fils, elle ne pouvait pas faire la différence -, puis elles posa les mains sur ses épaules. Elle toucha une chair solide, couverte d’un tissu vert parfaitement tangible - celui de l’uniforme pour enfant que Radak portait depuis dix ans, après l’avoir modifié pour qu’il s’adapte à sa croissance.
- Il n’y a pas beaucoup de temps, dit-elle. Ce sont nos sauveurs. Nous leur avons envoyé un message de détresse. Ils ne partiront pas avant d’avoir découvert ce qui s’est passé, et pas avant d’avoir rééquilibré la situation... Ou décidé de nous emmener avec eux.
Radak écarquilla les yeux.
- Ce serait horrible. Nous devons rester.
- Pourquoi ? demanda Grake.
- Vous n’avez pas le droit de le savoir, pas encore.
- Mais ils t’ont vu, Radak. Ils savent que nous sommes ici...
- Ils m’ont vu, mais ils ne savent rien d’autre. Ils ignorent s’il y a des survivants dans la station. Nous avons tout masqué, et nous n’avons pas répondu à leurs messages.
- Pourquoi être aussi sournois ? demanda Grake. Ils sont venus pour notre bien.
- Non, le bien ne peut être atteint que si nous restons ici, à continuer notre travail... Pas en partant. Nous n’avons pas besoin d’être sauvés.
- Qui êtes-vous ? dit soudain T’Prylla.
Radak la fixa froidement. Il n’y avait dans son regard aucune trace d’affection, seulement une sorte d’intérêt exacerbé.
- Je suis votre fils.
- Où est T’Raus ?
- Elle travaille. Vous devez coopérer avec nous
- Et les autres ?
- Ils sont en bonne santé. Ils travaillent avec nous, tout comme vous.
- Nous ne pouvons pas coopérer, dit lentement Grake en contournant son fils.
L’enfant le suivit du coin de l'œil, mais son corps ne trahit aucun signe de tension.
- Tu nous retiens prisonnier. Tu ne nous autorises aucune liberté, aucune participation véritable. Tu fais de nous tes esclaves, et tu ne nous dis rien. Ceci est intolérable ! Tu ne te comportes pas comme un fils
- Parce que j’ai des occupations de la plus haute importance, maintenant, dit Radak. Vous n’acceptez pas de collaborer ?
- Non, répondit T’Prylla.
Il était inutile de mentir. Ils ne pouvaient rien cacher à Radak, quel que soit l’être qui se dissimulait sous cette forme.
- Alors nous n’avons pas le choix. Nous devrons vous adapter à nouveau, il n’y a aucun mal...
Le bras de Grake jaillit dans la direction de l’épaule de son fils. Ses doigts et son pouce étaient en position pour pincer un nerf sensible et rendre ainsi l’enfant inconscient. Mais Radak disparut au moment où la prise se refermait. Sa voix murmura dans l’air, autour d’eux :
- Je suis désolé, mes parents.
T’Prylla s’aperçut avec horreur que le visage de son mari se figeait. Puis il s’adoucit. Toute trace de résistance disparut des traits de Grake. Il sembla alors à T’Prylla que sa volonté faiblissait, elle aussi, et elle retourna a l’état d’esclavage dans lequel le couple avait passé les dix dernières années. Cependant, profondément enfoui sous les niveaux civilisés et ordonnés de sa conscience, dans les régions instables de sa personnalité, qui rappelaient les violents personnages vulcains du passé, T'Prylla était en proie à la haine. Elle luttait et hurlait de rage...

* * * * *

- Monsieur Veblen, je dois avouer n’accorder aucune confiance à votre algorithme stochastique. Cependant, puisque nos autres explications n’ont aucun sens, dites-moi ce que nous révèlent les nouvelles versions ?
Kirk était assis dans son fauteuil favori, qu’il avait acheté pendant ses vacances, quelques années auparavant. Les autres sièges de la cabine, plus modernes, étaient occupés par Spock, Veblen, McCoy, l’enseigne Devereaux, le lieutenant Olaus et Mason, qui n’avait apporté qu’un simple magnétophone.
- Monsieur, commença Veblen, les ordinateurs estiment que les algorithmes ne sont pas adéquats dans ce cas précis. Mais nous sommes près d’obtenir des informations que nous pourrons utiliser pour découvrir ce qui s’est réellement passé
- Oh ? Dans combien de temps ? (Jim se tourna vers Spock.) L’étude détaillée a mis à jour quelque chose ?
- Quoi que l’enseigne Devereaux ait vu dans le corridor de la station, le tricordeur n’a rien enregistré. Et, contrairement à l’opinion de Mme Mason, nous pouvons nous féliciter d'avoir eu le tricordeur, plutôt que l’enregistreur de presse. Nos appareils sont bien plus sensibles.
- Monsieur Devereaux ?
- La photo de l’enfant - il n’avait que trois ans lorsqu'elle a été prise. Je ne peux pas être affirmatif à cent pour cent. Mais il ressemble bien à celui que j’ai vu.
- Spock, y a-t-il une chance pour que d’autres enfants vulcains se trouvent à bord ?
- Pas de cet âge, capitaine.
- Bien sûr. Alors comment Radak est-il devenu assez immatériel pour ne pas apparaître sur les enregistrements d’un tricordeur ?
- Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir, capitaine. Nous devons envoyer une nouvelle équipe d’exploration.
- Spock, je sais qu’il m’arrive de prendre des risques, mais je ne suis pas certain de vouloir en prendre cette fois...
Il fut interrompu par la voix d’Uhura sur l’intercom :
- Capitaine, nous venons de recevoir un message de la Station Un.
Kirk se redressa dans son fauteuil.
- Passez-le ici.
- En visuel, capitaine.
Jim tendit le bras et il activa l’écran de sa cabine.
L’image fut tout d’abord très floue, mais elle s’éclaircit rapidement. Kirk reconnut Grake immédiatement. Il paraissait fatigué, mais parlait d’une manière des plus enthousiastes pour un Vulcain.
- Ici le chercheur Grake, de la Station Un de la nébuleuse de l’Ecrin Noir. J’aimerais parler au capitaine du vaisseau spatial Enterprise.
- Je suis le capitaine James T. Kirk. Nous sommes soulagés de vous trouver en vie et en bonne santé, Grake. Notre première visite à bord de votre station était quelque peu troublante.
- Oui, mon fils m’en a parlé. Je m’excuse de toute cette confusion. Nous sommes plutôt isolés, ici, et notre équipement de communication a été désactivé pour transférer la puissance à d’autres projets. Nous sommes tous en vie, capitaine - à l’exception, malheureusement, de nos collègues en animation suspendue.
- Dites-lui que nous allons devoir descendre rapidement, dit McCoy.
- Je demande la permission de nous téléporter dans la station pour exécuter nos ordres, dit Jim. Nous venons en réponse à votre appel de détresse, Grake.
- Oui, bien sûr. Cela fait très longtemps, capitaine, même pour des Vulcains. Beaucoup de choses ont changé... et certaines de ces modifications peuvent être troublantes. Puis-je vous suggérer d’envoyer uniquement, dans un premier temps, le personnel indispensable ?
- Bien sûr. Spock, le docteur McCoy et moi-même serons dans la prochaine équipe d’exploration.
- Oui, c’est formidable. T'Prylla et moi serons très heureux de revoir Spock. Et, bien sûr, nous vous attendons depuis longtemps.
Kirk jeta un coup d'œil à son officier en second, qui se tenait en dehors du champ des caméras. L’expression de Spock était troublée et son front, plissé.
- Si vous pouviez nous donner les coordonnées exactes de téléportation, Grake, nous vous en serions très reconnaissants. Ceci empêcherait que nous interférions avec vos.., projets.
Le chercheur leur donna les coordonnées demandées et les assura une nouvelle fois de sa joie de les voir, avant de couper la communication.
- Spock ? demanda Jim une fois que l’écran fut noir. Quelque chose ne va pas ?
- Je n’en suis pas sûr, capitaine. Je connais peu Grake, et c’était il y a plus de vingt ans.
- Et ?
- Je dois étudier la situation de plus près avant d’émettre une hypothèse.
Le regard de l’officier scientifique indiquait, d’une manière que Kirk était capable de comprendre, qu’un Vulcain pouvait analyser un ensemble d’observations précises uniquement si l’on ne le contraignait pas à arriver trop vite à une conclusion.
- Très bien. Merci, enseigne, monsieur Olaus. Rowena, vous pourrez descendre sur le planétoïde aussitôt que nous aurons jugé que c’est sans danger. La deuxième équipe d’exploration dès que le docteur McCoy aura rassemblé son équipement.
- Je serai prêt dans dix minutes, capitaine, annonça le médecin. L’infirmière Chapel m’accompagnera.
- Bien.
Quand il fut seul dans ses quartiers, Jim projeta à nouveau le message en étudiant de près le visage de Grake. Il essaya de trouver ce que Spock avait détecté..., une chose si vague et incertaine que le Vulcain n’arrivait pas encore à l’exprimer. Kirk le sentait lui aussi...
Il y avait quelque chose de très inquiétant.

Chapitre XI

McCoy était en proie à une fièvre d’activité. Il donnait des ordres brefs et efficaces aux infirmières, et son accent du Sud devenait si prononcé qu’il devait de temps à autre se répéter pour se faire comprendre, ce qui l’exaspérait au plus haut point. L’analyseur URAAT - une boîte d’une trentaine de centimètres de côté -, patientait sur une palette flottante, pendant qu’on y chargeait d’autres fournitures médicales, dont la sonde URAAT, un tricordeur de diagnostic et la petite sacoche noire de McCoy, l’unité de médecine générale personnalisée à présent équipée pour traiter les Vulcains de la Station Un. Mason l’observait, enregistrait la manœuvre et faisait de son mieux pour rester hors du chemin du médecin. McCoy ne l’aurait pourtant pas envoyée bouler. Bien qu’ils n’eussent pas beaucoup parlé, Rowena sentait qu’une relation père-fille s’instaurait entre eux. Elle se demanda si c’était sa personnalité d’adolescente qui attirait McCoy, mais soupçonna que c’était plus certainement son handicap de « fille sortie de son trou ».
La palette, pleine à craquer, fut poussée par un enseigne jusqu'à l’ascenseur. McCoy le suivit, talonné par Chapel. Ils passèrent tous des vestes médicales de terrain pleines de poches.
- Il pousse cette palette comme si c’était une mule, grommela le médecin en passant près de Mason.
Elle lui sourit et lui emboîta le pas.
Dans la salle de téléportation, Kirk et Spock étaient en train d’attacher leurs ceintures de sûreté et leurs fuseurs quand McCoy et Chapel entrèrent. Ils positionnèrent la palette sur la plateforme du téléporteur.
Shallert, aux commandes, était prêt. Une fois Kirk et Spock en position, ils furent rejoints par Chekov, qui doublait sa fonction en servant d’officier de sécurité. Shallert actionna le téléporteur. McCoy bredouilla quelque chose dans sa barbe jusqu’à ce que son regard rencontre celui de Mason. Il esquissa alors un brave et faux sourire.
- Allons-y, monsieur Shallert, dit Kirk. Énergie.
En téléportation, il n’y a aucune sensation de temps ou d’événement. Tout au plus, certains ressentent un léger picotement à la base de la nuque (le docteur McCoy n’arrive pas à expliquer ce phénomène, mais il est vécu au moins une fois par qui. conque est téléporté ). Des rumeurs d’expériences spirituelles, comme l’impression d’être mort, puis ressuscité; ou encore de voir au-delà de la mort; ou mêmes les rumeurs plus extravagantes colportées par ceux qui ont le talent de voir le futur pendant la téléportation, n’ont jamais été vérifiées. Mais...
Spock, pourtant le moins enclin à donner crédit à ces rumeurs, sent un contact, le souffle duveteux d’une question, comme si les particules éparpillées qui se rassembleront en un corps étaient individuellement examinées...
- Spock. Spock !
Ils se trouvaient dans le grand dôme de stockage de la Station Un, rassemblés autour de Spock, allongé sur le dos, immobile. Kirk se pencha sur son officier en second pendant que McCoy contrôlait le rythme cardiaque du Vulcain, sous son aisselle. Les yeux de Spock s’entrouvrirent et il tourna la tête. Le premier visage qu’il vit fut celui de Radak, qui l’observait avec curiosité, entre les silhouettes plus imposantes de Grake et de T’Prylla.
- Jim, je veux que ce téléporteur soit désossé, dit doucement McCoy. Je n’ai jamais aimé ce machin, et si vous ne faites rien, je le débrancherai
- Ne vous en faites pas. Spock, vous allez bien ?
- Apparemment, je ne suis pas blessé, répondit l’officier scientifique en se levant.
L’intérieur du dôme était vide. Le revêtement de sol en agrégat gris était marqué par des éraflures, là où du matériel était autrefois entreposé.
Kirk ouvrit son communicateur et ordonna une vérification approfondie du téléporteur.
- Suis-je le seul à avoir été affecté ? demanda Spock.
- Je me sens bien, dit Chapel en passant le tricordeur de diagnostic devant la poitrine de l’officier.
Chekov ajouta que lui non plus ne souffrait pas de nausées. Kirk se retourna vers le groupe qui les attendait.
- Je m’excuse de cette arrivée peu banale. Mais il semble qu’il y ait eu un léger problème. J’aimerais vous présenter le médecin de bord et son assistante, le docteur Leonard McCoy et le lieutenant Christine Chapel. Je suis le capitaine Kirk, voici l’enseigne Chekov et... mais vous vous connaissez déjà, j’en suis certain..., voici mon officier en second, le commander Spock.
- Bienvenue dans la nébuleuse de l’Ecrin Noir, capitaine, dit T’Prylla en tendant la main.
Sa poigne était ferme, plus chaude que celle de Spock.
- S’il est possible pour une si petite équipe d’accueillir des visiteurs dans un territoire aussi vaste. Mon mari vous a déjà exprimé sa reconnaissance, et permettez-moi de faire de même. Je suis T’Prylla. Voici notre assistant astrophysicien, Anauk.
Le Vulcain sépara ses doigts pour esquisser le salut traditionnel.
- Voici son épouse, T’Kosa. Notre fils, Radak, que certains des membres de votre équipage ont déjà rencontré. Notre fille, T’Raus, travaille actuellement sur une expérience.
- Notre première priorité sera de vous faire passer un examen médical complet, dit McCoy.
- Ce ne sera pas nécessaire, répondit Grake en baissant gracieusement la tête. Nous disposons d’un excellent centre médical. J’ai bien peur que ceux qui ont le plus besoin de votre aide ne soient au-delà des prouesses de la médecine.
- Si vous faites référence aux dormeurs, répondit le médecin, nous pouvons peut-être les sauver. Quant à votre santé, le règlement de Starfleet exige que je me fasse ma propre opinion.
- Le docteur McCoy a raison, dit Kirk. Et pendant que l’infirmière Chapel et lui se chargeront de l'aspect médical des choses, j’aimerai commencer le débriefing.
- Bien sur, répondit T’Prylla. Nous ferons tout pour aider nos sauveteurs. Mais je dois vous prévenir que la situation n’est pas aussi désespérée qu’elle pouvait le paraître lorsque nous avons envoyé notre signal de détresse.
McCoy demanda à visiter le centre médical. Grake lui fit signe de le suivre, et Kirk se retourna vers Spock et Chekov.
- Je veux que vous gardiez un œil sur Radak.
- Quelque chose cloche chez l’enfant ? demanda le Russe, étonné.
- Ce n’est pas un fantôme. Surveillez-le.
- Bien, monsieur.
Jim prit une grande inspiration, puis signala aux deux officiers de venir avec lui. Spock fut intéressé par le ton de Kirk. Comme d’habitude, le capitaine avait remarqué les mêmes bizarreries que son officier en second, bien qu’il réagisse de manière différente avec une brusquerie irritée à la limite de la colère.
- Spock, dit Jim, il me semble me souvenir que ce dôme abritait des réserves et du matériel d’urgence.
- C’est ainsi qu’il est décrit dans l’inventaire de la Station Un.
- Alors, où tout cela est-il donc passé ? Ils auraient déjà tout utilisé ?
- C’est possible, capitaine, mais peu probable si les dommages ont été aussi faibles qu’on désire nous le faire croire.
Ils arrivèrent au sas qui menait au corridor reshek.
- Que dit le tricordeur à propos de Radak ?
Spock tendit l’instrument et montra les analyses au capitaine.
- C’est un garçon vulcain tout à fait normal, âgé de quinze ans. Ses données biologiques sont très précises.
Kirk hocha la tête et accéléra le pas. Chekov dut courir pour le rattraper.

* * * * *

Le centre médical de la station avait été considérablement modifié. McCoy regarda tout autour de lui d’un air navré, devant l’évidence flagrante des modifications, des reconstructions d’équipement, la suppression du mobilier et des machines de diagnostic.
- Cet endroit est en ruine, dit-il à Chapel. Au nom du ciel, qu’est-ce qui s’est passé ici ?
Grake avança de quelques pas et sortit une sphère de chrome d’un coffre de métal noir.
- T’Kosa a fait des progrès étonnants en médecine. Voici l’unique matériel dont nous ayons actuellement besoin pour régler les problèmes de santé. Le reste de l’équipement a été reconverti pour nous aider dans nos recherches.
Il tendit la sphère de chrome à McCoy. Elle pesait au plus cinq cents grammes, et sa surface était lisse.
- Il est très facile à utiliser. Je vous recommande de l’essayer.
- Comment..., commença McCoy.
- S’il y a un problème d’ordre médical, la machine établit le diagnostic et traite le malade à la demande. Elle ne répond actuellement qu’aux ordres donnés en Vulcain, mais il ne faudrait que quelques instants pour l’adapter au standard de la Fédération.
- L’utilisation de mon propre matériel m’est plus familière. Je vous remercie, mais je préfère m’en tenir à ça pour le moment.
Ce disant, le médecin désigna du doigt la palette chargée d’équipement médical.
- Je commencerai par examiner les enfants. Pourriez-vous m’amener T’Raus ? Et en attendant...
Il sourit et fit signe à Radak d’approcher. L’enfant se laissa examiner par Chape!, qui l’ausculta à l’aide du tricordeur de diagnostic. Grake s’approcha d’un terminal d’intercom, fixé au mur, et dit quelques mots en vulcain.
McCoy fouilla dans son sac et en sortit une seringue hypodermique. qu’il remplit d’une substance nutritive et de vitamines. Radak recula quand il vit le médecin brandir la seringue automatique au niveau de son bras.
- Non ! protesta-t-il.
McCoy prit son expression la plus rassurante.
- Tu n auras pas mal. Tu sentiras juste une pression...
- Mon fils vous dit que des vitamines, ou d’autres médicaments, ne sont pas nécessaires.
- Et moi je vous dis que c’est mon devoir...
- Laissez tomber, Bones, dit Kirk en entrant dans le centre médical.
Juste derrière lui marchait une jeune Vulcaine, qui avait peut-être deux ans de moins que Radak. Elle tenait Spock par la main. Chekov les contourna pour entrer dans la pièce.
- Jim, il y a des règlements que je dois suivre si nous voulons comparer avec les dossiers personnels de...
- T’Raus m’a garanti que l’équipage de la Station Un est en bonne santé.
McCoy fixa Kirk sans trop comprendre.
Le petite fille à la chevelure tombant jusqu’aux épaules lâcha la main de Spock et s’approcha de T’Kosa.
- Nous avons accompli des choses remarquables, il faudra certainement un peu de temps pour vous y habituer. Jusque-là, je vous en prie, ne nous imposez pas le règlement. Vous pouvez nous examiner si vous le désirez, mais nous sommes tout à fait capables de nous soigner nous-mêmes.
McCoy retrouva presque aussitôt son calme.
- Alors, si vous me le permettez, je vais examiner le personnel en hibernation. A moins que vous ne m’y autorisiez pas...
- Nous ne nous opposons en rien à vos efforts, répondit T’Kosa. Pour nous, ils sont morts depuis dix ans.
- C’est ce que je craignais de vous entendre dire, murmura le médecin. (Quand T’Kosa fit mine de suivre McCoy et Chapel, le médecin leva la main. ) Le capitaine a plus besoin de vous que moi. Si rien n’a été change de place, nous pourrons nous débrouiller seuls.
- Alors, nous pouvons commencer notre réunion, dit T’Prylla. Il y a tant à raconter, et tant d’archives à vous montrer...
Pendant qu’ils se rassemblent dans la salle où l’on prend les repas, T’Prylla lutte pour recouvrer sa propre mémoire des dix dernières années. Si elle ne peut pas contrôler ses paroles et ses actes, elle peut peut-être se souvenir de tout ce qui est arrivé, tout ce dont elle a été témoin...
Mais tout est confus. il y a eu la construction du Transformeur, terminé sans l’aide des adultes, avec l’équipement de réserve du dôme de stockage... Et les souvenirs de cet événement sont brouillés, ce ne sont pas uniquement les siens. Pourtant, elle se rappelle son émerveillement et sa terreur quand elle comprit que ses enfants avaient accompli quelque chose qui allait bien au-delà des capacités des ingénieurs vulcains les plus brillants. Est-ce que les sauveteurs vont apprendre l’existence du Transformeur ? ou de l'Oeil-Vers-Les-Etoiles ?

* * * * *

McCoy et Chapel se trouvaient dans la chambre froide cylindrique, ils portaient des kits environnementaux qui projetaient un rideau de chaleur autour d’eux. L’atmosphère d’hélium atteignait - 260° Celsius. La température intérieure des hibernacula suspendus dans la pièce n’était qu’à quelques degrés au-dessus du zéro absolu.
McCoy examina l’équipement de congélation et de réanimation. Tout paraissait en ordre. Chapel passa d’hibernaculum en hibernaculum en les analysant avec son tricordeur. Le médecin vérifia les derniers rapports médicaux concernant les individus congelés dans la chambre froide et les compara avec les analyses de son infirmière. Comme il s’y attendait, les dormeurs n’avaient vieilli que d’une heure en dix ans... et pourtant, ils étaient cliniquement morts. L’enveloppe de myéline qui protégeait leurs nerfs avait été détruite par des niveaux de radiations Ybakra sans précédents.
McCoy eut une vision bizarre de ce qui arriverait s’ils étaient ranimés...
Les hibernacula s’ouvriraient comme prévu, et les gens ranimés essaieraient de bouger. Chacun subirait une horrible convulsion, souffrirait l’agonie, mais en quelques secondes, leurs calvaires seraient terminés... et leur vie aussi.
- Je pensais les avoir à ma botte, mais ces satanés moniteurs médicaux vont nous mettre des bâtons dans les roues jusqu’au bout, dit le médecin.
Chapel se retint de sourire des invectives de son patron. Ce n’eût pas été convenable devant le visage congelé d’un des trente membres de l’équipe en animation suspendue.
- Ces gens sont techniquement morts, et on ne va pas m’autoriser à jouer au bon Dieu pour les ramener à la vie.
- Oui, mais ils ne sont pas techniquement morts, dit Chapel. Pas encore...
- Bon sang, ils sont morts depuis dix ans ! Intégralité du système nerveux endommagée !... C’est une des définitions de décès irréversible programmées dans les moniteurs. Il ne sert à rien qu’ils soient si bien conservés !
- Mais... pouvons-nous les sauver ? Je veux dire, est-ce possible ?
McCoy hocha la tête.
- Si j’arrive à faire rentrer un peu de rhétorique dans ces satanées caboches de fer blanc !

* * * * *

Selon Grake, la station avait été balayée pendant des mois par des tempêtes de radiation intenses et intermittentes. Le planétoïde avait été propulsé à quelques degrés de son ancienne orbite par les bombardements de particules. Heureusement, la station s’était trouvée dans l’ombre de l’astéroïde pendant la majeure partie de ce déchaînement stellaire, et ils avaient passé les deux premiers mois dans un abri qui les protégeait des dangers des radiations Ybakra. Les senseurs disposés sur l’autre pôle du planétoïde avaient communiqué aux chercheurs les données dont ils avaient besoin pour déterminer la position et le type spectral des jeunes étoiles. Au départ, il y avait eu dix-huit nuages proto-stellaires possibles dans ce secteur de la nébuleuse, mais au moins sept d’entre eux avaient été détruits par leurs frères plus précoces.
- Ce fut aussi bien, dit Grake avec une trace de regret dans la voix. Nous aurions bénéficié de plus d’informations sur les naissances stellaires. Mais les réserves de l’abri s’épuisaient, et le bombardement incessant de particules nous aurait certainement tués.
Les chercheurs étaient sortis de l’abri lorsque la situation s’était stabilisée et lorsque les protoétoiles avaient établi leur trajectoire en direction de la séquence principale. Ils avaient découvert que leurs camarades en état d’animation suspendue avaient été gravement blessés.
- Les hibernacula sont protégés contre la majeure partie des formes de radiations, expliqua T’Kosa. Nous ne nous attendions pas à tant d’Ybakra, et nous croyions que la proximité du planétoïde réduirait les taux de radiations. Il n’existe aucun autre moyen de se protéger contre les Ybakra... Nous n’aurions rien pu faire, de toute façon.
Spock intercepta le regard de Kirk mais ne dit rien. Et Jim se garda lui aussi d’émettre un commentaire.
- Nous avons réussi à réparer la plupart des dégâts subis par la station, et à reprendre nos travaux, dit Grake. Nous avons compris que nous ne pourrions jamais utiliser la radio subspatiale pour communiquer avec la Fédération, puisque les Ybakra, en présence d’anomalies de masse, bloqueraient toutes les transmissions par espace-fractionnaire. Aussi j’ai fabriqué un transmetteur à signal radio très puissant. Je connaissais la position d’une balise de la Fédération, au-delà des limites de l’Ecrin Noir, mais ce n’était qu’une approximation, puisque notre position avait changé. Et la vue des autres étoiles étaient obscurcie par les nuages de gaz de la nébuleuse. Pourtant, j’ai pu envoyer le signal...
Radak leva les yeux vers Spock.
- Nous pensons que seule une partie du message a été reçue.
- En effet, répondit l’officier scientifique. Nous avons reçu un ensemble impressionnant de données scientifiques, mais une partie infime du message de Grake.
- Ce qui est également pour le mieux. Nous étions pessimistes en ce qui concernait nos chances, et le message aurait causé une inquiétude inutile. Nous avons effectué des progrès considérables dans notre compréhension - pas seulement du processus stellaire, mais aussi de la physique en règle générale. Nous serons bientôt en mesure de vous montrer notre nouveau centre de recherches, du moins une fois que le docteur McCoy en aura terminé avec les dormeurs.
- Nous allons peut-être avoir des problèmes à traiter rapidement vos collègues, expliqua Kirk. Nous n'étions pas préparés à une opération de cette envergure. Cela pourrait prendre des semaines.
- Il subsiste de plus certains doutes sur la stabilité de la nébuleuse, dit Spock. Nous vous recommandons de nous rejoindre à bord de l'Enterprise, et de nous accompagner jusqu’à la base stellaire la plus proche, dès que nous aurons téléporté les dormeurs.
Radak secoua fermement la tête, et Grake fit de même.
- C’est impossible, Spock, expliqua T’Prylla. Nous ne pouvons pas interrompre nos travaux. Nous n’avons besoin d’aucun secours, comme vous pouvez le voir. Et si la nébuleuse venait à se déstabiliser une nouvelle fois..., nous avons survécu à la première. Nous sommes maintenant beaucoup mieux adaptés. Vous comprendrez à quel point nous sommes en sécurité une fois que vous aurez vu le dôme de recherche.
- Mais ne vous méprenez pas sur nos intentions..., ajouta Radak.
- Nous sommes ici depuis dix ans, isolé de tous, plongés dans nos travaux continua T’Prylla, comme si elle reprenait l’idée de son fils. Avoir la visite de collègues, comparer nos notes avec celles d’autres scientifiques - avec tout ce qui est arrivé dans la Fédération depuis dix ans -, est fascinant.
Elle regarda Spock d’un air qui, sur un visage humain, serait passé pour de la sévérité. L’officier scientifique leva un sourcil et sortit une plaquette de données de sa ceinture.
- J’ai anticipé un tel besoin, dit-il en tendant la disquette à T’Prylla. Vous trouverez ici tous les résultats scientifiques publiés dans vos domaines de prédilection. Il y a eu des progrès considérables dans la compréhension des anomalies des masses subspatiales.
Il marqua un temps d’arrêt.
- Et il y a eu beaucoup de changements dans le Spyorna vulcain.
T’Prylla ne réagit pas à cette dernière information. Elle prit la plaquette et la donna à Grake.
- En retour, nous avons préparé un rapport concernant nos études sur les protoétoiles et les radiations Ybakra.
Une version tronquée..., pensa-t-elle.
- A quelle vitesse pouvez-vous transférer les dormeurs à bord de l'Enterprise ?
- Pour le moment, nous ne pouvons en téléporter que six à la fois, répondit Kirk, et en reconstituer deux par semaine. Nous étudions l’idée d’équiper une navette pour transporter les hibernacula, mais cela prendrait tout de même du temps, et présenterait certains risques.
Et pour cette raison, pensa-t-il, nous aimerions que vous fassiez preuve d’un peu plus de coopération.

Chapitre XII

Selon les ordres de McCoy, l’analyseur URAAT commanda à la sonde automatique de faire le tour de la chambre froide avant de donner une réponse finale. Le médecin et Chapel attendaient à l’extérieur de la pièce cylindrique. Ils observaient, derrière la baie vitrée, la sonde qui passait d’hibernaculum en hibernaculum, en calculant la masse et la complexité de chacun des trente chercheurs congelés. La machine fonctionnait comme un scanner de téléportation, niais elle n’avait ni la puissance ni l’équipement nécessaire pour désintégrer et reconstituer quoi que ce soit. Elle donnait ses résultats à l’analyseur, qui prenait en compte tous les paramètres et décidait ce que l’URAAT pouvait faire, pratiquement et légalement. McCoy se doutait déjà de la réponse.
- De vrais mollassons, grommela-t-il en s’installant à califourchon sur un siège.
Chape! se tenait près de la haie, les bras croisés, les mains agrippées aux épaules.
- Bien que regarder à l’intérieur me donne froid, dit-elle. Dix années passées en congélation...
- Oui, et même sans les radiations Ybakra, je ne crois pas qu’il y ait eu de cryogénisation aussi longue depuis un siècle. Ils étaient censés rester ainsi deux ou trois ans, jusqu’à ce que les travaux préliminaires aient été accomplis par T’Prylla et son-équipe.
- Je me demande comment ce doit être de travailler avec des Vulcains... Je veux dire... quand pratiquement tout le monde est vulcain, sauf vous...
Il y avait quatre humains en animation suspendue. Les autres étaient des Vulcains.
- Ils étaient volontaires. Je pense qu’ils savaient dans quel pétrin ils se fourraient. D’après ce que dit Spock, T’Prylla n’est pas exactement une Vulcaine typique. Elle est encore plus bizarre que lui, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué.
- Analyse terminée, annonça la machine.
- Eh bien, voyons ça, dit McCoy, impatient.
- Ces individus ont subi de graves dommages nerveux en animation suspendue. ils sont légalement morts. Les moniteurs interdisent à l’URAAT de ranimer des formes de vie considérées comme mortes selon la définition établie pour chaque catégorie d’être vivant.
- Bon sang !
- Il y a de plus des difficultés pratiques. Puisque les corps ne peuvent être téléportés qu’une seule fois sans subir plus de dommages - relatifs aux dangers de la téléportation de spécimens en animation suspendue - et puisqu’ils doivent être directement téléportés dans l’URAAT, six hibernacula seulement peuvent être téléportés à la fois. L’URAAT peut contenir deux formes-mémoire en phase de reconstitution, et quatre dans les banques de données auxiliaires.
- Oui, oui, nous savions tout ça. Si nous y sommes obligés, nous pouvons les transporter par navette... bien que Scotty soit le seul à savoir comment nous réussiront à adapter les réserves de puissance et les sécurités adéquates. Montrez-moi le profil du cas typique chez les humains et les Vulcains.
L'analyseur afficha un graphique multidimensionnel en trois parties, qui donnait les résultats du scanner sur un humain et un Vulcain. Le docteur étudia les résultats pendant quelques instants, reprit le graphique en entier, puis fronça les sourcils.
- Il y a quelque chose d’anormal. On a touché aux corps, ou alors je me trompe lourdement. Mais cela n’a aucun sens ! Peut-être la sonde n’est-elle pas calibrée comme il le faut ?
McCoy éteignit l’analyseur et posa le menton sur ses poings croisés.

* * * * *

Dans le mess de la station, Kirk ne fut pas encouragé par l’expression de McCoy quand celui-ci revint, accompagné de Chapel.
- Si les téléporteurs fonctionnent correctement, nous pouvons transporter les six premiers patients. Nous pourrons peut-être transférer les autres par navette. Dans les deux cas, il nous faudra quinze semaines pour reconstituer les personnes congelées. Notre problème majeur restant de convaincre les moniteurs de nous laisser faire.
- Ils vont nous bloquer, Bones ? demanda Kirk.
McCoy leva une main.
- Attendez une minutes. Nous n’abandonnons pas encore, nous sommes juste dans l’expectative. Il faut retourner à bord et discuter de la stratégie à adopter. Puisque ces gens sont en excellente condition physique et comme ils ne semblent pas avoir besoin de nous pour l’instant, je suppose que c’est permis ?
- Nous avons terminé notre première réunion, dit Spock. Je crois qu’il serait utile de retourner à bord de l'Enterprise Nous pouvons laisser une équipe de sécurité en faction.
Radak protesta.
- Nous n’avons pas besoin de protection !
- Cela fait partie du règlement, répondit Kirk.
L’enfant commençait à l’énerver.
- La Station Un est maintenant sous contrôle sanitaire. Il doit y avoir une équipe de sécurité présente à tout moment.
Il sortit son communicateur.
- Kirk appelle l’Enterprise.
- Ici l'Enterprise. Uhura à l’inter, capitaine.
- Qu’en est-il du téléporteur ?
Uhura connecta Scotty sur la ligne.
- Capitaine, je n’ai rien trouve. Il est en excellent état.
- Vous avez une explication de ce qui a pu arriver à M. Spock ?
- Non, monsieur. Mais les machines n’y sont pour rien. Mon équipe les a vérifiées quatre fois.
- Pouvez-vous me garantir que mes atomes ne vont pas s’éparpiller dans l’espace connu ? demanda McCoy.
- Oui, docteur, répondit l’ingénieur. Je vous le garantis. Ou alors je n’ai plus qu’à jeter mes diplômes et à me faire brasseur de bière !
- Il ne risque pas grand-chose, grommela le médecin dans sa barbe.
- Nous aurons besoin d’une équipe de sécurité pour nous remplacer. Téléportez-nous, sauf Chekov, et envoyez deux remplaçants pour le prochain quart de surveillance. Kirk, termine.
Jim se retourna vers le jeune Russe :
- Tenez vos remplaçants au courant et restez avec eux jusqu’à la fin de ce quart. Je vous veux à bord dans quatre heures.
- Bien, monsieur.
Spock, Kirk, McCoy et Chapel furent téléportés quelques secondes plus tard. Une fois qu’ils eurent disparu, Chekov adressa un sourire nerveux aux Vulcains et il se tint, raide, à la porte du mess.
- J’espère que la présence de mes hommes ne vous dérangera pas.
- Ils sont les bienvenus, répondit Radak en passant devant lui pour sortir.
Grake, T'Prylla et T’Kosa lui emboîtèrent le pas.
Anauk commanda de la nourriture vulcaine au synthétiseur, puis il suivit ses compagnons pour manger en paix.

* * * * *

- Je suis certain que nous nous posons tous des questions, dit Kirk en descendant de la plateforme de téléportation.
- Et je suis sûr que vous savez quelle est la mienne, rétorqua McCoy en guidant la palette médicale.
- Dans mes quartiers. Nous avons besoin de discuter et de laisser retomber la pression.
Il fixa Spock.
- La plupart d’entre nous, du moins.
Le médecin laissa l’équipement médical entre les mains expertes de Chapel et suivit le capitaine et le Vulcain dans l’ascenseur. Au moment ou les portes se refermaient, deux enseignes furent téléportes sur la station.
Kirk entra dans sa cabine et se passa la main dans les cheveux.
- Dieu nous garde. Il y a quelque chose
- Pourquoi avez-vous usurpé mon autorité médicale, Jim ? demanda McCoy sèchement.
- Parce qu’ils étaient peu disposés à être soignés. Et T'Raus a sous-entendu qu’ils refuseraient, même si on les y obligeait. Le règlement, c’est le règlement, Bones, mais avons-nous le droit de les forcer ?
McCoy recula, les poings sur les hanches. Il n’avait aucune réponse immédiate, mais sa colère n’en retomba pas pour autant.
- Spock, peut-être devrions-nous lui parler des boucliers anti-Ybakra ?
- Je n’ai aucune réponse à fournir sur ce sujet pour le moment, Jim. Mais il se passe des choses clairement anormales à bord de la Station Un, et nous devrions découvrir ce que c’est au plus vite.
- Je vais vous dire ce qui ne va pas, dit le médecin. L’analyseur URAAT a dépisté des données anormales. Cela n’a aucune conséquence directe sur l’affaire, mais ça n’a pas non plus de sens.
- Et de quoi s’agit-il ?
- Jim, on a touché aux personnes en animation suspendue. J’ai compris ce que signifiait le graphique de l’analyseur il y a à peine quelques minutes, mais je jurerais que quelque chose s’est servi d'eux en tirant des informations de leur cerveau, ou en y stockant des données. Alors, maintenant que nous parlons de règlement, dois-je vous préciser a quel point un tel acte est illégal ?
- Jim, intervint Spock. T’Prylla n’a pas montré le moindre intérêt lorsque j’ai mentionné les changements survenus dans le Spyorna. Ce n’est pas cohérent. Pas plus que le comportement de son fils et de sa fille, du reste. Un jeune Vulcain n’est pas autorisé à diriger la conversation de ses aînés, certainement pas avant l’âge du ka nifoor.
- Alors, à quoi cela nous amène-t-il ?
- A un règlement de compte à OK Corral ? suggéra McCoy.
- Je vous demande pardon, docteur ? dit Spock en levant un sourcil.
- Peu importe. Jim, nous devrions les incarcérer et fouiller la station centimètre par centimètre. Je n’ai aucune confiance en eux.
- Pour une fois, docteur, nous sommes d’accord, même si je doute de l’utilité de prendre des mesures aussi extrêmes, répondit Spock. Bien que j’hésite à détailler mes craintes, il se passe vraiment des choses anormales à bord de la Station Un.
- OK, nous sommes tous d’accord. Maintenant, passons au problème suivant. Les moniteurs ne vont pas nous autoriser à ranimer les dormeurs.
- Ce qui confirme nos craintes, Bones, dit Kirk.
- Oui, mais je ne vais pas abandonner le combat. Je vais battre les moniteurs. Je vais les tromper, Jim, et pour cela, j’aurai besoin
- Bones
- J’aurai besoin de vous deux.
- Bones, si nous détraquons les moniteurs, je perds mon commandement. Et nous devrons tous les trois passer en cour martiale.
- Ils nous envoient ici pour secourir le personnel de la Station Un, et nous ne pouvons pas le faire à cause d’un maudit ordinateur programmé avec des lois trop pointilleuses ? Mon boulot, c’est de sauver des vies, Jim, que le règlement le permette ou non !
- Il est clair que la technologie a devancé les lois de la Fédération, dit Spock. J’ai moi aussi travaillé sur les possibilités de pannes des moniteurs.
McCoy fixa le Vulcain en écarquillant les yeux, puis il sourit.
- Mon Dieu, je commence à apprécier ce grand dadais au sang vert !
Kirk se laissa tomber sur son divan et il posa les mains sur la table basse située devant lui.
- Il faudrait deux semaines pour qu’un message subspatial atteigne Starfleet et nous revienne. J'ai pris des risques dans ma carrière, et j’ai assez souvent fait des entorses au règlement pour que vous sachiez que je ne suis pas facilement effarouché. Mais si nous déconnectons les moniteurs, ce sera pire que désobéir à Starfleet. Je trahirai mon serment de protéger la Fédération. Chacun d’entre nous doit allégeance à la Fédération, aux départements civils du gouvernement.
- Jim, nous ne voulons pas débrancher les moniteurs, nous voulons seulement les chatouiller un peu.
- Et comment envisagez-vous d’y arriver, docteur ? demanda Spock.
Le regard de Kirk passa de l’un à l’autre.
- Je ne pensais pas connaître le jour où vous seriez de mèche !
- Mais Spock, répondit le médecin au Vulcain, vous voyant aussi sensible à ma cause, j’espérais que vous pourriez émettre une suggestion.

Chapitre XIII

Mason s’arrêta devant la porte du centre de contrôle informatique et se raidit. La porte s’ouvrit, et Rowena fut grandement soulagée de trouver Veblen. Spock n’était pas là.
- Le capitaine m’a dit que je pouvais lire tous les détails du débriefing dans le journal de bord public. Veblen la fixa d un air interdit, puis il reposa la tête contre le dossier de son siège, la bouche ouverte en forme de O.
- Vous pouvez accéder au journal de bord depuis le terminal qui se trouve dans votre cabine. Vous n’êtes pas obligée de descendre ici.
- Si ! Si je veux découvrir ce qui se passe vraiment. Y a-t-il des choses qui ne figurent pas dans le journal public ?
L’officier sourit et secoua la tête.
- Ce n’est pas à moi qu’il faut demander cela, Miss Mason.
Elle prit un siège en face de lui, puis elle soupira profondément.
- Dieu merci ! Quelqu’un consent à m’appeler Miss au lieu de madame. Le capitaine l’a fait une fois, mais je suis certaine que c’était délibéré et tactique. Pourquoi ne devrais-je pas vous le demander ?
Toujours souriant, Veblen détourna le regard.
- Aucun commentaire à la presse. C’est pourtant évident.
- Je ne devrais pas venir vous trouver, uniquement parce que vous êtes le paria à bord, c’est bien ça ?
Il hocha la tête.
- C’est naturel. Je suis l’oiseau de mauvais augure. Étant imposé à bord par l’Amirauté, je ne fais pas grand chose d’autre qu’apporter les nouvelles désagréables. Et cette fois-ci, elles sont dans le journal de bord ; le capitaine les a consignées lui-même.
- Évitez-moi de chercher. Je vais bientôt devoir envoyer un article et je ne peux pas me permettre le luxe de faire des recherches approfondies.
- Les moniteurs refusent de ranimer le personnel en animation suspendue.
- Mon Dieu ! Mais pourquoi ?
- Parce qu’ils sont légalement morts.
- Mais cela n’a aucun sens ! S’ils peuvent être ranimés, c’est qu’il ne sont pas morts !
- Je transmets les nouvelles ; je ne les justifie pas.
Mason se pencha dans la direction de Veblen.
- Les moniteurs contestent-ils les capacités de commandement de Kirk ?
Cette question surprit l’officier.
- Pas du tout, les moniteurs sont parfaitement satisfaits des décisions du capitaine !
- Et le docteur McCoy ?
- Le docteur McCoy n’a fait que demander l’opinion des moniteurs.
- Il n’y a aucune chance que le docteur ait commis une erreur, et que les moniteurs refusent de le soutenir à cause de ça ?
- Aucune.
Veblen finit de programmer des ordres sur sa console, puis fit pivoter sa chaise.
- Je crois que nous devrions continuer cette discussion... comment dire... officieusement.
- Certainement.
La porte s’ouvrit et Spock entra. Mason se redressa sur son siège et évita le regard du Vulcain.
- Merci, monsieur Veblen, dit-elle sur un ton plus aigu qu’auparavant. Nous discuterons plus tard.
Après qu’elle fut partie, Veblen prépara l’écran pour le travail de Spock.
- Je ne crois pas qu’elle s’habitue à vous, monsieur Spock.
Le Vulcain ne réagit pas.
- Monsieur Veblen, le docteur McCoy a besoin d’une liste des dossiers de références médicales des moniteurs.
- Bien, monsieur. J’ai terminé de traiter les données complémentaires sur les radiations Ybakra. Dès que j’aurai fait une copie pour le docteur, je prendrai un peu de repos, à moins que vous ayez encore besoin de moi.
- Merci, monsieur Veblen, mais je ne le pense pas.
L’informaticien retrouva Mason devant un terminal de références sur les membres de l’équipage, juste à l’extérieur du salon des officiers.
- Pourrions-nous discuter quelques instants ?
- Officiellement ou officieusement ?
- Officieusement. A propos de vous, et de ce que j’ai dit il y a quelques minutes.
- Bien sûr.
Ils prirent l’ascenseur jusqu’à la zone 39, la salle de détente, et s’installèrent autour d’une table de jeu déserte, dans un coin isolé.
- Primo, dit Veblen, je n’apprécie pas que vous soyez venue me trouver, comme si j’étais le maillon faible de l’équipage de l'Enterprise.
- Ce n’était pas mon intention...
- Secundo, je pense que vous êtes sur la mauvaise piste, et je crois surtout que vous devriez régler vos problèmes.
- Qui vous dit que
- Une petite minute ! Vous avez dit que vous m’écouteriez.
Il la fixa avec une intensité qui coupa net ses protestations.
- Je vais vous dire ce qui provoque cette crise soudaine de colère. Bien sûr, je ne porte pas l’uniforme de façon très réglementaire, et je ne suis pas en très bonne forme, comparé aux autres membres de l’équipage. De plus, je suis parachuté par l’Amirauté, un cas unique a bord de l'Enterprise. Mais je ne suis pas un maillon faible, et je fais mon travail, quelle que soit l’attitude des autres à mon égard.
- Ce n’était pas mon intention - je veux dire, je n’ai jamais considéré que vous étiez le maillon faible de l’équipage.
- Bien. Alors l’autre point de mon exposé sera peut-être plus pertinent. Je suis responsable de la maintenance et des tests des moniteurs. Incidemment, je travaille avec M. Spock sur tous les ordinateurs de bord, parce que les moniteurs sont reliés par interface à la quasi-totalité des systèmes de l'Enterprise. Je travaille aussi avec le capitaine, parce que les moniteurs sont très complexes, et aucun officier commandant n’est complètement familiarisé, pour l’instant, avec un système aussi compliqué.
- Oui, répondit Mason en observant Veblen avec attention.
- Si vous pensez trouver un scoop dans les problèmes d’adaptation du capitaine à la présence des moniteurs, pourquoi pas ? Nous n’aimons pas énormément ce genre de reportage, mais il nous faudra nous y faire. Votre intérêt est légitime. Mais si vous pensez trouver des éléments prouvant que le capitaine tente de déjouer les moniteurs, de contourner le règlement, je suis là pour vous dire que vous vous engagez dans une impasse. Le capitaine a déjà douté de moi, il m’a sermonné, sur un point ou un autre, mais jamais il n’a suggéré que je puisse être en faute, ou que je ne fasse pas partie de l’équipage de l'Enterprise. La distance dont vous pouvez être le témoin est largement volontaire de ma part. Elle n’est due ni au capitaine, ni à l’équipage.
- Je dois suivre mes instincts, monsieur Veblen.
- Nous nous trouvons dans une situation très difficile. Peut-être plus que vous semblez le penser.
Veblen baissa les yeux.
- Je suis désolé de m’être fâché contre vous. Ce que je vais vous dire doit être doublement confidentiel...
Pour Rowena, il était évident qu’en dépit de ce que l’officier prétendait, il avait besoin de se confier à quelqu’un.
- Cette discussion est totalement officieuse, je vous en donne ma parole.
- Les moniteurs ne sont pas parfaits. Ils sont uniquement aussi bons que les gens qui les ont programmés, et les lois qu’ils suivent ne sont pas parfaites. Le docteur McCoy se heurte à un mur de briques. Je ne vais pas pour l’instant vous dire pourquoi, mais je veux que vous le compreniez. Je veux que quelqu'un comprenne. Ils vont devoir agir, et si la situation empire encore, ils vont devoir trouver un moyen de court-circuiter les moniteurs. Et je vais être obligé de m’y opposer. Je ne désire aucunement le faire, mais je le ferai.
Mason le dévisagea avec une compréhension nouvelle et un nouveau respect. Veblen était profondément préoccupé.
C’est évident, il admire le capitaine Kirk autant que le reste de l'équipage !
- Alors, c’est peut-être là que vous trouverez le scoop. Si la Fédération veut surveiller les moindres gestes d’un vaisseau et de son personnel, il faudrait peut-être trouver un moyen de surveiller ceux qui font les lois et qui s’attendent à ce que nous les suivions. Ça devrait marcher dans les deux sens.
- Que compte faire le docteur ?
- Je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir. On ne souffre pas de ce que l’on ignore, n’est-ce pas ? Elle acquiesça.
- Mais, nous sommes tous deux des parias..., du moins par notre travail.
- J’espère que vous m’excuserez, dit Veblen en rougissant. Mais je pense que vous avez aussi des problèmes.
- Oh ?
- Oui, je crois que vous retrouver face à M. Spock, et peut-être aussi M. Yimasa, vous pose des problèmes.
- Qu’est-ce qui a pu vous donner cette impression ?
Ce fut au tour de Rowena de rougir.
- Quand j’ai rejoint Starfleet, je venais d’une enclave exclusivement humaine sur Titan.
- Où est-ce ?
- C’est la lune la plus grande de Saturne. Mes parents étaient des terraformeurs. Ils étaient géniaux, mais ils m’ont fait ingurgiter des choses insensées à propos des Vulcains, des Andoriens et des autres pas ceux qui n’ont pas forme humaine, nous n’en avions jamais vu -, mais les humanoïdes. J’avais un tas de saloperies à vider de mon cerveau. A en juger par la manière dont vous évitez M. Spock, et...
Il marqua une pause.
- Eh bien, j’ai lu des extraits du dossier envoyé par le SIS.
- Mon dossier ?
Il hocha la tête.
- Je crois que vous souffrez des mêmes pollutions culturelles que moi. Si cela vous pose un problème, je peux peut-être vous aider.
- Merci de l’offre, dit Mason en se levant. Et j’espère vous avoir soutenu en vous servant d’épaule pour pleurer ! Mais à partir de maintenant, j’aimerais que toutes nos entrevues soient officielles. Je dois descendre sur la station. Je ne peux pas envoyer de communiqué si je n’ai pas été sur les lieux.
Elle lui adressa un court signe de tête et quitta la zone 39.

* * * * *

Chekov donna ses dernières recommandations à la relève, les enseignes Pauli et Wah Ching, puis il appela l'Enterprise pour être téléporté à bord. Quand il fut enveloppé dans l’effet du téléporteur, le Russe vit Radak, qui l’observait depuis le sas du dôme de stockage. Des lignes rouges découpèrent son champ de vision pendant que le rayon désassemblait son cortex visuel. Cela n’avait rien d’inhabituel. Mais l’effet inverse, et l’apparition de la salle de téléportation de l'Enterprise, ne suivit pas. Pavel Chekov se retrouva dans un endroit très isolé, très sombre, rempli d’une multitude de questions posées de manière précise...

* * * * *

- Interruption du téléporteur !
Shallert appuya sur le bouton d’alerte de l’ingénierie, ce qui mit immédiatement en route les systèmes de sécurité. Le téléporteur émit une vibration grave, dont l’intensité grimpa en séquence jusqu'à devenir un sifflement aigu. Puis la vibration reprit sa tonalité de départ.
- Qu’y a-t-il, monsieur Shallert ? demanda Scotty par intercom, depuis la salle de contrôle de l’ingénierie.
- Il y a un retard de l’assemblage de l’enseigne Chekov. J’ai mis en route les systèmes
- Avez-vous sa forme-mémoire ?
- Je n’en sais rien, monsieur Scott. Je n’ai plus rien sur les écrans du téléporteur.
- J’arrive.
Juste après que Scotty eut coupé la communication, un effet de téléportation apparut sur le disque désigné. Shallert vit avec étonnement l’enseigne Chekov se matérialiser - précisément quarante secondes après qu’il ait été désintégré sur la Station Un.

* * * * *

- Rien ne cloche dans le matériel, répéta Scotty.
Il se trouvait entre McCoy et Kirk, dans la salle de téléportation. Des mèches de cheveux retombaient sur son front, son uniforme était taché et ses mains tenaient une paire de tricordeurs de diagnostic d’ingénierie.
- Eh bien, jusqu’à ce que vous trouviez ce qui cloche, dit McCoy, je condamne l’utilisation de ce monstre.
L’ingénieur se retourna vers Kirk, le visage marqué par l’angoisse la plus extrême.
- Monsieur, s’il y avait eu une panne, nous n’aurions pas récupéré Chekov en un seul morceau !
- Scotty, il y a eu un retard de téléportation. Il ne se téléportait pas au travers d’une plaque d’acier, il traversait le vide. Je crois que le téléporteur fonctionne correctement, mais je suis d’accord avec le docteur McCoy. Jusqu’à ce que nous découvrions les causes de cette anomalie, nous utiliserons les navette et nous éviterons de téléporter du personnel. (Scott acquiesça, mais ses épaules tombèrent.) J’attends vos suggestions, messieurs...

* * * * *

Chekov fit le tour de sa cabine avec un intérêt surprenant. Il prit l’objet de verre qu’il avait acheté à un officier andorien deux ans plus tôt. Il scintilla dans ses mains, sous l’effet de la lumière. Il avait l’apparence d’un oursin, mais, au toucher, il était doux comme du velours.
- Du verre ayant le même indice de réfraction que l’air, se dit-il.
C’était sa voix, mais ce n’était pas lui qui parlait. Il se retourna vers l’écran de l’intercom et frôla le clavier avec hésitation.
- Je devrais peut-être en parler au capitaine. Il y a quelque chose d’anormal. Je ne devrais pas me sentir ainsi.
Il se força à atteindre l’intercom mural, mais sa main recula doucement, juste avant qu’il ne puisse toucher le bouton. Une goutte de sueur perla sur son front.
- Je désire uniquement qu’on me laisse seul, et me sentir bien.
La présence qui influençait ses actes et qui utilisait sa voix ne répondit pas.

* * * * *

Mason finit de composer son communiqué et elle tendit la disquette à Uhura, sur la passerelle. L’officier des communication l’inséra dans sa console et demanda :
- Passons-nous l’examen ?
- C’est un rapport très fade, si c’est ce que vous voulez dire. Je n’ai pas l’autorisation d’approcher assez de l’action.
Kirk et Spock arrivèrent sur la passerelle.
- Rowena, nous partons en navette pour la station, dit Kirk.
Elle le fixa, impatiente.
- Le docteur McCoy n’aime pas beaucoup ça, mais vous êtes invitée.
- J’arrive, répondit-elle. Et merci.

Chapitre XIV

Très tôt dans sa vie, McCoy avait appris à déguiser ses émotions les plus profondes. Il était arrive à la conclusion que la plupart des gens ne réagissaient pas comme lui, ou alors qu’ils le cachaient de manière encore plus efficace. D’une façon ou d’une autre, il valait mieux ne pas montrer les sentiments extrêmes qu’il ressentait la plupart du temps. Le meilleur déguisement, avait-il découvert, était l’art du camouflage - et donc, la façade bourrue qu’il montrait même à ses plus vieux amis.
Leonard était profondément galant. voire romantique. Il ressentait constamment le besoin de protéger le « beau sexe ». Pourtant, il ne pouvait pas traiter ses collègues du sexe féminin avec une telle déférence. La solution ? Être rude. Et lorsque son respect passionné de tous les êtres vivants devenait trop pénible à supporter, il se le cachait à lui-même. Dans les siècles passés, pensait-il, il serait devenu alcoolique : le stress et les tensions auraient certainement provoqué un mélange hormonal insupportable, et il se serait tourné vers la boisson. Mais à présent, en maintenant un régime strict, en prenant des drogues d’adaptation et grâce à différentes thérapies de méditation, Leonard arrivait à garder sous contrôle les parties les plus destructives de son individu.
Il se déchaînait impitoyablement contre Spock parce qu’il se trouvait, à sa grande consternation, semblable au Vulcain.
Les collègues et les amis de McCoy - et l’un était rarement indépendant de l’autre -, en vinrent rapidement à accepter ces contradictions, et à deviner leurs raisons. Ils ne lui donnaient aucun conseil, cela aurait été inutile. Et, comme le savait Kirk, si affligeantes que soient les caractéristiques de McCoy, elles faisaient de lui un sacré bon médecin. Ce qui lui manquait en brillance intellectuelle, il le rattrapait par son intuition et sa compassion.
Même Spock respectait son comportement envers les malades, puisqu’il était efficace, et pas seulement avec ses patients humains. Spock se souvenait parfaitement de la guérison du Horta, une forme de vie basée sur la silice, des années auparavant, accomplie avec tendresse et grâce à l’application de méthodes ayant plus à voir avec le génie civil que la médecine traditionnelle.
A présent, McCoy faisait face à un dilemme qui lui imposait plus de stress que d’habitude. Il avait trente patients, les moyens techniques de les sauver, et pourtant, quelque chose l’empêchait de le faire. Pour contourner ces barrières, il avait déjà prévenu Kirk, l’un de ses meilleurs amis, qu’ils devraient faire plier le règlement ( « briser » était une meilleure définition ). Si Jim obtempérait, cela signifierait la fin de sa carrière. Et bien sûr, cela coûterait aussi sa fonction à McCoy.
Pendant que le médecin se concentrait sur ce problème, il n'oubliait les autres auxquels ils faisaient face : le fonctionnement erratique du téléporteur, l’étrange situation sur la Station Un et la présence d’une journaliste civile prête à faire savoir le tout à la postérité.
McCoy était assis dans l’obscurité de ses quartiers ; sous le rayon concentré d’une petite lampe, il prenait des notes sur une feuille de papier à l’aide d un antique stylo-plume.
« Avec l’interdiction d’utiliser le téléporteur jusqu’à nouvel ordre, tous les patients de la Station Un devront être transférés à bord de l'Enterprise par navette. Le véhicule est en train d’être équipé pour cette tâche, mais je ne suis pas ravi de la situation. Transporter des gens en animation suspendue est une affaire risquée. Les vibrations habituelles, associées au voyage dans un petit véhicule, pourraient être dangereuses pour les dormeurs. Même en équipant les hibernacula d’un champ de suspension individuel, il reste des risques. De plus, l’installation de l’équipement à bord de la navette signifie que nous ne pourrons transporter que deux hibernacula à la fois, en raison du manque de place. Spock dit que les conditions, à l’intérieur de la nébuleuse, ne sont pas idéales pour le vol d’un petit véhicule. La navette ne peut pas émettre un bouclier anti-radiations aussi puissant que celui de l’Enterprise... »
Leonard frotta son visage avec ses deux mains et décida de laisser tomber ses inquiétudes concernant le transfert.
« Comment contourner les moniteurs... »
Il commença sa liste, mais il n’était pas sûr que ses idées marcheraient.
« J’ai imaginé un plan cinglé qui impliquerait la rédaction d’un faux message de la Fédération, qui apporterait des changements au règlement... Une nouvelle définition de la mort. A cette fin, j’ai demandé une copie de toutes les références médicales contenues dans les programmes des moniteurs. Mais je suis certain que Jim refuserait un tel plan. Et si Veblen venait à l’apprendre... Non, m’attirer l’hostilité de mes collègues n’est pas de bonne politique ! Objections similaires à l’idée de trouver un moyen de désactiver temporairement les fonctions de surveillance médicale. Mais maintenant, Spock... »
Il leva son stylo-plume et regarda un hologramme des marais salants de l’île de Chincoteague, accroché au mur de sa cabine.
« Ce bon vieux Spock... Spock a posé un peu partout des indices permettant de trouver un moyen légitime d’accéder de manière plus approfondie aux moniteurs. Les moniteurs de commandement renferment les expériences-mémoire de six commandants de Starfleet. Et le programme médical en contient six de plus, des médecins militaires... »
Mais pourquoi le Vulcain lui donnait-il ces indices ? Le médecin sut immédiatement quelle était la réponse. En tant que Vulcain, Spock obéissait avant tout à son devoir, puis à son commandant, et à la mission. La motivation de l’officier scientifique était l’élimination d’un dilemme qui nuirait non seulement à l’opération, mais aussi à son supérieur. Le devoir vulcain ne nécessitait pas un grand respect des lois, surtout des lois humaines, qui allaient souvent à l’encontre du but recherché.
« Faites confiance à un Vulcain pour trouver un moyen légitime de contourner les insuffisances humaines ! »
McCoy sourit. Si tout échouait, Spock s’arrangerait pour qu’il ait un dialogue direct avec les expériences mémoire des moniteurs médicaux. Il n’y avait aucune garantie...
- Mais il est plus intelligent d’éviter de prendre le taureau par les cornes, quand vous pouvez le tirer par la queue, murmura-t-il.
Il rangea le papier dans un classeur et remit en place le capuchon du stylo-plume. Avant de recevoir l’aide de Spock, il devait s’assurer qu’ils avaient les moyens de transporter les hibernacula. McCoy avait appris depuis longtemps qu’il fallait prendre les problèmes par ordre de complexité. De cette façon, si l’un d’entre eux était insoluble, on ne perdait pas de temps sur la prochaine étape, plus difficile.

* * * * *

Chekov se dressa d’un bond sur son lit et son regard parcourut la cabine, les yeux écarquillés comme s’il venait d’avoir un cauchemar. Puis, lentement, il se sentit soulagé et reposa la tête sur l’oreiller.
- Heure ? demanda-t-il.
- 12:07 heures, répondit la console informatique.
Dans vingt minutes, il retournerait sur le planétoïde. Il avait mal dormi. Pendant toute la nuit, il avait tenté de résister à sa folie grandissante - c’était ainsi qu’il interprétait ses sentiments de perte de volonté et d’activités non motivées. Pavel avait essayé de se retenir d’aller à la console et de faire ce que la nouvelle Voix lui demandait. Jusqu’à présent, il y avait réussi. Mais elle devenait trop insistante. Il savait qu’il se lèverait...
Il se mit debout.
Et qu’il approcherait de la console...
Il s'approcha de la console.
Qu'il demanderait à l’ordinateur un schéma détaillé de l’intérieur de l’Enterprise...
Il pianota sur le clavier en essayant de commettre des erreurs.
Qu’il poserait des questions à la bibliothèque informatique - sur les détails techniques des machines, sur les moteurs à mélange matiere-antimatière, ce sur quoi il ne connaissait pas grand-chose...
Il tapa de nouvelles instructions. Il fit une copie de toutes les informations qu’il avait demandées, puis rangea la disquette dans sa sacoche. Il passa aux toilettes pour se rendre plus présentable, prêt à reprendre le service, bien qu’il ne pût pas éliminer les ombres qui soulignaient ses yeux.
Merci, dit la Voix.
Allez vous faire voir ! répondit Chekov.

* * * * *

Pavel sourit et tendit le bras à Mason pour l’aider à entrer dans la navette. Kirk et Spock se trouvaient déjà à l’intérieur, ainsi que Chapel et McCoy. Le médecin inspectait minutieusement l’équipement fraîchement installé pour transporter les hibernacula. Chapel recensait le matériel sur son bloc-notes pendant que McCoy abordait les points cruciaux, fi se redressa puis adressa un signe de tête à Kirk.
- On ne pourra pas faire mieux. Qui descend avec nous sur le planétoïde ?
- Spock, et certainement Rowena.
- J’aimerais rester là-bas et transmettre mes articles depuis la station, dit Mason.
- Nous aurons besoin du maximum de place pour le voyage de retour, dit McCoy, Je désire rapporter deux hibernacula à chaque voyage.
Kirk jeta un coup d'œil au groupe, puis il acquiesça.
- Préparez-vous au lancement de la navette.
Ils prirent place sur leurs sièges - qui avaient été placés autour de la zone prévue pour recevoir les hibernacula -, et attachèrent leur ceinture. Mason se retourna et vit l’écoutille arrière se refermer. Puis elle attacha l’enregistreur à une poignée d’équipement au-dessus d’elle, en s’assurant que le scanner visuel pouvait voir par son hublot. Chekov, assis à côté d’elle, l’observa attentivement, mais ne dit rien.
A l’extérieur de la carlingue du véhicule, le grondement de l’air qu’on évacue du hangar devint graduellement un murmure, puis un sifflement diffus. La vibration de l’ouverture des portes du hangar résonna dans les trains d’atterrissage de la navette, puis s’estompa au décollage.
Ils sortirent du hangar, aidés par un rayon tracteur inversé, puis allumèrent les moteurs à impulsion. La navette prit la direction du planétoïde.

* * * * *

T’Raus et T’Prylla se dématérialisèrent pour traverser l’espace qui séparait la station de l’Oeil-Vers-Les-Etoiles. On avait un peu l’impression de voler. Contrairement au téléporteur, cette forme particulière de voyage permettait de conserver les sensations et les souvenirs. T’Prylla appréciait beaucoup moins cette méthode de transport que T’Raus. Elle n’était jamais sûre de l’endroit où elles se rendaient, elle et sa fille, ou de ce qui se passerait à leur arrivée.
La Voix qu’elle avait si souvent entendue dans sa tête - associée aux manifestations des radiations Ybakra, issue des étoiles triples -, lui était à présent assez familière pour qu’elle lui donne un nom : Pau, ou en standard de la Fédération : « Corona ». Corona n’expliquait jamais rien; tout ce que T’Prylla avait appris durant les neuf dernières années, elle l’avait deviné. Elle soupçonnait que les enfants en savaient plus qu’elle sur les secrets de Corona.
Les deux Vulcaines se matérialisèrent sans scaphandre sur la surface sans air du planétoïde, enveloppées d’une faible aura verte. T’Raus tendit la main et toucha un rocher usé par les pluies de météorites. Au-dessus, la luminosité pourpre constante de la nébuleuse - très brillante sur la face cachée du planétoïde -, sembla bouillonner et se tordre. Petit à petit, la distorsion devint parfaitement ronde, et l’Oeil-Vers-Les-Etoiles s’ouvrit comme un grand disque noir. T’Raus sourit et tapa dans ses mains. T’Prylla brandit le tricordeur astronomique, comme on le lui ordonnait, et enregistra ce que scrutait l’Oeil-Vers-Les-Etoiles.
Quand elles eurent fini - lorsque la curiosité de Corona eut été satisfaite -, T’Raus prit le tricordeur et fit défiler les informations.
- C’est très bien. Bientôt, le travail sera terminé.
Puis elle fronça les sourcils.
- Nous ne pouvons pas retourner à la position que nous avons quittée. Il y a de nouveaux visiteurs. C'est très orniaga.
T’Prylla dut réfléchir pour se rappeler la signification du mot vulcain utilisé par sa fille. Il voulait dire « irritant ». Elle n’avait pas entendu ce mot depuis des dizaines d’années. Il n’était jamais utilisé dans une conversation polie. Elle ne dit rien ; elle n’avait pas le pouvoir de dire quoi que ce soit. Son opinion n’était pas souhaitée. Corona ne s’intéressait qu’à ses compétences scientifiques, et à son travail.
Quelque chose la démangeait abominablement, et elle ne pouvait même pas se gratter...

Chapitre XV

La navette atterrit au niveau du sas des marchandises du dôme de stockage. Les rétrofusées dérangèrent des années de poussière de météorite et les éjectèrent de la piste en colonnes droites. Un tube d’accès s’étendit automatiquement entre le sas et l’écoutille arrière du véhicule, et se connecta avec un soupir. Lorsque les pressions s’équilibrèrent, les oreilles de Mason se bouchèrent. Elle tendit le bras pour libérer l’enregistreur.
Alors que l’équipe de l'Enterprise quittait le dôme de stockage, Chekov se sépara du groupe et alla à la rencontre de T’Raus, dans un corridor, près du dôme de recherche. Une partie de lui-même regardait avec curiosité les portes fermées. Personne n’avait encore visité les zones scientifiques reconstruites. T’Raus tendit la main et Chekov lui donna la disquette contenant les plans et les spécifications de l’Enterprise. La Vulcaine fit un signe de tête et, sans dire un mot, Pavel se dépêcha de rejoindre les autres avant qu’on ne remarque son absence.
L’équipe d’officiers passa près de Wah Ching et de Pauli, qui étaient de quart. Chekov prit la relève et leur ordonna de retourner à la navette en attendant que les autres les rejoignent.
- Rien à signaler? dit-il, en se demandant si eux aussi étaient manipulés.
La montée soudaine d’angoisse qu’il ressentit fut si intense que les larmes lui montèrent aux yeux.
- Rien d’inhabituel, répondit Pauli. Le climat social est un peu glacial, mais je ne pense pas que ce soit étrange.
Il sourit. Il voulait bien sûr parler des Vulcains. Chekov suivit les deux officiers de sécurité des yeux tandis qu’ils s’éloignaient.
McCoy et Spock se rendirent à la chambre froide, escortés par T’Kosa et Anauk. Ils actionnèrent leurs champs environnementaux personnels et entrèrent dans le sas. Les portes se refermèrent derrière eux, et ils restèrent dans le froid et le silence. A l’extérieur, Anauk et T’Kosa les attendaient afin de les conduire au centre médical, pour la réunion prévue avec T’Prylla et Grake.
Spock sonda les hibernacula avec son tricordeur scientifique pendant que McCoy effectuait des calculs de dernière minute. Le médecin s’agenouilla près de l’hibernaculum le plus proche du sas et examina les connexions des câbles d alimentation d’énergie.
- Il va falloir les déménager rapidement. Les palettes peuvent maintenir la température actuelle pendant cinq minutes. Puis nous les brancherons directement sur les réserves d’énergie de la navette.
Spock fit signe à McCoy de jeter un coup d’œil sur les données recueillies par son tricordeur.
- Vos soupçons se confirment, docteur. Ils n’ont subi aucun dommage supplémentaire, mais ils ont été manipulés.
- Pourquoi ? Qui aurait quelque chose à y gagner ?
- Comme vous l’aviez pensé, les dormeurs ont été utilisés pour stocker des informations.
- Cela me semble bien irrégulier, Spock. De plus, il sont trop froids pour que leur cerveau puisse avoir une activité chimique.
- A la température actuelle, les cerveaux présentent des propriétés supraconductrices. Une activité chimique n’est pas nécessaire. On peut stocker d’énormes quantités d’informations sans avoir recours au processus habituel de la mémoire.
- Si c’est le cas, les dégeler détruirait toutes les informations... Elles seraient effacées.
Spock acquiesça.
- Alors que croyez-vous que vont en penser les autres ?
- Si nous en avons terminé ici, nous pouvons nous rendre au centre médical et l’apprendre.
- Spock, depuis que nous sommes arrivés, vous ne nous dites pas tout. Vous vous comportez comme un chat qui sait où est cachée une cage pleine de canaris. Parfois, rien qu’en vous regardant, vous me fichez les jetons.
- J’aurais tendance à penser que c’est une réaction normale chez vous, docteur.
McCoy lui rendit le tricordeur et secoua la tête.
- Jim croit que nous conspirons ensemble. C’est peut-être le cas. Alors, ne pensez-vous pas que des conspirateurs devraient partager leurs secrets ?
- Peut-être plus tard, répondit Spock.
Leonard savait qu’il ne servirait à rien de continuer à le questionner. Les deux officiers sortirent de la chambre froide et accompagnèrent T’Kosa et Anauk à la réunion.

* * * * *

- Nous ne pouvons pas autoriser le transport des dormeurs, dit Grake.
Il se tenait en face des visiteurs de l'Enterprise dans le centre médical de la station, les mains agrippées au rebord de la table de diagnostic dévastée.
- Cela présente trop de risques.
T’Prylla, les enfants, T’Kosa et Anauk regardaient les visiteurs d’un air calme qui, aux yeux de Kirk, ressemblait étrangement à du mépris.
- J’ai évalué les risques, expliqua McCoy. Il y en a mais ils sont minimes.
Jim jeta un coup d’œil à Spock pour jauger sa réaction. L’officier scientifique scrutait le visage de Grake, qui refusait de le regarder dans les yeux.
- Bien que nous respections les compétences du docteur McCoy, nous avons appris beaucoup sur les radiations Ybakra en dix ans. Nous sommes constamment baignés par les rayonnements, mais à un niveau qui ne peut plus affecter les dormeurs. L’intensité des radiations Yhakra est considérablement réduite par la masse rocheuse de notre planétoïde. Dans la navette, cependant, cette protection disparaît. Il pourrait en résulter de nouveaux dommages.
McCoy se leva et pointa un doigt dans la direction de Grake.
- Vos dormeurs sont comme morts. Que pouvez-vous faire pour eux ?
- Nous pouvons les protéger jusqu’à ce qu’on trouve un moyen de les transférer à bord de l'Enterprise en toute sécurité. Ou jusqu’à ce que nous découvrions un moyen de les soigner nous-mêmes.
- L'Enterprise ne peut pas rester ici indéfiniment, dit Kirk. Franchement, je suis étonné par le degré de résistance que nous rencontrons. Nous venons à votre secours, nous ne sommes pas vos ennemis. (Sa voix restait uniforme, presque menaçante.) Je suis d’accord avec la décision du docteur McCoy : il faut transférer les dormeurs à l’infirmerie de l'Enterprise.
T’Kosa s’approcha de Grake.
- Je crois qu’il est grand temps de convaincre nos visiteurs de tout ce que nous avons accompli ici, sans leur aide.
Grake acquiesça.
- Il y a eu un certain retard, capitaine, mais il me semble que nous sommes arrivés au moment approprié pour vous montrer le dôme de recherche.
- Ne changez pas de sujet ! dit McCoy, exaspéré. Jim, nous perdons du temps si nous ne commençons pas immédiatement le transfert et la reconstitution des dormeurs !
Kirk ne savait plus quoi faire. Il était évident que Spock n’avait aucune intention de révéler l’existence des boucliers anti-Ybakra, mais mentionner cette technique permettrait d’éviter des discussions et des désagréments. (Vraiment ? Trouveraient-ils une autre excuse ? Et pourquoi ignoraient-ils l’existence des boucliers ? Leurs recherches sur les radiations Ybakra étaient supérieures à...) Il n’aimait pas prendre de décisions qui contrariaient McCoy, mais il n’arrivait pas à trouver d’autre solution.
- Je pense qu’il nous reste assez de temps pour faire une brève visite, avant de nous décider.
Il espérait que le médecin comprendrait ce qui se passait. McCoy parut encore plus exaspéré, mais il n’émit aucune protestation.
- Bien, dit Grake. Comme je vous l’ai dit auparavant, je crois que nous vous réservons de nombreuses surprises...

* * * * *

Veblen termina de vérifier les unités de forme-mémoire et d’expérience-mémoire du téléporteur, puis il secoua la tête. Scott patientait à deux pas derrière lui.
- Je suis d’accord avec vous, dit l’informaticien. Il n’y a aucune panne des circuits.
- Alors ce doit être une influence extérieure. Peut-être les radiations... ?
- Les Ybakra sont diffusés à un niveau d’espace fractionnaire différent des mémoires vivantes, expliqua Veblen, le front plissé.
Il sortit une disquette de sa ceinture et la regarda en réfléchissant. Il avait oublié de fournir les dernières informations sur les radiations Ybakra, le fruit des recherches de la station, à l’algorithme stochastique.
- Je ne crois pas que cela changera grand-chose. Cependant...
- Si je continue à réfléchir, je vais péter un fusible, dit Scotty. J’ai vérifié tous les aspects du fonctionnement du téléporteur, depuis les réserves d’énergie jusqu’aux coordinateurs de mémoires. Rien ne cloche dans les téléporteurs.
Il prit un air de défi.
- Mes machines ne sont pas en faute! Et jamais je n’ai entendu parler de retard de matérialisation!
- C’est un mystère, admit l’informaticien. J’épaulerai votre rapport dans les limites de mon champ d’expertise.
- Merci, répondit l’Ecossais, soulagé.
Veblen quitta la salle de téléportation et prit l’ascenseur jusqu’au centre de contrôle informatique. Il entra les nouvelles données dans l’algorithme - qui avait été mis en arrêt provisoire - puis il demanda un niveau spécifique d’interrogation.
Y a-t-il des chances que le personnel à bord de la station ait appris à manipuler les Ybakra, et qu’il utilise cette connaissance pour provoquer des événements anormaux à bord de l'Enterprise ?
Il remit l’algorithme en fonctionnement et s’adossa à son siège. Il se rongea les ongles en attendant des résultats cohérents.

* * * * *

Mason attira l’enregistreur près d’elle et suivit Radak. Elle se sentait complètement étrangère, et pourtant elle avait l’impression que quelque chose de très important allait se dérouler. Grake ouvrait la route en direction des salles de recherche, suivi par T’Prylla et Spock. Les autres se serrèrent dans le sas après eux, et tous s’arrêtèrent de l’autre côté, dans un coin du plus grand dôme de la station.
Il était à présent facile de deviner où était passé tout l’équipement. Le dôme était rempli de toutes les combinaisons possibles de matériel, d' électronique et d’ordinateurs, reliés les uns aux autres en piles, sans accorder d’importance à l’emplacement ou à l’ordre visuel. Au yeux de Mason, cela ressemblait à une salle de jeux d’enfants - une salle de jeux vulcaine, peut-être, où l’enfant obtenait tout ce qu'il désirait. Elle jeta un coup d’œil à Radak et à T'Raus, et son regard rencontra celui de la jeune fille. Pendant quelques instants, elles restèrent ainsi, à se fixer. Rowena frissonna - et pas seulement parce que l’enfant était vulcaine. Elle commençait à s’habituer à évoluer au milieu de Vulcains. Malgré toutes ses excentricités et son apparence bizarre, Spock n’était pas un ogre. Mais T’Raus...
Il y avait dans ses yeux une froide évaluation qui allait au-delà du contrôle des émotions d’un Vulcain.
- Très impressionnant, dit Kirk avec diplomatie.
Grake leur fit faire le tour du dôme avant d’arriver à une plateforme, sur laquelle était installé un petit pupitre de commande. L’enregistreur du SIS se positionna près du bord de la plate-forme. Ses moteurs émirent une douce plainte pendant que ses scanners visuels suivaient les pas du chercheur vulcain.
- C’est une construction préliminaire, expliqua Grake en faisant signe à T’Prylla de le rejoindre.
Radak suivit sa mère.
- Mais ce qu’elle fait est plus impressionnant que son apparence ne le suggère.
L’enfant se plaça devant le pupitre. Grake sembla hésiter avant de poursuivre son explication
- Avec le Transformateur, nous sommes en mesure de contrôler toutes les formes de matières, d’énergie, ainsi que l’espace et le temps dans le voisinage de la station. Nos recherches ont abouti à une maîtrise des fondements de l’univers, d’où vient l’ensemble de la création. Notre travail est encore à un stade expérimental, mais nous avons déjà beaucoup accompli.
Mason vit les lèvres de McCoy remuer. Il parut dire quelque chose à propos de la folie.
- Mon fils va vous faire une démonstration.
Radak tendit la main dans la direction des interrupteurs faiblement éclairés sur la console, puis en toucha plusieurs avec une aisance visiblement due à une longue habitude. Il connaît mieux le système que son père, pensa Mason, en se demandant pourquoi Grake n’avait pas procédé à l’expérience lui-même. La machinerie qui remplissait le dôme se mit à vibrer. C’était une sensation différente d’un son, qui rappelait la présence d’une grande puissance.
Puis, tout doucement, Radak devint transparent. Il fallut quelques secondes aux visiteurs pour comprendre ce qui se passait. Chekov, même sous contrôle, eut un sursaut de surprise lorsque l’enfant disparut. Mason crut avoir aperçu une lueur juste à l’endroit où Radak s’était tenu, mais c’était certainement ses yeux qui lui jouaient des tours. Spock observa la dématérialisation sans sourciller.
Alors que le départ de Radak était des plus intéressants, Spock avait remarqué quelque chose d’étrange en parcourant le périmètre du dôme. Une partie des équipements entassés avait été récupérée sur un vaisseau de secours automatique - probablement celui qui avait été envoyé, des années auparavant, et dont personne n’avait eu aucune nouvelle.
Une partie du puzzle, du moins pour lui, commençait à s’assembler.

* * * * *

Shallert était de quart dans la salle de téléportation principale. C’était un travail qui ne demandait pas une vigilance constante, aussi passait-il la majeure partie de son temps à étudier des mises à jour de manuels d’équipement.
Du coin de l’œil, il crut voir quelque chose bouger sur la plate-forme du téléporteur. L’officier leva les yeux. Un jeune Vulcain, souriant, se tenait sur un des plots. Shallert cligna des yeux, et l’enfant disparut. Bouche ouverte, il vérifia sur la console du téléporteur. Il n’était pas en fonction. De plus, il n’avait ni entendu le son particulier, ni vu l’effet de téléportation.
L’officier hésita, puis il appela la sécurité.
- Olaus à l’inter.
- Edward, Jonathan à l’inter. Préparez une cellule capitonnée en zone de détention. Avez-vous détecté un intrus ?
- Non, que se passe-t-il ? Attendez une minute.., il y a un corps qui émet de la chaleur dans le quadrant 2, pont 7... il n’y avait personne il y a une seconde.
Sur le pont 7 de la soucoupe, la coque principale, dans une coursive à côté de l’ingénierie et du réacteur de puissance d’impulsion, Radak marchait seul, regardant çà et là, émerveillé par la construction du vaisseau. Il tendit la main pour toucher la porte de l’ingénierie. Elle était verrouillée, mais cela n’avait aucune importance. Elle s’ouvrit et le jeune Vulcain jeta un coup d’œil dans la salle à plusieurs niveaux. L’ingénierie était pratiquement vide. Seul un sous-officier de garde se tenait au niveau 2, près de la grille qui séparait la salle des machines des moteurs d’impulsion. Ceux-ci étaient en veille. Il ne fallait actuellement à l'Enterprise que peu d’ajustements orbitaux, et ils pouvaient être effectués par les moteurs de position et d’appareillage, situés à différents endroits de la coque. Silencieusement, Radak s’avança jusqu’aux pupitres de commande sans attirer l’attention de l’officier, puis il comprit rapidement qu’il ne s’agissait pas là du générateur de puissance principal de l'Enterprise. Il visualisa les nacelles arrière, qui abritaient les unités de propulsion principales, mais préféra ne pas les visiter pour l’instant. Il était parti depuis trente secondes, et il ferait mieux de revenir...

* * * * *

- Nous sommes plutôt habitués à ce genre d’allées et venues, dit Kirk aussitôt qu’il en fut capable. Nous le faisons souvent.
Jim était conscient que la téléportation, et ce que Radak venait juste de faire, étaient différents, mais il n’était pas prêt à révéler son étonnement devant Grake.
- L’enfant n’a pas été dématérialisé par un téléporteur, dit T’Prylla en montant sur la plate-forme. Son corps a été exactement dupliqué à un autre point de l’espace-temps. Le phénomène est équilibré par une transformation complète de sa structure passée. En essence, tous ses atomes ont été « démontés » et « remontés » à des coordonnées différentes. Certains appelleraient cela une coïncidence contrôlée. Nous savons maintenant maîtriser la synchronicité, capitaine.
Radak réapparut près de sa mère, Il alla droit à la console et toucha une autre série d’interrupteurs. T’Prylla fixa Spock, comme si elle cherchait à le prévenir de quelque chose.
- Je suppose, dit l’officier en second, que vous tirez avantage de l’identité apparente de certaines particules subatomiques avec des particules similaires, quand et où qu’elles se trouvent dans l’Univers. Quelle est la portée de cette possibilité de transformer des coordonnées ?
- Dans les circonstances actuelles, deux cents kilomètres, expliqua Radak. Je procédais à une expérience de transformation quand j’ai rencontré votre première équipe au sol.
- Ce qui expliquerait les données anormales enregistrées par le tricordeur, dit Chapel.
- Qu’en pensez-vous, Spock ?
- Je suppose que c’est possible, capitaine.
- Supposer, supposer..., il y a beaucoup de chose à supposer ici, grogna McCoy. Nous pourrions utiliser cet avantage pour transférer les dormeurs à bord de l'Enterprise, en supposant que votre technique ne présente pas les mêmes inconvénients que le téléporteur.
Grake secoua la tête.
- Non, docteur. Théoriquement, c’est possible, mais pas à présent. Pour l’instant, notre équipement ne peut pas prendre en charge des masses plus importantes que celle de mon fils. Je ne peux pas être transformé, et mon épouse entre de justesse dans les paramètres de la machine. Nous ne pourrions pas transformer un hibernaculum et un dormeur en même temps. Mais nous n’avons pas terminé notre démonstration. T’Raus a travaillé sur un projet qui lui est spécifique.
Il tendit la main à sa fille pour l’aider à monter sur la plate-forme.
- A une échelle très petite - que les Vulcains appellent numosma et les humains, la longueur Planck-Wheeler - l’espace se fractionne en un labyrinthe de singularités, dit T’Raus, au bord de l’estrade, les mains jointes.
- On dirait une élève prête à donner un récital de piano, murmura Chapel à l’oreille de Mason.
Rowena trouvait surtout qu’elle avait trop d’assurance.
- Jusqu’à présent, nous n’avions pas le moyen d’étudier ces régions extrêmement petites, et nous devions les traiter uniquement par la théorie. Pourtant, nous savons que c'est à ces niveaux que matière et énergie sont déterminées. Maintenant, par le biais du transformeur, nous pouvons créer des simulations virtuelles de petites zones spatio-temporelles - ainsi que de plus grandes, jusqu’à concurrence de l' Univers. Ces simulations sont exactes en tous points sauf un - elles ne sont pas « réelles ». Bientôt, nous serons peut-être en mesure de recréer des régions spatio-temporelles ayant cette touche finale de réalité, et notre travail sera près de son aboutissement.
La manière dont elle dit les mots suivants était presque désinvolte
- Notre objectif doit être évident, bien sûr. Nous avons l’intention de créer un nouvel univers, à une échelle où nous pourrons contrôler et étudier son développement. Quand nous serons en mesure de le faire, nous serons près de comprendre la période la plus intéressante de notre propre univers - les premières minutes qui ont suivi la Genèse. Tout ce qui est venu après ce laps de temps n’a été que dégradation et décadence.
- Vous exagérez peut-être un peu, dit McCoy.
- Fascinant, dit Spock.
Mason était plus déconcertée que fascinée. Kirk ne cilla pas.
T’Raus leva le bras et manipula plusieurs boutons sur la console avec la même grâce née de l’habitude que son frère.
- Tournez-vous vers la chambre transparente à droite de la plate-forme. C’est là que notre démonstration du niveau microscopique va commencer.

Chapitre XVI

La sphère de verre, montée sur un pilier argenté, se remplit de ce qui ressemblait à l’ombre des arbres. Les bandes d’obscurité se mirent à virevolter en dessinant des formes noires sur les contours du globe. Puis les taches d’ombre s’étalèrent pour tapisser l’intérieur de la boule d’un gris uniforme.
- Nos yeux ne perçoivent que les choses qui leur sont familières, dit T’Raus. Pour cette raison, la majeure partie de la simulation sera perdue pour nous. Et encore une fois, parce que nos yeux utilisent la lumière pour acheminer les informations, ce que nous allons percevoir ne sera pas totalement exact. Pourtant, la simulation contient toutes les données nécessaires à une compréhension intensive des fondements de l’espace-temps. Ce que nous avons des difficultés à voir, nos machines peuvent l’interpréter pour nous.
La sphère était à présent remplie de couleurs insaisissables, qui perçaient le gris neutre avant d’y être réabsorbées.
Mason se sentit comme hypnotisée. Même à une distance de cinq ou six mètres, la simulation occupait tout son champ de vision. L’espace d’un instant, elle crut voir des serpents dans la houle, mais les reptiles devinrent des nuages sphériques. A leur tour, les nuées se changèrent en feuilles de caoutchouc tordues - des surfaces bientôt percées de trous aux rebords concaves, qui touchaient d’autres trous. Puis les feuilles disparurent en ne laissant derrière elles que les trous, qui pulsaient en donnant l’impression de grandir et de rapetisser, sur un rythme étrange, à la fois régulier et chaotique. Puis la sphère devint un sanctuaire de tunnels enchevêtrés. Les tunnels diminuèrent jusqu’à devenir des sortes de spaghettis. Les rubans prirent alors une merveilleuse teinte bleu-gris et dansèrent si vigoureusement que le dôme parut tourner autour d’elle.
Kirk vit quelque chose de radicalement différent. Cela lui rappelait les hélices des anciens avions - des milliers et des milliers d’hélices qui tournaient à des vitesses différentes, et dont les pales se rejoignaient jusqu’à ce qu’elles soient toutes reliées, tout en continuant de tourner individuellement.
Chekov sentit comme un lien avec ce qui se trouvait dans la sphère. Il le reconnut - ou plutôt, ce qui le manipulait le reconnut, avec la même nostalgie bizarre qu’un être pourrait ressentir en contemplant son ancien foyer dévoré par les flammes. Cela n' avait aucun sens pour Chekov, mais il y participa néanmoins.
Chapel vit une infinité de fleurs bizarres dont les pétales se liaient et se déliaient.
Spock fit un effort pour ne voir que ce qui était vraiment présent. Il n’y arriva pas. Il n’y avait rien de réel dans la sphère, rien sur quoi ancrer la logique rigide de son espèce. Il fut instantanément conscient des limites de son conditionnement. Les Vulcains recherchaient la logique totale dans un univers basé sur un chaos contrôlé. La simulation l’attristait, le déprimait, éveillait sa moitié humaine...
Et il s’aperçut soudain du paradoxe. Des Vulcains avaient ostensiblement poursuivi ces recherches; ils avaient fabriqué ce simulateur. T’Prylla, en dépit de toutes ses méthodes de logique peu orthodoxes, était toujours aussi conditionnée que lui, peut-être plus. De telles recherches auraient dû être extrêmement difficiles, voire même impossibles pour elle ou tout autre Vulcain.
Alors qui, ou quelle chose, avait effectué ces recherches ? Les physiciens humains pu auraient pu aider les scientifiques, et partager de telles idées, étaient en état d’animation suspendue. Spock détourna son regard de la sphère. Il ne pouvait pas en tolérer plus.
McCoy se retourna lui aussi, pour des raisons similaires. Selon lui, la boule était pleine de visages, et les visages se transformaient en crânes. Les orbites vides s’allongeaient en corridors infinis de mort et de misère. Les dents brillaient. Ce fut l’idée que les étoiles ne soient que les reflets des dents des crânes qui le poussa à détourner le regard. La sphère lui montrait comment il finirait fou, si jamais il perdait son contrôle.
T’Raus frôla les boutons, et la sphère redevint une boule de verre vide et anodine. Pendant toute la démonstration, les observateurs étaient demeurés silencieux, et le silence se prolongea.
Ce fut Jim qui le brisa le premier.
- Je ne suis pas sûr d’être capable de juger de la réussite de vos travaux, dit-il en portant une main à son front. Révolution scientifique ou non, je ne vois pas, de plus, quel est le rapport avec notre problème immédiat.
Radak se tenait près de Kirk. Il se retourna lentement dans la direction du capitaine. Son visage trahissait des signes d’agitation complètement atypiques pour un Vulcain.
- Dans un an, notre maîtrise sera telle que nous pourrons dupliquer les corps de nos dormeurs sans l’aide des appareils de votre vaisseau, même sans machine. Tout cela sera mis au rebut, et par la force de nos esprits, nous pourrons voyager là où nous le désirerons, et tout transformer.
Il fixa intensément Kirk.
- Nous ne serons plus confinés sur ce planétoïde, et nous n’aurons plus besoin de vaisseaux spatiaux.
Ce n'est pas vrai ! soupira T’Prylla, tout en luttant pour prévenir Spock. Corona terminerait son œuvre bien avant que toutes ces choses ne soient accomplies.
Jim se tourna vers Grake :
- Votre fils parle-t-il au nom de vous tous ?
Le père et la mère hochèrent la tête en même temps.
- Je peux apprécier l’ampleur de vos réussites futures, mais je dois m’occuper des réalités actuelles. Et les lois de la Fédération demandent que je fasse tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger ses citoyens. Les dormeurs sont en danger. Nous devons faire ce que conseille mon expert médical. Je... je peux vous garantir que vos inquiétudes pour leur sécurité sont sans fondement. Ils ne seront pas blessés durant leur transfert à bord de l'Enterprise.
McCoy acquiesça, satisfait.
- Il nous reste encore quelques modifications à apporter à nos navettes si nous désirons diminuer encore plus les risques du transport des dormeurs, dit Spock. Nous allons repartir sur l'Enterprise, nous occuper des derniers préparatifs, puis transférer les hibernacula dès que possible.
- Très bien ! dit T'Prylla.
Mason trouva cet accord beaucoup trop rapide, après toutes les objections qu’ils y avaient opposé...

* * * * *

Chekov retourna le premier au dôme de stockage. Wah Chin et Pauli se trouvaient à l’entrée du tube d’embarquement. Il discuta brièvement avec eux, puis emprunta le sas et referma l’écoutille de la navette.
A l'intérieur du petit véhicule, il regarda alentour avec une lenteur de drogué, et traversa la cabine pour arriver au poste de pilotage. Il dévissa la plaque supérieure de la console de commande avec une clef, puis jeta un coup d’œil au labyrinthe de fibres de verre et de câbles d’alimentation. Le jeune Russe prit son fuseur et programma le rayon pour une surface minimale et une pénétration maximale. A faible puissance, le fuseur détruirait l’isolation des câbles d’alimentation. Les systèmes de diagnostic de la navette détecteraient la pannes mais puisque aucun senseur n’était rattaché a l’isolation, l’ordinateur de bord serait certainement incapable de l’expliquer. Il pourrait uniquement la localiser. Et il serait difficile de remarquer la différence à l’œil nu...
La navette serait en panne.
Chekov lutta pendant toute l’opération, jusqu’à être trempé de sueur.., mais en vain.
Il rengaina son fuseur, s’essuya le front avec sa manche et ouvrit l’écoutille. Il prit un air furieux et jaillit du tube d’accès.
- Qui est entré là-dedans ?
Les deux gardes le dévisagèrent, étonnés.
- Le pupitre de commande a été ouvert.
Kirk, Spock, McCoy, Chapel et Mason arrivèrent à cet instant précis. Chekov alla à leur rencontre en souhaitant mourir au plus vite afin d’en finir avec cette infamie.
- Monsieur Spock...

* * * * *

Spock émergea de la navette et secoua la tête.
- Je soupçonne un sabotage, capitaine.
McCoy jura dans sa barbe.
- J’ai l’impression de marcher dans de la colle, Jim. Ils font échouer tout ce que nous tentons de faire.
Kirk jeta un regard circulaire dans le dôme de stockage.
- Spock, vérifiez avec le tricordeur si l’endroit n’est pas truffé de micros espions... ou d’autres choses tout aussi douteuses. Chekov, montez la garde à l’entrée du dôme.
Spock regarda les informations fournies par le tricordeur et annonça qu’il n’y avait aucun micro espion détectable.
- Mais je ne peux pas garantir que noua parlerons en toute sécurité.
- Alors nous en prendrons le risque. Spock, qu’est-ce qui se passe donc ici ?
- Quelque chose d’anormal, Jim. Dans le dôme de recherche, j’ai vu du matériel qui provient sans aucun doute possible de la sonde de secours automatique. Apparemment, lors de l’arrivée du navire, les résidents de la Station Un n’avaient aucune envie d’être secourus, mais ils avaient besoin de tous les instruments disponibles et de matières premières. De plus, le personnel de la station ne se comporte pas comme il le devrait. Ces Vulcains n’agissent même pas comme des Vulcains fous. Les excuses qu’ils offrent sont faibles et contradictoires. Les enfants semblent mieux contrôler la situation que Grake et T’Prylla, et c’est totalement atypique.
- Cela n’est-il pas explicable par l’isolement ? demanda Mason.
- Non, il y a une logique dans leur comportement, mais elle n’a aucun rapport avec celle de mon peuple. Cela ressemble plus à la logique d’une présence qui les contrôle, ayant en tête des buts radicalement opposés aux nôtres.
- Mais il n’y a aucune autre forme de vie t dit McCoy. Nous savons que les nuages protostellaires sont totalement stériles. Bien sûr, il y a les molécules organiques habituelles...
- Je ne crois pas qu’ils soient manipulés par une forme de vie organique. Les indices indiquent plutôt une chose douée de connaissances, intéressée par les procédés que les chercheurs prétendent avoir maîtrisés.
- Vous avez une petite idée ?
- Je suggère que nous contactions l'Enterprise afin de voir où M. Scott en est avec le téléporteur. Je doute qu’il ait trouvé une panne. Si mon hypothèse est correcte, la machine est en parfait état de marche, mais c’est le rayon qui est manipulé. Ceci pourrait expliquer mon arrivée plutôt maladroite sur la station, et les difficultés rencontrées par M. Chekov.
- Alors qu’allons-nous faire? demanda le médecin.
- Nous allons sortir des cartes de notre manche, docteur McCoy. Nous allons demander que de l’équipement nous soit envoyé pour réparer la navette.

* * * * *

Veblen regarda les modèles issus de l’algorithme en se mordant la lèvre inférieure. Sous le coup d’une impulsion, il tapa sur le clavier. Vous êtes sérieux ?
« Ce sont les meilleures modélisations actuellement productibles par l’algorithme stochastique », répondit l’ordinateur. L’informaticien avait coupe les commandes vocales. Il préférait travailler sur écran. Il était beaucoup plus facile ainsi de détecter les erreurs de programmation.
- M. Veblen est demandé sur la passerelle, vint l’interrompre la voix d’Uhura à l’intercom.
Il transféra les données du modèle sur son bloc portable, puis courut vers l’ascenseur.
Scott se trouvait sur la passerelle. Il parlait avec Kirk, toujours à bord de la station.
- Je trouve un grand soulagement dans les conclusions de M. Spock.
- Vous êtes le seul, répondit le capitaine sur un ton laconique. Veblen est arrivé ?
- Présent, capitaine.
- Monsieur Veblen, dit Spock. Le Galilée II nécessite les kits de réparation suivants.
Le Vulcain donna une liste de vingt-six kits différents, apparemment de mémoire. Veblen les nota rapidement, puis il tendit la liste à Scotty. L’ingénieur l’examina. Cinq d’entre eux avaient rapport avec la navette, et, de manière surprenante, aucun ne concernait les hibernacula.
- Je voudrais également savoir comment les algorithmes s’ajustent aux nouvelles données. La modélisation C progresse-t-elle ?
Veblen écarquilla les yeux.
- En effet, monsieur Spock. Le modèle C est maintenant la modélisation principale, avec de nouvelles propositions. Les radiations Ybakra
- Merci, monsieur Veblen. Je voua prie de bien vouloir nous expédier les pièces détachées désirées. Jusqu’à ce que la navette soit réparée, nous resterons à la station.
Spock coupa la communication et Scott secoua la tête.
- Que veulent-ils, monsieur Scott ? demanda l’informaticien.
- Certains des kits leur permettront de changer les isolations des câbles d’alimentation des contrôles d’instrumentation de la navette. Ce qui est normal. Mais les autres - ils permettent de fabriquer un champ d’isolement contre les radiations Ybakra.
- Pour les dormeurs ?
- Je ne le pense pas. Ou alors le docteur McCoy aurait mentionné les dimensions du champ. Je ne crois pas que le matériel demandé puisse permettre de faire un champ assez grand pour contenir deux hibernacula.
Veblen regarda son bloc d’un air pensif.
- Je crois que le modèle C vient d' être confirmé.

* * * * *

T’Prylla ressentit une espèce d’irritation, mais l’indécision de Corona était encore plus alarmante. La Vulcaine était utilisée comme une marionnette. Elle s’affairait à une tâche, puis à une autre. Elle n’avait jamais senti Corona aussi confus et incertain. T’Prylla s’occupa pendant quelques temps d’ajouter des pièces à l'équipement du dôme. Elle vit brièvement Grake faire la même chose. T’Kosa et Anauk, elle le savait, attendaient à l’extérieur. T'Raus et Radak avaient disparu.

* * * * *

Les enfants vulcains se tenaient sous le ciel pourpre de la nébuleuse, ils observaient un ruban vert qui se déroulait sur tout l’horizon, au zénith. Cela n avait rien d’important, ce n’était que le déploiement d’une profonde région gazeuse, mais il servit l’espace d’un instant à distraire Corona. De toutes les choses qui peuplaient cet ancien royaume étrange, les nuages de poussière et de gaz de la nébuleuse étaient les plus plaisantes. Leur abstraction lui rappelait...
Mais il n’y eut aucune conclusion à cette pensée. T’Raus toucha le rocher et ouvrit l’Oeil-Vers-Les-Etoiles. Son but était si proche, mais le temps pressait de plus en plus. Ou se passerait donc la prochaine apparition ?
L’Oeil-Vers-Les-Etoiles était plus qu’un simple télescope. Il fouillait les univers probables, aussi bien que les distances du temps et de l’espace. Le seul univers probable qu’il ne pouvait pas sonder était aligné sur la réalité présente. Corona ne pouvait pas connaître l’aboutissement de son travail.
Durant les premières années, Corona avait recherché de jeunes galaxies amorphes couvertes de nuages de gaz - mais il n’en avait trouvé aucune. A leur place, il avait décelé des indices de sa propre besogne, de ses expériences hésitantes et de ses erreurs - ensevelies dans un passé ancien, à peine visible au long des éons-lumière. Après deux années de recherches patientes, atteint d’une frustration grandissante et conscient de ses limites, il avait enfin découvert le secteur spatial où il était le plus probable qu’il fasse sa prochaine apparition, s’il échouait dans la nébuleuse de l’Ecrin Noir.
Au début, tout avait été plus facile. Les conditions étaient certes hostiles, mais moins qu’à présent. Corona était maintenant obligé de dépendre d’une autre conjonction invraisemblable de masses subspatiales et de protoétoiles en cours d’effondrement. Un lieu répondant à ces caractéristiques venait d’être trouvé par l’Oeil-Vers-Les-Etoiles.
Mais Corona savait que les opportunités risquaient d’être moins satisfaisantes que celles de l’Ecrin Noir. En fait, rien n’y était comparable dans ses étranges voyages. La nouveauté de la situation ne résidait pas dans la nébuleuse elle-même - c’était une matrice stellaire typique -, mais dans les visiteurs vulcains, ces êtres vivants et intelligents faits de matière. Corona n’avait jamais rien rencontré de tel auparavant. Il n’avait aucune idée de l’étendue de l’intelligence organique dans l’avenir, la prochaine étape de son voyage. C’est pourquoi il était important d’effectuer tout le travail des maintenant.
Il ne lui fallait plus que quelques heures, saris être dérangé, une longueur minuscule de la dimension bizarre qu’était devenu le temps, dans ce vieux corps de l’Univers.
Mais comment pouvait-il continuer son œuvre dans le dôme tout en s’occupant des nouveaux visiteurs dérangeants ?
C’était cette indécision qui affectait le plus T’Prylla. Enfin, Corona fit son choix. Les visiteurs étaient trop dangereux. Ils pouvaient détruire certaines des informations les plus utiles qu’il avait rassemblées s’ils transféraient les dormeurs. S’ils parvenaient à réparer la navette, tout serait perdu...
Corona avait appris trop tard que les humains résistaient encore plus à son intrusion que les Vulcains adultes. Il lui avait fallu réarranger subtilement ses propriétés dans le rayon téléporteur pour prendre le contrôle de celui qu’on appelait Chekov, et c’était un coup de chance. Le nouveau demi-Vulcain combinait à lui seul les pires propriétés des humains et des Vulcains. Les premiers passages dans le rayon n’avaient pas suffi à en prendre le contrôle.
Mais Corona avait appris de ses échecs. Si Spock utilisait le téléporteur encore une fois...

* * * * *

Scott avait des difficultés à contrôler l’orientation du rayon. Il partait soudain dans une direction, puis dans une autre. Veblen vit l'ingénieur jurer tout en ajustant les manettes de contrôle. Il n’y avait rien d’autre dans le rayon qu’un appareil testeur. Les kits demandés par Spock étaient rangés sur deux palettes flottantes près de la plate-forme du téléporteur.
- Voyez-vous l’effet de téléportation ? demanda Veblen à Kirk.
- Pas encore... Attendez une minute.., à peine une esquisse.
- Alignement du rayon, dit Scotty. Il remue comme un serpent. La sonde devrait se matérialiser.., maintenant
- La voilà, dit Kirk. Elle est intacte !
- Je la ramène, annonça l’ingénieur.
Lorsque la sonde fut revenue, il fit signe à Shallert de positionner les palettes sur le disque de référence, et sur le numéro 2.
- Nous allons téléporter les kits, dit Veblen.
Il vérifia le graphique sur son terminal portable, relié à l’ordinateur de bord. Le comportement erratique du rayon était analysé en détail pour procurer plus de données permettant de confirmer et d’extrapoler sur le modèle C.
- Ce qui fiche en l’air le rayon doit disposer d’un champ aussi grand que le planétoïde, dit Scotty.
Le graphique de Veblen indiquait que le champ électromagnétique était en fait bien plus vaste. Il mesurait peut-être cent mille kilomètres de diamètre. L’image qu’il reconstituait montrait une structure complexe sur plusieurs niveaux, qui opérait à la fois selon la géométrie euclidienne, le subespace et au moins trois espaces fractionnaires géodésiques. Les senseurs de l'Enterprise étaient maintenant réglés pour découvrir certains indices. Il balayaient la nébuleuse de l’Ecrin Noir dans la direction du trio de protoétoiles.
- Énergie, dit Scott. Et je suis heureux de ne pas téléporter de gens.
- L’effet apparaît, répondit Kirk. Nous distinguons deux formes... Les palettes se matérialisent. Elles sont intactes !
Scotty coupa le rayon du téléporteur et il étira ses bras pour soulager la tension de ses muscles, il grogna, puis sourit a Veblen.
- Aussi simple que traverser une tempête en bateau.
- Une tempête intéressante, répondit l’informaticien. J’aimerais beaucoup en discuter avec M. Spock, mais personne là-bas ne semble vouloir avoir une honnête conversation.
Les senseurs avaient découvert l’origine du champ. Enveloppées dans une sphère aplatie aux pôles de radiations Ybakra, les trois jeunes étoiles - qui tournaient en orbites mutuelles sur des distances de centaines de millions de kilomètres - en étaient la source.

Chapitre XVII

Kirk et Spock assemblèrent la cage de protection contre les Ybakra dans le compartiment marchandises de la navette, sans rien dire et sans laisser d’indices permettant de deviner ce qu’ils préparaient. En fait, jusqu’à un certain point, Jim ne le savait pas lui-même. Quand ils eurent fini, Chekov et McCoy inspectèrent l’appareil - l’enseigne y prêta énormément d’attention. Le bouclier était une cage cubique d’environs deux mètres de côté, constituée de tubes noirs se terminant par des petits cubes rouge à chaque coin.
Mason s’assit sur un strapontin à l’opposé de l’écoutille de chargement. Elle observa avec tristesse le déroulement des opérations. Elle ne s’était jamais sentie aussi inutile. L’équipe avait apparemment des ennuis, mais elle n’en faisait pas partie. Ils ne pouvaient ni lui confier ce qu’ils préparaient, ni lui donner quelque chose à faire. Elle avait l’impression d’être un excédent de bagage. Chapel lui adressa un sourire rassurant, mais, malgré sa sincérité, il ne fit qu’approfondir son sentiment d’inutilité.
- Il ne nous reste plus qu’à faire un test, dit Kirk. Quelqu’un va y entrer avec un tricordeur. Bones ?
- Certainement pas. Je suis plus gradé que Chekov. Autant qu’il le fasse.
Le visage de Chekov pâlit de façon évidente. Spock lui tendit un tricordeur, mais il fit un pas en arrière, les bras levés.
- Il n’y a aucun danger, dit le capitaine avec un regard curieux. C’est juste pour protéger les hibernacula.
Il n’y avait aucun moyen de sortir de cette situation sans fracas. Pour la première fois, Chekov s’aperçut que l’étranger qui se trouvait en lui ne pouvait pas complètement contrôler les choses. Il pensa à créer une perturbation dans le dôme, mais décida que les risques étaient trop disproportionnés pour passer à l’action. Il força Chekov à sourire.
Le Russe prit le tricordeur et entra dans la cage.
- Allumage, dit Kirk.
Spock actionna un commutateur au sommet d’un des cubes rouge. il n’y eu ni son, ni effet visuel. Le contenu de la cage fut simplement coupé de l’influence des radiations Ybakra.
Chekov s’effondra. McCoy fit instinctivement mine d’entrer, mais Kirk le retint.
- Jim, il est...
- Attendez un instant, juste un instant. Spock ?
- Je crois que mon hypothèse se révèle exacte, Jim. Les radiations Ybakra portent les messages de contrôle. Chekov n’a pas été lui-même pendant ces dernières heures.
Le Vulcain traversa le champ et s’agenouilla près du jeune officier. Les paupières de l'enseigne s’ouvrirent et il dévisagea Spock avec une expression d’intense soulagement.
- Monsieur Spock... Mauvais, si terrible et si horrible...
L’officier scientifique fit signe à McCoy de les rejoindre. Le médecin passa son tricordeur au-dessus de Chekov et déclara qu’il allait bien, malgré une extrême fatigue due à un stress nerveux important.
- J’ai lutté, dit doucement le Russe.
- Contre quoi ? demanda Kirk.
- Il me manipulait. Il m’a fait... J’ai saboté... il a saboté la navette...
- Nous le savons, répondit le capitaine. Spock avait branché les caméras de surveillance, On vous a pris sur le fait. A quoi... cela... ressemble-t-il ? Qu’est-ce ?
- Je ne sais pas, répondit Chekov. Réfléchi, grand... furieux, chercheur. Je n’en sais rien.
Il ferma les yeux.
- Je devrais le faire transférer à l’infirmerie, dit McCoy.
- Il ne peut pas sortir du champ, ou il retombera sous le joug de cette volonté, expliqua Spock.
- Quand a-t-il été contrôlé ?
- Je crois, capitaine, que j’ai senti sa présence juste après la téléportation, dit le Vulcain. Je suppose qu’il a réussi à prendre le contrôle de M. Chekov dans le rayon du téléporteur. Ce qui expliquerait le retard de sa matérialisation.
- Alors, pourquoi n’a-t-il pas pris le contrôle de nous tous ? demanda Kirk.
Le regard rapide qu’il jeta à Mason la fit se redresser sur son siège. Elle allait protester, mais Spock lui coupa la parole :
- Peut-être essayait-il de s’adapter aux humains ? Jusqu’à présent, il n’a manipulé que des Vulcains. Quoique je déteste cette idée, il est possible qu'il lui soit plus facile de contrôler un Vulcain qu un humain... Mais cela n’explique pas non plus pourquoi j’ai été épargné.
- Votre sang humain, sans aucun doute, intervint McCoy. Vous voulez dire que tout le monde dans cette station est possédé ?
Il injecta une solution nutritive dans le bras de Chekov, puis se releva.
- C’est en tout cas ce que nous pouvons penser, dit Kirk. Par qui, ou par quoi... ou dans quel but, c’est là la question.
- Nous savons certaines choses sur son influence, expliqua Spock. Il utilise les radiations Ybakra qui, jusqu'à présent, à notre connaissance, avaient un effet négligeable sur le système nerveux humain, et un effet relativement mineur sur les Vulcains - à moins, bien sûr, qu’une exposition importante soit subie dans des conditions d’animation suspendue. Apparemment, cet effet peut être plus profond. J’ai déjà prévenu M. Veblen que la modélisation C a accru ses probabilités
- Que diable est cette « modélisation C » ? demanda McCoy.
- Les algorithmes stochastiques de M. Veblen ont produit des modélisations plutôt forcées, que nous avions au départ rejetées. La modélisation C extrapolait que le personnel de la station était manipulé par une présence étrangère. L’algorithme est revenu à ce modèle lorsque nous lui avons fourni des données supplémentaires sur les radiations Ybakra et le comportement des scientifiques de la station. Je crois maintenant qu’il se confirme.
- Au moins, le vaisseau sait que quelque chose se trame ici, dit Jim. Mais pouvons-nous tout raconter ? Spock hocha la tête.
- Il est peut-être déjà trop tard pour dissimuler notre connaissance du problème. Nous devons prendre avantage de toute confusion ressentie par. l’être, suite à la perte de sa marionnette humaine. li faut amener un des Vulcains à la navette, en usant de la force si nécessaire. Je suggérerai de prendre T’Prylla.
- Et pouvez-vous nous indiquer comment faire ? demanda le médecin.
- Par simple persuasion, si c’est possible. Si l’être a encore des doutes, nous devons en profiter.
- En quoi puis-je vous être utile ? intervint Mason.
Kirk se retourna et secoua la tête.
- En gardant votre objectivité, dit-il sèchement. Vous êtes l’observateur. Alors, observez.
- Jim..., commença McCoy, mais Kirk fit un geste pour le stopper.
- Nous avons de sérieux problèmes, Bones. Je lui ferai des excuses plus tard.

* * * * *

En orbite autour du planétoïde, l'Enterprise passa une fois de plus au-dessus de la station, dans la limite des deux cents kilomètres. Radak apparut brièvement dans plusieurs cabines et plusieurs coursives, les trouva inoccupées, et finit par se matérialiser dans un couloir de service désert, sous l’ordinateur de bord, entre les ponts 8 et 9. Des câbles d’éclairage et d’alimentation couvraient les murs et le plafond. Il n’y avait pas de gravité artificielle dans la coursive de service, et le garçon flotta quelques instants avant de décider quoi faire ensuite.
Soudain, comme si on lui avait coupé un doigt, Corona perdit une de ses extensions. L’humain appelé Chekov échappa à son contrôle.
Corona avait trop focalisé son attention sur Radak. Il se passait des choses sur la station. Pourtant, il ne pouvait pas ramener Radak de l'Enterprise, alors que se présentait une telle opportunité d apprendre. S’il existait un moyen de prendre le contrôle du vaisseau, ses problèmes seraient résolus. Mais les humains s’approchaient à présent de T’Prylla, et Corona sentait que la Vulcaine était prête à prendre part à l’action.
Radak avait été sous son contrôle depuis si longtemps qu’il était possible de relâcher le jeune Vulcain pendant des heures d’affilée, et de le laisser exécuter les ordres donnés. Dans un certain sens, Radak, T’Raus et Corona avaient grandi ensemble, et leur relation était stable. Sans les jeunes Vulcains, Corona n’aurait pas le sens du temps et de l’espace, du moins pas le même que ces êtres organiques. ils lui servaient de conduits au travers desquels il arrivait à percevoir et à interpréter ce que comprenaient les Vulcains et les humains. Radak resterait à bord pour terminer son travail. Corona tourna son attention vers la station, mais trop tard pour empêcher le désastre.

* * * * *

- Il n’est pas nécessaire que j’inspecte votre travail, dit T’Prylla dans le couloir reshek.
Kirk et Spock l’entouraient. McCoy et Mason les suivaient.
- Nous désirons vous démontrer à quel point les dormeurs seront en sécurité dans la navette, expliqua Spock.
- Ce serait plus dans les attributs de T’Kosa, répondit la Vulcaine.
Elle regarda Spock et, l’espace d’un bref instant, l’officier scientifique décela l’éclair d’une conscience rebelle, une personnalité qui perçait le masque. Les lèvres de T’Prylla remuaient en disant silencieusement « forcez-moi " en Vulcain. Le masque reprit immédiatement ses droits.
- Infirmière Chape!, prenez son bras gauche, dit Spock. Docteur, le droit.
McCoy et Chapel obéirent et Spock tendit la main vers l’épaule de T’Prylla. La Vulcaine eut un sursaut et elle envoya bouler McCoy et Chape! contre la paroi. L’infirmière retomba, assommée, et Kirk s’avança pour prendre sa place. Mason sauta de côté, tandis que l’enregistreur s’écartait adroitement du chemin. Spock saisit l’épaule de T’Prylla et la serra. Le corps de la scientifique se contorsionna, mais elle ne s’effondra pas. McCoy sortit une seringue hypodermique et essaya de la plaquer contre son bras. T’Prylla frappait à l’aveuglette, violemment, le souille coupé. Son visage brunit. McCoy trouva enfin l’ouverture qu’il cherchait et injecta un tranquillisant. Les officiers de l'Enterprise lâchèrent la Vulcaine et reculèrent. Elle s’appuya contre le mur, la respiration haletante. Elle, essayait de tenir debout, mais en vain. C’était horrible de la voir lutter ainsi, surtout pour Mason, à qui elle rappelait un animal blessé qui résiste au traitement de ses gardiens. Puis T’Prylla parut faiblir. Neuf années de possession pratiquement constante ne suffisaient pas à empêcher le sérum du docteur McCoy de faire effet. Spock et le médecin la rattrapèrent lorsqu’elle s 'écroula.
- Vous parlez d’une persuasion subtile, railla McCoy.
- Il faut immédiatement l’emmener à la navette, dit Spock.
Kirk dégaina son fuseur et le mit en fonction « assommer ». De l’autre main, il ouvrit son communicateur.
- Kirk appelle l'Enterprise.
- Enterprise. Uhura à l’inter, capitaine.
- Mettez le vaisseau en orbite synchronisée. Tout de suite.
- Bien, monsieur.
- Et dites à Scott
Le communicateur émit des parasites. Il essaya de changer de fréquence, mais en vain.
Des interférences.
Intuitivement, il pointa son fuseur sur une paroi et tira. Sans résultat.
- C’est en effet un maître de l’énergie, dit Spock.
Le capitaine rengaina l’arme inutilisable. Il aida Spock et McCoy à soulever T’Prylla. Mason prêta son épaule à Chapel.

* * * * *

Olaus avait passé les consignes à Scott. Ils étaient sur la piste de l’intrus. Veblen arriva sur la passerelle avec Shallert et tous deux fixèrent l’écran principal, où les senseurs internes projetaient le secteur de l’intrusion.
- Il se trouve dans le couloir de service, sous l’ordinateur, dit Scotty laconiquement. Vous le reconnaissez ?
- C’est lui que j’ai vu dans la salle de téléportation, explicita Shallert. J’ai cru que je devenais fou... jusqu'à présent. Comment est-il arrivé là ?
- Je n’en sais rien, répondit l’ingénieur. M. Olaus et moi ne savons pas trop quoi en faire.
- Ordonnez à la sécurité de rester à distance de lui, dit Veblen.
Scotty dévisagea l’officier avec une expression dubitative.
- Il est en plein milieu de l’équipement le plus fragile du navire.
- Les hommes doivent au moins rester en dehors de son champ de vision. Nous le pistons. Nous pourrons l’arrêter avant qu’il ne fasse quelque chose de désastreux, si c’est pour cela qu’il est venu. Nous devons en savoir plus sur lui - ou sur ce qui le contrôle. Et ce qu’ils veulent faire.
- Je refuse de prendre ce risque, dit l’ingénieur. Scotty appelle l’équipe de sécurité A ! Pénétrez dans la coursive et tentez de le capturer.
Le couloir de service formait un cercle autour et au-dessous de l’ordinateur. Devereaux et ses hommes s’étaient collés contre les plaques d’isolation, au niveau du tournant où flottait Radak. ils agrippèrent les cordes de sécurité et s’avancèrent rapidement et en silence.
Radak savait qu’il y avait des problèmes à bord de la station, mais il se retrouvait temporairement seul. Il savait ce qu’il cherchait, et ce qu’il devait faire quand il le trouverait. Corona pouvait se reposer sur lui. Il jeta un coup d’œil derrière les câbles d’alimentation, à la recherche de la canalisation de données centrale du vaisseau, sans avoir conscience de l’approche des officiers de sécurité.
Lorsque la transmission interrompue de Kirk fut reçue, Scotty exécuta immédiatement les ordres. L'Enterprise accéléra et monta à une orbite supérieure. Le navire manœuvra jusqu’à ce qu’il se trouve en orbite synchrone avec la station, quatre mille kilomètres plus bas. L’opération prit moins de cinq minutes, et pendant ce temps...
Radak se retourna, vit les gardes et tenta de rejoindre la station. Il ne pouvait cependant pas le faire seul, et Corona n'était pas encore revenu. Les officiers flottèrent dans sa direction, fuseurs au poing. Le Vulcain voulut les désactiver, niais c’était impossible. Il recula en prenant conscience de sa faiblesse. Puis il s’aperçut que le navire avançait, qu’il était déjà trop loin de la station pour s’y transporter, même avec l’aide de Corona.
- Il ne réagit pas, dit Scotty.
- Nous le tenons peut-être, dit Veblen.
Devereaux fit reculer le jeune garçon jusqu’au bout du couloir.
- Nous ne voulons pas te faire de mal. Comment es-tu entré ici ?
Pour la première fois en dix ans, Radak se sentit complètement perdu. Ses instructions n’avaient rien prévu dans le cas où il serait capturé.

Chapitre XVIII

Ils allongèrent T’Prylla dans la cage, à côté de Chekov. McCoy changea l’ampoule de la seringue hypodermique et lui injecta l’antidote du tranquillisant.
- Elle va revenir à elle dans quelques minutes. Mais elle restera faible pendant environ une heure.
- Je me demande si un Vulcain peut être faible, dit Chapel en se massant l’épaule.
- Capitaine, je ne crois pas qu’elle soit le point focal de l’être, dit Chekov. Je crois qu’il se concentre sur les enfants.
T’Prylla ouvrit les yeux. Elle fixa intensément Spock.
- Neuf ans, trois mois, deux jours et douze heures. C’est la durée pendant laquelle nous avons été ses esclaves. Tout ma gratitude, Spock.
Elle voulut s’asseoir, mais ses bras refusèrent de la supporter. Mason la retint par les épaules au moment où elle retombait.
- J’ai beaucoup de question à vous poser, dit Spock, et je ne dispose pas de beaucoup de temps pour obtenir les réponses.
- Alors, les questions doivent attendre. Pendant tout ce temps, j’ai réfléchi aux moyens de vaincre Corona.
- Corona ? demanda Kirk.
- Oui, il se manifeste sous la forme d’une imposante couronne de radiations Ybakra qui émane des protoétoiles. Il a un objectif spécifique - la création d’un nouvel univers -, et nous ne devons pas le laisser réussir. Radak a été le premier à être contrôlé. T’Raus vint en second. Par le biais des enfants, il a étendu son contrôle sur nous tous. Vous devez établir un lien mental avec Radak. Vous devez communiquer directement avec Corona - le forcer à écouter -, ou il ne comprendra jamais.
- Comment forcer une intelligence hostile et toute puissante à écouter ? demanda McCoy.
- Corona n’est ni tout-puissant, ni hostile, expliqua T’Prylla. Il n’est que dévoué à sa cause. Il est le dernier de son espèce, et la situation en restera là s’il ne réussit pas sa mission. Il est très faible - il n’est pas habitué à un royaume de matière, et il n’arrive à manipuler cette matière qu’en petites quantités, par notre intermédiaire.
- Pourtant, il est maître de l’énergie, de l’espace et du temps, fit remarquer Spock.
- Vous l’avez deviné. Nous n’aurions jamais pu avancer autant dans nos recherches sans son aide. Pourtant, il m’est difficile de dire que les nouvelles machines sont les nôtres, ou qu’elles nous aident dans notre travail. Spock, il faut trouver Radak, et lui administrer le ka nifoor.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Kirk.
- Il était encore enfant lorsqu’il a été contrôlé par Corona, expliqua l’officier scientifique. Ni T’Raus ni lui n’ont été soumis à la discipline de l’age adulte vulcain. Si je peux lui administrer le ka nifoor, il est éventuellement possible que l’influence de l’entité disparaisse.
- Il nous manipule par leur intermédiaire, dit la Vulcaine.
Spock parut troublé.
- Eh bien, Spock ?
- Il faut aussi envisager que l’entité domine mon esprit. J’ai résisté jusqu’à présent, mais je ne sais pas vraiment comment
- Vous ne l’admettrez donc jamais ? rétorqua McCoy.
- Docteur, Chekov est totalement humain, et il a été possédé d’une manière très efficace.
- Dans le rayon du téléporteur, précisa T’Prylla.
- C’est pourquoi nous n’allons pas utiliser le téléporteur, dit Jim.
Il y eut un grand sifflement à l’extérieur de la navette, suivi d’un crac ! fort et sec.
- Bon sang, qu’est-ce que c’était ?
Wa Chin remonta le tube d’embarquement en courant, fuseur au poing.
- Capitaine, ils sont tous dans le dôme de stockage, sauf le garçon. Ils viennent dans cette direction !
- Faites entrer Pauli, dit Kirk. Spock, nous partons.
- Bien, monsieur.
Spock se pencha sur les commandes du véhicule. T’Prylla avait à présent assez de force pour s’asseoir seule, et Mason la lâcha et s’essuya instinctivement les mains sur son pantalon.
Pauli se précipita dans la navette juste au moment où la rampe d’accès se séparait du sas. La navette fut remplie par le grondement de l’air, aspiré par l’ouverture béante. Rowena hurla en silence. Elle se tint les oreilles avec les mains et ferma les yeux. Pauli rebondit sur la coque et tendit le bras pour actionner la fermeture d’urgence de l’écoutille. L’air des valves de pressurisation siffla dans la cabine, et Mason sentit le vide horrible et contraignant de ses poumons se remplir jusqu’à ce qu’elle puisse à nouveau respirer normalement.
- Ils ont essayé de nous tuer ! hurla Pauli.
Les trains d’atterrissage antigravitiques de la navette soulevèrent le véhicule à quelques mètres au-dessus de la plate-forme d’atterrissage.
McCoy attacha des câbles sur le pont et sur la cage qui contenait Chekov et T’Prylla.
- Asseyez-vous ! hurla-t-il à Mason et à Chapel. Et rangez cette satanée machine !
Rowena tira l’enregistreur vers elle et le fixa à une poignée magnétique. Elle attacha sa ceinture avant qu’une secousse ne propulse le médecin à l’autre bout du compartiment cargo. La cage de protection contre les Ybakra émit un craquement sinistre.
Kirk s’agrippa au siège du navigateur et reprit son équilibre.
- Ils ne nous laisseront pas partir sans combattre.
Spock luttait contre les commandes. Des avertissements retentissaient et les lumières d’alerte s’allumaient sur le panneau de contrôle.
- Nous n’avons pas réparé ? s’écria McCoy depuis la cabine des passagers, en s’asseyant à son tour.
Le communicateur de Kirk émit un « bip ». Le capitaine attacha sa ceinture et ouvrit l’appareil.
- Ici Kirk.
- Capitaine ! Nous essayons de vous joindre depuis des heures.
- Scotty ! Emprisonnez la navette dans un rayon tracteur ! Tirez-nous !
- Nous ne pouvons pas. Pas sous cet angle du planétoïde, capitaine. Que se passe-t-il ?
Jim regarda Spock pour obtenir une explication.
- Nos moteurs sont neutralisés. Nous ne pourrons pas décoller. Il ne veut pas laisser partir T’Prylla.
- Scotty, dit Kirk. C’est peut-être une erreur, mais pouvez-vous nous localiser pour une téléportation ?
- Bien sûr, capitaine. Mais...
- Prenez le risque, Scotty ! Téléportez tous ceux qui sont à bord de la navette - et le bouclier contre les Ybakra !
Jim vit le regard interrogateur de Spock et haussa les épaules.
- Dans un sens ou dans l’autre, Spock..., espérons seulement que Corona ne surveille pas le téléporteur.
Lorsque l'effet de téléportation commença, Mason se mit à prier en agrippant fermement les accoudoirs de son siège. Elle ferma les yeux. De l’autre côté de l’aile, McCoy laissa échapper une série de jurons... La navette tomba d’une altitude de deux cents mètres et s’écrasa sur la surface grise du planétoïde.

* * * * *

- Nous les avons tous ! annonça Shallert depuis la salle de téléportation. Mais cette maudite chose interfère encore avec les circuits !
- Isolez chaque forme-mémoire, dit Scotty dans l’ascenseur.
Veblen était à côté de lui.
- Elles sont isolées. Nous cumulons les temps de retard... Trente secondes.
- Triage, ordonna Veblen.
- Comment, monsieur Veblen ? demanda l’ingénieur.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et l’Ecossais bondit sur les commandes du téléporteur. Shallert transféra les contrôles et Scott se mit à pianoter comme s’il jouait une sarabande. Veblen s’écarta et observa les étincelles intermittentes qui illuminaient les plots de téléportation.
- J’ai déjà abandonné la cage antiradiations, expliqua Shallert. Mais encore...
- Nous n’avons de lien solide qu’avec sept d’entre eux, dit Scotty.
Il avait l’air prêt à pleurer.
- Il lutte pour nous les arracher !
Le téléporteur geignait et grognait en alternance.
- Tu ne les auras pas, hooligan ! s’écria Scott en tirant à la fois toutes les manettes et en mettant en action les réserves de puissance.
Le sol de la salle de téléportation vibra et l’un des disque laissa échapper de la fumée.
Un par un, tous les plots furent surmontés d’un effet de téléportation, jusqu’à concurrence de sept. Les deux restants demeurèrent obscurcis par une colonne de lumière blanche, qui signifiaient des signaux perdus. Avant même la stabilisation des effets, l’ingénieur redirigea les deux manquants.
- Je les envoie dans la station. Ils ne peuvent pas retourner à la navette. Que Dieu les garde s’ils arrivent entiers !

* * * * *

Corona renonça à contrôler toutes les formes-mémoire contenues dans le rayon du téléporteur. La tâche était trop difficile sans l’aide de Radak et de T’Prylla. Corona ressentit profondément leur perte. Bien qu’il eût réalisé que la Vulcaine faisait partie de ceux qui se trouvaient dans le rayon, ses données étaient mélangées avec la forme-mémoire de la cage, et Corona ne disposait pas d’assez de temps pour les différencier.
Au moment où la cage fut séparée du rayon, Corona s’était déjà focalisé sur deux autres personnes pour les retenir. L’une était Spock, l’officier scientifique à demi-vulcain et à demi-humain, et l’autre, la femelle étrangère au groupe, Mason. ils commencèrent à se matérialiser dans le dôme de stockage, là où Scotty les avait redirigés. Corona se mêla à la forme-mémoire de Spock, et exulta...

* * * * *

Kirk, McCoy, Chapel, T'Prylla, Chekov et les deux gardes étaient allongés, pleinement formés, sur la plate-forme du téléporteur. Kirk se mit à genoux et Jeta un coup d’œil aux autres plots.
- Spock ? Rowena? Où sont-ils ?
- Je n’ai pas pu les garder, capitaine. Il y avait trop d’interférences, dit Scotty, la mine piteuse.
Kirk fit une grimace et se tint la tête entre les mains. Il releva immédiatement les yeux et demanda où se trouvait la cage.
- Je l’ai séparée du rayon, dit Shallert.
- Nous avons besoin d’une autre. Une grande, et des boucliers portables.
Il se tenait au-dessus de Chekov et T’Prylla, qui occupaient les disques les plus proches de lui, et les surveillait d’un air soupçonneux. McCoy aida la Vulcaine à se lever pendant que le capitaine et Shallert s’occupaient du Russe et des deux gardes.
- Apportez des brancards, dit McCoy en jetant un coup d’œil alentour pour donner des ordres. ( Son regard s’arrêta sur Veblen. ) Et préparez l’infirmerie !
L’informaticien hocha la tête et se dirigea vers l’intercom mural.
Jim ouvrit et ferma inutilement les poings, puis, les jambes encore tremblantes, prit la direction de l’ascenseur. Veblen le suivit, prêt à le tenir si ses jambes se dérobaient sous lui. Les portes se refermèrent.
- Passerelle.
- Capitaines nous avons capturé l’enfant, Radak. il a réussi à s’introduire à bord et nous l’avons trouvé dans le couloir de service sous le centre informatique. Quant aux champs anti-Ybakra, nous avons placé le garçon dans une cellule qui en est équipée.
- Alors, nous détenons deux des extensions principales de Corons, dit Kirk. Et Radak était celui avec qui T’Prylla désirait que Spock joigne son esprit... ( Il secoua violemment la tête.) Nous avons des problèmes peut-être pires que nous le pensions, monsieur Veblen. T'Prylla a dit quelque chose qui m’a effrayé, surtout après ce que nous avons vu.
- Capitaine, j’aurai besoin du maximum d’informations possible pour alimenter les algorithmes.
Jim regarda l’informaticien du coin de l’œil, prêt à lui dire d’aller au diable, lui et ses précieux algorithmes. Mais il contrôla sa colère et son inquiétude, et se contenta d’acquiescer.
- Sur la passerelle. Je vais consigner le maximum de renseignements dans le journal de bord pendant que nous réfléchirons à la méthode à suivre.

* * * * *

Spock roula sur le dos, les yeux fermés. Mason s’était matérialisée debout, et elle regarda autour d’elle sans vraiment comprendre ce qui s’était passé. Où était la salle de téléportation ? Où était l'Enterprise ? Elle se trouvait dans le dôme de stockage, et l’endroit était vide. Puis elle vit Spock se contorsionner près d’elle en gémissant.
Oh, mon Dieu ! C’était bien le moment de paniquer. Elle était seule dans la station, seule avec des Vulcains...
Spock réussit à contrôler ses spasmes et ouvrit les yeux. Il se mit à genoux et secoua la tête, puis s’appuya d’une main sur le sol pour se redresser. Il paraissait absent, préoccupé. Ses lèvres remuèrent et il referma les yeux.
- J’ai besoin d’aide.
Rowena recula, les mains couvrant sa gorge.
- Je vais être contrôlé par Corona. Il ne me reste que quelques minutes de résistance. Vous devez... m’aider...
Il pivota et tendit une main à demi-close.
- Je vous en prie, dit Mason.
- Je le sens dans mon esprit. J’entends ses pensées. Il ne sait pas comment écouter... Il ne nous respecte pas. Nous ne sommes là que pour être utilisés a son gré. Et il se prépare à tout détruire... Tout !
Le Vulcain écarquilla les yeux.
Il a peur, comprit Mason. Il a vu quelque chose qui le terrifie ! Ses dernières réserves de pragmatisme et de résistance s’évaporèrent. Elle était à nouveau une petite fille, qui écoutait des histoires horribles parlant de monstruosités venues d’autres mondes, d’horreurs extraterrestres et de démons inhumains invisibles. La preuve vivante de tous ces récits se trouvait devant elle : un étranger, bizarre et répugnant, lui-même possédé par un démon. Les conteurs de Yalbo avaient dit la vérité !
- Je ne peux pas le retenir. Je dois entrer en état de transe. Mais je ne peux pas le faire...
Le visage de Spock se fit suppliant.
- Vous devez prendre une partie de moi en vous.
Il se tordit de douleur, les bras tendus en l’air, et cria une série de mots vulcains. Rowena recula encore de deux pas, horrifiée - et fascinée.
- Je dois transmettre le rituel. Il n’est pas conscient... Il est aveugle tant que je résiste... Je peux tout vous transmettre, vous donner des instructions, une partie de mon esprit
- NON !
Mais elle ne recula pas.
Spock frissonna et parut recouvrer ses esprits.
- Je connais vos préjugés. Je suis conscient de votre peur. Vous devez les surmonter. Votre vie, votre existence..., peut-être même l’existence de notre univers.., sont en jeu. Nous ne sommes pas ennemis. J’ai besoin de votre courage !
Il tendit les deux mains vers elle.
Très bien, dit une voix qui se détachait de l’horreur et de la répulsion. Il est temps d’arrêter les bêtises et de passer aux affaires sérieuses, tu ne crois pas ? Tu peux soit vivre le reste de ton existence . quelle qu’en soit la durée-, en te laissant porter par les inepties racontées par tes congénères les Yalboans, soit mûrir un grand coup. Tu peux aider le méchant étranger vulcain, que tu finis par connaître et respecter, quelque part sous ton sectarisme stupide, ou envoyer tout au diable. Saisis ta chance tant que tu le peux, petite plouc !
Mason avança d’un pas. Son estomac se contracta en une petite boule. Tout était étrange et distordu. Elle attrapa les mains chaudes et sèches de Spock et les guida jusqu’à ses tempes. Il baissa une main et la posa à la base de son cou. Il dit quelque chose en vulcain et un feu explosa dans le cerveau de Rowena, inscrivant de toutes petites lettres sur le moindre centimètre d’obscurité disponible...
Puis elle comprit les mots vulcains:
- Vous avez le courage et la grâce d’un ahkor, avait-il dit.
Et, grâce à la mémoire de Spock, elle se souvint du plus bel oiseau, le plus grand et le plus clair qu’elle eût jamais vu, aux plumes or, argent et chrome. Son oeil était aussi rouge que le soleil, et il volait au-dessus du sable et des montagnes fumantes et déchiquetées.
Une partie du Vulcain était en elle.
Spock reposait sur le sol, immobile, le visage apaisé.
Il était en transe, inutile pour Corona.
Mais, en même temps que le Vulcain, elle sentait un autre contact, faible, mais omniprésent.
Corona - ou une partie de lui - avait aussi fait le voyage. Rowena n’était plus une, mais trois...

Chapitre XIX

Le garde baissa le champ de force de la cellule pour laisser entrer Kirk. T’Prylla était assise dans un coin avec Radak, sur un canapé qui provenait de la salle de loisirs. Chekov était installé à l’opposé, occupé à écrire son rapport sur un bloc-notes électronique. Un rideau improvisé avait été posé en diagonale pour assurer un minimum d’intimité. Ce n’était pas très luxueux, et Jim se crut obligé de s’excuser.
- Nous comprenons parfaitement, répondit T’Prylla.
Elle toucha l’épaule de son fils.
- Vous m’avez rendu Radak. C’est un luxe suffisant pour l’instant. Que s’est-il passé à la station ?
- Spock et Mason ne s’en sont pas sortis. Nous supposons qu’ils se trouvent sous le dôme de stockage, mais nous n’en savons rien. Corona bloque toutes les transmissions et brouille les lectures des senseurs.
Le visage de Kirk était pâle et marqué par l’inquiétude. Il n’avait même pas changé d’uniforme depuis qu’ils s’étaient échappés de justesse.
- Nous sommes tous en grand danger, dit calmement la Vulcaine. (Elle fixa Radak.) Je connais les grandes lignes des plans de Corona, mais mon fils est beaucoup mieux informé. Cependant, il se refuse à parler. Corona, semble-t-il, lui laissait un certain degré d’autonomie, et il attend qu’il reprenne le contact. Corona est tout ce qu’il a connu pendant dix ans.
- Deux choses m’inquiètent, dit le capitaine. En priorité, ce qu’il est advenu de Spock et de Mason. Puis cette tentative de Corona visant à créer un nouvel univers. Je n’aime pas ça.
- Moi non plus, capitaine. Je suppose que cela signifie que Corona aimerait recréer les conditions de vie avec lesquelles il est le plus familier.
- Et quelles seraient-elles ?
- Corona est un fugitif, capitaine. Et aussi une sorte de scientifique. Son univers a cessé d’exister il y a quinze milliards d’années... quand il a donné naissance au nôtre.

* * * * *

C’était une excellente chose d’être bonne et brave dans l’abstrait. Rowena avait toujours été impulsive Mais il restait des parties de son esprit qui n étaient pas aussi nobles et tolérantes que sa conscience, et actuellement, elles nouaient ses pensées. La voix distincte de Spock parla en elle pour essayer de la rassurer :
- N’ayez pas peur. J’ai soustrait des connaissances à Corona. Volé, si VOUS préférez. C’est ce que vous sentez.
- ( confusion, panique ) Vous êtes dans mon esprit !
- Vous en avez le contrôle. Je ne suis que connaissance, et je ne suis pas Spock. Je ne peux que suggérer et répondre à vos questions. Je suis comme les moniteurs installés à bord de l'Enterprise, mais je ne peux même pas m’opposer à vos décisions. Spock est en transe. Je ne suis qu’une infime partie de lui, terrée en vous.
Mason se tenait debout difficilement. Elle se sentait plus mal que si elle avait découvert que des vers couraient sous sa peau. Quelle quantité de ses souvenirs était accessible à l’intrus - les détails de sa vie, ses moments les plus intimes, ses embarras et ses hontes ?
- Que savez-vous de moi ?
- Rien. Il n’est pas important que je sache. Mais nous avons plusieurs choses à accomplir...
- Je.. ne... crois... pas... que... je... pourrai... le... supporter...
- Il nous reste très peu de temps. Grake, T'Raus et les autres vont bientôt revenir, et nous devons être prêts. Vous êtes temporairement à l’abri de toute intrusion de Corona. Il ne peut pas vous posséder actuellement, et il n’essayera pas. Voici ce que nous devons faire en premier lieu
- Vulcain ! Sors de mon esprit !
Soudain, il n’y eut plus rien. Elle fut seule avec le silence. Elle n’arrivait même plus à sentir ce voile étranger, la trace de Corona qui se trouvait en elle. A l’autre bout du dôme, elle entendit des pas. T’Raus et T’Kosa se matérialisèrent de chaque côté d’elle. Grake et Anauk entrèrent dans la salle par le sas.
Mason jeta un coup d’œil aux deux femmes, les muscles de sa mâchoire crispés pour étouffer un cri. Des gémissements montèrent de sa gorge. Ses doigts agrippèrent le tissu de son pantalon et griffèrent la peau de sa jambe.
Les deux Vulcains mâles soulevèrent la forme sans vie de Spock et l’emportèrent dans la direction du sas. T’Raus frôla le coude de Mason.
- Venez avec nous.
Rowena ne bougea pas.
- Nous ne vous voulons aucun mal.
Il lui fallut un effort pour placer un pied devant l’autre. Quelque chose se dressait derrière sa peur, pourtant - quelque chose d’encore plus têtu et plus irrationnel. Que penseraient les Vulcains si elle se comportait en froussarde ? Que penserait le Spock qui était en elle ? T’Kosa lui prit le bras, mais Rowena écarta la main.
- Laissez-moi tranquille !
- Vous ne pouvez pas rester ici, dit calmement T’Kosa. Le joint d’étanchéité de la rampe d’accès d’urgence est défectueux. Il y a une fuite d’air. Nous devons condamner ce dôme.
Mason se retourna et vit le sas d’embarquement. Il y avait dans un coin une fissure bordée de blanc ; le sifflement était bruyant.
Puis elle entendit à nouveau la voix de Spock, douce et persuasive:
- Vous devez toucher T'Raus. Elle doit recevoir la discipline du ka nifoor.
- Très bien, très bien, dit Mason. Très bien...

* * * * *

T’Prylla prit Radak par les épaules et le mit debout. Elle n’était ni douce ni violente, elle s’occupait simplement de son fils rebelle de la manière la plus efficace possible. Radak ne résista pas. Sa mère lui parla en vulcain. L’enfant ne répondit pas.
McCoy entra dans la cellule et allait parler lorsque Kirk lui fit signe de se taire. T’Prylla attira le garçon vers elle et le saisit juste en dessous de l'oreille gauche.
- Grake devait lui administrer le ka nifoor à l’âge de douze ans, dit T’Prylla en standard de la Fédération. Il n’a pas pu. Maintenant, il n’est pas là, pas plus que Spock, aussi je dois le faire moi-même. C’est irrégulier, mais cela a déjà été fait.
Elle n’avait pas quitte Radak des yeux.
- Pstha na sochya olojhica, sflsth inoor Gracka ? ( N'es-tu pas le sang de mon sang, qui cherche la paix dans la maturité ? )
Radak voulut tourner la tête, mais elle lui attrapa le menton avec l’autre main et le maintint immobile. Il ne résista pas plus.
- Dans les âges anciens, les Vulcains portaient la marque de la chaleur, la cicatrice des vents de sable et du soleil brûlant. La terre s’ouvrait pour nous dévorer, le vent dansait sur nos cultures et détruisait nos villes. Nous pleurions par douleur, et nous luttions

* * * * *

Aussi rapide qu’un serpent, Mason frappa T’Kosa entre les épaules, avec ses poings entrelaces, comme le lui avait appris Spock. La Vulcaine s’effondra aussi lourdement que la faible gravité du planétoïde le permettait. Rowena pivota ensuite et administra un coup similaire à T’Raus, qui n’était pas plus préparée à le recevoir. Puis elle s’agenouilla près de la jeune fille et plaça sa main sous son oreille gauche. T'Raus était consciente, mais temporairement paralysée. Mason se surprit soudain à parler le vulcain :
- Pst ha na sochya olojhica, sflsth noor numkwa Gracka ?
Elle s’écouta parler, fascinée. T’Raus écarquilla les yeux. Mason se demanda si l’enfant allait disparaître. Dans le corridor, plus loin, il y eut un bruit de bagarre.
- Aucun parent de ton sang ne peut administrer le rituel, mais n’es-tu pas prête à recevoir la paix de la maturité ?
- La question, expliqua Spock, ne peut être ignorée par aucun Vulcain qui sait parler notre langue. C’est le signal d’activation d’années d’entraînement, commencées juste après la naissance.
Mason reprit son discours en vulcain :
- Dans les âges anciens, les Vulcains portaient la marque de la chaleur, la cicatrice des vents de sable et du soleil brûlant. La terre s’ouvrait pour nous dévorer...

* * * * *

Il fallut moins d’une minute. La résistance de Radak parut fondre pendant que sa mère avançait dans le rituel. L’espace d’un instant, Kirk crut que l’enfant allait pleurer - ou pousser un cri d’angoisse -, mais T’Prylla continua en invoquant toutes les réponses réflexes induites par l’éducation vulcaine, et en éliminant - avec l’accord tacite du garçon -‘ les derniers vestiges de ses attitudes infantiles.
Quand elle eut terminé, elle lâcha Radak. Le garçon recula d’un pas, chancela, puis s’assit sur un siège en se massant les tempes.
- Tout ce qui a permis à Corona d’entrer en toi avec une telle facilité, tout cela a disparu, dit T’Prylla. Nous n’avons plus beaucoup de temps. Que Corona projette-t-il de faire, et comment pouvons-nous l’en empêcher ?
Kirk fit signe à McCoy d’actionner la fonction enregistrement du traducteur universel. Les yeux de Radak étaient à présent ceux d’un très jeune Vulcain, mais avec quelque chose en plus - l’expérience de dix années en présence de Corona. Il parut troublé pendant quelques instants, mais lorsque T’Prylla s’assit en face de lui, il balbutia et se mit à parler. Il utilisait le vulcain, mais pas celui que parlaient les enfants. Kirk trouva qu il avait les mêmes intonations que Spock. Puis Radak hésita et se renfrogna devant sa difficulté à exprimer certains des concepts.
- L’univers de Corona avait atteint un équilibre thermique pratiquement parfait, commença l'enfant, et sous cet aspect. il était assez similaire à l’intérieur d’une étoile. Tout était lumière et énergie, extrêmement dense, et le temps était différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Corona dispose du moyen de reconstruire au moins cette galaxie - sinon l’Univers - telle qu’elle existait dans le passé, en modifiant la géométrie locale. Il désire réduire la matière à un point où elle ne sera plus qu’énergie, et recréer le monobloc - la boule de feu originelle. Alors, son espèce pourra à nouveau prospérer, et l’Univers deviendra un haut lieu de la vie et de l’activité, plutôt que le vide mortel de matière froide et de radiations éparses qu’il est aujourd’hui.
- De quoi parle-t-il donc ? murmura McCoy.
Il fallut un instant à Kirk pour comprendre la signification de ces dernières paroles.
- Il décrit la genèse. Corona veut transformer notre univers pour qu’il revienne à ce qu’il était dans les premières minutes de la création.
- Mais que veut-il dire par « vide mortel » ?
Radak les entendit et se tourna vers les deux officiers.
- Durant les trois premières minutes de la création, il y eut plus d’événements, plus de complexité, que dans les quinze milliards d’années qui ont suivi. Corona appartenait à cette époque, et pour son espèce, les trois premières minutes faisaient office d’éternité. Mais l’éternité finit par trouver une fin, et lui et les siens durent lutter pour survivre. La boule de feu se refroidit en se dilatant ; les particules commencèrent à se former en atomes, et l’intégralité de l’espèce de Corona s’est éteinte. Il n’est resté que Corona, qui avait découvert comment « répéter » son existence sous des conditions favorables. Pendant les premiers milliards d’années qui ont suivi la création, Corona pouvait apparaître fréquemment. La température moyenne de l’Univers était bien plus chaude qu’elle ne l’est actuellement, et les galaxies se trouvaient en cours de formation. Il put effectuer de nombreuses expériences, certaines durant des millions d’années, mais sans succès.
Radak regarda à nouveau sa mère puis continua :
- Quand les galaxies se furent formées et quand l’Univers se refroidit, Corona apparut de moins en moins souvent. Là où des anomalies de masse subspatiales troublaient les formations de jeunes étoiles, il pouvait reprendre ses expériences. Mais c’est uniquement quand il a localisé notre station qu’il a trouvé le moyen de travailler efficacement avec la matière. Au travers de nous, il a construit des machines qui peuvent modifier la structure de l’espace temps, et transférer les qualités de l’infiniment petit à l’infiniment grand.
- Que nous arrivera-t-il s’il réussit ? demanda McCoy.
T’Prylla lui répondit :
- Nous sommes les produits d’un univers « mort », comme les parasites qui infectent un cadavre. Si le cadavre revient à la vie, les parasites seront détruits. Nous ne pouvons pas survivre au monde de Corona.
Les expériences qui ont échoué dans le passé - et sur lesquelles Corona veillait grâce à l’Oeil-Vers-Les-Etoiles -, impliquaient la destruction complète de jeunes galaxies. Les résultats de ces expériences nous sont familiers, bien qu’ils restent un mystère... Nous les appelons des quasars.

* * * * *

Mason n’était pas sûre de ce qu’elle avait accompli, mais T’Raus ne résistait pas. T’Kosa se tenait près d’elle, comme un mannequin. Les bruits de lutte entre Spock, Anauk et Grake avaient stoppé. Elle se leva sans savoir quoi faire ensuite.
- Le rituel est terminé. Maintenant, T’Raus doit choisir... Corona ne peut plus lui imposer sa volonté. Spock descendit alors le couloir dans leur direction. Son visage était contusionné, et son arcade sourcilière marquée d’une grande coupure, mais il semblait indemne. Dès qu’elle le vit, le Spock qui hantait son esprit fondit comme un flocon de neige au soleil.
- Avez-vous administré le ka nifoor ? demanda-t-il en se penchant sur T’Raus.
- Vous l’avez fait.
Spock toucha le visage de la jeune Vulcaine et elle se retourna pour le regarder.
- Corona est-il en vous ? demanda Spock.
La fillette secoua la tête.
- C’était un être mauvais. Il a emprisonné mère et père.
Elle toucha la main de Spock et l’officier scientifique hocha la tête.
- T’Raus est redevenue une jeune Vulcaine, dit-il à Mason. Elle n’a pas d’expérience, bien qu’elle ait la maturité. Corona a dû se concentrer sur Radak. Il l’a contrôlé puis, par son entremise, il a possédé sa sœur, ses ,parents, et Anauk et T’Kosa.
Il aida T'Raus à se relever.
- Le capitaine Kirk devra prendre une décision. Il faut entrer en contact avec lui au plus vite, ou il est possible que nous ne survivions pas.
Mason se sentit étrangement calme.
- Pourquoi ? Corona ne contrôle plus
Et soudain elle comprit. La partie « volée » de Corona était toujours en elle, et ce qu’il désirait faire devint clair aussitôt qu’elle se posa la question. Elle ne savait pas si elle devait être émerveillée ou terrifiée.
- Le processus est déjà en cours, dit Spock. La machine située dans le dôme de recherches commencera bientôt à modifier la structure locale de l’Univers. Nous devons trouver un moyen de l’empêcher, et de communiquer avec l'Enterprise, avant que Kirk soit obligé de détruire la machine, la station, et peut-être même le planétoïde.

Chapitre XX

Kirk était assis dans son fauteuil, au centre de la passerelle. Il ordonna à Sulu de calculer une nouvelle trajectoire.
- Préparez les phasers, pleine puissance. Chargez les torpilles à photons.
Uhura essaya à maintes reprises de contacter la station, mais ne reçut aucune réponse. Kirk la regarda avec espoir, mais elle secoua la tête. Veblen et McCoy arrivèrent sur la passerelle et, sans dire un mot, l’informaticien s’installa à sa console. Il vérifia le fonctionnement des moniteurs. Ils étaient en mode de surveillance active. Kirk leur avait déjà fourni toutes les informations complémentaires données par Radak. McCoy s’appuya sur la rambarde. Il jugeait préférable de se taire, conscient de la décision que Jim devait prendre maintenant.
Le capitaine s’avança au bord de son siège et scruta l’écran principal. Le planétoïde tournait lentement au-dessous d’eux, une étendue morte et grise de rochers agglomérés.
- Amplification maximale sur la station.
Les images se succédèrent à grande rapidité et les senseurs balayèrent la station sur de multiples fréquences, en affichant tout le spectre de lumière visible. Les deux dômes - la recherche et le stockage - se détachaient nettement du reste. Jim aperçut même l’épave du Galilée II sur la plate-forme d’atterrissage.
- Monsieur Veblen, y a-t-il des corps dans la navette ?
L’informaticien fit pivoter son siège en direction de la console’ scientifique et frappa des questions précises sur le clavier de données d’interprétation des senseurs informatiques.
- Non, monsieur.
- Combien de personnes y a-t-il à l’intérieur de la station ?
- Nous ne pouvons pas sonder l’intérieur, monsieur. Trop d’interférences.
- Avez-vous une idée de ce qui se trame dans le dôme de recherche ? demanda Kirk, tout en sachant que sa question était vaine.
- Non, monsieur.
Les doigts de Jim tapotèrent sur l’accoudoir.
- Lieutenant Uhura, gardez les fréquences d’appel ouvertes sur toute la gamme d’ondes utilisable par Spock. Monsieur Veblen, que pouvons-nous faire en ce qui concerne Corona ?
Veblen secoua la tête.
- Il se manifeste uniquement par le champ de radiations et son extension autour du planétoïde, capitaine. Nous n’avons aucun espoir de placer un bouclier assez près de l’endroit requis pour interrompre le contact entre Corona et la station.
- Et si nous lancions des torpilles à photons sur l’extension du champ ?
- Elles n’auraient aucun effet, monsieur. Les torpilles à photons ne sont pas destructives au niveau des espaces fractionnaires.
- Bon sang, mais que peut-on faire ?
Veblen ne répondit rien. La question était de toute évidence rhétorique. Cependant, les moniteurs savaient quoi faire.
Les doigts de Kirk se remirent à pianoter sur l’accoudoir. Il refusait de croire que Spock était mort. D’une certaine manière, il sentait toujours la présence rassurante du Vulcain. Il était certain que Spock vivait et qu’il faisait tout ce pu était en son pouvoir dans la station. Corona ne leur permettait pas de communiquer, c’était tout.
La communication - voilà ce qui était primordial, et pas uniquement entre l'Enterprise et la station !
Ils devaient trouver un moyen d’entrer en contact avec Corona.
- Faites sortir T’Prylla et Radak et conduisez-les à la passerelle, Devereaux, dit Kirk. Sous bonne garde.
- Sans le champ anti-Ybakra, monsieur ?
- Sans le champ.
L’officier de sécurité, posté à droite de la porte de l’ascenseur, fit un signe de tête et quitta la passerelle.

* * * * *

Corona se sentait aveugle et sourd. Après le contact avec les intelligences matérielles, et tant d’années passées, selon leur échelle temporelle, à observer par le biais de leurs organes sensitifs, il lui fallait un peu de temps pour se réajuster. Il pouvait encore surveiller les machines, mais il n’avait pas prévu la perte de ses extensions vulcaines. Pour l’instant, il ne pouvait plus influer sur le fonctionnement des machines.
Cela ne dérangeait pas Corona. Les machines dilatait lentement l'espace mousseux de la base extrême de cet univers mort. Corona se sentait comme s’il existait à nouveau au coeur de son ancien univers, li distinguait des images issues du passé, mais pas plus. Il serait heureux de voir toutes ces choses s’effondrer en passant dans les trous noirs et les singularités que ses machines fabriqueraient bientôt. Il ressentait une sorte de joie d’être l’unique témoin de la réduction soudaine de la galaxie, du moins du point de vue de sa conscience fractionnaire. Et si les machines réussissaient à créer une singularité autonome, qui traverserait toutes les dimensions et les sous-dimensions, Corona accepterait avec joie sa propre destruction. Il aurait toujours la satisfaction finale de savoir que l’Univers avait rajeuni.
Et pourtant, il éprouvait une curieuse mélancolie. Aussi étrange qu’elles parussent, les intelligences matérielles avaient été intéressantes. Corona ne s’était pas attendu à trouver des êtres aussi complexes au coeur du vieil univers. S’il était impossible de les considérer avec la même affection et le même respect qu’il ressentait pour ses congénères défunts, il reconnaissait au moins leur utilité. Et elles avaient montré une adaptabilité remarquable en luttant contre lui : jusqu'à reprendre leur libre arbitre !
Ceci aussi était intéressant.
Mais elles ne survivraient pas si Corona réussissait. Rien de semblable ne pourrait survivre.
A titre d’essai, presque avec nostalgie, Corona étendit des tentacules de radiation pour voir si l’un des Vulcains ou l’humain était à nouveau à portée de son toucher. Et, à sa grande surprise, il trouva Radak et T’Raus, qui l’attendaient. Il sentit un piège, mais ne put concevoir comment les intelligences matérielles pourraient le blesser. Elles n’avaient que quelques minutes, toujours selon leur échelle temporelle, pour empêcher les machines de terminer leur travail.

* * * * *

- Corona est ici, annonça Radak.
L’enfant regarda sa mère pour qu’elle le guide.
- Laisse-le entrer en toi, donne-lui une voix, mais ne le laisse pas te contrôler. Tu peux maintenant lui résister.
- Bienvenue, dit Radak.
Corona ne répondit pas. Par les yeux de l’enfant, il vit la passerelle de l'Enterprise, l’humain Kirk et ses compagnons. Simultanément, sur le planétoïde, il toucha T’Raus. Elle ne pouvait pas être contrôlée non plus. Pour Corona, la conversation n’était plus qu’une sorte d’amusement jusqu’à la transformation finale.
- Mère, je peux sentir T'Raus. Corona nous lie télépathiquement.
- Qui est avec elle ? demanda Kirk.
- Nos collègues, votre officier en second et la femme appelée Mason.
- Je dois parler à Corona, dit le capitaine, et savoir ce qui se passe sur le planétoïde.
Radak tendit la main pour toucher T’Prylla. La Vulcaine sentit à nouveau la présence de Corona, et se prépara au flot d’émotions indésirables - la peur, le ressentiment, la haine -, mais il ne vint pas.
Corona était calme, il n’ordonnait rien. Puis, par l’intermédiaire de Corona, T’Prylla fut jointe à T’Raus, et elle vit par ses yeux.
- Je suis T’Raus, dit T’Prylla.
- Spock ! Ordonna Kirk. Je dois parler avec mon officier scientifique. Corona doit arrêter de brouiller nos communications.
Radak parla lentement et de manière précise, avec la voix de Corona :
- Je ne brouille plus vos communications. Il subsiste des disruptions aux niveaux les plus petits de l’espace-temps, entre votre vaisseau et le planétoïde. Je ne peux rien y faire.
Veblen vérifia certains détails à l’aide de l’équipement scientifique le plus sensible du vaisseau et programma des diagnostics qui pourraient lui en apprendre plus. Il était particulièrement intéressé par certaines anomalies du spectre des atomes d’hydrogène en état d’excitation. Ce test faisait partie du diagnostiqueur intégré aux moteurs de distorsion.
- Spock désire parler, dit T’Raus/T’Prylla. Il accepte aussi le toucher de Corona.
La voix de T’Prylla se modifia :
- Capitaine, ici Spock. Corona a réussi. Nous ne pouvons pas communiquer parce que les machines du dôme de recherche ont commencé à modifier le continuum local.
- Confirmation, capitaine, dit Veblen. L’instrumentation du vaisseau en est affectée.
- Nous devons convaincre Corona de notre valeur, dit Spock. Il ne nous reste que quelques minutes, et il n’y a rien que je puisse faire pour stopper le processus.
Une diode rouge se mit à clignoter sur la console de commandement de Kirk - le signal d’avertissement des moniteurs.
- Qu’est-ce que c’est, monsieur Veblen ?
- Les moniteurs vont prendre le contrôle, capitaine. Vous n’avez pas agi assez rapidement pour détruire la station.
- Retenez-les, monsieur Veblen !
Il se tourna vers Radak.
- Corona ! Vous devez m’écouter. Nous avons les moyens de détruire tout ce que vous avez accompli. Je ne pourrai pas retarder très longtemps cette destruction. Nous devons.., arriver à un arrangement. Sinon.., des innocents périront. Des amis, des collègues, des scientifiques brillants. Connaissez-vous la signification de l’amitié ?
- Tous mes... amis... sont morts depuis des éons, répondit Corona/Radak. L'Univers est mort, et je vais le ramener à la vie.
- Non ! L'univers n’est pas mort. Nous sommes là... ainsi que des millions d’autres types de formes de vie. Nous occupons les planètes qui orbitent autour des étoiles de cette galaxie, et - probablement des autres galaxies. Il existe même des êtres comme vous, qui ne sont pas faits de matière - des êtres qu’on qualifierait de dieux si on les comparait aux humains et autre Vulcains. Nous avons vu si peu de ce que vous appelez l’univers mort, mais assez pour savoir.., qu’il déborde de vie ! De formes de vie qui pensent, qui agissent, qui espèrent..., qui ont un potentiel d'évolution et de développement. Votre époque est révolue.., mais la nôtre ne fait que commencer. Essayer de ranimer le passé...
- Capitaine ! s’écria Veblen.
La diode rouge de la console de Kirk ne clignotait plus. Elle était rouge comme le sang.
- Les moniteurs
Venaient de prendre le commandement.
- Monsieur Sulu, mettez le vaisseau en position de tir, ordonna une voix métallique.
Sulu jeta un regard à son capitaine et les moniteurs profitèrent de son hésitation pour prendre le contrôle de son poste et de la console d’armement.
- Non ! s’écria Kirk en se levant, les bras tendus.
La console d’armement émit un bruit électronique et, sous la passerelle, retentit le mugissement distant des rampes de lancement de torpilles qui se vidaient.

* * * * *

Les torpilles fondirent sur le planétoïde. Leur enveloppe se dissolvait déjà en une traînée de plasma incandescent. Corona les observa avec intérêt. Ces engins tendaient à imiter le plasma du monobloc, mais d’une manière très archaïque. Quelques secondes plus tard, Corona ne s’en serait pas préoccupé, mais l’impact aurait lieu avant que la machinerie de la station en ait terminé. Corona s’étendit et toucha les torpilles. Elles n’étaient pas sans lui rappeler les jouets de son enfance, et il se souvenait d’une ruse qui pourrait fonctionner contre elles. Corona disjoncta leur parité locale. Les torpilles frappèrent de plein fouet le planétoïde et commencérent leur travail de destruction inexorable au niveau subatomique. Puis, soudain, toute leur énergie résiduelle se déversa dans une inversion temporelle. Le peu de destruction accomplie fut annulé en un millionième de seconde. Puis les enveloppes blindées se reconstituèrent et les torpilles reprirent la direction de l'Enterprise, vides et sans danger. Les boucliers déflecteurs du vaisseau les repoussèrent et les envoyèrent à la dérive dans l’espace.
Corona trouvait la situation amusante. Mais sa magie enfantine avait perturbé la machinerie délicate du dôme de recherche, qui effectuait à présent un compte à rebours automatique avant de reprendre là où elle s’était arrêtée.
A bord de l'Enterprise, les moniteurs ordonnèrent aux phasers d’ouvrir le feu sur la station, et de remplir les rampes de lancement de nouvelles torpilles. Kirk était assis, impuissant, dans son fauteuil, et Veblen observait les événements avec une fascination quelque peu morbide, alors que les senseurs montraient une fois de plus une rapide dégénérescence de la réalité locale.

Chapitre XXI

Pour Mason, l’urgence de la situation se traduisit par une sorte de calme. Elle n’avait aucune idée de ce qui se passait. Les Vulcains semblaient se préparer à affronter un cataclysme. Même Spock se redressait, les mains jointes derrière le dos, les lèvres serrées. Il n’y avait rien que personne puisse faire; Corona allait les détruire. Et pourquoi ? Autant que Mason pouvait le comprendre, en fouillent dans les fragmente de mémoire qui se trouvaient en elle, parce qu’il pensait qu’ils 6taient les déchets d’un univers mort. Corona ne comprenait pas ce qu’était le nouvel univers. Mason parcourut du regard les visages autour d’elle, puis s’avança vers la plate-forme de contrôle où se trouvaient T'Raus et T’Kosa. Elle se garda de fixer la sphère de démonstration, à présent remplie d’images insensées encore plus troublantes que la première fois.
Je suis journaliste. Communiquer est La base de mon travail. La plupart du temps je chaperonne simplement les enregistreurs, en les promenant ici et là pour qu'ils enregistrent tout ce qui est possible. Fuis je m 'assois, je fais le montage et j'essaie de tirer la substantifique moelle du reportage... pas toujours, les machines sont aussi très bonnes dans ce domaine. Mais de temps en temps, même sur Yalbo, j’ai la chance d’écrire - de communiquer. Dieu sait que mon talent est limité, et j’ai toutes sortes d’idées étroites - bon sang, je suit même sectaire -, mais...
Parfois, je le sais, je le sens - je peux communiquer.
Je peux faire passer mes idées, peut-être même mieux que quiconque. Je sais expliquer Les choses. Et je crois que je ferais bien dé commencer à m’expliquer au plus vite, parce que personne d’autre ne semble y arriver.
Rowena fouilla plus en profondeur, sonda les souvenirs de Corona et recula devant leur étrangeté. Au prix d’un énorme effort, elle mit de côté sa répulsion et abaissa les dernières barrières qui séparaient la mémoire de Corona de la sienne.
Elle leva les yeux vers ceux de T’Raus, qui la regardaient et transféra cette image à Corona.
- Il est évident que vous ne comprenez pas, dit Mason. Si toutes ces personnes brillantes n’arrivent pas à vous l’expliquer, je ne sais pas si je le pourrai. Mais j’espère que vous m’écouterez, au moins. J’espère qu’il me reste assez de temps.
Rowena avala sa salive.
- Vous voyez, nous sommes tous très jeunes, contrairement à vous. Et notre monde est radicalement différent.
Elle grimpa sur la plate-forme et tendit la main vers le visage de T’Raus. Elle posa ses doigts sur la tempe de la jeune Vulcaine, et T’Raus posa les siens sur le visage de Mason. Ainsi, elle pouvait communiquer directement ses pensées à Corona.
Lorsque les souvenirs de Corona se mélangèrent aux siens, elle appela une image spécifique de son enfance - les grands nuages oranges tourbillonnants de Yalbo, remplis d’acide nitrique, mortels à respirer, et pourtant si fantastiques à observer au coucher du soleil. Depuis les grandes baies vitrées de l’école, ou les fenêtres plus petites du module d’habitation de ses parents, elle avait trouvé que le ciel de Yalbo était la plus belle chose de l’Univers, avec ses rouges, ses orange, ses verts, ses jaunes et ses couleurs ocre chaudes. Dans les nuages, elle avait construit de gigantesques palais flottants et des autoroutes magnifiques. Elle avait imaginé des créatures de toutes formes et de toutes tailles. Quand le vent souillait si fort sur les nuages qu’ils traversaient le firmament en quelques secondes, elle ne trouvait rien à imaginer de plus charmant et de plus libre.
Puis elle avait trouvé des enregistrements à propos de la Terre à la bibliothèque de l’école, et elle les avait regardés.
- Ce fut un choc. Les cieux de la Terre paraissaient encore plus beaux. On n’était pas obligé de porter un scaphandre pour l’admirer du dehors. On pouvait gravir les montagnes et toucher les nuages - ou se laisser toucher par eux. Un doux contact sur la peau. Rowena sentit Corona frissonner de dégoût à l’idée d’une peau. Elle chercha une analogie.
- La peau ressemble à l’horizon événementiel de votre monde. En ces temps révolus, vos semblables durent attendre que l’Univers soit assez vaste, pour communiquer directement les uns avec les autres. Vous étiez tous dans des petites bulles d’espace temps, incapables de vous toucher. Il y avait les Ybakra - vous pouviez parler, mais pas être ensemble. Notre peau nous sert à cela. Nous devons toucher, parler, communiquer de nombreuses manières parce que nous ne pouvons pas passer la barrière de notre peau.
- Parle-moi encore des nuages, demanda Corona par la voix de T’Raus.
Mason s’étendit sur le sujet. Les nuages de matière dans l’univers de la genèse - créé des milliers d’années après l’extinction de l’espèce de Corona avait dériva dans l’espace-temps en expansion, en se partageant et en se séparant.
- Puis ils ont perdu leur personnalité, ils l’ont abandonnée pour laisser la place à de nouvelles formes d’existence.
Cela lui parut confus, mais elle ne donna pas plus de détails.
- Ce qui allait devenir des amas galactiques se forma à partir des nuages, puis les amas se scindèrent pour former des galaxies. Au départ, les galaxies n’étaient que d’énormes sphères indistinctes, mais en vieillissant, elles s’aplatirent. Puis des étoiles se condensèrent à partir des nuages de gaz contenus dans les jeunes galaxies
- J'ai détruit beaucoup de ces jeunes galaxies, confia Corona. Mes expériences ratées.
Mason essaya de ne pas paraître choquée.
- Ne comprenez-vous pas ? Ils pouvaient tout partager! Ne peut-on pas supposer que les premiers nuages de matière aient été doués d’intelligence tout comme les amas galactiques, et les galaxies ? Mais les choses devant changer, ils sont morts - ils devaient laisser leur place à de nouvelles formes.
Corona réagit d’une manière qu’elle qualifia de sceptique.
- Supposez que j’aie raison, continua Rowena.
Elle s'empêtrait de plus en plus dans son raisonnement.
- Et supposez qu’à un moment, une galaxie se soit rebellée - qu’elle ait refusé de changer. Et découvert qu’en agissant ainsi, elle condamnait des millions de nouvelles formes d’intelligence à l’extinction. Ne serait-ce pas...
Elle éprouvait des difficultés à trouver une autre analogie. Elle se demandait aussi combien de secondes il lui restait avant qu’ils ne soient tous morts. Elle se concentra plus fort. Qu’y avait-il dans l’expérience de Corona qui pût être comparable à ce qu’il se préparait à accomplir ?...
- A votre époque, certains de vos congénères refusèrent de s’étendre au-delà de leurs horizons événementiels de jeunesse. Ils s’enveloppèrent dans des bulles serrées d’espace-temps parce qu’ils avaient peur du changement. Au départ, ils furent tolérés mais, au fur et à mesure que des royaumes individuels se joignaient, et que l’Univers continuait son expansion, ces rebelles devinrent dangereux. Ils pouvaient détruire les autres. Ils étaient des assassins, pas par méchanceté, mais parce qu’ils refusaient le changement. En fin de compte, il fallut les chasser et les détruire, pour permettre aux autres de vivre. C’est ce que l'Enterprise essaie de faire en ce moment : se protéger contre vous.
Elle avait gardé les yeux fermés en parlant mais elle finit pas les ouvrir. Le regard de T’Raus était toujours fixé sur elle.
- Nous devons tons changer, reprit Mason. Nous devons tous mourir, pour laisser la place à d’autres. Si nous essayons de vivre pour l’éternité, nous barrons le chemin à quelqu’un d’autre, nous empêchons quelque chose d’arriver..., quelqu’un de naître... et, qui sait, peut-être ce qui viendra sera-t-il mieux et meilleur que ce qui est ? Vous me comprenez ?
T’Raus ne lui transmit aucune réponse. Elle retira sa main du visage de Mason, et la journaliste recula d’un pas en se mordant la lèvre inférieure. Elle se sentait transformée. L’ensemble de ses pensées était emprisonné entre les souvenirs de Corona et ses rêves d’enfance sur les nuages.
- Je suis navrée, dit-elle en retenant à grand-peine un sentiment d’horreur et de panique soudaine.
Elle crut qu’elle avait gaspillé leur dernière chance, alors que quelqu’un autre - peut-être Spock - aurait été plus efficace.
- Je suis navrée !

* * * * *

En dépit de leur utilité, Corona était convaincu que les intelligences matérielles n’étaient rien de plus que des anomalies issues d’un univers sur le déclin.
Après tout, elles n’apportaient rien à l’Univers sinon une certaine part d'entropie. C’est-à-dire qu’elles utilisaient l’énergie, mais ne réduisaient pas la tendance au désordre qui caractérise un continuum mort. A l’époque de Corona, l’entropie était aussi la loi, mais le déclin avait à peine été visible. La deuxième loi de la thermodynamique avait paru être une possibilité lointaine et sans importance.
Selon la manière de penser de Corona, la seule intelligence significative serait celle qui aurait pour espoir de rajeunir son monde...
Corona avait écouté la femme humaine au travers de T’Raus. Ses paroles et ses pensées servaient à occuper les longues minutes qui le séparaient de la métamorphose de ce continuum. Mais elles firent plus que cela. Son évocation des « nuages » était particulièrement efficace. Elle suggérait (de manière archaïque) les beautés de l’époque de Corona, lorsque les choses solides étaient impossibles, quand tout n’était qu’un flux merveilleux. Parmi les Vulcains, Corona n’avait jamais rencontré le concept de « liberté ». Les Vulcains s’attachaient à un code rigide fondé sur les principes stricts de la logique, ce qui étonnait plutôt Corona. A présent, il réfléchissait à la « liberté » appliquée aux mouvementa dictés par le hasard aux « nuages » et au comportement des intelligences matérielles.
La liberté de bouger, de penser, d’accomplir; la liberté de suivre ce que dictait la survie d’autrui. Exister.
Mais la liberté était un concept dangereux. Trop de choses pouvaient résulter de la domination d’une liberté sur une autre. Oui, les libertés pouvaient être contradictoires. Quand la femme humaine avait fait remarquer que Corona menaçait la liberté de son espèce - et de tant de formes de vie matérielles - en essayant de mettre fin à la réalité locale, l’image de son esprit avait été celle de nuages déchirés par un vent chaud et fort...
Et c’était quelque chose que Corona comprenait. Des milliers d’années après la dernière génération de son espèce, pendant sa première réapparition, l’Univers était subitement devenu transparent pour les petites ondes irritantes connues sous le nom de photons, la lumière. Au lieu de rebondir de particule en particule, les photons avaient parcouru l’Univers en transportant dé l’énergie d’un endroit à un autre, soufflant comme un vent chaud sur les espaces qui contenaient autrefois des êtres libres et intelligents. Le vent photonique avait dispersé les derniers survivants de l’espèce de Corona.
Selon la mesure temporelle actuelle, l’existence du peuple de Corona - leur «  éternité » - n’avait duré que quelques minutes. Ils avaient survécu à de nombreuses modifications, mais leur fin était venue. Seul Corona avait trouvé le moyen de voyager sur les rives apparemment infinies du temps et de réapparaître dans certaines conditions pour reconstruire son champ Ybakra.
Ces êtres matériels connaissaient donc la signification de la liberté. Et une liberté responsable - telle que Corona la conceptualisait -, signifiait un combat contre l’entropie.

* * * * *

Les phasers n’avaient eu aucun effet, et les torpilles suivantes cessèrent simplement de fonctionner. Elles se dissipèrent sur le planétoïde sans causer de dégâts. Sur la passerelle de l'Enterprise, l’air paraissait brumeux et les commandes électroniques ne fonctionnaient plus correctement. Les ordinateurs de bord, à la grande consternation de Veblen, devinrent à peine plus efficaces que de vieilles calculatrices. Les moniteurs luttaient vaillamment pour garder le contrôle, mais en vain. Ils dépendaient davantage des subtilités des quanta que les esprits organiques. En conséquence, alors que l'équipage continuait à fonctionner sans subir d'effets majeurs, du moins jusqu’à présent, les moniteurs n’avaient plus le choix, ils devaient se court-circuiter.
Cela ne changea pas grand-chose.
Kirk se sentit pris de vertiges. La sensation n’était pas sans lui rappeler la montée d’adrénaline qu’il avait ressentie la première fois qu’il avait voyagé en vitesse de distorsion - mais elle se complétait par un sentiment d’échec cuisant. Tout, dans son champ de vision, ondulait d’une manière à la fois nauséeuse et hypnotisante.
Veblen interpréta les données des quelques instrumente encore en état de fonctionner, c’est-à-dire ceux conçus pour survivre à la pression des moteurs à distorsion, et les communiqua au capitaine. Kirk écouta du mieux qu’il le pouvait. Il réfléchissait à ce qu’il avait vu dans la sphère de démonstration, lorsque Corons avait donné les premiers indices de ce qu’il désirait accomplir. Le tout se dissoudrait-il dans le chaos hypnotique de l’infiniment petit ? Où se tiendrait l'Enterprise dans un tel maelström ? Où serait-il lui-même ?
McCoy n’avait jamais été aussi terrifié. Si l’Univers se décomposait, il était convaincu de savoir ce qui les attendait de l’autre côté - et ce n’était rien de moins que l’Enfer. Plus de soins possibles, plus de guérison, uniquement un éternel manque de contrôle et l’abandon aux tortures imposées par les forces intérieures qu’il ne pouvait pas affronter.
J’ai pitié du pauvre Spock, pensa-t-il en sentant une montée de tendresse pour le Vulcain, qu’il avait taquiné sans merci pendant des années... et pour qui il ressentait tant de respect.
Spock, cependant, se tenait encore dans une mer de calme relatif. Les machines du dôme de recherche avaient créé une petite bulle d’immunité autour d’eux, de manière à terminer leur tâche. Spock avait écouté la plaidoirie de Mason, avait intercepté certaines des pensées de Corona, et avait été étonné et intrigué par cette approche extraordinaire, mais irrationnelle. Plaider une cause demeurait étranger à la culture vulcaine. Une chose était, ou elle n’était pas. La persuasion et les opinions n’avaient pas leur place dans la vie vulcaine.
Grake, T’Kosa, Anauk, Spock - et à bord de l'Enterprise. T’Prylla -, tous avaient fait la paix avec eux-mêmes.

Chapitre XXII

D’un bout à l’autre de l’horizon, le ciel était d’une luminosité pourpre égayée par des volutes d’un blanc laiteux et d’un vert brillant. Mason sentait les graviers millénaires crisser sous ses bottes. C’était, avec sa respiration, le seul bruit qu’elle percevait. Les nouveaux soleils apparaissaient derrière l’horizon irrégulier du planétoïde, enveloppés dans le placenta poussiéreux et gazeux de leur récente naissance.
Elle leva la main, sans savoir pourquoi elle se trouvait là, ni comment elle survivait aux rigueurs de l’espace. L'iridescente légèrement verdâtre de l’enveloppe qui la protégeait brilla faiblement, comme pour répondre à sa seconde question et, au-dessus d’elle, l’Oeil-Vers-Les-Etoiles s’ouvrit et un rayon de lumière descendit sur elle. Rowena leva la tête et se protégea les yeux avec la main.
- Derrière vous, je vous prie, dit une voix.
Elle se retourna et sursauta, surprise. Un nuage flou et orangé était près d’elle, à l’abri de l’enveloppe. Il roulait et s’étalait sous l’influence d’un vent imaginaire.
- C’est la forme que voua m’avez enseigné, et que je trouve très plaisante. Je suis ce que T’Prylla appelle Corona.
Mason ne savait pas quoi dire; aussi elle resta muette.
- D’où venez-vous ?
Elle bégaya, prit une grande inspiration et essaya de répondre calmement.
- D’une planète appelée Yalbo.
C’est un rêve, pensa-t-elle. Je suis aux portes de la mort et je rêve !
- Ce doit être un endroit magnifique, dit Corona.
- Vraiment ?
- Vous y voyez une telle beauté. Cette formation dans son... atmosphère vous inspire la notion de liberté et, à travers vous, je la ressens.
Le nuage s’assombrit comme s’il était éclairé par un coucher de soleil.
- Ou peut-être est-ce vous qui êtes belle, pour que la beauté vous accompagne où que vous alliez.
- J’ai... très peur, dit Rowena. Vous êtes la chose, l’être, le plus étrange que j’aie jamais connu.
- Et pourtant, vous conservez certains de mes souvenirs, transférés par l’humain-Vulcain Spock. Votre espèce me paraît étrange aussi. Peut-être pourrions-nous surmonter notre altérité en échangeant ?
- En échangeant ?
- J'ai appris beaucoup de choses dans les dernières... heures... mais pas assez. J’ai une compréhension imparfaite de votre mode d’existence, de votre espèce humaine. Même après dix ans, il est évident que je sais bien peu de choses sur vos semblables, les Vulcains. Je demande un échange d’expériences. Je compléterai les souvenirs que vous portez en vous par tout ce que vous voudrez savoir, et vous partagerez vos expériences avec moi. Je les emporterai... dans la région que vous apercevez dans l’Oeil-Vers-Les-Etoiles.
- Où est-ce ? Un nouveau système solaire ?
Il y eut un silence de quelques instants.
- Il n’existe pas dans votre ici-maintenant. C’est une lointaine possibilité. De nombreux temps doivent passer. Les étoiles et les galaxies vieilliront et s’éteindront, l’Univers sera constellé de trous noirs, les trous noirs rendront leur masse au vide et deviendront de simples singularités. Le temps lui-même vieillira, puis s’arrêtera. Ce qui arrivera ensuite est plus difficile à comprendre : le vide, et davantage de désolation qu’actuellement.
- Cela ne parait pas si vide, dit Mason en se protégeant les yeux.
- Vous m’avez donné la notion de choix..., d’autres moyens d’atteindre mon but que détruire l’Univers. Ce que montre l’Oeil-Vers-Les-Etoiles est un choix, si je survis au vide et à l’obscurité. Lorsque tout se sera arrêté, et quand l’Univers paraîtra définitivement mort, je serai un point de focalisation. Il n’y aura plus que des radiations d’espaces fractionnaires - ce que vous appelez les Ybakra. Je concentrerai ces radiations et remplirai à nouveau le vide. Il n’y aura plus besoin de machine, de matière, de rien d’autre... que moi.
Rowena eut soudain l’espoir qu’elle ne rêvait pas.
- Est-ce ce que vous désiriez ? demanda Corona. Que votre réalité soit épargnée pour que vous puissiez poursuivre la voie qui mène à la liberté ?
- Nous sommes épargnés ?
- Oui. Les machines amorcent le processus d’inversion. J’ai ramené les gens de la station à bord de l'Enterprise, sauf ceux qui sont endormis. J’attends des instructions pour savoir quoi en faire.
Mason dut faire appel a sa nature de journaliste suspicieuse pour poursuivre la conversation, et demander :
- Mais je croyais que vous ne pouviez pas transformer une chose plus grande qu’un enfant ?
- C’est vrai..., tant que la machine absorbait autant d’énergie.
- Pourquoi avez-vous stoppé vos machines ?
- Parce que vous m’avez rendu conscient que nous partagerons peut-être le même objectif dans les âges venir. Peut-être votre espèce réussira-t-elle à contrôler l’entropie, répondit Corona. Dans ce cas, l’Univers ne mourra pas..., du moins pas de la manière qui semble la plus probable. Et l'on n’aura pas besoin de moi. Pourtant, vous pourriez échouer. Vous êtes jeunes - même ceux que l’humain Kirk à mentionné, et qui vous paraissent des dieux. Vous disposerez d’une longue période pour évoluer, vous préparer, et vous pourriez commettre des erreurs. Si vous ne réussissez pas, je le ferai peut-être.
- Vous voulez dire que mes descendants pourraient sauver l’Univers ?
- Vos descendants à tous. Vous êtes parents de toutes les choses faites de matière, ou qui s’élèvent de la matière. A mes yeux, vous êtes tous semblables. Les différences sont mineures.
Mason fixa le centre du nuage, qui ressemblait tant à ceux qu’elle avait observés et admirés quand elle était enfant. Qui ressemblait tant aux nuages qui hantaient ses rêves.
- Oui, dit-elle en avalant sa salive.
- Partagerez-vous vos souvenirs avec moi ?
- Autant que je le pourrai.

Chapitre XXIII

- Docteur McCoy.
La voix vint interrompre sa rêverie. Il avait contemplé la mort - une mort d’une étendue presque inconcevable, la mort de tout -, sur la passerelle de l’Enterprise. Il y avait eu un instant de désorientation, une sensation déplaisante de voyage, et à présent ...
Il voyait T’Kosa, debout devant lui.
- Que le diable me patafiole, qu’est-ce que
- Mason dit que c’est à vous qu’il faut parler.
Le médecin jeta un coup d'œil alentour. Ils se trouvaient à l’extérieur du cylindre d’hibernation de la station. Son étonnement aurait été comique pour un humain, mais pas pour la Vulcaine.
- A propos de quoi ?
- Où doivent être transférés les dormeurs ?
- Je... je ne comprends pas.
- Il n’y a pas de temps à perdre. Corona ne dispose plus que de trois minutes avant son départ. La navette est détruite, et le personnel ne peut pas être transféré assez rapidement par voie de téléporteur. Seul Corona peut les transférer.
T’Kosa l’observait de près. Elle était apparemment intéressée par son temps de réaction et son adaptabilité. Et McCoy, quelle que soit la situation, n’était pas du genre à la décevoir.
- Bien sûr, dit-il en recouvrant ses esprits. Un espace a été préparé à l’infirmerie, dans la section des grands blessés. Chaque hibernaculum dispose d’une réserve de puissance, et le... transfert devra être doux pour empêcher les fluctuations de température.
- Très bien. Nous les accompagnerons.
- Non, attendez !
Mais il était trop tard. En ce qui concernait McCoy, la transfert était pire que la téléportation. Et cette fois, il fut conscient de toute l’opération.

* * * * *

Chapel se tenait à un bout de l’aile des grands blessés. Elle lâcha ses instruments quand, un par un, trente hibernacula apparurent à la position attribuée. Les lumières de l’infirmerie faiblirent, puis revinrent à la normale.
A la sécurité, Olaus enregistra une invasion de la coque de l'Enterprise par une masse impressionnante - au moins trente tonnes métriques.
A l’ingénierie, l’officier de garde prit note d’un besoin de puissance supplémentaire.
Sur la passerelle, McCoy réapparut à sa position habituelle derrière la rambarde. Uhura le vit se matérialiser, mais était trop étonnée par la tournure des événements pour réagir. Puis, près de lui, Spock et quatre autre Vulcains apparurent juste au moment où Kirk pivotait sur son siège.
- Bones...
- Ne posez pas de questions, Jim. Je n’en ai pas le temps. On a besoin de moi à l’infirmerie.
Il entra dans l’ascenseur.
- Spock ?
- Je suis dans l’ignorance complète, capitaine. Ou est Mason ?
Jim en resta bouche bée.
- Comment diable pourrais-je le savoir ? Et bon Dieu, que se passe-t-il ?
Veblen termina le balayage des senseurs et se retourna vers lui.
- Capitaine, le continuum local est revenu à la normale. Les instruments du navire fonctionnement correctement.
- Nous ne sommes pas morts, dit Sulu, ce qui sembla fort bien résumer la situation.
Tous les yeux étaient rivés sur Kirk lorsque Mason se matérialisa à côté de son fauteuil. Ils se dévisagèrent et Rowena sourit avec un air presque béat.
- Corona suggère que l'Enterprise se retire à une distance d’au moins un milliard de kilomètres. Sa présence dans la nébuleuse s’efface, et il ne peut plus garantir la stabilité des machines de la station de recherche.
- Pilote ..., commença Kirk.
- Trajectoire calculée, répondit Sulu. En cours.
Les moteurs d’impulsion de l'Enterprise se mirent en route et la montée soudaine de puissance fit vibrer tous les ponts et le navire décrivit une spirale pour s’arracher à l’orbite du planétoïde, puis coupa la courbe lorsque Kirk demanda l’accélération maximale.
Mason se trouvait toujours près du fauteuil du capitaine, mais elle était à peine consciente de l’activité qui l’entourait. Elle recevait le dernier signal de Corona, porté par les Ybakra.
Bien en dessous des mesures de la géométrie euclidienne, les anomalies de masse subspatiale se séparaient et se brisaient sur plusieurs espaces géodésiques impossibles à concevoir par l’elprit humain. Les conditions qui avaient permis a Corona de se manifester dans cette nébuleuse se terminaient, et elles ne se représenteraient peut-être pas avant des milliards d’années. Mason savait que si c’était le cas, Corona ne reviendrait pas. C’est seulement à la fin si tout échouait, si leurs descendants qui peupleraient le nouvel univers fait de vide, de photons libres et de matière, ne pouvaient enrayer le triomphe de l’entropie - seulement lorsque régneraient le néant. la mort, et lorsque la liberté n’existerait plus...
A ce moment reviendrait Corona, pour remplir une promesse faite à l’aube du temps.
Une dernière faveur, demanda Rowena.
- Quelle peut-elle être ? répondit la voix affaiblie
Il reste un problème mineur...
Elle expliqua le problème.
- Pouvez-vous le résoudre ?
La réponse fut presque inintelligible, mais Rowena crut qu’elle était affirmative. Puis elle dit « Au revoir », mais ne reçut aucune réponse. Le contact avait été coupé.
Spock se trouvait près de Veblen ; il surveillait les senseurs pendant que l’Enterprise s’éloignait.
- Capitaine, le planétoïde est en train de se détruire.
Il demanda un graphique informatique pour interpréter ce qui était arrivé.
Mason avait les yeux rivés sur l’écran principal; elle sentait le passé de Corona en elle, presque aussi réel que le sien. A une petite échelle, l’écran montrait ce que Corona avait prévu d’accomplir sur une région incroyablement plus grande de l’espace-temps.
Le planétoïde s’inversa lentement et doucement, en révélant son intérieur amorphe comme s’il passait sous une loupe. Derrière lui, deux prolongements d’obscurité baillèrent et modifièrent l’astéroïde en une ellipse, puis en un cylindre, avant de l’avaler.., et d’étirer le reste en un mince fil qui disparut des limites de la résolution. Sur un demi-million de kilomètres alentour, les gaz de la nébuleuse furent aspirée dans le gouffre d’espace-temps.
Au centre de l’ouverture invisible, naquit un nouvel univers, minuscule et incomplet. Au départ, il ne mesurait que quelques centimètres de diamètre, et ne diffusait qu'une faible luminosité, d’une couleur brune fade. Puis, lorsque toute la matière de la nébuleuse se précipita dans l’espace normal, se transformant en énergie pure, le globe s’étendit et prit une teinte orange brillante. L’orange devint vert, et le vert se changea en un bleu si intense que les senseurs court-circuitèrent. L’écran principal s’éteignit.
La lumière s’estompa rapidement. Le nouvel univers n’était pas stable, et le potentiel qu’il renfermait ne pouvait pas lutter contre les lois établies de la géométrie euclidienne. Son énergie se dissipa. Il ne resta plus qu’un petit soleil, qui rejoignit ses compagnons un peu plus vieux, tel un frère faible et inconsistant.
Il ne dura pas longtemps. Lorsque l'Enterprise eut atteint une position de sécurité, la lueur avait complètement disparu, et plus rien ne distingua la nébuleuse de l'Ecrin Noir des autres nébuleuses qui couvraient les bras en spirale de la Galaxie.

Chapitre XXIV

McCoy ne perdit pas de temps à réfléchir à ce qui venait de lui arriver. il traversa l'infirmerie pour se rendre dans la section des grands blessés, tricordeur médical en main. Les hibernacula étaient en place et les dormeurs n’avaient subi aucun dommage supplémentaire. Théoriquement, leur reconstitution pouvait être amorcée à tout moment. Et pourtant, après tout ce qui s’était passé, les moniteurs médicaux lui bloquaient toujours la voie.
Chapel vint le rejoindre quant il eut terminé.
- M. Spock vous attend au centre de contrôle informatique.
- Je suis fatigué, dit-il brusquement en fermant les yeux. Est-ce vraiment le moment de me demander de me disputer avec des fantômes informatiques ?
Christine essaya de prendre un air compatissant.
- M. Spock
- Oui, oui, je sais, grommela le médecin. Je gaspille ma salive.
Il resta encore un instant à regarder les deux rangées d’hibernacula.
- Dieu seul sait pourquoi nous sommes encore en vie !
Au centre de contrôle informatique, Spock attendait près de la console des moniteurs. Veblen était assis non loin de là, les mains jointes sur les genoux. Il leur avait accordé l’accès aux moniteurs uniquement parce que le Vulcain l’avait assuré qu’ils n’entreprendraient rien d’illégal. Pourtant, cette approche peu orthodoxe l’ennuyait. Comme McCoy, le stress des dernières heures lui perçait l’estomac et les muscles comme des aiguilles de plomb.
Un combat contre les moniteurs était bien la dernière chose qu’il souhaitait. Il avait fini par les détester, à la fois à cause de leur insuffisance et des responsabilités qu’ils lui imposaient. Pourtant, il ne reviendrait pas sur sa décision.
McCoy s’assit à la console. Spock appela la première expérience-mémoire des moniteurs médicaux, et arrangea une communication vocale.
- A qui ai-je l’honneur de parler ? demanda McCoy. Et est-il, ou elle, mort ou vivant ?
- Je crois qu’il est mort, répondit Spock. Vous allez discuter avec la mémoire du commodore des bataillons médicaux, Elias R. Rostovtzev.
- Bon sang, Spock ! C’était mon professeur à l’Académie Médicale de Starfleet !
- Je le sais, docteur. Il est le seul que vous connaissiez, parmi les expériences-mémoire.
- Il a failli me virer.
Spock leva un sourcil.
- Je peux demander une autre expérience-mémoire, si vous le désirez.
- Non, non..., ça ira. Que reste-t-il de sa personnalité, Spock ?
- Uniquement les bases, docteur. Pour remplir cette fonction, les moniteurs ne procurent que le raisonnement fondamental et des options de questions-réponses. Le commodore ne vit pas dans le système, si c’est ce que vous me demandez.
Pourtant, le Vulcain avait des doutes sur ce qu’il venait de dire. L’amiral Harauk avait été plus actif dans le programme qu’il ne l’avait pensé - actif, et indépendant.
- Très bien, je suis prêt.
Il n’y avait rien que McCoy puisse regarder - à part l’écran vide de la console. Le sifflement de la fréquence porteuse remplit les haut-parleurs, et il eut la sensation que quelqu'un l’attendait... C’était une présence distincte et quelque peu intimidante.
- Commodore Rostovtzev ?
- Oui.
La voix était faible, mais reconnaissable.
- Qui me parle ?
- McCoy, docteur Rostovtzev. Leonard McCoy.
- Le sous-lieutenant Leonard McCoy ?
- Je suis lieutenant-commander, maintenant, docteur. Officier médical à bord de l’Enterprise.
- Comment se fait-il que vous n’ayez pas encore été promu commander, Leonard ? Vous paressez, comme d’habitude ?
McCoy rougit.
- Non, monsieur. Je ne sais pas par où commencer...
- Par le début, Leonard, répondit patiemment la voix.
- Vous allez devoir prendre une décision ..., commença McCoy.
Veblen se leva pour protester - cela s’approchait beaucoup d une tentative de modification du comportement des moniteurs -, mais Spock le retint. Veblen se rassit à regret, prêt à tout interrompre.
- Oui. Nous sommes six, Leonard, si je m en souviens bien. Bien qu’aucun d’entre nous soit vraiment là. Vous comprenez ?
- C’est une nuance importante, monsieur.
- On peut le dire. Continuez.
- Vous déterminez les l’utilisation du système du système URAAT à bord de l’Enterprise.
- Ah oui ! Les trente dormeurs contaminés par les radiations Ybakra. Je crois que ce problème nous a déjà été présenté.
- Oui, monsieur. J’espérais pouvoir discuter plus en détail de ce cas avec vous.
- Pourquoi ? Les moniteurs ont donné leur accord. Nous n’allons pas nous opposer à la reconstitution.
Les mâchoires de McCoy et de Veblen s’ouvrirent en grand au même moment.
- Mais, monsieur
- Allez bosser, mon garçon ! Je - nous sommes - très intéressés par le processus de reconstitution. Vous êtes certainement impatient de commencer.
- Oui, monsieur !
McCoy se leva, regarda Spock et l’informaticien, puis haussa les épaules.
- Je vais m’y atteler.
Veblen prit la place du médecin aussitôt que McCoy fut sorti. Il vérifia tous les codes de programmation et toutes les sécurités. Rien n’avait été touché. Les moniteurs étaient intacts.
- Monsieur Spock, c’est impossible...
- Apparemment pas, monsieur Veblen. C’est arrivé.
Le Vulcain quitta le centre de contrôle. Veblen effectua de nouvelles vérifications, plusieurs fois à la suite, sans trouver d’indice de changement dans le règlement.
Dans son dernier passage, cependant, il appela à l’écran les articles gouvernant l’utilisation de l’URAAT. Il demanda spécifiquement le règlement concernant la résurrection d’êtres inanimés, et concentra sa recherche sur les définitions « d’inanimé ».
La définition couvrait plusieurs paragraphes. Pendant sa lecture, il constata un léger changement dans le ton, mais rien qu’il puisse définir... jusqu’à ce qu’il lise la dernière ligne. Il écarquilla les yeux. Il était écrit :
« En aucun cas, il ne sera tenté de s’opposer à la préservation de la vie, de la liberté ou au combat contre l’entropie, quelles que soient les règles, ou quoi que puisse impliquer ce devoir. »
Le paragraphe était suivi par une équation qui n’avait pas sa place dans les définitions médicales. Il resta à essayer de la comprendre pendant plusieurs minutes, puis réalisa ce dont il s'agissait.
Elle décrivait précisément certains états actifs des radiations d’espaces fractionnaires - les Ybakra, pour être précis.
C’était signé !
Veblen éclata de rire, puis se mit à pleurer. Il rit à nouveau en enfouissant sa tête dans ses bras, sur le clavier de la console.

Chapitre XXV

L’Enterprise amorça son voyage de retour. Il y aurait deux escales avant son arrivée à la base stellaire 19.
Tout d’abord, il devait déposer Mason sur Yalbo. Elle n’était pas particulièrement inquiète à l’idée de retourner dans « son trou ». Grâce a ce qu’elle était devenue - à ce qui subsistait en elle -, où qu’elle aille serait un endroit exotique. Corona lui avait donné un sens infaillible du nouveau et de l’inattendu. L'Enterprise ferait ensuite un long détour dans le système solaire d’Epsilon Eridani, où il déposerait les Vulcains de la Station Un sur leur planète. Grake et T’Prylla reçurent Spock dans leurs quartiers avec un ancien rituel familial vulcain, en lui offrant tout d’abord un aphorisme traditionnel gravé sur un cristal de dilithium sans énergie, puis une brève séance de méditation, suivie d’un souper vulcain formel. ils ne fournirent aucune excuse pour ce qui était arrivé : apparemment, elles n’étaient pas nécessaires. Ils se comportaient comme si l’incident de l’Écrin Noir avait été une prestation dramatique éloignée, fascinante et étonnante, mais loin d’être condamnable. Après que les ustensiles du souper eurent été nettoyés par le groupe, Radak et T’Raus s’acquittèrent de l’honneur d’essuyer les mains de leur hôte. Puis T’Prylla prit la parole :
- Spock, vous avez mentionné des changements à l’Académie des Sciences. De quoi s’agit-il ?
Spock remit ses mains propres dans les manches de sa robe.
- Je crois qu’il serait intéressant d’accepter vos méthodes logiques comme des solutions alternatives à la Tradition. Peut-être, dans les derniers jours, avons-nous été témoins des insuffisances d’une approche trop rigide des enseignements de Surak. C’est uniquement au travers de l’esprit d’une humaine que Corona a commencé comprendre l’inopportunité de ses actes. Comment devons-noua interpréter cet échec de notre part ?
- Si mes choix avaient eu une valeur, Corona aurait certainement compris son erreur pendant qu’il nous contrôlait. Ma famille et mes collègues connaissent très bien mes méthodes.
-Alors il reste de la place pour le débat et le progrès.
Spock s’inclina en voyant entrer Anauk et T’Kosa.
- Nous avons aidé le docteur McCoy dans les opérations de l’URAAT, dit T’Kosa. Je dois réviser mes estimations sur le comportement humain, il paraît n'avoir aucune rancoeur envers nous.
- Les humains, contrairement aux Vulcains, sont imprévisibles, dit Spock.
Son truisme provoqua l’équivalent d’une réaction humoristique chez les Vulcains. ils levèrent les trois derniers doigts de leur main gauche pour indiquer leur appréciation.

* * * * *

Mason révéla tout ce qu’elle pouvait dire de son rôle dans l’affaire devant Spock, Kirk et McCoy, lors d’une réunion à huis clos tenue dans les quartiers du capitaine. Lorsque Spock la questionna à propos de Corona, elle répondit honnêtement :
- Je ne sais que très peu de choses de lui..., pas beaucoup plus que ce que vous aviez transféré dans mon cerveau, monsieur Spock. Je sais que les moniteurs médicaux ont été modifiés. Je l’ai demandé, et j’en accepte l’entière responsabilité.
- Vous... l’avez demandé ? dit Kirk.
- Oui, quand vous, les militaires, vous n’arrivez à rien obtenir, c’est à nous, les civils, d’essayer de rattraper les choses.
Jim allait protester quand il vit l’éclat qui brillait dans ses yeux - et ce petit sourire mutin.
Elle ne dit rien de plus à propos de Corona. Le reste était trop personnel, et si un jour elle devait le révéler au grand jour - comme elle pensait certainement le faire -, eh bien, elle serait parée, plus mature. Moins sectaire. Corona était la porte qui ouvrait sur la paix intérieure.
Spock, qui savait probablement qu’elle ne disait pas tout, n’insista pas, et elle lui en fut reconnaissant.

* * * * *

Le lendemain matin, il y eut une autre réunion plus officielle et plus sombre - dans la salle de conférence principale.
- Messieurs, nous allons pouvoir passer directement à l’ordre du jour. Capitaine James T. Kirk à la présidence.
Jim frappa sur la table avec le maillet de cérémonie. Il se sentait légèrement grandiloquent, mais surtout ridicule, comme toujours dans ces circonstances.
- Nous devons juger de l’efficacité des moniteurs à bord de L'Enterprise, relativement à notre dernière mission. Docteur McCoy, je crois que vous aimeriez dire quelque chose pour commencer cette séance ?
McCoy se leva et jeta un coup d’œil circulaire aux occupants de la salle : Kirk, Spock, Veblen, Olaus et Mason. L’enregistreur de remplacement de la journaliste flottait près de son épaule.
- Je ne suis pas un sorcier de la légalité, admit-il. Je ne sais pas comment nous pourrons éviter d’autres problèmes avec les moniteurs médicaux.
Il fixa Mason, puis Veblen. L’informaticien ne dit rien.
- Je suis juste heureux que nous ayons résolu nos problèmes immédiats. La reconstitution est bien entamée, et dans quatre jours, nous aurons deux personnes, les premières à sortir de l’URAAT, qui auront besoin d’une cabine temporaire. Monsieur Veblen, aussi bonne que soit l’idée des moniteurs sur le papier, elle ne fonctionne pas ici. L’Enterprise a été affecté à cette mission parce qu’il disposait du nouvel équipement, mais nous avons bien failli être paralysés depuis le début. Un peu trop à mon goût. Je déteste avoir recours aux miracles.
- Merci, docteur McCoy, dit Kirk. Monsieur Spock, pouvez-vous nous donner votre analyse du rôle des moniteurs dans l’incident Corona ?
- Capitaine... (Le Vulcain se leva à son tour, sans regarder quelqu’un en particulier.) Les moniteurs de commandement ont soutenu nos décisions jusqu’au dernier moment, lorsqu’ils ont décidé que vous n’agissiez pas assez vite pour enrayer la menace. En examinant les archives des moniteurs, M. Veblen et moi-même nous sommes aperçus que les six commandants de Starfleet étaient d’accord à l’unanimité pour dire que vous n’aviez pas réagi assez rapidement. Pourtant, l’issue de la crise n'aurait peut-être pas été différente si les moniteurs avaient été aux commandes - ce qui indique que vous n’avez pas obligatoirement commis une erreur. Une analyse plus approfondie sera nécessaire.
Spock s’assit et Kirk fit signe à Veblen. L’informaticien se leva. Son regard rencontra celui de Mason, à l’autre bout de la table.
- Les moniteurs ont fonctionné comme il était prévu. Dans un certain sens, le procédé est un succès. Cependant... (il sortit une disquette de sa ceinture) je pense que le programme souffre de certains défauts de construction. Par exemple, ils peuvent être affectés par... les instabilités des quanta. Les moniteurs médicaux ont clairement montré ce type de problème. Je compatis avec la frustration du docteur McCoy. Je crois que nous n’aurons aucune difficulté à convaincre la Fédération que certaines restrictions devraient être levées, et que certains progrès dans les sciences médicales devraient être pris en compte.
Il regarda Mason comme s’il cherchait une explication. Elle lui retourna un gracieux sourire.
- En ce qui concerne les moniteurs de commandement..., personnellement, je pense que le capitaine Kirk n’aurait pas dû être relevé de ses fonctions, qu’il se conduisait de la meilleure manière possible, et que son acte, ou son manque d’acte, n’a pas mis en danger l’Enterprise, la mission ou...
Il avait failli dire « l’Univers », mais cela paraissait cosmiquement grandiose.
- Ou quoi que ce soit d’autre. Je recommande donc que les moniteurs de commandement soient modifiés, eux aussi.
Il n’y avait plus d’autre témoignage. Kirk ajourna la séance et, après que la salle se fut vidée, il prit la direction de ses quartiers. A mi-chemin, il fut interpellé par Mason:
- Puis-je vous parler, capitaine ?
- Certainement, Rowena.
Elle marcha à côté de lui en regardant le sol.
- Que pensez-vous des moniteurs, capitaine ? Personnellement, je veux dire.
- Vous finissez votre reportage ?
- Je n’en sais rien... Peut-être. Je ne me sens pas vraiment l’âme d’un reporter à présent. Je ne sais pas exactement ce que je suis. J’ai été... trop impliquée dans l’histoire. Je ne suis plus objective. Ils arrivèrent devant la porte de la cabine de Kirk.
- Je vous donnerai mon opinion personnelle. Mais uniquement entre vous et moi.
- Très bien.
- Officieusement, je pense que les moniteurs avaient raison. J’ai l’impression que le fait de bombarder la station nous a permis de gagner quelques secondes, peut-être même quelques minutes. Je ne sais pas pourquoi, mais e est ce que je ressens. J’ai hésité parce que j’étais inquiet à propos de Spock, des Vulcains, de vous... J’étais trop inquiet
Il ouvrit la porte et entra dans ses quartiers.
- Demanderez-vous à ce que les moniteurs soient enlevés ? demanda Rowena.
Il haussa les épaules.
- Vous savez, il y a un autre aspect...
- Toujours officieusement ?
- Oui. S’il n’y avait pas eu les moniteurs - si je n’avais pas pressenti qu’ils prendraient ma place et qu’ils ôteraient la responsabilité de mes épaules -, aurais-je tiré sur la station ?
- Vous l’auriez fait ?
- Je ne sais pas. C’est une question qui me hantera pour le reste de mes jours.
Jim referma la porte et s’installa à son bureau pour écrire son journal de bord. Mais il lui fallut plusieurs heures avant de pouvoir commencer.

* * * * *

Mason rejoignit Veblen au mess des officiers.
- Vous partagez une table avec moi? demanda l’informaticien.
Elle fit signe que oui et tous deux prirent leur plateau dans le réceptacle du synthétiseur de nourriture.
- Je suppose que vous connaissez les ragots actuels à bord, dit Veblen. Tout le monde a entendu parler de votre « gestalt » avec Corona.
- Je n étais pas toute seule. Je n’étais même pas la seule humaine. Il y avait aussi Chekov, Spock et les six Vulcains de la station.
- Mais vous étiez la seule à pouvoir témoigner des motivations de Corona. C’est du moins ce qu’on raconte. C’est vrai ?
Elle secoua la tête.
- Je suis censée être reporter. C’est moi qui pose les questions. Je n’accorde aucune interview. Veblen la supplia de continuer. Quand elle refusa, il lui rappela une autre conversation :
- Entre parias, que savez-vous des motivations de Corona ?
- Vous êtes vraiment curieux, lui répondit Rowena avec un sourire espiègle.
- J’ai mes raisons. Je pensais que vous pourriez m’expliquer quelques mystères.
- Pourquoi ne pas demander directement à Corona ? En passant par moi, si vous croyez que c’est possible.
- Vous voulez dire que...
- Mangez, ça va refroidir. Nous portons tous notre croix
Pendant la période de repos suivante, dans la cabine d’Uhura, Rowena écouta l’officier des communications qui chantait d’anciennes berceuses africaines. Il y avait notamment une chanson qui racontait comment les enfants avaient apprivoisé les nuages d’une très vieille montagne, qu’ils chevauchaient jusqu’à l’aube.
Mason ressentit une réaction qui n’était pas entièrement sienne... Un sentiment de plaisir profond et de nostalgie.
- Vous savez, dit-elle quand la chanson fut terminée,
M. Spock est un sacré type...
Uhura éclata de rire et serra la main de Mason.
- Vous êtes une chouette fille ?

* * * * *

Journal de bord du capitaine, date stellaire 4997.54.
Alors que je lutte contre des pensées très troublantes, je jette un coup d’œil en arrière sur ce qui s’est passé... et je suis submergé par un sentiment d'étonnement profond.
Mon équipage, moi-même - nous sommes tous faillibles, capables de différentes sortes d’échec. Les Vulcains ne sont... j’allais dire « que des humains », mais dans le sens où, eux aussi, sont limités. A présent, je réfléchis au témoignage confidentiel de Mason..., et bien que je soupçonne qu’elle ne nous ait pas tout dit, je m’émerveille.
Quel autre groupe d’êtres humains peut se vanter d’avoir fait l’expérience d’une vie aussi variée, aussi surprenante et remplie que l'équipage de ce navire ? Nous avons vu des choses, nous avons visité des endroits et accompli des missions allant bien au-delà de l'imagination..., du moins pour un éternel romantique comme moi.
Parfois, pourtant, je pense que j’aurais été tout aussi content de piloter un vaisseau interplanétaire dans le système solaire. Au moins, je n’aurais pas à vivre avec la peur de ne pas être à la mesure de la tâche... Si j’avais eu le contrôle, peut-être que la Galaxie... l’Univers ! mon Dieu..., n’existeraient plus. Quelqu’un peut-il décemment faire face à un tel test, prendre une telle décision ?
Nous vivons vraiment dons un univers étrange. Si étrange qu’une larme versée à l’aube des temps peut avoir des conséquences pendant l’éternité.., et nous lancer des défis à tous.

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité