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La fin du jeu
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La fin du jeu. Infraction à l'article 10 de la charte. : « La fin du jeu » est un plagia de « Kaléidoscope » de Bradburry. Je vous invite à lire l'histoire originale depuis la fiche lecture.

Le premier choc découpa le flanc du vaisseau comme un gigantesque ouvre-boîte. Les hommes furent projetés dans l'espace telle une douzaine de goujons frétillants. Ils furent semés dans l'océan de ténèbres. Et le vaisseau, en mille pièces, continua sa course tel une nuée de météores cherchant un soleil perdu.

- " Barkley ! Barkley, où es-tu ? "

Des voix d'enfants appelant dans la nuit froide..

- " Woode, Woode ! "

- " T'Pol ! "

- " Jonathan, Jonathan, ici Travis ! "

- " Travis, ici Jonathan. Où êtes-vous ? "

- " Je ne sais pas. Comment le saurais-je ? Où est le haut, le bas ? Je tombe. Seigneur Dieu, je tombe ! "

Ils tombaient. Ils tombaient comme du gravier dans un puits, dispersés comme des éclaboussures. Il n'y avait plus d'hommes, il n'y avait plus que des voix, désincarnées et tremblantes, à différents degrés de terreur ou de résignation.

- " Nous nous éloignons les uns des autres ! "

C'était vrai. Jonathan, boulant, cul par-dessus tête, savait que c'était vrai; et il l'acceptait vaguement. Ils s'écartaient pour suivre leurs trajectoires séparées, et rien ne les ramènerait. Ils portaient leurs tenues hermétiques pour l'espace, avec les casques et les tubes respiratoires sur leurs visages pâles, mais ils n'avaient pas eu le temps de fixer leurs unités de poussée. Avec celles-ci, ils auraient pu être des sortes de canots de sauvetage, ils auraient pu se sauver, sauver les autres, se rassembler, se retrouver jusqu'à devenir un îlot d'hommes capables d'établir un plan. Sans les cellules d'énergie bouclées à leurs épaules, ils n'étaient que des météores, chacun lancé stupidement vers un destin irrévocable et isolé.

Près de dix minutes s'écoulèrent avant que la terreur première s'éteignît et qu'un calme métallique la remplaçât. Des voix étranges se mirent à tisser des fils dans l'espace, comme une immense navette noire qui allait et venait de l'un à l'autre pour former un réseau.

- " Travis à Jonathan. Combien de temps pouvons-nous parler par radio ? "

- " Cela dépend de la vitesse de votre chute et de la mienne. "

- " Environ une heure, d'après moi. "

- " Ce doit être ça, " dit Jonathan, d'un ton abstrait et calme.

- " Que s'est-il passé ? " demanda-t-il au bout d'un moment.

- " Le vaisseau a explosé, c'est tout. Cela arrive. "

- " Quelle est votre direction ? "

- " Je crois que je vais heurter la petite lune. "

- " Pour moi, c'est la planète. Un retour à la surface à dix mille milles à l'heure. Je flamberai comme une allumette. "

Jonathan y pensait avec un curieux détachement. II lui semblait qu'il était séparé de son corps et qu'il le voyait tomber dans l'espace, aussi objectivement qu'il avait regardé la chute des premiers flocons de neige, un hiver, il y avait très longtemps.

* * * * *

Les autres gardait le silence. Ils réfléchissaient à la destinée qui les avait conduits à cette chute, cette chute à laquelle ils ne pouvaient rien. Même le T'Pol était silencieuse, car elle ne disposait d'aucun idée, ni de plan qui pussent rétablir l'ordre.

- " Oh ! que cette chute est longue ! Oh ! elle est longue, longue, " dit une voix. " Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, c'est long, long de tomber. "

- " Qui est-ce ? "

- " Je ne sais pas. "

- " Stimson, je crois. Stimson, c'est vous ? "

- " C'est long, c'est long, et je n'aime pas ça. Oh ! mon Dieu, je n'aime pas ça. "

- " Stimson, ici Jonathan. Stimson, vous m'entendez ? "

Une pause, tandis qu'ils tombaient en s'éloignant les uns des autres.

- " Stimson ? "

- " Oui. " Il avait fini par répondre.

- " Stimson, du nerf ! nous sommes tous dans le même bateau. "

- " Je ne veux pas être ici. Je veux être ailleurs. "

- " Il nous reste une chance d'être trouvés. "

- " Il faut qu'on me trouve, il le faut, " dit Stimson. " Je ne crois pas à ce qui m'arrive, je n'y crois pas. "

- " C'est un mauvais rêve, " dit quelqu'un.

- " La ferme ! " dit Jonathan.

- " Viens ici, pour me faire taire, " dit la voix. C'était Malcolm. Il rit à son aise, objectif lui aussi.

- " Allons, venez me faire taire ! "

Pour la première fois, Jonathan se rendit compte de ce que sa situation avait d'impossible. Une grande colère monta en lui, car plus que toute autre chose au monde, en ce moment, il aurait voulu en remontrer à Malcolm. Il l'avait voulu durant des années, et maintenant, c'était trop tard. Malcolm n'était plus qu'une voix à la radio

En train de tomber... de tomber...

* * * * *

Alors, comme s'ils venaient d'en découvrir l'horreur, deux des hommes se mirent à hurler. Dans un cauchemar, Jonathan en vit un qui flottait tout près, hurlant.

- " Assez ! "

L'homme lui touchait presque les doigts, criant comme un dément. Il ne s'arrêterait jamais. Il continuerait à crier pendant des millions de milles, tant qu'il resterait à portée de la radio, à les déranger tous, à les empêcher de se parler.

* * * * *

Jonathan étendit la main. Cela valait mieux. Il fit l'effort supplémentaire et toucha l'homme. Il lui saisit la cheville et se hissa le long du corps jusqu'à la tête. L'homme hurlait et gesticulait avec frénésie, comme un nageur qui se noie. Le hurlement remplissait l'univers. D'une façon ou d'une autre, pensa Jonathan. La lune, la planète, un astéroïde... Pourquoi pas tout de suite ?

* * * * *

Il brisa le masque de l'homme d'un seul coup de son poing de plomb. Le hurlement cessa. Il repoussa le corps et le laissa tournoyer seul.

Tombant à travers l'espace, Jonathan et les autres continuèrent leur course dans le tournoiement interminable du silence.

- " Jonathan, vous êtes encore là ?

II ne répondit pas, mais il sentit une bouffée de chaleur.

- " Ici Malcolm. "

- " Oui, Malcolm. "

- " Parlons. Nous n'avons rien d'autre à faire. "

Le T'Pol intervint. " Cela suffit. Il faut trouver un moyen de s'en sortir. "

- " T'Pol, " dit Malcolm, " pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas ? "

- " Comment ? "

- " Vous m'avez entendu, T'Pol. Ne m'imposez pas vos galons, vous êtes à des milliers de milles de moi, à l'heure qu'il est, et ce n'est pas la peine de nous raconter des histoires. Comme l'a dit Stimson, la chute est longue jusqu'en bas. "

- " Dites donc, Malcolm ! "

- " C'est la mutinerie d'un seul. Je n'ai rien à perdre. Cette mission était une mauvaise idée, et vous étiez une mauvaise compagne de voyage, et j'espère que vous allez vous rompre les os quand vous tomberez sur la Lune. "

- " Je vous ordonne de vous taire ! "

- " Allez-y, ordonnez-le ! " Malcolm sourit à des milliers de milles de distance. T'Pol resta muette. Malcolm poursuivit.

- " Où en étions-nous, Jonathan ? Ah ! oui, je me souviens. Je vous déteste aussi. Mais vous le savez. Vous le savez depuis un bon bout de temps. "

Jonathan serra les poings d'impuissance.

- " Je veux vous dire quelque chose, " fit Malcolm. " Vous rendre heureux. J'ai toujours été contre votre nomination à ce poste, je l'ai même écrit au comité de sélection, il y a cinq ans, à Starfleet. "

* * * * *

Les autres bavardaient. Trip, n'en finissait plus de parler de sa femme sur Terre, de sa femme sur Andor, de sa femme sur Utopia , de son argent, du bon temps qu'il avait eu, de ses soûleries, de sa chance au jeu, de son bonheur. Sans arrêt, Trip se remémorait son passé, tout heureux, tandis qu'il filait vers sa mort.

C'était si bizarre. L'espace, des milliers de milles d'espace, et ces voix qui vibraient au beau milieu. Personne n'était visible, seules les ondes de la radio frémissaient et tâchaient d'émouvoir les autres hommes.

- " Vous êtes en colère, Jonathan? "

- " Non ! " Et il ne l'était pas. Le détachement était revenu et il n'était qu'une chose insensible qui tombait à jamais vers nulle part.

- " Toute votre vie, vous avez voulu atteindre le sommet, Jonathan. Vous vous êtes toujours demandé ce qui se passait. "

- " Cela n'a pas d'importance ", dit Jonathan. Et cela n'en avait pas. C'était passé. Quand la vie est finie, elle n'est plus qu'un scintillement sur un écran. Un éclair de film, tous ces efforts et ces passions concentrés et illuminés une seconde dans l'espace; et avant que l'on ait le temps de s'écrier : Voici un jour heureux, voici un jour triste, voilà un visage méchant, voilà un bon, le film n'est plus que cendres et l'écran s'est éteint.

De cette rive extrême de sa vie, s'il jetait un coup d'oeil en arrière, il n'apercevait qu'un seul regret c'est qu'il voulait vivre. Est-ce que tous les mourants éprouvaient ce sentiment, comme s'ils n'avaient jamais vécu ? La vie paraissait-elle aussi courte, déroulée et finie, avant qu'on ait eu le temps de reprendre haleine ? Paraissait-elle aussi abrupte et impossible à tout le monde, ou seulement à lui-même, ici, maintenant, avec quelques heures devant lui pour penser et délibérer avec lui-même ?

L'un des autres hommes, Trip encore, parIait

- " Eh bien, j'ai eu du bon temps ! J'avais une femme sur chaque planète ou station. Chacune avait de l'argent et me traitait magnifiquement. Je buvais sec. Une fois, j'ai gagné vingt mille crédits au jeu. "

Mais nous voilà ici, à présent, pensa Jonathan. Je n'ai rien eu de tout cela. Quand je vivais, j'étais jaloux de vous, Trip; quand j'avais un jour de libre, je vous enviais vos femmes et la noce que vous faisiez. Les femmes m'effrayaient, et je partais dans l'espace, les désirant toujours, et jaloux de vous, qui les aviez, ainsi que de l'argent et de toute la joie que vous pouviez recueillir à votre folle manière. Mais à présent, que nous tombons et que tout est fini, je ne suis plus jaloux de vous, parce qu'il n'y en aura plus ni pour vous ni pour moi; maintenant, c'est comme si cela n'avait jamais été.

Jonathan pencha la tête en avant et cria dans le téléphone.

- " Tout est fini, Trip ! "

Silence.

- " C'est comme si ça n'avait jamais été, Trip ! "

- " Qui est-ce ? " cria la voix étouffée de Trip.

- " Ici Jonathan. "

Il était méchant. Il se rendait compte de la méchanceté, de la vilenie idiote de mourir. Malcolm lui avait fait mal, il voulait faire mal à quelqu'un d'autre. Malcolm et l'espace l'avaient blessé tous les deux.

- " Vous êtes ici, Trip. Tout est fini. C'est comme si rien n'était jamais arrivé, n'est-ce pas ? "

- " Non ! "

- " Quand quelque chose est fini, c'est comme si ça n'avait jamais existé. En quoi votre vie est-elle meilleure que la mienne, à présent ? C'est ce présent qui compte Est-il meilleur ? Hein ? "

- " Oui, il est meilleur. "

- " Comment cela ? "

- " Parce que j'ai mes pensées, je me souviens ! " cria Trip, de très loin, indigné, cramponné des deux mains à ses souvenirs.

Et il avait raison. Avec une sensation d'eau froide qui se précipitait dans sa tête et dans son corps, Jonathan savait que l'autre avait raison. Il y avait une différence entre des souvenirs et des rêves. Il n'avait que des rêves touchant les choses qu'il avait voulu faire, Trip avait le souvenir des choses qu'il avait accomplies. Et cette certitude se mit à déchirer Jonathan d'une vibration précise et lente.

- " Qu'est-ce que vous en retirez ? "cria-t-il à Trip. A présent ? Quand une chose est finie, elle ne vaut plus rien. Vous n'en avez pas plus que moi. "

- " Je suis en paix, " dit Trip.

- " J'ai eu mon tour. Je ne deviens pas mauvais, à la fin, comme vous. "

- " Mauvais ? " Jonathan retourna le mot sur sa langue. Il ne l'avait jamais été, aussi loin que pouvait aller sa mémoire. Il ne l'avait jamais osé. Il avait dû l'économiser toutes ces années-là pour un instant comme celui-ci. Mauvais ! Il renvoya le terme au tréfonds de son esprit. Il sentit des larmes gonfler ses paupières et descendre sur son visage. Quelqu'un avait sans doute entendu son halètement.

- " Du calme, Jonathan ! "

C'était évidemment ridicule. Une minute auparavant, il avait donné des conseils à d'autres, à Stimson. Il avait senti un courage qu'il avait pris pour quelque chose d'authentique, et il comprenait que cela n'avait été qu'un choc nerveux, qu'une objectivité rendue possible par le choc. Il essayait maintenant de fourrer toute une vie d'émotions rentrées dans un intervalle de quelques minutes.

- " Je comprends ce que vous ressentez, Jonathan, " dit Trip, à vingt mille milles maintenant, sa voix s'atténuait.

- " Je ne le prends pas pour une offense. "

Mais ne sommes-nous pas égaux ? Trip et moi ? Ici, à présent? Une fois une chose accomplie, elle est finie, quel bien cela vous a-t-il fait ? Vous mourez de toute façon. Mais il savait que c'était un raisonnement spécieux; comme s'il avait essayé d'établir la différence entre un homme vivant et un cadavre, il y avait une étincelle dans celui-là, pas dans celui-ci, une aura, un élément mystérieux.

Il en était ainsi de Trip et de lui-même. Trip avait eu une belle vie pleine et il en était devenu un homme différent de lui, Jonathan, qui avait été comme mort des années durant. Ils allaient vers la mort par des chemins différents. Et il semblait bien que s'il y avait des sortes de morts, la sienne serait aussi différente de celle de Trip que la nuit l'est du jour. La qualité de la mort, comme celle de la vie, devait être d'une variété infinie, et si l'on était déjà mort une fois, que restait-il à chercher quand on mourait pour de bon, comme lui maintenant ?

II se redressa et continua à tomber, car il ne restait pas autre chose à faire.

- " Jonathan ? "

Jonathan hocha une tête endormie, fatigué d'attendre la mort.

- " C'est encore Malcolm. "

- " Oui ? "

- " J'ai eu le temps de réfléchir. Je vous ai écouté. Ça ne va pas, comme ça. Cela nous rend méchants. C'est une mauvaise manière de mourir. Toute la bile sort. Vous écoutez, Jonathan ? "

- " Oui. "

- " J'ai menti, il y a une minute, j'ai menti. Je ne suis pas plaint à Starfleet. Je ne sais pas pourquoi je vous ai raconté cela. Je suppose que je voulais vous faire mal. Vous sembliez être la victime désignée. Nous avons toujours lutté l'un contre l'autre. Je présume que l'on devient vite vieux et que l'on se repent vite dans une telle situation. Je crois qu'en vous écoutant, mauvais comme vous l'étiez, j'ai eu honte. Quelle que soit la raison, je veux que vous sachiez que j'ai été stupide. Il n'y a pas une once de vérité dans ce que j'ai dit. Allez au diable ! "

Jonathan sentit son coeur qui repartait. Il lui semblait que son coeur n'avait pas fonctionné depuis cinq minutes, mais à présent ses membres commençaient à se recolorer et à se réchauffer. Le choc était passé, et les ébranlements successifs de la colère, de la panique et de la solitude étaient en train de passer. II se sentit comme un homme qui sort de sous une douche froide le matin, prêt pour son petit déjeuner et pour une journée nouvelle.

- " Merci, Malcolm. "

- " Ça va. Dans les gencives, mon salaud! "

- " Aïe ! " dit Travis.

- " Qu'est-ce qu'il y a ? " appela Jonathan; car Travis, parmi eux tous, était un bon ami.

- " Je suis tombé dans un essaim d'astéroïdes !

- " Des météores ?

- " Je suis au beau milieu. II y en a de toutes les couleurs, toutes les formes, toutes les tailles. Grand Dieu, c'est beau, tout ce métal ! "

Silence.

- " Je m'en vais avec eux, " dit Travis.

- " Ils m'entraînent ! Merde ! " Il rit.

Jonathan leva la tête pour voir, mais il ne vit rien. Il n'y avait que les grands diamants, les saphirs, les brumes émeraude et les encres veloutées de l'espace, avec la voix de Dieu mêlée aux feux de cristal. L'imagination était en quelque sorte frappée par l'idée de Travis emporté par un amas de météores, qui venait de l'infini et se dirigeait vers l'infini, Travis et l'essaim des Myrmidons, éternel et sans fin, changeant et se reformant comme les couleurs du kaléidoscope que vous présentiez, enfant, au soleil, et que vous faisiez tourner.

- " Adieu, Jonathan ! " La voix de Travis, très faible, à présent. - " Adieu ! "

- " Bonne chance ! " hurla Jonathan par-dessus trente mille milles.

- " Ne faites pas d'esprit, " dit Travis, et il partit.

Les étoiles se rapprochaient.

Les voix s'éteignaient maintenant, chacune sur sa propre trajectoire, les unes vers Mars, les autres vers le fond de l'espace. Et Jonathan lui-même... Il regarda vers le bas. Lui, il retournait seul vers la Terre.

- " Au revoir. "

- " Courage ! "

- " Adieu, Jonathan ! " C'était Malcolm.

Nombreux adieux ! Adieux brefs ! Maintenant, le grand cerveau, détaché, se désintégrait. Les éléments constitutifs du cerveau qui avait fonctionné avec tant de perfection et d'efficacité dans le crâne de la fusée lancée dans le ciel mouraient un à un; le sens de leur vie commune se décomposait. De même que le corps meurt quand le cerveau cesse de fonctionner, de même l'esprit du vaisseau, le long temps passé ensemble et ce qu'ils signifiaient l'un pour l'autre étaient en train de périr. Malcolm n'était plus qu'un doigt arraché au corps. Il n'y avait plus à le mépriser ni à travailler contre lui. Le cerveau avait explosé, et ses fragments insignifiants et inutiles étaient dispersés au loin. Les voix s'étaient éteintes et l'espace était silencieux. Jonathan était seul, en chute libre.

Chacun d'eux était seul. Leurs voix s'étaient abîmées comme l'écho des paroles de Dieu qui vibraient dans le firmament. T'Pol s'en allait vers la lune; Travis, avec sa poussière d'étoiles; Stimson, quelque part par là; Malcolm, vers le soleil; et Smith et Turner et Underwood et les autres; fragments d'un kaléidoscope, ensemble de pensées communes depuis si longtemps, éclaté.

Et moi ? songeait Jonathan. Que puis-je faire ? Y a-t-il quelque chose que je pourrais faire maintenant pour compenser ma vie terriblement vide ? Si seulement je pouvais accomplir une bonne action pour contrebalancer toute la saleté que j'ai amassée durant des années et dont j'ignorais jusqu'à la présence en moi ? Mais il n'y a plus personne, hors moi-même, et comment ferais-je seul le bien ? Cela est impossible. Demain soir, je me heurterai à l'atmosphère.

Je flamberai, songeait-il, et mes cendres parsèmeront les continents. Je servirai à quelque chose. Un tout petit quelque chose, mais des cendres, ce sont des cendres, elles sont un appoint pour le sol.

II tombait rapidement, comme une balle, un galet, un poids de fonte, objectif, objectif tout le temps, ni triste, ni heureux, ni rien; mais avec seulement le désir d'accomplir une bonne action maintenant que c'était la fin, une chose bonne qu'il serait seul à connaître.

- " Quand j'atteindrai l'atmosphère, " dit-il, je me consumerai comme un météore.

- " Je me demande si quelqu'un va me voir ? "

* * * * *

Le petit garçon sur la route de campagne regarda le ciel et poussa un cri.

- " Regarde, maman, regarde ! Une étoile filante ! "

- " Un voeu, " dit sa mère. " Fais un vœu. "

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité